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Superargo Contre Diabolikus


Superargo Contre Diabolikus

Titre original :Superargo contro Diabolikus

Titre(s) alternatif(s) :Superargo, el hombre enmascarado, Supersonic Man (VHS Initial)

Réalisateur(s) :Nick Nostro

Année : 1967

Nationalité : Italie / Espagne

Durée : 1h28

Genre : Sous-James Bond sixties en collant

Acteurs principaux :Giovanni Cianfriglia (alias Ken Wood), Gérard Tichy

Nikita
NOTE
2.5/ 5

Nous sommes dans les années 60. Ou plutôt, dans le cinéma bis des années 60. Un étrange triangle des Bermudes spatio-temporel où les couleurs flashent plus que nulle part ailleurs, où toutes les femmes sont des bombes avec des coiffures en choucroute, et où les services secrets passent leur temps à déjouer les plans d’improbables mégalomanes grâce au concours d’agents nommés Super Dragon ou Bob Fleming 077. Là les lois de la vraisemblance et de la crédibilité n’ont pas plus cours que dans un film de ninja, les acteurs débitent des textes ahurissants avec un sérieux inébranlable et les voitures flashy zigzaguent avec frénésie sous le feu de mitraillettes à camemberts.

 


L’italien « Superargo contre Diabolikus » est l’un des produits les plus étranges et réjouissants de cette période totalement décomplexée du nanar européen : imaginez le produit d’une copulation sauvage entre James Bond, le célèbre catcheur mexicain Santo et le Fantôme du Bengale, et vous aurez le seul, l’unique SUPERARGO, l’homme qui terrasse les méchants par la seule exhibition de son terrifiant collant couleur ketchup ! Mais qui est donc ce Superargo, qu’a-t-il de super, me direz-vous ? Hé bien Superargo est un super-catcheur. Mais vraiment super, super fort. A tel point que, lors d’un match arrangé d’avance, et faute de contrôler sa force, il tue son adversaire, qui était aussi son ami. Superargo est donc super déprimé et pense quitter le ring. Oh ben quoi, le film est déjà fini ? Oooooh… Ha ha, mais non ! Car si le ring n’hébergera plus les exploits de Superargo… la Nation a encore besoin de lui ! Superargo connaît en effet le Colonel Kinski (Si ! Hélas, il ne s’agit pas de Klaus, mais d’un moustachu anonyme) chef des services secrets, qui a pour lui une mission : un malfaisant attaque en effet les plates-formes pétrolières pour y voler des matériaux radioactifs ! (Ne faites pas les étonnés, c’est comme ça. Et puis d’abord il n’y avait qu’une plate-forme pétrolière de disponible comme décor ! Et puis ça fait toujours classe, une plate-forme pétrolière. Bref, fermons la parenthèse.) Il faut donc lui botter le cul, comme disaient les Nuls dans leur parodie de Rambo. Et c’est Superargo qui va s’en charger.

 


Relisez le précédent paragraphe du début à la fin. Un gros méchant fait des méchancetés. Il semble insaisissable. Et que trouvent de mieux à lui envoyer les autorités ? L’armée ? Une escouade de super-agents équipés de technologies de pointe ? Non, un CATCHEUR. Un bon Dieu de guignol en collant rouge et masque noir va être chargé de sauver le monde ! Bien sûr, Superargo possède d’étonnants pouvoirs : sa force est considérable ; coagulant plus vite que son ombre, il est quasi invulnérable aux armes blanches. Mais en quoi ce gugusse dont le principal talent demeure tout de même sa capacité à distribuer des baffes constitue-t-il une arme de pointe pour les services secrets ? Si le palais présidentiel avait besoin d’un bon videur, on comprendrait, mais là…




Superargo : sur son visage se lisent bravoure et détermination. Et il n'a même pas peur des piqûres !


