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Metal Man

(1ère publication de cette chronique : 2012)
Metal Man

Titre original : Metal Man

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Ron Karkoska

Année : 2008

Nationalité : Etats-Unis / Allemagne

Durée : 1h24

Genre : Bon pour la ferraille

Acteurs principaux :Reggie Bannister, Samuel Nathan Hoffmire, P. David Miller, Jill Shackelford, Leah Grimsson, Scott Levy, Smokey Miles, Anthony Antonucci, Barbara Jean Barielle, Kim Irwin Dildine, Katherine Pawlak

John Nada
NOTE
1/ 5


Nanarland existe depuis 2001 et affiche, à l'heure où j'écris ces lignes, près de 750 chroniques de films au compteur. Parce qu'on ne peut pas plaire à tout le monde, au cours de ces onze années d'existence, le site a ponctuellement essuyé les reproches d'esprits chagrins, via quelques courriels atrabilaires, ou lors de joutes enflammées ça et là sur la toile. Cela va du troufion de la Kiss Army s'indignant de la présence sur Nanarland d'un film comme Kiss contre les fantômes ("je vous serai gré d'arrête de critiqué Kiss") au fan-club de Sly comparant Rocky 4 à Citizen Kane. De ceux (enfin celui) qui considère(nt) Crank 2 comme un grand film d'auteur, à l'intégriste bisseux pour qui tout ce qui a été tourné en Italie entre 1960 et 1990 est sacré comme le Saint-Suaire, le nom de Bruno Mattei sanctifié, sa filmographie nimbée d'une auréole de sainteté. Sans blague, vous ne vous en doutiez peut-être pas mais être rédacteur de Nanarland, c'est s'exposer quotidiennement aux foudres de cinéphages extrémistes (Bruce Le meilleur que Bruce Ly mais moins bon que Bruce Lo !), à la vindicte vengeresse des gardes chiourmes d'Eurociné et autres ayatollahs de l’œuvre de Jess Franco ou Jean Rollin, sans parler de ceux qu'on adore et qui veulent néanmoins nous casser la gueule comme Jean-Marie Pallardy… Mais sur ce coup-là, franchement, si parmi tous les gardiens autoproclamés du temple critique il se trouve un seul individu pour s'indigner en toute bonne foi de la présence sur ce site d'un film comme Metal Man, c'est que la fin du monde n'est plus bien loin.


"Part Man, Part Machine, All Hero". Une accroche qui démarque celle de Robocop ("Part Man, Part Machine, All Cop").


"Le coeur de SUPERMAN, le corps et l'esprit de TERMINATOR". Ben voyons !


A moins d'avoir du caca plein les yeux et la perspicacité d'un gnou trépané, il ne vous aura pas échappé que ce Metal Man alias Iron Hero braconne honteusement sur les terres de Iron Man, dans la tradition la plus vénale du mockbuster. Le Dr Arthur Blake (interprété par Reggie Bannister, vu dans la tétralogie Phantasm de Don Coscarelli et… c'est à peu près tout) travaille sur une armure révolutionnaire dont un méchant fabricant d'armes souhaite s'emparer. Il prend comme assistant le jeune Kyle Finn, un étudiant choisi entre tous car "il a une très forte notion du Bien et du Mal", et lui fait revêtir l'armure. Kyle devient ainsi Metal Man, un super héros aux super pouvoirs indéterminés.


Kyle Finn alias Metal Man (Samuel Nathan Hoffmire), notre héros au charisme en berne.


Reggie "Tout ce que je voulais, c'était payer mes impôts" Bannister, dans le rôle du Dr Blake.


Lorsque le méchant fabricant d'armes Sebastian Reed débarque avec ses sbires pour s'emparer de l'armure, il bouscule le Dr Blake, qui s'affaisse mollement et trépasse dans un râle. Puis Reed envoie ses sbires tuer les parents de Kyle - sans aucune autre raison que fournir au héros un motif de vengeance - et kidnappe sa petite amie comme monnaie d'échange pour récupérer l'armure...


Monde de merde…


Un sbire grimaçant comme on les aime (Jed Rowen, un habitué des films de Jeff Leroy).


