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Bela Lugosi

(1ère publication de cette bio : 2005)

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Bela Lugosi's dead

White on white translucent black capes

Back on the rack

Bela Lugosi's dead

The bats have left the bell tower

The victims have been bled

Red velvet lines the black box

Bela Lugosi's dead

Undead undead undead

The virginal brides file past his tomb

Strewn with time's dead flowers

Bereft in deathly bloom

Alone in a darkened room

The count

Bela Logosi's dead

Undead undead undead

Bela Lugosi's dead (Bauhaus)



Remis sur le devant de la scène par la magnifique interprétation de Martin Landau dans le  Ed Wood  de Tim Burton, le personnage de Bela Lugosi représente l'image même de l'acteur définitivement enfermé dans le genre fantastique. Star adulée, Master of the Menace dans les années 30, Lugosi, torturé par ses propres démons, va lentement se laisser glisser vers des films de plus en plus minables, de plus en plus fauchés, jusqu'à figurer en fin de carrière dans les ringardises d'Ed Wood.

« My dear Professor Strowski, twenty years ago I was banned from my homeland… » (La Fiancée du Monstre)

Bela Ferenc Blazko est né en 1882 à Lugos, paisible ville de l'empire d'Autriche Hongrie, aujourd'hui Lugoj en Roumanie, dans une famille de la bourgeoisie hongroise, son père travaillant dans les affaires bancaires. Bien que d'un milieu assez aisé, il se heurte à l'autorité rigide de son père et fugue à douze ans. Il traîne quelque temps et travaille comme ouvrier dans des mines ou pour des compagnies de chemin de fer avant d'être orienté par sa sœur vers le théâtre. Il y trouve immédiatement son bonheur et étudie les arts dramatiques à Budapest. C'est là qu'il choisit le pseudonyme aristocratique de Lugossy (littéralement : de Lugos), bientôt simplifié en Lugosi, et dès le début du siècle acquiert rapidement une solide notoriété comme jeune premier charmeur. Il incarne entre autre Jésus Christ dans des pièces religieuses, ou Roméo dans le drame de Shakespeare. Séducteur, il multiplie les conquêtes, la légende voulant qu'il ait participé à 11 duels dans sa jeunesse, notamment pour des aventures extra conjugales... 


Bela au théâtre en 1909, dans une pièce sur la Passion du Christ.


Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, Bela s'engage dans l'armée austro-hongroise et part combattre dans une unité d'infanterie à ski sur le front russe. Blessé à trois reprises et décoré, il est démobilisé en 1916 et retourne vers le théâtre. Il s'engage aussi dans l'action syndicale, rejoignant avec quelques amis un groupe de défense d'acteurs proche des communistes. Mais il profite aussi de l'essor du cinéma pour poursuivre une deuxième carrière d'acteur même si pour ce dernier, moins honorable que les planches, il utilise le pseudonyme d'Aristid Olt. Il tourne à un rythme soutenu de quasiment un film tous les deux mois pour des pionniers du cinéma hongrois comme Alfred Deehy ou Mihály Kertész, qui sera plus connu pour sa riche carrière à Hollywood sous le nom de Michael Curtiz. La conservation des bobines étant ce qu'elle est à cette époque, la presque totalité de ces films sont hélas considérés comme perdus.



Après la guerre, il connaît quelques problèmes dans la nouvelle république indépendante de Hongrie née du traité de Versailles. On le trouve un peu trop à gauche et son appartenance syndicale lui vaut la méfiance du nouveau pouvoir nationaliste. Il part en 1919 pour Berlin où il tourne 11 films, divorçant au passage d'Ilona Szmick, sa première épouse, qui ne veut pas quitter la Hongrie alors que Lugosi annonce déjà clairement son envie de partir tenter sa chance aux Etats Unis, comme de nombreux compatriotes. Sa chevelure brune et son physique ténébreux de jeune premier lui permettent régulièrement d'incarner des héros classiques mais surtout des personnages "exotiques" ou inquiétants. C'est ainsi qu'il joue les sheiks arabes séducteurs, les Indiens dans des adaptations du Dernier des Mohicans, ou encore qu'il apparaît notamment en praticien mortuaire dans une version de Docteur Jekyll et Mr Hyde réalisée par Murnau, hélas aujourd'hui perdue. Séducteur, il mène une vie assez festive dans le Berlin théâtral d'après guerre, entretenant plusieurs liaisons et se remariant avec Ilona Von Montagh, une de ses partenaires à l'écran, elle aussi d'origine hongroise. Paradoxalement, même s'il papillonne beaucoup, il est aussi décrit comme assez vieux jeu sur le rôle de la femme dans le couple, considérant que celle-ci doit rester à la maison une fois mariée, ce qui ruinera assez vite ses relations avec sa femme qui elle n'a pas l'intention de renoncer à sa carrière.

Puis, comme beaucoup d'acteurs européens, il quitte le vieux continent pour tenter sa chance aux Etats-Unis et débarque à la Nouvelle Orléans en 1921. Paradoxalement, alors qu'il ne parle pas anglais, ce n'est pas au cinéma muet qu'il connaît le succès mais au théâtre. Il rejoint tout d'abord une troupe de langue hongroise qui tourne aux Etats-Unis. Puis après quelques années de vaches maigres où, parallèlement à la scène, il fait de la quasi figuration au cinéma, souvent dans des films de membres de la diaspora hongroise d'Hollywood à New York où il s'est installé, il obtient enfin le rôle de sa vie : Dracula.

Dans "The Silent Command", son premier film américain où il incarne un saboteur décidé à détruire le canal de Panama. Son regard intense filmé en gros plan sera repris pour la promotion du film.

 

« I'm Count… Dracula » (Dracula)

Il triomphe ainsi à Broadway en 1927 dans  Dracula, une adaptation théâtrale de Bram Stoker dont il apprend les répliques phonétiquement. Sa prestance, son air mystérieux et son accent d'Europe de l'Est font des ravages auprès des spectateurs. On raconte ainsi qu'un critique d'un grand journal new-yorkais se serait évanoui lors de la première, Mais il fait surtout tourner les têtes des spectatrices. Bela, surnommé "le Valentino de la scène", est un séducteur qui compte de nombreuses conquêtes : il se mariera d'ailleurs cinq fois fois, et dans les années 20 sa relation orageuse avec Ilona Von Montagh, largement publicisée et mise en scène dans les tabloïds de l'époque, est aussi un bon moyen de faire parler de lui comme d'elle. "Bon amant, mauvais mari" dit-elle en interview...


En 1928, profitant de sa notoriété et de propositions au cinéma, il quitte New York et part s'installer en Californie. Ses rôles s'étoffent un peu à partir de 1929 où il tourne une première fois pour Tod Browning dans La 13ème chaise, où il incarne un policier devant élucider un assassinat lors d'une séance de spiritisme. Dans le même temps en ce début des années 30, la compagnie Universal revisite les œuvres de la littérature gothique. Le succès de son Dr Jekyll et Mr Hyde lui donne l'idée de s'attaquer à Dracula. Dans le rôle du prince des ténèbres, elle envisage Lon Chaney Sr, qui vient de triompher en Mr Hyde. Hélas, celui-ci décède peu avant le début du tournage. En désespoir de cause, les producteurs se tournent vers Lugosi qui incarne le vampire sur scène. Celui-ci accepte de reproduire son rôle de théâtre devant la caméra de Tod Browning. Paradoxalement, même s'il tient le rôle titre, il reste peu connu et ne reçoit qu'un salaire de 500$ par semaine, très inférieur au contrat de David Manners qui joue Jonathan Harker et qui, lui, rafle 2000$ pour une semaine de tournage (même si, soyons honnêtes, étant "prêté" par la Warner Bros avec qui il est sous contrat, une bonne partie de cette somme revient en fait au studio). Dans la période de la grande dépression, les studios profitent d'ailleurs de la situation pour revoir les contrats de leurs acteurs à la baisse, s'appuyant sur l'arrivée de "nouveaux venus" comme Lugosi, moins chers.