Bref, ni une ni deux, Superargo bondit dans sa Superargomobile (non, en fait sa bagnole est assez ordinaire) et part à la poursuite des malfaisants. Ceux qui ont lu le titre savent déjà que le méchant s’appelle Diabolikus. Avec un nom pareil, que voulez-vous faire dans la vie ? Qui a répondu "plombier" ? Mais non, enfin, quand on s’appelle comme ça, on ne peut qu’être savant fou mégalomane, enfin ! Imaginez un peu la scène : « Bonjour, m’sieur, j’m’appelle Raoul Ténébrax, je suis chauffeur-routier ! ». Tout simplement impensable.


Diabolikus : sur son visage se lisent malfaisance et rapacité.


Bref, Diabolikus, que l’on identifie comme un méchant car il se balade dans une espèce de tenue de cosmonaute du début à la fin, mijote des saloperies insondables destinées à plonger le monde dans le chaos. Comme tout maître du mal qui se respecte, il est secondé par une armée de sbires dans un QG qui ressemble bizarrement à un hangar et se trimballe une compagne toute droit sortie d’une partouze mondaine d’Aristote Onassis.

 


La maîtresse de Diabolikus : sur son visage se lisent vice, luxure et esprit de débauche.

Admirez les prouesses du costumier.


Inutile de vous dire que le bien triomphera du mal, le beau du laid, et la morale du vice, puisque Superargo va faire rendre gorge à Diabolikus dans un festival de péripéties toutes plus idiotes et téléphonées les unes que les autres. Il faut préciser, pour bien faire ressortir toute la substantifique moelle nanarde de notre ami Superargo, que le super-catcheur-007 n’enlève JAMAIS sa tenue. Qu’il soit en pleine conversation privée avec sa copine, dans le bureau du Colonel Kinski, chez son percepteur ou sous sa douche, Superargo n’enlève ni son collant, ni son masque. On nous sous-entend vaguement que son visage peut avoir des caractéristiques étranges, mais la question n’est guère approfondie. Superargo n’a pas d’alter ego à la Bruce Wayne, il est Superargo, et puis basta, que ça vous plaise ou non ! Super doit être son prénom, et Argo son nom de famille…

 


Arrêtons là les frais tant vous aurez compris que « Superargo contre Diabolikus » est d’une exquise nanardise, qui tient tout entière dans son sujet, et dans son traitement. La naïveté est reine dans ce simili-serial au scénario plus indigent que le plus basique des comic-books de dernière catégorie. Tourné dans la foulée du « Batman » avec Adam West d’une part, du « Danger : Diabolik » de Mario Bava d’autre part, ce film de Nick Nostro (bisseux de seconde zone) est représentatif de la courte vogue de films-BD allègrement crétins de la fin des années 60. Plus réussi que « Superman le Diabolique » (« Argoman superdiabolico »), autre film de super-héros italien véritablement épuisant de bêtise, « Superargo contre Diabolikus » demeure tout de même à quelques coudées en dessous du « Diabolik » de Bava, y compris au niveau délire sixties. Réalisé comme un sous (disons même sous-sous-sous) James Bond, le film, contrairement au Batman version sixties, a tout l’air de se prendre relativement au sérieux… ce qui fait justement son charme tant les efforts de l’équipe du film ne peuvent littéralement rien contre la profonde idiotie du scénario.


Le quotient nanar de ce « Superargo contre Diabolikus » se mesure essentiellement à son postulat débilissime, car autrement on a vu des films plus riches en scènes nanardes. Réalisé sans génie mais correctement (si l’on excepte quelques mouvements de caméras assez ridicules), bien photographié dans un style très sixties (couleurs pétaradantes), le film aurait tout, techniquement, de l’honnête travail de professionnel… Si ce n’est que la seule vision (que dis-je la seule idée !) de cette grosse baudruche écarlate de Superargo comme arme absolue contre le crime le fait plonger sans appel dans l’enfer des catastrophes cinématographiques. A noter tout de même une scène de folie où notre héros, pour abattre une porte blindée, se saisit d'une lampe à souder et dessoude les gonds de la porte... en trente secondes !

