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Cinderella 2000

(1ère publication de cette chronique : 2021)
Cinderella 2000

Titre original : Cinderella 2000

Titre(s) alternatif(s) :Future Sex, Civilization 2047

Réalisateur(s) :Al Adamson

Année : 1977

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h43

Genre : Orwell sous acide

Acteurs principaux :Eddie Garetti, Renée Harmon, Erwin Fuller, Vaughn Armstrong, Jay B. Larson, Catharine Burgess (alias Catharine Erhardt)

Jack Tillman
NOTE
4/ 5

 

Sacré morceau que voilà...

Comme chacun sait, chaque nanar a sa particularité qui le distingue des autres. L'élément qui nanardise ce film-là tient en six lettres : kitsch.

Alors forcément, quand un film à très petit budget adapte un conte de fée pour en faire une comédie musicale érotique de science-fiction, il faudrait être le dernier des idiots pour hurler au scandale si le film manque de "réalisme". Loin de moi l'idée de dire du mal de Cinderella 2000, bien au contraire, j'ai davantage envie de chanter des louanges (puissè-je le faire moins mal que les interprètes du film) pour cette petite merveille, certes opportuniste, un poil racoleuse et débordante de mauvais goût, mais qui touche aussi par sa naïveté, sa sincérité, sa générosité et son enthousiasme euphorisant. Soyons juste, le film m'a fait passer un super moment. Alors, est-ce vraiment un nanar ou juste un simple bis sympa ? Je veux mon neveu que c'est du nanar, et même du nanar haut de gamme tant l’œuvre m'a plongé dans un état d'hilarité quasi-constante et m'a fait halluciner comme rarement devant mon écran. Simple question de dosage, entre le kitsch gentillet qui vieillit certaines comédies musicales sans pour autant les faire atterrir sur Nanarland, et le sommet de Grand Guignol kitschissime qui ringardisait déjà Cinderella 2000 dès sa sortie, et même avant... en fait, à n'importe quelle époque de l'Humanité le film aurait paru ringard. Et c'est aussi pour ça que le film est formidable.


Comme dans tout vrai nanar, la nanardise de Cinderella 2000 naît d'un décalage qui nous fait assister en purs spectateurs à un univers autre, totalement déconnecté du monde réel. On voit bien ce que le réalisateur a essayé de faire, quels effets il a voulu produire chez son public, et c'est vrai qu'on se laisse par moments joyeusement emporter par ce débordement de kitsch assumé. Mais on est surtout témoins d'un véritable délire collectif dans lequel les acteurs jouent les scènes les plus ridicules sans paraître le moins du monde se préoccuper de leur dignité, et c'est aussi ce déphasage qui est magique, féérique, onirique, qui tutoie le génie et provoque chez les nanarophiles une béatitude complète. C'est bien simple, quand le film se termine, on en réclame encore. Et on veut connaître l'adresse de leur dealer.


Selon les dires du producteur Samuel M. Sherman, le film est né à une époque où les comédies musicales érotiques, notamment inspirées de contes populaires, étaient très en vogue, faisant tout naturellement naître chez Sherman et son pote Al Adamson l'idée d'adapter le mythe de Cendrillon avec des chansons et du sexe dedans. Seulement voilà, manque de bol, cette même année 1977 Charles Band mettait lui aussi en chantier un Cinderella érotico-musical qui risquait fort de brûler la politesse au duo Adamson/Sherman. Pour se démarquer, Adamson eut la bonne idée de revisiter le conte en le plaçant dans un contexte science-fictionnel avec robots, vaisseaux spatiaux et technologie futuriste (la sortie de La Guerre des Étoiles n'ayant bien entendu en rien influencé ce choix artistique). Cela permit en outre à Adamson de recycler un ancien projet avorté d'une adaptation cochonne du 1984 de George Orwell, pour le mixer avec leur nouveau scénario. Ne restait plus qu'à y ajouter des gags du meilleur aloi et voilà Cinderella 2000, sans doute le projet le plus ambitieux des studios Independent-International, sorte de mélange complètement barré de l’œuvre d'Orwell, du conte des frères Grimm, de L'Age de Cristal, du Magicien d'Oz, de Barbarella et de l'humour raffiné des sexy-comédies italiennes. Toutefois, ne vous attendez pas à des poursuites en croiseurs interstellaires et à prendre des étoiles plein les mirettes, Al Adamson n'a vraisemblablement même pas eu le budget maquillage dont disposait Luigi Cozzi pour Starcrash, et il se limite à des ambitions beaucoup plus raisonnables, sur un terrain qu'il maîtrise bien : celui de la cuisse légère et des scènes d'intérieur. Ne soyez pas déçus pour autant, car tout statique que soit le spectacle, la nanardise jaillit carrément de chaque scène.