Le succès est immédiatement au rendez-vous : le jeu théâtral et le regard glaçant de Lugosi frappent les esprits. Il est à noter que le film a été tourné en deux versions : en effet, comme c'était souvent l'usage à une époque où le doublage n'était pas encore la norme, pendant qu'on faisait le Dracula officiel, une version en espagnol avec d'autres acteurs, dirigée par Georges Medford et Enrique Tovar Avalos, fut shootée plan par plan dans les mêmes décors. Les deux réalisateurs passant après Browning exploitent son travail, au grand déplaisir de ce dernier, en y rajoutant davantage de mouvements de grue et de mobilité de la caméra. Elle est paradoxalement souvent reconnue, d'un point de vue de la pure mise en scène, comme meilleure que celle de Browning, plus classique et dramatique. Mais la force de l'original repose sur la composition immédiatement iconique de Lugosi.

  



Dracula ayant été un triomphe, la Universal envisage immédiatement d'embrayer sur Frankenstein avec Lugosi dans le rôle du monstre. Mais celui-ci, après avoir réalisé un essai préparatoire, décline l'offre. Trop de maquillage, pas assez de texte et surtout la volonté de ne pas s'enfermer dans le registre de l'épouvante. On ne lui propose pourtant que des rôles fantastiques. Son accent prononcé est à la fois sa chance et sa limite. En effet, alors que beaucoup d'acteurs n'ont pas passé le cap du parlant à cause d'une voix ou d'un phrasé pas assez cinégéniques, l'exotisme de son accent hongrois renforce son charme mystérieux... mais le catalogue aussitôt comme l'inquiétant étranger de service. C'est pourquoi, désormais nanti d'un beau contrat à 1000$ la semaine, on le voit encore jouer les ténébreux sheiks arabes ou les magiciens indiens de cabaret dans des productions musicales ou d'aventure. 

Mais c'est surtout dans l'horreur qu'il flamboie. Dans Double Assassinat dans la rue Morgue (Murders in the rue Morgue) tiré de Poe, il incarne le docteur Mirakle, une sorte de savant fou, son rôle fétiche quand il n'est pas vampire, assassinant ses victimes à l'aide d'un gorille. Puis il est un planteur créole démoniaque dans Les Morts-vivants (White Zombie), qui fait travailler dans ses champs de pauvres victimes privées magiquement de toute volonté. Un plan tout particulier frappe l'imagination : Bela immobile, inquiétant, fixant sa proie, un simple trait de lumière illuminant son regard glacé et pénétrant. Lugosi est au sommet de son art. C'est son heure de gloire. Après avoir été le méchant Roxor dans Chandu, il incarne cette fois-ci le magicien dans sa suite/reboot Le retour de Chandu, un de ses rares rôles de good guy luttant grâce à la magie blanche contre des sorciers maléfiques. Bela est décrit comme un grand professionnel formé au théâtre, connaissant son texte à la perfection mais qui, gêné par sa mauvaise connaissance de l'anglais, s'avère totalement déstabilisé par toute improvisation ou changement intempestif sur le tournage.


En voyant extralucide dans "The Black Camel".


« I never drink… wine… » (Dracula)

Tout à son succès, Bela mène la grande vie. Il prend la nationalité américaine en 1931. Il est amateur de femmes, fin gourmet en nourritures, vins ou tabacs, possède plusieurs grands chiens dont un doberman nommé Dracula et s'avère collectionneur de timbres et de pipes. Il est assez prodigue avec sa communauté hongroise et s'investit dans la vie syndicale en participant à la création de la Screen Actors Guild. C'est aussi la période où il commence à toucher de plus en plus à la morphine, semble t-il au départ pour calmer une sciatique et les douleurs de ses blessures de guerre.

Chose intéressante : jusqu'à l'arrivée du code Hays en 1934, le public est friand des turpitudes d'Hollywood la babylonienne. Comme beaucoup de stars de l'époque, Lugosi et ses agents ont toujours mis en scène sa vie, y compris intime, de façon médiatique et publicitaire, lui multipliant liaisons et conquêtes réelles ou supposées. Ce qui fait que même après la reprise en main morale des années 30, Lugosi continuera à jouer de son image d'homme à femmes tout autant que de peut-être vrai vampire par tabloïds interposés...

Bela chez lui au début des années 30.

Ainsi pour l'anecdote, le nu au dessus de lui sur la photo précédente est un tableau du peintre américano hongrois Geza Kende représentant la "It Girl" Clara Bow, grande et sulfureuse vedette des années 20 avec qui Bela aurait eu une courte mais médiatique liaison qui lui couta son 3ème mariage (d'une durée totale d'un mois) avec l'héritière Beatrice Weeks en 1929. Même si la réalité de cette brève mais intense relation est encore sujette à caution, Lugosi conservera ce tableau toute sa vie et confiera parfois aux journalistes que Clara était l'un de ses plus grands souvenirs amoureux.


Aimant assez à jouer avec son personnage de prince des ténèbres, il n'hésite pas à se vêtir de sa cape pour les soirées mondaines. Les journalistes se piquent au jeu et brodent des histoires qui font la gloire du bonhomme. Il dormirait dans un cercueil, ne sortirait jamais de jour, boirait réellement du sang. D'autant que la Universal, consciente du potentiel publicitaire du personnage, n'hésite pas à en rajouter. Elle fait construire une maison spéciale où les journalistes peuvent rencontrer la star : des tentures noires, de grands chandeliers, des armes exotiques accrochées aux murs, des chauves-souris nichant au plafond, des serviteurs asiatiques muets et Lugosi, drapé dans sa cape, qui les reçoit dans une pièce où trône un cercueil. Un cadre promotionnel qui forge sa légende, mais contribue aussi à l'enfermer progressivement dans des rôles fantastiques desquels il n'aspire pourtant qu'à sortir. L'acteur et le personnage finissent par se confondre… D'autant que Lugosi lui-même a parfois du mal à séparer la fiction et la réalité, l'usage de la drogue n'étant pas sans conséquence…

Bela tourne beaucoup, pour soutenir son train de vie et aussi parce qu'il accède à la gloire hollywoodienne à 50 ans passé. Mais dépensier et pas toujours avisé dans ses placements, il frôle une première fois la banqueroute personnelle dès la fin 1932. Son engagement auprès de Universal est financièrement intéressant mais en dessous de ce qui se faisait à l'âge d'or du muet. Cependant, bien que sous contrat avec la major, il peut travailler - contre compensation à ses employeurs - dans les films de la Fox ou la Paramount, voire dans des petites productions de série B, qui jouent à fond sur son statut de star quand bien même il n'apparaît que dans un rôle secondaire. En 1933, on le voit aussi dans The Whispering Shadow, son premier serial, l'ancêtre des séries télé. 12 épisodes d'environ 20 mn, tournés en 18 jours et où Lugosi, qui n'apparait sporadiquement qu'en grand méchant, touche sa plus grosse paye : 10 000$. Un salaire vite englouti dans le train de vie luxueux et les pensions alimentaires. Pour faire face à ses besoins financiers, l'acteur joue à fond de sa notoriété, quitte à démonétiser un peu sa valeur à force de tourner dans n'importe quoi.

