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L'Attaque du griffon

(1ère publication de cette chronique : 2021)
L'Attaque du griffon

Titre original :Attack of the Gryphon

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Andrew Porse

Année : 2006

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h26

Genre : Grype aviaire de Roumanie

Acteurs principaux :Sarah Douglas, Jonathan LaPaglia, Larry Drake, Amber Benson, Andrew Pleavin, Douglas Roberts

Kobal
NOTE
2/ 5

Un visuel moche, griffonné à la va-vite.

Il faut être un peu vieux pour ressentir une douce nostalgie réchauffer son âme quand apparaît à l'écran le logo Nu Image. Chantre des productions hasardeuses dans les années 2000 et grand apôtre du retour à l'écran des animaux monstrueux en CGI basse résolution, le studio a depuis abandonné ces terres ingrates pour s'aventurer vers de plus grands projets. Faut dire qu'en matière de zèderie sans vergogne, Nu Image a depuis été débordée de tous côtés par plus crevards qu'elle. En effet, quand on revoit aujourd'hui une de leurs productions, on s'étonnerait presque du professionnalisme avec lequel est traité le film : les techniciens roumains savent y faire, les costumes tiennent la route, le réalisateur connaît à peu près son boulot et les acteurs évitent le naufrage. Attention à ne pas non plus survendre le truc : y'a rien de mémorable, c'est filmé plan plan, sans aucun talent particulier pour dynamiser la mise en scène des combats, et les équipements semblent avoir été volés au GN du week-end dernier. Mais L'Attaque du Griffon a une mission, pondre un film médiéval-fantastique à pas trop cher capable de satisfaire le spectateur de 2ème partie de soirée. Et de ce point de vue, il est réglo.

A Nu Image, Nanarland reconnaissant.

L'histoire est d'un classicisme à toute épreuve : le royaume de Vallon est divisé par une antédiluvienne guerre fratricide opposant les Delphites aux Locklanders. Affaibli par une percée de ses ennemis delphites et endeuillé de la perte de son fils Patrick, le roi Philip se laisse convaincre par son sorcier personnel de ramener à la vie la créature totémique de leur clan : le griffon. Mais, avide de pouvoir et de trahison comme le laissent deviner ses yeux plissés et luisants, et, plus flag' encore, les expériences douteuses qu'il pratique sur des "vierges", le vil Armand (quel démoniaque patronyme !) en profite pour soumettre la bestiole et la retourner à son profit contre les deux camps. Le prince delphite Seth et la princesse locklander Amélia sont envoyés par leur suzerain paternel respectif retrouver un artéfact capable d'empêcher le règne de terreur d'Armand : la lance draconique. 

Armand (incarné par Larry Drake, surtout connu pour son rôle de Dr Rictus), en pleine interprétation de fourberie contenue.

Un physionomiste cérébro-lésé comme moi le verrait bien en look-a-like med-fan de Dupont-Moretti (ça doit être la toge). 

La princesse Amélia (Amber Benson, connue des fans de Buffy pour son rôle de petite amie de Willow).

Le prince Seth (Jonathan LaPaglia, qui a arrêté sa carrière de médecin pour tourner dans plein de séries télé et à l'occasion dans un nanar).

Les plus sagaces d'entre vous ont sans doute déjà deviné la suite des événements : après quelques escarmouches et péripéties, les deux héritiers des familles ennemies vont finir par s'allier pour surmonter les épreuves qui les séparent de la lance magique, découvrir qu'il vaut mieux faire l'amour que la guerre, assister sans broncher une larme à la mort successive de tous leurs larbins muets (ça coûte cher une ligne de dialogue) qui ne sont là que pour assurer le bodycount, provoquer la chute du sorcier (symboliquement) et du griffon (littéralement) et enfin réconcilier le royaume sous les hourras des figurants survivants. Propre, net, carré. A la manoeuvre, le réalisateur Andrew Porse a essentiellement oeuvré dans la série télé, mais il a également fait tourner Jan-Michael Vincent dans Demonstone et a participé à un remontage américain d'un opus d'Ultraman. La belle carrière, quoi.