Une jaquette qui transforme le film en post-apocalyptique italien... ce qu'il n'est absolument pas.


En 1977, l'an 2000 ça semblait vachement loin et dès qu'on mettait la date 2000 à la suite d'un autre mot dans un titre, le public savait qu'il allait voir un film de science-fiction. Cela dit, peut-être que le monde de Cinderella 2000 est encore à venir car l'action du film se situe en fait en l'an 2047, petite contradiction sans importance entre le titre et le contenu. En 2047 donc, la Terre sera dirigée par un simili Big Brother à moustache qui aura instauré un système totalitaire interdisant tout acte sexuel à ses habitants, sauf ceux qui auront été sélectionnés au préalable par l'Ordinateur Central qui décidera lesquels pourront enfin tirer un coup (mais un seul), avec donc une file d'attente et un numéro à tirer. Tout cela afin d'endiguer le problème de la surpopulation mondiale et parce que le sexe c'est sale. Seulement, les Terriens ne seront pas très obéissants et passeront leur temps à s'envoyer en l'air, coïts prohibés qui seront systématiquement interrompus par l'intervention de Roscoe le Robot, "détecteur de fornications" de son état. Dans cette société dystopique, la jeune Cindy va tenter, malgré les maltraitances de sa belle-mère nymphomane et de ses deux belles-sœurs chicaneuses, de trouver son prince charmant, avec l'aide de son Parrain, descendu sur Terre à bord d'une soucoupe volante en incrustation cheap.

La Metropolis du pauvre.

 

Le "Great Controller". Cabotinage intensif de Maître du Monde au programme sur les ondes 24 heures sur 24.

Un couple de dissidents sexuels vivant dans la peur. La fille c'est Sherri Coyle, qui devait au départ jouer le rôle principal mais Adamson et Sherman lui préférèrent Catharine Burgess. Elle jouera de nouveau pour Al Adamson l'année suivante dans le film de plage "Bikini Commando". Ce furent apparemment ses deux seules contributions au septième art.

Ô joie ! Ô allégresse ! Dans la dictature de l'an 2047, le port de la moustache deviendra obligatoire.Des lendemains qui chantent, je vous dis ! (et là c'est le cas de le dire).

Comme dans le conte originel, Cindy se rendra au grand bal organisé par le "Great Controller" pour ses sujets, métamorphosée par les bons soins de son parrain extraterrestre : de souillon à couettes et à moitié à poil dans ses haillons ras-la-touffe, elle devient une véritable déesse de la séduction en robe de gala. Notre héroïne va alors connaître le grand amour avec Tom Prince, bellâtre blondinet occupant la fonction de "régulateur sexuel", appelé en dernier recours lorsque les Terriennes sont trop en chaleur pour supporter davantage l’abstinence sexuelle imposée par le gouvernement. Et comme dans la fable, Cindy va être obligée de regagner ses pénates en catastrophe passé minuit, et le beau Tom Prince fera alors tout pour retrouver sa princesse. A ceci près qu'ici, point de soulier de vair égaré : c'est Tom Prince qui devra "essayer" toutes les filles du pays avant de retrouver l'élue de son cœur. Tout ça en accéléré façon Benny Hill, Al Adamson ayant sans doute voulu rendre hommage à Kubrick et son Orange Mécanique.

Un futur cent fois plus seventies que les seventies elles-mêmes.

Bon, patron, il faut déclarer l'état d'urgence : c'est vraiment plus possible ces costumes officiels !


Le film possède de réelles qualités, en particulier son actrice principale Catharine Burgess (pourquoi vous me regardez comme ça ? Ah bon, je rougis ?). Al Adamson, qui désespérait un peu de trouver une comédienne qui soit à la fois photogénique, qui sache jouer la comédie, pousser la chansonnette et qui ne soit pas effarouchée pour tourner les scènes olé-olé, eut la pertinence d'engager cette jeune actrice pornographique tout simplement charmante. Son jeu possède à la fois une fraîcheur, une spontanéité et une douceur qui apportent beaucoup au film. Elle n'a malheureusement pas réussi à percer dans le cinéma traditionnel alors qu'elle en avait sans doute les moyens.