Pour la Universal, il enchaîne avec The Black Cat, où il croise Boris Karloff. Les deux têtes d'affiche se détestaient-elles autant que le film de Burton veut le laisser penser ? Il semble que ce soit un peu exagéré : même s'ils ne se fréquentent pas en dehors des plateaux, les deux comédiens s'apprécient professionnellement et se partagent tout de même la vedette à huit reprises dans leur carrière. La production joue à fond sur l'image horror star des deux acteurs, organisant notamment un grand casting de chats noirs, présidé par les deux vedettes. Ils enchaînent sur une autre adaptation de Poe, Le Corbeau (The Raven), puis Le Fils de Frankenstein et plus tard dans Les Récupérateurs de Cadavres.  S'il n'y a au depart pas de réelle jalousie entre les deux hommes, avec le temps et le déclin de la carrière de Lugosi, ce dernier nourrira d'après les témoins une certaine aigreur envers Boris, moins contre l'acteur lui même, que sur le fait que ce dernier réussit à maintenir son statut de star et impose ses exigences aux studios là où Bela doit accepter des seconds rôles moins glorieux.


Bela Lugosi et Boris Karloff.


Les années 30 sont aussi une période où il se pose un peu d'un point de vue sentimental, épousant de façon très médiatique sa 4ème épouse de 22 ans, Lilian Arch, elle aussi d'origine hongroise, qui lui donne un fils, Bela Jr et à laquelle il restera toujours attaché, même après leur séparation. Il tourne aussi en Angleterre, notamment dans The Mystery of the Marie Celeste, pour une compagnie qui vient de se former : La Hammer ! Un pittoresque rôle de marin alcoolique, la compagnie étant encore loin de sa relecture du fantastique qui fera sa gloire. Après un nouveau rôle de vampire dans La Marque du Vampire (Mark of the Vampire) (même si la fin apporte un peu de surprise par son twist que nous nous garderons bien de révéler), Bela peine à se débarrasser de cette image d'acteur fantastique qui lui colle à la peau. En dehors de quelques caméos dans des comédies ou des fantaisies burlesques qu'il doit contractuellement à la Universal, son seul vrai film non fantastique de prestige est un second rôle dans Ninotchka de Lubitsch, avec Greta Garbo, en 1939. 

Bela Lugosi et Greta Garbo.

Malgré cela, l'image de Bela reste immanquablement associée à l'horreur, l'acteur ne recevant que des propositions de rôles de suceurs de sang, de génies du mal ou de savants fous. Aussi, à défaut de grands films, il accepte de figurer dans des productions plus médiocres, essentiellement pour financer son train de vie et ses divorces.

En simili Fu Manchu dans The Mysterious Mr Wong, de 1934.

 

« Beware… Beware… » (Glen ou Glenda)


Au milieu des années 30, la Universal doit faire face à des difficultés financières importantes. Carl Laemmle Jr, qui avait succédé à son père à la tête du studio et était l'artisan de la vague fantastique au début de la décennie, est débarqué en 1936, et le nouveau bureau voit d'un plus mauvais oeil ces productions jugées trop coûteuses. D'autant que, dans le même temps, à partir de 1934, le Code Hays impose une censure morale beaucoup plus pesante qui rend les films d'épouvante plus délicats à vendre. Une vague morale comparable en Grande-Bretagne fait que plusieurs films, dont Le Corbeau, sont interdits sur ce gros marché. Autant dire qu'à partir de 1936 et Le rayon invisible, dernière grosse production de l'âge d'or où il retrouve Karloff, les choses se gâtent pour Lugosi : son contrat n'est pas renouvelé et, parallèlement, le comédien doit faire face à des problèmes de santé qui ralentissent son activité en 1937.

Après avoir envisagé de reprendre son rôle dans La fille de Dracula en 1936, Lugosi n'y apparait que sous la forme d'une statue de cire à son effigie. De toutes façons, ce film qui traîne dans les cartons de la Universal depuis des années est rushé par Carl Laemmle Jr dans un dernier espoir de raviver la flamme du gothique. S'il reçoit à l'époque des critiques mitigées, La fille de Dracula détonne alors par son évocation à peine voilée d'une relation lesbienne, qui encouragera Anne Rice des années plus tard à explorer toutes les facettes de l'ambiguïté sexuelle de la figure du vampire.

Faute d'opportunité, Lugosi est éloigné des plateaux pendant deux ans, et se tourne vers le théâtre et les pièces radiophoniques. Sans propositions sérieuses,  il devra désormais se tourner de plus en plus vers la série B et le serial bon marché. Il se déguise encore en Chinois cruel ou en scientifique mégalomane pour des serials faisandés comme Shadows of Chinatown ou S.O.S Coastguards fin 1936. Il connait un vrai passage à vide en 1937-1938 où il ne tourne quasiment pas. Heureusement pour lui, Dracula connait à la toute fin des années 30 une ressortie en salle à succès, en double-programme avec Frankenstein. Le système des studios étant ce qu'il est, il ne touche rien sur ces ressorties, mais ce retour de notoriété lui permet de continuer à trouver des engagements et un nouveau contrat à la Universal.

En savant fou homicide avec son robot tueur dans The Phantom Creeps, en 1939.


La période de la guerre marque véritablement le début des difficultés. Il participe au soutien moral des troupes, a encore du succès sur scène notamment dans la pièce Arsenic et vieilles dentelles, mais peine à décrocher des rôles au cinéma. Marqué par le fantastique, il éprouve des difficultés à trouver un rôle à sa mesure, alors que le genre commence à s'étioler.  La Universal, qui veut exploiter ce revival du film d'épouvante, l'engage encore sporadiquement pour des "monster flicks", mais les budgets et les ambitions artistiques ont dégringolé car pour le studio, ces films sont plus vus comme des séries B propres à générer rapidement des bénéfices que des productions de prestige. Parmi ces rôles souvent médiocres, on peut retenir celui d'Igor, l'assistant démoniaque de Frankenstein dans Le fils de Frankenstein et Le spectre de Frankenstein, l'un de ses derniers grands rôles pour la Universal où il fait encore une excellente composition.



 

Son image s'étant ringardisée, il a de plus en plus de mal à travailler pour les grands studios. Lui qui était en tête d'affiche dix ans plus tôt en vient à accepter un rôle très secondaire de gitan dans Le Loup-Garou avec Lon Chaney Jr, une des dernières productions fantastiques gothiques de la Universal. Pressé par ses besoins d'argent, il accepte ce qu'il avait refusé au temps de sa gloire et enfile le costume du monstre de Frankenstein pour un Frankenstein Meets the Wolf Man où il se castagne avec Lon Chaney Jr en loup-garou. Ce film est d'ailleurs le dernier qu'il fait pour la Universal, son contrat n'étant pas renouvelé. De façon presque prémonitoire, incommodé par l'épais maquillage, il est victime d'un malaise lors d'une scène, ce qui lui vaut une brève hospitalisation. Incident qui sera  largement publicisé dans la presse de l'époque, car c'est bien connu il n'y a pas de bonne ou de mauvaise publicité : il n'y a que de la publicité.
 


Contraint par des nécessités financières, Bela endosse le costume de la créature de Frankenstein et s'en va s'expliquer avec le loup-garou...


Désormais sans contrat avec un grand studio, Lugosi continue pourtant à tourner beaucoup pendant la guerre, mais faute de vrais projets, il se compromet de plus en plus dans n'importe quoi, notamment dans le registre de la parodie... Ces films souvent bâclés finissent par nuire à son image, d'autant qu'il n'y est pas très bon, se contentant souvent de reprendre ses airs mystérieux ou hallucinés, voire d'apparaître seulement une poignée de minutes alors que son nom est en gros sur l'affiche. On le voit encore jouer les infâmes saboteurs aux ordres des Japonais dans Black Dragons (qui portera longtemps l'éloquent titre de travail de Yellow Menace). Il continue à jouer les vampires ou les savants fous mais les budgets sont de plus en plus réduits, le fantastique étant petit à petit relégué des séries A aux séries B voire pire.