En matière de pardon, la princesse Amelia est un véritable parangon de miséricorde : son nouvel amant a en effet tué son frère à peine quelques jours auparavant.

Weird fact : suite à sa coucherie, Amélia perd sans raison son armure au profit d'une simple tunique.

Face à la menace, les rois Orin et Philip redeviennent de vieux potes qui envoient leurs troupes au sol charger à la mort contre un griffon volant.

La reine Cassandre (Sarah Douglas, particulièrement célèbre pour sa prestation de Ursa dans les deux premiers Superman, et un peu moins pour celle de Lyranna dans Dar l'Invincible 2).

Comme je le disais, rien de bien honteux, donc, rien non plus de très glorieux. Personne ne joue trop comme une patate, à part Armand qui s'amuse à en faire des caisses en tyran maléfique se gaussant constamment de sa puissance et de son génie. Les deux héros sont bien dans leur rôle très passe-partout ; on leur préférera ainsi leurs lieutenants respectifs qui tentent vainement de faire respecter aux tourtereaux les traditions bellicistes de leur camp, ce qui finit par les rendre sympathiques dans la louse. Difficile par contre de ne pas sourire des performances d'acting des deux séïdes succubesques d'Armand, vierges au look de pornstars qui roulent des yeux avec délectation et scandent régulièrement un "ayaté chikita", motto satanique digne de devenir le prochain tube de l'été.

Petit moment tragico-triste lorsqu'on lit la biographie de Simona Williams sur imdb ("depuis toute petite, son plus grand rêve est de devenir actrice") et que l'on comprend que L'Attaque du Griffon est son meilleur rôle.

Pampulilu ! Pouvoir magique !

Jan Renoscu dans le rôle de Gorwin (en vrai Douglas Roberts, mais c'est moins rigolo comme calembour).

David, le bras droit du prince Seth (Andrew Pleavin qui joue également Uniformed Policeman #2 dans Batman Begins ainsi que Daxos dans "300" et sa suite).

Le chemin parsemé d'embûches est également très respectueux du cahier des charges : passer par la vallée de la mort (située en pleine forêt !) dans laquelle nos héros devront éviter un terrible piège (un trou dans le sol avec des piques) et assisteront sans réagir au passage éclair de deux cavaliers spectraux. Plus drôle, l'arrivée dans un village détruit par le griffon : seul survivant apparent, un prêtre les met en garde contre la malédiction locale mais ceux-ci n'en ont cure et contraignent même le pauvre bougre à leur servir de guide dans le donjon interdit dont "personne n'est jamais ressorti vivant en 300 ans". Le donjon en question se situe en plein milieu du village ravagé et n'est constitué... que d'une seule pièce ! Architecte du Mal, c'est un métier. Il est donc assez fendard de voir la troupe avancer à pas de loup et souiller son froc au moindre bruit alors que l'artéfact recherché est situé à peine 10 mètres plus loin.


La vallée de la mort se repère par son filtre bleu et son arbre qui crâne.

Cette statue à la texture stupéfiante d'authenticité évoque l'artiste de rue qui s'animera en échange d'une petite pièce.

Le 2ème morceau de la lance draconique se trouve dans un labyrinthe souterrain qui comporte quelques belles aurores boréales d'intérieur.

Autre loupé du film, à son insu cette fois, le spectateur français vieillissant ne se lassera pas d'entendre les personnages évoquer leur but ultime, des étoiles plein les yeux : rejoindre le mythique château Vallon. Le souffle épique attendu se fait alors couper le squeele par le réel baveux de la téloche des 80's : en effet, Châteauvallon était une série franco-helvético-britannico-italo-luxembourgeoise qui contait les frasques familiales de bourgeois capitaines d'industrie. Je vous invite à écouter le tube d'Herbert Léonard, "Puissance et gloire" (Une Chanson Qui Vous Remue Les Tripes, selon un commentaire youtube), pour accompagner cette chronique, plutôt que de subir la bande-originale assez moisie du film. Les plus timbrés pourront également regarder en ligne l'intégrale de la série (ne serait-ce que pour la participation de Denis Savigniat, incontournable juge Martinaud de Cas de divorce et inoubliable voix de doublage, dans le rôle d'un prénommé... Armand ! Quel alignement des astres...). Mais je m'égare.