"UUUNNN JOOOUUUR MON PRIIINNNCE VIENDRAAAAAA !..."

Catharine Burgess. Un peu de douceur dans ce monde de brutes en rut.

Le bal costumé.

Cindy fait son entrée sous le pseudo "Aphrodisia, déesse de l'amour" (sic).

Le beau prince charmant est sous le charme.


Le reste de la distribution la joue plus théâtrale, à commencer par ce gros cabotin de Erwin Fuller en "Great Controller" tour à tour jovial, souriant et paternaliste, puis hurlant et grimaçant, qu'est rien qu'un gros frustré qui passe son temps à mater des magazines cochons en cachette (gag). La prestation de ce fidèle d'Al Adamson aura de quoi marquer au fer rouge les mémoires de ceux qui verront le film dont il est un des (nombreux) éléments forts en nanardise. Jay B. Larson, le "Parrain la fée", est lui aussi un cabotin sympathique doté d'une vraie présence à l'écran. Vaughn Armstrong joue assez bien son rôle de prince charmant queutard qui rêve d'un monde meilleur où l'on vivrait d'amour et d'eau fraîche. Il a juste par instants tendance à prendre un air niaiseux involontairement comique. Cela ne l'empêchera pas de faire une jolie carrière à la télé jusqu'à nos jours puisqu'il détient le record du plus grand nombre de rôles dans l'univers Star Trek avec 12 personnages distincts dans les différentes séries que compte la franchise. Quant à la quinquagénaire Renée Harmon, elle bifurque en cours de film de son rôle de belle-mère tyrannique vers une prestation outrée de MILF en chaleur totale assez embarrassante.

 

Erwin est lâché ! On ne le tient plus ! Tous aux abris !


L'attachant Jay B. Larson tente de battre Erwin Fuller sur le terrain du cabotinage. Mais Erwin est décidément insurpassable dans ce registre.

"Dis Cathy, tu veux que je te montre ma baguette magique après le tournage ?"

Renée Harmon, étoile filante du nanar de série Z des années 70-80, dont la filmo s'enorgueillit de titres comme "Frozen Scream", "Hellriders", "The Executioner Part 2" et "Revenge of Lady Street Fighter". Elle est par ailleurs l'auteure de guides sur "comment réussir sa carrière au cinéma" (véridique).


Au rayon des bons points, on soulignera que les chansons sont vraiment entraînantes et les mélodies, particulièrement ringardes, auront des chances de vous rester dans la tête longtemps après les avoir entendues. Seulement, les interprètes de ces chansons n'ont pas tous la voix de l'emploi, certain.e.s braillant plus qu'ils/elles ne chantent, au grand dam de nos pauvres tympans. En outre, ils ont un peu tendance à partir dans des vocalises trop poussées et le fait que tous les chants soient en playback sur une piste audio différente de celle du reste du film ajoute au sentiment de "trop la honte" de ces séquences musicales. Et puis il y a le problème des chorégraphies, avec la caméra statique filmant de trois quarts les danseuses en plans trop serrés alors qu'il eut sans doute fallu des plans larges de face pour un peu dynamiser et mettre en valeur ces scènes. D'ailleurs, les danses n'ont vraiment rien d'élaborées, se limitant pour l'essentiel à se dandiner de droite à gauche en remuant très mollement le popotin. Sans parler de l'agression oculaire qu'infligent des costumes et des décors d'un indescriptible mauvais goût. Mais le plus beau reste cette séquence de fou où des figurants déguisés en lapins, en cerf et en écureuil chantent avec des voix de Chipmunks et dansent la farandole n'importe comment en se tenant la main dans un jardin public, donnant au spectateur la forte impression de vivre un trip sous champignons hallucinogènes. A ne pas en croire ses yeux ni ses oreilles.

 

 

Production à budget riquiqui oblige, les effets sont un peu spéciaux.

Dimanche dernier, j'étais tranquillement en train de promener mon chien en forêt quand soudain...

Un film érotique plus flippant qu'émoustillant.