« Home ? I have no home. Hunted ! Despised ! Living like an animal. The jungle is my home. » (La Fiancée du Monstre)

Le pire, c'est « Poverty Row », le boulevard de la pauvreté, l'avenue des fauchés, l'arrière-cour des miracles du rêve hollywoodien : des compagnies de seconde zone comme "P.R.C." ou "Republic", qui fournissent au kilomètre des serials et des séries B qui précèdent le film principal dans les séances de cinéma. Des tournages express au rabais, avec des budgets qui dépassent rarement les 50 000 dollars, recyclant costumes et décors d'autres productions plus cossues et repêchant d'anciennes stars devenues has been. Lugosi fera 9 films pour la compagnie "Monogram" de Sam Katzman, véritable précurseur de Roger Corman en matière de talent pour le film d'exploitation, et dont le credo est : "A picture that makes money is a good picture". Pour pallier des budgets déficients, les scénars virent au franc n'importe quoi. Témoin ce La chauve-souris du diable (The Bat) où Bela élève une chauve-souris tueuse qui repère ses victimes à l'odeur de leur après-rasage (!), ou encore The Ape Man et sa suite (fort logiquement titrée Return of The Ape Man) où, s'injectant un sérum à base de moelle de gorille, il se métamorphose en homme singe grotesque. Tant que ça fait des affiches vendeuses en double programme dans les cinémas des petites villes du Midwest, c'est dans la boîte !

Avec la fin de la guerre, il tourne de plus en plus dans le registre de la parodie, servant de faire-valoir à des comiques, notamment pour le tâcheron stakhanoviste William Beaudine (274 films au compteur quand même ! Surnommé One Shot car il ne faisait jamais plus d'une prise pour les scènes de ses films). Il garde encore une certaine prestance dans Spooks Run Wild où il affronte une bande de teenagers, les East Side Kids, dont la principale activité semble être de prendre l'air ahuri. Il retrouve les East Side Kids pour un Ghost on the Loose avec une débutante nommée Ava Gardner.

Avec Angelo Rossito, acteur nain qui deviendra un ami proche de Bela.

En hypnotiseur diabolique à barbiche dans "The Voodoo Man".


Il affronte bien sûr les Laurel & Hardy du pauvre, Abbott et Costello, dans un Abbott et Costello Contre Frankenstein qui ne peut humainement ne faire rire que les Américains (et encore, les moins regardants).
 


On le voit aussi dans Zombies on Broadway avec Wally Brown et Allan Carney, considérés même par les amateurs les plus indulgents comme des Abbott et Costello pas drôles ! Puis il file en Angleterre avec Old Mother Riley Meets the Vampire où, aidé d'un robot en fer blanc, il est censé faire peur à une solide granny irlandaise incarnée dans la réalité par un homme (Arthur Lucan, un comique qui fit quand même 16 films avec ce personnage de grand-mère casse-cou).



Le fond semble atteint avec l'hallucinant Le Gorille de Brooklyn alias Bela Lugosi Meets a Brooklyn Gorilla, où il joue les savants fous face aux improbables Duke Mitchell et Sammy Petrillo, comiques de radio dont le seul talent est de parodier jusqu'à la photocopie le duo Dean Martin - Jerry Lewis. Si Duke Mitchell est conforme à ce qu'on attend d'un clone de Dean Martin (en gros : jouer les bellâtres et pousser la chansonnette), c'est surtout Sammy Petrillo qui crève l'écran avec son insupportable voix de canard et ses grimaces outrancières. A tel point que Jerry Lewis lui fera un procès pour plagiat qui tuera net sa carrière. Le film est, soyons honnêtes, assez affligeant. Bela, sans son épais maquillage de vampire, y apparaît terriblement vieilli, mais semble encore s'amuser dans cette pochade où il incarne un savant fou vivant sur une île paradisiaque et transformant Sammy Petrillo en gorille.





« Then I will show the world I can be its master. I will perfect my own race of people, a race of atomic supermen which will conquer the world ! Ah ah ah... » (La Fiancée du Monstre)

A partir des années 50, les films s'espacent de plus en plus. Bela est âgé, ses problèmes d'argent et d'addiction n'ont pas diminué. Ses anciens engagements syndicaux lui valent brièvement quelques ennuis à l'époque du maccarthysme. Après la guerre, Bela a déjà pris l'habitude de compléter son agenda par des tournées promotionnelles où il reprend souvent son personnage de Dracula pour quelques sketchs, ou par des fictions radiophoniques, mais celles-ci se raréfient également. Il tourne un peu pour des dramatiques télévisées, mais son jeu trop théâtral hérité du temps du muet paraît de plus en plus daté aux yeux des critiques. En 1953, alors qu'il est en train de divorcer de son épouse Lilian qui ne supporte plus ses problèmes de boisson et de drogue, et qu'il n'a plus aucun engagement, Bela rencontre un jeune réalisateur grenouillant dans les studios hollywoodiens : Ed Wood. Celui-ci cherche à monter un film sur la vie d'un transsexuel. D'abord méfiant face au côté scabreux du sujet, Bela accepte un rôle de narrateur pour 1000 dollars, sur les conseils de Lilian. Heureusement, Ed Wood, sincère admirateur de la star, le met à l'aise en tournant ses scènes dans un environnement de savant fou gothique, les collant ensuite en surimpression sur le reste du film. Au final, Glen ou Glenda est cependant un nanar grotesque doublé d'un four complet, Lugosi cabotinant comme jamais.


Wood et Lugosi sympathisent et s'associent. Le premier se sert d'un nom encore connu pour donner un peu de lustre à ses projets de films auprès d'éventuels investisseurs, le second, qui ne trouve plus de rôle, espère un improbable come back qui ne viendra jamais. En dehors des films d'Eddy, qui passe plus de temps à batailler pour trouver des financements qu'à tourner effectivement, il ne réussira à décrocher qu'un petit rôle muet sur The Black Sleep où il retrouve le catcheur Tor Johnson, autre complice de Wood. Finalement, après avoir obtenu des fonds d'une boucherie industrielle, Wood peut enfin tourner un film à la mesure de sa star : La Fiancée du Monstre.


L'affiche espagnole de « The Black Sleep ».


Lugosi y incarne comme de juste le docteur Vornoff, savant fou de son état, secondé par le monstrueux Lobo que campe Tor Johnson, qui cherche rien de moins qu'à créer une armée de surhommes atomiques. Le film, fauché et bourré de faux raccords, permet néanmoins à Lugosi de retrouver un peu de sa superbe, déclamant des tirades menaçantes tout en dardant son regard glaçant. Même si, là encore, le succès est loin d'être au rendez-vous, Bela y croit : sa carrière peut rebondir.


Epuisé par l'abus de drogues, il décide de se rendre dans une clinique de désintoxication. Ce n'est pas la première fois qu'il tente d'arrêter la morphine. Sauf que cette fois, il prévient la presse et tente de profiter de l'événement pour faire reparler de lui. L'annonce de l'hospitalisation pour désintox' de Lugosi fait effectivement son effet, pour la première fois une star hollywoodienne acceptant de reconnaître officiellement ses problèmes de drogues face à la caméra. Les photos montrent un vieillard amaigri et épuisé dans son lit d'hôpital. Ce n'est pas la première fois qu'il met en scène ses problèmes d'alcool ou conjugaux pour tenter de faire rebondir sa carrière. La presse évoque même une tentative de suicide. Lugosi, ému, reçoit de nombreuses lettres de ses fans et notamment celles de Hope Linniger, qui lui écrit régulièrement et deviendra sa dernière épouse en 1955. Sa sortie de la clinique, mise en scène devant les caméras des journalistes, montre un Bela de nouveau en forme, remerciant chaleureusement médecins et infirmières avant d'annoncer qu'il est prêt à tourner. Il a notamment un projet avec un jeune réalisateur prometteur, Eddy Wood, The Ghoul Goes West.