"Attention nobles aventuriers ! Le village est maudit par la digression !"

Eternel et mirifique château Vallon.

Or il s'agit de retrouver son chemin car à trop se perdre dans les méandres de l'aventure, j'en oublierais presque de vous parler de la star incontestée du film sans laquelle il ne serait qu'une banale série B, celle qui lui donne son titre, sa raison d'être, son âme, la seule véritable motivation à se fader les amourettes de nobliaux en goguette : le griffon.

Agrougou !!

Libérée de son carcan pierreux par les stratagèmes ignominieux de ce chenapan d'Armand, la bête s'en prend immédiatement aux yeux des spectateurs en leur imposant un abominable spectacle d'animation bas de gamme. Au design mal fignolé s'adjoint une intégration à son environnement systématiquement loupée, comme si elle évoluait sur un plan quantique parallèle constitué de semoule invisible dont elle aurait toutes les peines du métaverse à s'extraire ; il faut voir la séquence où le sorcier tente de lui caresser le flanc pour comprendre le fossé interdimensionnel qui les sépare. L'animation de ses battements d'ailes survenant systématiquement en décalage avec son déplacement à l'écran achève de renforcer ce sentiment de souffrance physique qui donne envie d'emmener l'animal au cabinet mythico-vétérinaire le plus proche pour la soulager définitivement de ses tourments.

Toute la philosophie cinématographique Nu Image en un plan.

Même sans bouger, la bestiole apparaît en partie floue.

Magie du renouvellement incessant de la foirade, le griffon semblerait presque peint sur ce plan !

Les attaques du griffon sur des petites foules de figurants roumains qui ne savent pas très bien ce qu'ils sont censés fuir et d'où doit surgir la menace résonnent ainsi en cohérence avec la dimension mythique d'une telle créature, échappant à la logique humaine et à toute représentation vraisemblable. Un parti-pris artistique de Andrew Prowse, à n'en pas douter, mais qui ne sera pas sans amuser la galerie des petits ricaneurs snarkeurs que vous êtes. Et en ça, le film a le bon goût de bien doser les apparitions de sa bestiole : pas trop, histoire de ne pas s'en lasser et de redécouvrir à chaque fois et comme au premier jour sa magnifique mocheté numérique ; suffisamment, histoire de ne pas avoir le temps de s'ennuyer et de profiter de ses animations stéréotypées dans différents environnements.  

Le griffon s'agite comme un gros poulet au second plan sans même que les personnages semblent en avoir conscience.

Infographiste en folie.

Un plan étonnant car emprunt d'une certaine stylisation.

Je n'en parle pas trop mais le Deus ex machina de la reine Cassandre en magicienne lanceuse de rayons énergétiques vaut aussi son pesant de cacahouètes visuelles.

C'est donc ça le cosmos infini ?

L'attaque du griffon tient donc les promesses de son titre sur lequel repose tout l'intérêt nanarophile, avec un petit côté vintage agréable de cette époque où les gens semblaient encore y croire un peu et ne se contentaient pas d'un pitch cyniquement débile pour réaliser une zéderie jeanfoutiste. Oui, je l'ai dit en intro, je suis un peu vieux.

Allez, ciao les jeunes !

- Kobal -
Moyenne : 2.00 / 5
Kobal
NOTE
2/ 5
Wallflowers
NOTE
2/ 5

Cote de rareté - 2/ Trouvable

Barème de notation

Le film a été édité en DVD chez "Metropolitan" mais il faudra aller fouiner sur des sites de revente d'occasion. Les amateurs de jaquettes alternatives trouveront leur bonheur avec les multiples éditions étrangères.

Le DVD japonais trône sans contestation sur la 1ère marche du podium. Le titre signifie littéralement "Dungeon & Griffon". Génie !