"Allez, tous avec moi : We all need love! We all need love! We all need loooooooove!..."

Et soudain, le doute... "Ai-je fait le bon choix pour lancer ma carrière ?"


Et puis il y a aussi le fantabuleux Roscoe, le robot shooté à l'hélium, sa démarche "robotique" impayable, ce running-gag catastrophiquement pas drôle où Roscoe est pris de bugs incontrôlables, et surtout Roscoe CHANTE ET DANSE. Et alors là, je ne m'en suis toujours pas remis... Parce qu'en plus il chante avec une voix éraillée pas possible, entouré de ses Roscoe Boys (des danseurs robots) dans une ambiance gay-friendly, en nous racontant sa passion charnelle pour le bricolage ! Énorme. Soulignons aussi que Roscoe est censé incarner à lui tout seul l'armée de robots du "Great Controller", le film souffrant du syndrome Robot Monster et Robot Holocaust.

Attention, Disco Roscoe est dans la place !

Il n'y a guère que le Roscoe Boys Band qui se foule un minimum question chorégraphie. Question ridicule, là aussi ils sont forts.

"Merci mesdames et messieurs mais n'insistez pas, il n'y aura pas de rappel."

Il y aurait encore plein de choses à dire sur ce film magnifique, sur son humour ronge-cerveau, ses costumes absolument incroyables (d'ailleurs c'est curieux de remarquer que dans un monde où la sexualité est proscrite, toutes les femmes sont à moitié nues), ses décors en carton aux couleurs criardes tout droit sortis de la parodie de Star Trek par Les Inconnus, ses scènes de cat-fight où les actrices s'arrachent le soutif, les bruitages à base de "pouet pouet ! bong bong !" qui rythment ses scènes de culbute, les inserts énaurmes de sa "version longue" (avec un gang-bang entre une Blanche Neige nymphomane et ses sept nains lubriques). Mais ma chronique est déjà trop longue et il faut bien vous laisser quelques surprises si l'envie vous prenait de découvrir ce petit chef-d’œuvre de mauvais goût des années disco, débordant d'enthousiasme et d'insouciance. C'est rafraîchissant, indéniablement soigné, ça a un charme fou et c'est d'une naïveté désarmante, mais c'est aussi fantastiquement nanar, d'une nanardise chimiquement pure, qui fonce tête baissée dans le délire sans ceinture de sécurité. Un grand merci posthume à Monsieur Adamson pour ce pur moment de bonheur.

"I'm a pooooor lonesome robot..."


A noter que Roscoe, le robot dansant, va connaître un singulier revival avec le détournement sur le cinéma érotique des années 70 A la Recherche de l'Ultra-Sex de Nicolas et Bruno (auquel Nanarland a apporté son expertise déviante pour dénicher certains extraits), au point de devenir la mascotte du film sous le nom de Robot Daft Peunk. On a d'ailleurs pu le voir esquisser une petite chorégraphie au Rex lors de la 11ème Nuit Excentrique...

- Jack Tillman -
Moyenne : 3.25 / 5
Jack Tillman
NOTE
4/ 5
Rico
NOTE
2.5/ 5

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation


La copieuse édition DVD "30th anniversary" de chez "Retro-Seduction Cinema" propose le film dans une jolie copie, avec en bonus le commentaire audio bourré d'anecdotes de Samuel M. Sherman, la version "Euro" du film grossie d'un quart d'heure de cochonneries supplémentaires (avec hélas un méchant recadrage et une image moins nette), des notes de tournage, et les bandes-annonces d'autres merveilles signées Al Adamson sorties dans la même collection, tout ça sur un disque multi-zones. Seul bémol : pas de VF ni de sous-titrages.

Un DVD allemand à l'affiche agressive est sorti récemment chez "Great Movies/Indigo", avec hélas peu de bonus en dehors des langues allemande et anglaise. De plus il est annoncé à une durée de 1h11 mn, ce qui semble annoncer des coupes assez sévères.


Pour les complétistes, un énorme coffret blu-ray collector anthologique est sorti chez "Severin Film" avec pas moins de 32 films. Le disque de Cinderella 2000  reprend l'ensemble des bonus du DVD anniversaire. Mais bon, la bête est épuisée et vaut 400 dollars !

400 $, m'en fout ! IL ME LE FOOOOOOOOOOOOOOOO !!!"