Ed et Bela tournent quelques scénettes dans le pavillon de ce dernier. Bela sort de chez lui, cueille une rose, pleure abondamment lors d'un enterrement, erre dans la campagne en smoking et cape de vampire… Tout cela doit servir pour The Ghoul Goes West ou pour The Tomb of the Vampire, les scénarios qui trottent dans la tête de Wood.

Mais épuisé par ses excès, Lugosi est terrassé chez lui d'une crise cardiaque le 16 août 1956, à l'âge de 73 ans. Pour son enterrement, il est paré de sa célèbre cape de Dracula. La légende veut que lors des obsèques, Peter Lorre ait chuchoté à Boris Karloff : "Est-ce qu'on ne devrait pas lui enfoncer un pieu dans le coeur, au cas où... ? ".

Mais la mort ne peut arrêter le prince des ténèbres ! Wood, bien décidé à utiliser les bouts d'essai de son ami (moins de cinq minutes de film en tout !), les intègre à son Plan 9 From Outer Space rentré dans l'Histoire du 7ème art. Pour compléter, il engage le chiropracteur de sa femme, pourtant plus jeune de trente ans et plus grand de vingt centimètres, mais qui présente une vague ressemblance avec le modèle au niveau du front ! Pour camoufler la tromperie, Wood lui fait remonter sa cape devant les yeux pendant tout le film.


L'original et la copie.


Après cette ultime pirouette, Lugosi sombre dans l'oubli avant d'être redécouvert par la télévision à la fin des années 60. C'est la programmation en boucle des vieux films de la Universal, la nuit, qui permet aux jeunes Américains de redécouvrir Bela et toutes les stars de l'horreur des années 30. La génération nouvelle de cinéastes fantastiques, de Spielberg à Burton, a grandi avec ces vieux films (on pourrait compter à l'infini les scènes nous montrant un héros regardant dans son lit Frankenstein, Dracula ou L'Invasion des Soucoupes Volantes) et permet de remettre en lumière Karloff, Chaney ou Lugosi. Bela redevient une idole gothique, la chanson du groupe Bauhaus (en intro de cette bio) redonnant sa part d'ombre au prince des ténèbres…

D'ailleurs les droits à l'image de Lugosi vont donner lieu à une bataille judiciaire entre la famille de Lugosi et la Universal, pour les droits d'utilisation du nom et de l'image de l'acteur. Au bout de 11 ans de procédure, la justice californienne donne raison à la famille, ce qui fera jurisprudence sous le nom Lugosi vs Universal Pictures, avant d'être infirmé en 2007 par un nouveau jugement qui ramène cette propriété du nom à 70 ans après la mort de l'acteur. Néanmoins Bela Lugosi Jr déposera le nom de son père pour sortir une gamme de vins argentins et gère depuis l'héritage familial...


Décidément non, on ne peut pas tuer un vampire, même par le ridicule…


Un monument à la mémoire de Bela Lugosi, à Budapest, capitale de sa Hongrie natale.

 

Le site (en anglais) dédié à Bela Lugosi, qui aux Etats-Unis est devenu une marque déposée.

Le BelaLugosiBlog (en anglais), une mine d'information sur l'acteur.

- Rico -

Films chroniqués

Filmographie

Contrairement à nos habitudes nous accompagnerons la plupart des titres de cette filmographie d'un petit commentaire pour replacer le film dans la carrière de Lugosi.

Pour les films de sa période austro-hongroise et allemande, ceux-ci ayant été souvent perdus, il ne reste généralement plus que quelques photogrammes et critiques dans la presse d'époque pour découvrir leurs histoires. Les titres français sont des traductions de notre cru avec, quand c'est possible, une indication sur le sujet et le rôle tenu par Lugosi.

2013 - Extraordinary Tales (Film d'animation adaptant des histoires de Poe narrées par des légendes de l'horreur (dont Christopher Lee ou Roger Corman). Un segment reprend "Le coeur révélateur", raconté par Lugosi à partir d'un enregistrement radiophonique des années 40) 

1956 - Plan 9 from Outer Space (Le classique d'Ed Wood exploitant les dernières images de la star, morte avant le tournage.)

1956 - Les monstres se révoltent (The Black Sleep. Petite production d'horreur et dernier vrai film de Lugosi, qui joue le rôle d'un majordome inquiétant retrouvant pour l'occasion Lon Chaney Jr, John Carradine et Basil Rathbone.)

1955 - La Fiancée du Monstre (Bride of The Monster. Le grand film gothique promis par Wood où Lugosi parade avec délectation en savant fou)

1954 - Glen or Glenda (Bela joue les narrateurs dans cette histoire de travestissement fortement teintée d'érotisme, tournée à la sauvette par le jeune Ed Wood. Aurait été exploité en Belgique sous le titre Louis ou Louise, mais l'information reste à confirmer.)

L'ultime revival avec Ed Wood. Bela y croit encore un peu après sa cure de désintoxication médiatisée mais, fauché par une crise cardiaque, ces films connaîtront surtout une gloire posthume, l'image du vampire survivant à l'acteur jusqu'à nos jours.

 

1953 - Le Gorille de Brooklyn (Bela Lugosi Meets a Brooklyn Gorilla, pochade censée mettre en valeur Duke Mitchell et Sammy Petrillo, piteux avatars de Dean Martin et Jerry Lewis)

1952 - Mother Riley meets the Vampire (Après avoir rejoué Dracula au théâtre en tournée en Grande Bretagne, Lugosi participe là-bas à cette comédie autour d'un populaire personnage de grand-mère énergique jouée en fait par un homme)

1949 - Suspense - A Cask of Amontillado (Episode d'une anthologie télévisée adaptant dans l'Italie fasciste une nouvelle de Poe)

1948 - 2 Nigauds contre Frankenstein (Abbott and Costello Meet Frankenstein. Après les copies Brown et Carney, les originaux Abbott et Costello. Dernière vraie production à succès de Lugosi, qui reprend son rôle de Dracula au côté de Lon Chaney en loup-garou et Glenn Strange en Créature de Frankenstein.)

1947 - Scared to Death (Une des dernières vraies productions d'horreur à l'ancienne, même si c'est pour la société de seconde zone PRC. C'est aussi le seul film en couleur de Lugosi.)

1946 - Genius at Work (Autre film avec Wally Brown et Alan Carney pastichant davantage le polar, le duo comique fera pas moins de 8 films de 43 à 46)

1945 - Zombies on Broadway (Pastiche horrifique pour mettre en valeur les comiques Wally Brown et Alan Carney, la réponse de RKO au duo Abbott & Costello)

A partir de la fin de la guerre, Lugosi n'arrive plus à trouver de vrais projets au cinéma. Le cinéma horrifique avec monstre à l'ancienne est passé de mode et n'est plus utilisé que dans des parodies pour comiques de cabaret. Reste un peu de radio, des apparitions dans des émissions télé, quelques pièces de théâtre voire des tournées dans des petites salles aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne pour des apparitions promotionnelles en Dracula... Les films s'espacent jusqu'au début des années 50 où, rattrapé par ses engagements syndicaux, Bela est inquiété par la vague maccarthiste qui l'empêche de retrouver des engagements pendant presque 3 ans.