 


Ciel, notre héros est prisonnier ! Que va-t-il adviender de lui ??


Le film est à voir comme une sorte de manifeste dégénéré de la naïveté sixties, et de certaines tentatives inabouties de récupérer l’esthétique et la fraîcheur BD. On ajoutera enfin que le costume de Superargo est un démarquage éhonté de celui du Fantôme de Bengale, à l’exception du masque, qui fait plutôt penser à un personnage de Commedia dell’Arte (c’en était peut-être un d’ailleurs ! Le film a été fait par des Italiens…) A noter que le succès fut au rendez-vous, puisque le film eut une suite un an plus tard, « Superargo contre les robots » ! A mon avis, Superargo met la raclée aux robots à la fin...

 


Un petit mot sur le générique, très connoté "bis européen des années 60" : Superargo est interprété par le très robuste Ken Wood, alias Giovanni Cianfriglia. Cet ancien cascadeur italien aligne une filmographie impressionnante, puisqu’il hanta, essentiellement dans des seconds rôles du type "armoire à glace", le générique de merveilles comme « Supermen contre Amazones », « Adios Sabata », « L’Homme-puma », « Hercule » de Luigi Cozzi, « Les Barbarians », « 2019, Après la Chute de New York », ou « La Guerre du Fer » ! Respect.


Loredana Nusciak, interprète de la maîtresse de Diabolikus, experte en coups de cravache et trahisons diverses, est une pure starlette années soixante. Son titre de gloire est d’avoir été l’actrice principale de « Django » de Sergio Corbucci. Sa filmographie s’interrompt en 1975, laissant inconsolables tous les ex-fans de la série B sixties…


Et enfin, Gérard Tichy, qui est un Diabolikus ma foi plutôt convaincant, en tout cas beaucoup moins ridicule que le nom du personnage ne le laissait présager.

 


Gniark, gniark, moi, Diabolikus, je vais m’enfuir en fusée…

Et j’pourrai recommencer autant d’fois que je l’veux ! Mouahahahaha ! (Heureusement, Superargo veille !)


Hé non, cet acteur n’était pas français ! Bien qu'ayant des ancêtres originaires de notre beau pays, Gérard (Gerhard) Tichy n’en était pas moins un comédien allemand, expatrié en Espagne, dont le nom figure au générique d’un très grand nombre de films orientés bis, espagnols, italiens ou français (« Casablanca nid d'espions », « Surcouf le tigre des sept mers »... il joua même dans « Les Charlots font l’Espagne » !), mais aussi dans des productions prestigieuses comme « Le Roi des Rois » de Nicholas Ray, ou « Docteur Jivago ». Cette chronique lui est dédiée, ainsi qu’à tous ces acteurs dont les visages nous demeurent souvent inconnus, mais dont les noms hantent tant de génériques qu’ils participent, bien plus qu’on ne le pense, à la légende du cinéma.

(Merci aux forumeurs, et notamment à MrKlaus pour l'icono)

- Nikita -
Moyenne : 3.00 / 5
Nikita
NOTE
2.5/ 5
Kobal
NOTE
3.5/ 5
Jack Tillman
NOTE
B.F./ 5

Cote de rareté - 2/ Trouvable

Barème de notation

 

En 2014, les esthètes de chez "Artus Film" nous ont offert une superbe version dans leur collection "Fumetti" agrémentée de deux interviews instructives: celle l’assistant-réalisateur Ferruccio Castronuovo qui revient sur les conditions de tournages et celle du dessinateur Curd Ridel passionné par ce film et l'univers de la série B. italienne


Si vous en êtes encore aux cassettes vidéos, il existe une édition VHS chez "VIP production". Il semble aussi qu'on puisse le trouver chez l'éditeur filou "Initial", spécialiste des jaquettes volantes, sous le titre et le visuel d'un autre film de super héros en collant : « Supersonic Man ».