1944 - Les récupérateurs de cadavres (The Body Snatcher. Production RKO de prestige signée Robert Wise, mettant en vedette Boris Karloff qui a rejoint le projet au dernier moment, et où Lugosi n'a plus qu'un rôle secondaire comme l'affiche ci-dessous en témoigne)

1944 - One Body too Many (Comédie policière pour Paramount où Lugosi joue les majordomes inquiétants.) 

1944 - Return of the Ape Man (Pseudo suite de L'Homme Singe, avec cette fois-ci un homme préhistorique congelé dans les glaces de l'Arctique, et John Carradine qui affronte Bela en savant fou.)

1944 - Voodoo Man (Lugosi joue les hypnotiseurs inquiétants pour cette petite production Monogram de série B)

1943 - The Return of the Vampire (Fausse suite de Dracula produite par la Columbia, où Lugosi joue un vampire reveillé par le blitz allemand sur Londres. Le film est une production de bonne tenue qui aurait dû initier une suite et permettre à l'acteur de retrouver un contrat pour un gros studio, mais les résultats décevants au box office enterrent les rêves d'une franchise) 

1943 - Ghosts on the Loose (Véhicule pour une troupe comique, les East Side Kids. Lugosi joue les espions nazis qui éloigne les curieux de ses activités en faisant croire que sa maison est hantée.)

1943 - L'Homme singe (The Ape Man. Production délirante où Lugosi joue les savants fous homicides qui se transforme en singe pour tuer ses victimes. Bien que malade pendant le tournage fin 42, Lugosi vole le show et l'aspect involontairement comique de l'ensemble lui vaudra un succès surprise et une suite.)

Avec la perte de son deuxième contrat pour la Universal, Lugosi plonge véritablement dans la série B, tournant les films à la chaîne pour des compagnies bon marché, surtout Monogram de Sam Katzman. Même quand il travaille pour la Columbia Picture ou la R.K.O., ce n'est plus pour leurs grosses productions. A partir de la fin de la guerre, les offres se raréfient et l'acteur complète en tournant sur scène avec son personnage de Dracula, ou en prêtant sa voix à des méchants pour des pièces radiophoniques.

1943- Frankenstein rencontre le loup-garou / Frankenstein contre le loup-garou (Frankenstein Meets the Wolf Man. Dernier film pour la Universal où Lugosi finit pas accepter le rôle de la Créature. A noter que pour des raisons de continuité dans la saga, le cerveau d'Igor, l'assistant maléfique de Frankenstein que Lugosi avait interprété précédemment, devait être scénaristiquement greffé à la Créature, justifiant ainsi Bela dans ce rôle. Mais bien que tournées, ces scènes étoffant le personnage et lui donnant des scènes parlantes ont été coupées au montage.)

1942 - Night Monster (Production Universal exploitant tous les archétypes du genre, souvent exploitée en double-programme avec des films de Lon Chaney)

1942 - Le monstre de minuit (Bowery at Midnight. Production Monogram où Lugosi joue les savants fous criminels transformant ses complices en zombies)

1942 - Le Voleur de cadavres (The Corpse Vanishes. Mystères policiers dans une petite ville où des jeunes mariées meurent mystérieusement le jour de leurs noces. Lugosi joue un inquiétant médecin qui semble porter un lourd secret.)

1942 - Le spectre de Frankenstein (Ghost of Frankenstein. Bela reprend son rôle d'Igor, et en terme d'interprétation s'en sort avec les honneurs. Karloff a jeté l'éponge et est remplacé par Lon Chaney Jr en créature)

1941 - Black Dragon (Film très propagandiste où Bela Lugosi incarne un chirurgien plastique nazi qui transforme des Japonais en bons Américains bien blancs pour commettre des sabotages. Clayton Moore, futur Lone Ranger , y mettra bon ordre.)  

1941 - le Loup-garou (The Wolf Man, production Universal qui lance Lon Chaney Jr dans le rôle du lycanthrope. Lugosi a un rôle secondaire d'étrange gitan moustachu nommé Bela)

1941 - Spooks runs Wild (Comédie burlesque avec le groupe comique East Side Kids)

1941 - The Black Cat (Nouvelle relecture de Poe par la Universal avec Basil Rathbone et Lugosi en fossoyeur. Un film qui tire beaucoup plus sur la comédie, le genre horrifique ne faisant plus vraiment recette.)

1941 - L'esprit diabolique (Invisible Ghost. Petite fantaisie criminelle assez décousue et fauchée de chez Monogram)

1940 - La chauve-souris du diable (The Devil Bat. Lugosi élève une chauve souris géante meurtrière qui repère ses victimes à leur after shave ! Le succès surprise de cette production fauchée P.R.C. permet à Lugosi de trouver de nouveaux engagements auprès des faiseurs de série B au rabais, alors que les rôles se font rares dans les grands studios.)

 

1940 - La Villa des Piqués (You'll Find Out. Comédie d'horreur prétexte pour mettre en valeur les numéros du musicien Kay Kyser et son grand orchestre poursuivi par Lugosi, Karloff et Peter Lorre en méchants cartoonesques)

1940 - Vendredi 13 (Black Friday. Boris Karloff a greffé le cerveau d'un dangereux criminel (Bela) à son meilleur ami, les choses tournent mal. Même si Lugosi n'a qu'un petit rôle, la publicité d'époque insiste sur le fait que l'acteur se serait prêté à une véritable séance d'hypnose pour simuler sa mort devant la caméra.) 

La carrière de Lugosi a certes un peu rebondi après le creux de la deuxième moitié des années 30. Mais même s'il est ré-embauché par la Universal sur quelques films exploitant son image d'"horror star", les salaires et les opportunités sont en baisse, et il doit accepter des rôles moins glorieux auprès de compagnie de seconde zone pour continuer à tourner.

1940 - The Saint's Double Trouble (Une des nombreuses aventures de Simon Templar alias "le Saint", interprété par George Saunders, qui doit faire face à des trafiquants de diamants menés par Lugosi, et à son propre double maléfique)

1939 - The Phantom Creeps (Nouveau serial en 12 épisodes à base de robots meurtriers et de ceintures d'invisiblité où Lugosi joue encore une fois les savants fous vindicatifs)

1939 - Ninotchka (Comédie sur fond de révolution russe avec la divine Greta Garbo, réalisé par Ernest Lubitsch. Une des rares incursions de Bela hors de l'horreur, qui espère vraiment sortir du genre horrifique en perte de vitesse. Hélas, son rôle secondaire de commissaire politique soviétique sympathique ne marque pas suffisament les esprits à l'époque pour lui permettre de changer de registre.) 

1939 - Le tueur aveugle (The Dark Eyes of London / The Human Monster. Deuxième tentative britannique pour Bela qui essaye, en diabolique Dr Orloff (!), de faire rebondir sa carrière)

1939 - Le Gorille (The Gorilla. Comédie horrifique avec les Ritz Brothers, comédiens de cabaret dans la veine des Marx Brothers, assez populaires à l'époque. Lugosi, au chômage jusqu'alors, récupère le rôle d'un majordome énigmatique qui devait être tenu par Peter Lorre, suite à des retards de tournage liés à des mésententes entre les comédiens principaux et le producteur Darryl Zanuck.)

1939 - Le fils de Frankenstein (Son of Frankenstein. Tourné pour profiter du succès surprise de la ressortie de Dracula et Frankenstein, la Universal réunit Boris Karloff en créature, Basil Rathbone en savant fou et Bela Lugosi en Igor, l'assistant diabolique) 

En 1936, alors que la Universal traverse une période financière difficile, de nombreux comédiens voient leurs contrats non renouvelés. Lugosi se retrouve "free agent" sans exclusivité à un studio, liberté à double tranchant dans le Hollywood de l'époque. Il traverse une période compliquée où, s'il décroche encore des rôles auprès des grands studios (y compris paradoxalement la Universal), il accepte aussi de plus en plus des serials et des séries B à plus petits budgets. La ressortie de Dracula fin 1938 redonne un coup de projecteur sur sa carrière et le relance un temps, après un hiatus de presque deux ans.

 

1937 - S.O.S. Coast Guard (Serial en 12 épisodes où Bela joue là encore un espion étranger qui veut détruire les Etats-Unis avec un gaz mortel.)

1936 - Shadow of Chinatown (Serial en 15 épisodes où Bela joue un Eurasien diabolique, qui prend le contrôle du quartier chinois de San Francisco pour ourdir de noirs projets.)

1936 - The Postal Inspector (Film à la gloire du service d'enquête des postes où Lugosi joue les escrocs aux bons postaux. Un film que Lugosi doit encore contractuellement à la Universal pour clore son engagement auprès du studio)

1936 - Le rayon invisible (The Invisible Ray. Dernier grand film de prestige sous contrat avec la Universal, où Lugosi affronte Karloff pour la possession d'une météorite aux pouvoirs extraordinaires)

1935 - The Mystery of the Mary Celeste (Bela part en Angleterre jouer les marins pittoresques dans les Cornouailles pour ce film de la toute jeune société Hammer, inspiré de la légende du bateau fantôme.)

1935 - Murder by Television (Film policier autour de cette nouvelle invention manipulée par un scientifique inquiétant... interprété par Bela)

1935 - Le Corbeau (The Raven. Lugosi retrouve Karloff pour cette adapation de Poe)

1935 - La Marque du vampire (Mark of the Vampire. Retour au rôle de vampire devant la caméra de Tod Browning au côté de Lionel Barrymore. Pour des questions de droits, le film étant produit par la MGM, Bela est désormais le Comte Mora.)

1935 - The Best Man Wins (Drame policier autour d'un trésor recherché par des scaphandriers où Bela joue un criminel malveillant)

1934 - The Mysterious Mr. Wong (Décalque de Fu Manchu où Bela, nanti d'une moustache tombante du plus bel effet, joue les Chinois maléfiques)

1934 - Le retour de Chandu (Return of Chandu. Reboot sous forme de serial du personnage de magicien combattant le crime où Lugosi, pourtant grand méchant de la précedente version, joue le rôle titre) 

1934 - Gift of Gab (comédie où toutes les stars de l'écurie Universal, dont Karloff et Lugosi, viennent faire un caméo)

1934 - Le Chat Noir (The Black Cat : grosse production d'Edgar G. Ulmer très publicisée, avec Boris Karloff, et adaptée de l'oeuvre de Poe. Plus gros succès 1934 pour la Universal)

1933 - Hollywood on Parade (Court-métrage promotionnel où il reprend son rôle de Dracula venant vampiriser Betty Boop)

1933 - The Devil's in Love (Drame sentimental dans la Légion Etrangère où Bela joue brièvement un procureur. C'est son dernier rôle non crédité au générique.) 

1933 - International House (comédie burlesque autour de W.C. Fields où Bela ne fait qu'une apparition en général russe d'operette)

1933 - Night of Terror (Mystère criminel sur fond de spiritisme, du classique)

1933 - The Whispering Shadow (Premier serial de Lugosi, 12 épisodes tournés en 18 jours où il incarne un maléfique propriétaire de musée de cire)

1933 - The Death Kiss (Petit film noir qui mise à fond sur la présence de Lugosi dans son matériel publicitaire, quand bien même celui-ci n'a qu'un second rôle de suspect)

1932 - L'Ile du Docteur Moreau (Island of Lost Souls. Très grosse production Paramount avec Charles Laughton, où Lugosi joue le chef des hommes bêtes)

1932 - Chandu le Magicien (Chandu the Magician. Bela interprète le méchant magicien Roxor dans ce film de la Fox qui devait lancer une franchise mais sera un échec au box office)

1932 - Les Morts-Vivants  (White Zombie. Le 3ème film qui finit d'asseoir la popularité de Lugosi en planteur créole diabolique)

1932 - Double assassinat dans la rue Morgue (Murders in the Rue Morgue, le second film Universal mettant en vedette Lugosi en savant fou meurtrier, qui assoit son statut de star de l'horreur)

1931 - Broadminded (véhicule pour le comique Joe E. Brown au visage élastique, Bela Lugosi joue cette fois-ci un hidalgo espagnol réutilisant beaucoup de ses mimiques draculesques à la demande du service marketing du film)

1931 - The Black Camel (une enquête du célèbre détective sino-hawaïen Charlie Chan, interprété par le Suédois Warner Oland, où Bela joue les voyants mondains. le film est d'ailleurs tourné en partie à Hawaï)

1931 - Prudence avec les femmes (Women of All Nations. Fantaisie d'aventure de Raoul Walsh (avec un jeune Humphrey Bogart... coupé au montage) où Bela joue encore les princes arabes propriétaire de harem)

1931 - Fifty Million Frenchmen (Gros film musical se déroulant dans la Nuit parisienne, où Bela apparait deux minutes en magicien enturbanné de cabaret,  empochant une semaine de cachet pour un après-midi de tournage, soit la bagatelle de 1000$, une somme plus que rondelette à l'époque)

1931 - Dracula

Le temps du succès : Bela devient suite à son interprétation de Dracula pour la Universal une star de l'horreur qui enchaîne les tournages à un rythme soutenu (jusqu'à 6 films par an !)

 

1930 L'amant de minuit (Oh, for a Man. Film musical où Bela incarne un directeur d'opéra. A noter que la 7ème bobine du film manque sur la seule copie originale encore existante, ce qui n'aide pas à comprendre un film déjà assez raté)

1930 Nuit Viennoises (Viennese Nights. Un petit rôle non crédité d'ambassadeur hongrois dans cette operette en technicolor)

1930 - Les renégats (Renagades. Film d'aventures sahariennes de Victor Fleming où Bela joue un sheik arabe face des Légionnaires cherchant à laver leur honneur bafoué)

1930 - Wild Company (polar dans le milieu des cabarets de Leo Mc Carrey, où Bela est un patron de boîte louche assassiné)

1930 - Sa plus belle vengeance (Such Men Are Dangerous. Thriller où Bela joue un chirurgien esthétique qui aide un méchant millionaire à changer de visage pour se venger de celle qui l'a rejeté. Pour l'anecdote, le film, qui devait avoir des scènes aériennes, fit la une des journaux lorsqu'une tragique collision entre deux avions du tournage tua 10 membres de l'équipe, dont le réalisateur Kenneth Hughes, jeune frère d'Howard Hughes)

1929 - La 13ème chaise (The Thirteenth Chair. Premier tournage pour Tod Browning, où Bela joue un policier enquêtant sur un meurtre lors d'une séance de spiritisme)

Le début du succès, suite au triomphe de son interprétation de Dracula sur scène à Broadway. Ses rôles s'étoffent et Bela, qui tourne pour de grands réalisateur de studio de l'époque, devient un solide second rôle. Il double aussi des films en hongrois comme l'oscarisé La féérie du jazz en 1930.

1928 - Erik le mystérieux / L'Illusioniste (The Last Performance. Film hollywoodien à la "Fantôme de l'opéra" du hongrois Paul Fejos, mettant en vedette Conrad Veidt, Lugosi ne joue pas mais lui prête sa voix pour la version hongroise sortie simultanément)

1928 - Prisoners (mélo sensé se passer en Hongrie, mettant en vedette dans son premier rôle sonore la star du muet Corinne Griffith, dont la carrière ne survivra justement pas au passage au parlant. Bela incarne un inquiétant propriétaire de cabaret)

1928 - The Veiled Woman (Film autour du procès d'une jeune femme qui a dû assassiner un prétendant trop pressent, incarné par Lugosi dont c'est aussi le 1er rôle parlant, même si le film fut surtout exploité en muet)

1928 - Le prince des cacahuètes (How to Handle Women. Figuration en secrétaire du diplomate de Vulgarie)

1926 - Punchinello (court-métrage adapté de la comedia dell'arte, où Lugosi joue Pierrot)

1925 - The Midnight Girl (drame dans le monde de Broadway, véhicule pour la star Lila Lee où Bela a enfin un rôle important de millionnaire amoureux)

1925 - The Daughters Who Pay (film dramatique où Bela joue les terroristes communistes)

1924 -Larmes de clown (He Who Gets Slapped - Mélo où Bela aurait fait de la figuration en clown, information jamais confirmée avec certitude)

1924 - The Rejected Woman (Drame social où Lugosi joue un rôle secondaire de Québecois)

1923 - Sa patrie (The Silent Command - Lugosi joue encore un petit rôle de saboteur, mais son regard halluciné filmé en gros plan servira pour la promo du film)

La période américaine pré-Dracula : Bela court les castings, décroche quelques rôles de quasi figurant sous divers pseudonymes (dont Belo Lugosi) voire sans même apparaître dans les crédits. Le gros de son activité est sur les planches et c'est d'ailleurs là qu'il se fait connaître et commence à acquérir un certaine notoriété.

1922- Ihre Hoheit die Tänzerin (Son altesse la danseuse. Film perdu probablement antérieur qui eu beaucoup de mal à sortir à cause de problèmes de censure car jugé amoral pour la République de Weimar. Bela n'y tient qu'un rôle secondaire et à cette date est déjà parti aux Etats-Unis)

1921 - Apachenrache, 3. Teil - Die verschwundene Million (La revanche des apaches 3 le million perdu / John Hopkins 3 le million perdu. Film policier perdu, 3ème épisode d'une série autour du personnage du détective John Hopkins. D'après les quelques photogrammes restants, Bela incarnerait un rôle secondaire de marin joueur d'accordéon)

1920 - Der Fluch der Menschheit - 1. Die Tochter der Arbeit (La malédiction de l'humanité - la fille du travail : film perdu en 2 parties où Bela n'a qu'un petit rôle de criminel saboteur)

1920 -Die Todekarawane (La caravane de la mort.  Film d'aventure arabisante faisant partie d'une série. Bela joue un scheik arabe, là encore un film perdu qui est peut-être un retitrage d'Auf den Trümmern des Paradieses sorti la même année )

1920 - Die Frau im Delphin, oder 30 Tage auf dem Meeresgrund (La femme dans le dauphin, ou 30 jours au fond de l'océan - film perdu de fantaisie sous-marine)

1920 - Auf den Trümmern des Paradieses (Sur les ruines du paradis, suite de Die Teufelsandbeiter, film perdu où Bela n'a qu'un petit rôle secondaire)

1920 - Die Teufelsandbeter (Les adorateurs du Diable, film d'aventures arabisantes perdu)

1920 - Lederstrumpf (La légende de Bas de Cuir. Film en 2 parties adapté de Fenimore Cooper où Bela joue le chef indien Chingachgook. Films conservés et ressortis en DVD)

1920 - Das ganze Sein ist flammend Leid (Tout être est une douleur flamboyante : film perdu adapté de Gustav Meyrick - auteur du Golem -)

1920 - Le secret du comte Warren / Le crime du docteur Warren (Der Januskopf : adaptation non officielle - d'où les changements de nom des personnages - perdue de Dr Jeckyll et Mister Hyde par F.W. Murnau avec Conrad Veidt dans le rôle titre et Bela en employé de morgue) 

1920 - Nat Pinkerton im Kampf, 1. Teil - Das Ende des Artisten Bartolini (Nat Pinkerton au combat : la fin de l'artiste Bartolini, populaire série de films policiers où Bela joue un artiste de cirque. les 2 films (la suite sans Bela étant sorti l'année suivante) sont perdus)

1920 - Die Sklavenhalter von Kansas-City (Les esclavagistes de Kansas City : un western semble t-il aussi perdu)

1920 - Der Fluch der Manscheit / Tanz auf dem Volcano (La malédiction de l'Humanité / Dance sur un volcan : série de films d'aventures politiques autour de la révolution russe. Les 3 films remontés et raccourcis semblent avoir été exploités dans des versions tronquées sous de nombreux titres, et celle sortie aux Etats-Unis sous le titre tardif Daughter of the Night est la seule copie encore existante, d'ailleurs ressortie en DVD)

1920 - Sklaven fremden Willens / Hypnosis (Esclave d'une volonté étrangère, Bela interprète un hypnotiseur maléfique, un des rares films dont une version a été conservée et parfois projeté en festival)

1919 - Nachenschnur des tot (Le collier de la mort, film perdu dont on ne connait même pas le réalisateur)

La période allemande : Bela, qui cherche à diversifier sa carrière et qui a quelques soucis politiques du fait de ses engagements pour la cause ouvrière à partir de 1919 va tenter sa chance à Vienne puis Berlin.

 

1919 - Casanova (Biographie en costume, Bela qui devait avoir le rôle titre avant qu'Alfred Deesy, le réalisateur, n'incarne Casanova lui-même, n'a finalement qu'un apparition secondaire. Un fragment de 6 mn a été conservé en Hongrie)

1918 - A léopard (Le Léopard, semble être d'après les descriptions la suite de Küzdelem a létért )

1918 - Der Fluch der bösen Tat (La malédiction de l'acte maléfique, film policier tourné en Hongrie mais dont on ne connait qu'une sortie sous ce titre allemand. Probablement une adaptation des romans du detective Stuart Webbs, très populaires en Allemagne et souvent portés à l'écran à l'époque)

1918 - Lulu (adaptation de la pièce La Boîte de Pandore, sur l'ascension et la chute de la courtisane Loulou)

1918 - Küzdelem a létért (Lutte pour la vie, inspiré d'une pièce d'Alphonse Daudet, un court fragment a survecu)

1918 - 99 (polar autour d'un criminel aux identités multiples)

1918 - Tavaszi vihar (Tempête de printemps là encore un mélo)

1918 - Nászdal (La chanson de mariage, un mélo où Bela joue un violoniste)

1918 - A Régiséggyüjtö (L'antiquaire, court-métrage)

1918 - Az élet királya / Dorian Gray Arckepe (Le roi de la vie, adaptation du portrait de Dorian Gray - Une partie du film a été conservée)

1918 - Lili (Sous-titré "Le journal d'une grand-mère, à première vue un mélodrame sentimental inspiré d'une opérette à succès)

1917 - Leoni Leo (Léone Leoni, adaptée d'une nouvelle de George Sand)

1917 - Álarcosbál (Le bal masqué, film autour d'une société secrète inquiétante)

1917 - Az Ezredes (Le colonel, film adapté d'une pièce de Ferenc Herczeg où Bela interpète le rôle titre, celui d'un cambrioleur)

 

Les débuts au cinéma en Hongrie, après sa démobilisation dûe à ses blessures de guerre. Il poursuit en parralèle une carrière sur les planches. La plupart de ces films ayant été perdus, nous mentionnerons si, à notre connaissance, une copie ou des bobines existent.