On connaissait les nanars friqués qui tentent de pallier la faiblesse de leur scénario par une débauche de moyens, de décors et d'effets spéciaux clinquants (un trait commun à une grosse majorité des blockbusters de ces 20 dernières années). On connaissait les nanars fauchés mais qui, à l'instar des films d'un Roger Corman ou d'un Antonio Margheriti, savent faire de pauvreté vertu. On connaissait Eurociné, Ciné Excel, Asylum, IFD, les productions faméliques et guenilleuses d'un Al Adamson ou d'un Jeff Leroy, et on pensait avoir à peu près tout vu. Mais comme le pire n'est décidément jamais décevant, Metal Man vient nous prouver qu'en 2008, on peut encore atteindre des niveaux de nullité inédits.


Rarement un super héros aura autant ressemblé à ces ados qu'on croise dans les conventions de fans, avec leurs costumes faits maison.


Avec Metal Man, on est en quelque sorte dans le nanar sui generis. Pour vous donner une idée, imaginez que vous fouilliez les poubelles d'un grand studio, vous tombez sur un scénario débile rejeté par des executives pourtant peu exigeants, vous en arrachez 5 pages au hasard, vous appelez quelques copains, prenez votre IPhone en guise de caméra, un bocal de pièces jaunes pour tout budget et décidez de vous lancer dans la folle aventure du cinéma avec un premier degré implacable. Si vous n'avez absolument aucun talent pour la mise en scène, vous arriverez sans doute à un résultat proche de Metal Man.


Histoire d'accentuer la ressemblance avec Iron Man, Metal Man apparaît en rouge et jaune sur certaines affiches, alors que dans le film il est plutôt violet.


Là, vous vous dites peut-être qu'on y va un peu fort, et que c'est pas très gentil d'enfoncer un petit film innocent, qui au fond semble n'avoir d'autre tort que la stupéfiante maigreur de son budget. C'est le moment de préciser que Metal Man a le cul entre deux tabourets, à mi-chemin entre le navet putride et le gentil nanar sympathique. A vrai dire, le fait qu'il démarque aussi honteusement Iron Man le rangerait plutôt du côté du Business Plan hâtivement monté par une poignée de margoulins, que de l’œuvre naïve et maladroite d'un doux rêveur. Et quelles que soient nos richesses en indulgence pour les canards boiteux du 7ème Art, on ne peut lui passer cela. Co-production germano-ricaine tournée en Californie à San Fernando Valley - plus connue pour ses tournages de boulards que pour ses mockbusters miteux - Metal Man est une purge intégrale, une bouse absolue. Sur la fiche IMDB du film, un budget de 1 million de dollars est évoqué, ce qui paraît scandaleusement surestimé vu le semi-amateurisme de la chose. A mon avis il faut enlever au moins un zéro pour s'approcher de la réalité.


Metal Man : son armure est indestructible...



…la couche de peinture qui la recouvre l'est un peu moins.


Statique au possible, la réalisation enchaîne les scènes de dialogues, des dialogues interminables, plats et convenus comme une carte de vœux envoyée à mamie, systématiquement filmés en champs/contre-champs paresseux, avec un son en prise directe qui noie une partie des répliques dans un souffle parasite. Shooté dans une HDV dégueu éclairée au néon, avec un directeur photo aux abonnés absents et des mises au point approximatives, l'ensemble donne vraiment l'impression d'avoir été torché par une bande de jean-foutres.


Un éclairage soigné.


Les comédiens, l'air abruti par la nullité de ce qu'on leur fait tourner, semblent tous avoir fait le deuil de leur amour-propre. Seul visage vaguement familier pour les amateurs de cinéma de genre, Reggie Bannister et son antique queue de cheval livrent le strict minimum syndical. Lorsque son personnage meurt de façon absurde après quelques minutes de métrage, on est presque soulagé pour lui, on se dit qu'il va sagement laisser le reste du casting achever la dévastation du film au mieux de leur incompétence. Perdu : il revient sous la forme d'une Intelligence Artificielle pour guider le héros, débitant son texte en plan fixe d'un ton monocorde qui ne laisse guère de doutes quant au fait qu'il devait royalement se faire chier.


Le méchant Sebastian Reed (P. David Miller, vague look-alike de Billy Bob Thornton), qui cabotine avec aplomb.


Le Dr Blake en mode "AI", campé par un Reggie Bannister qui a dû enregistrer toutes ses répliques à la suite en 5 mn chrono.


Ce casting évolue dans des intérieurs quasiment vides. Un jardin. Une chambre. Un terrain vague. Un sous-sol. Un coin de parc. Une salle à manger. Une portion de ruelle. Et un laboratoire, qui ressemble méchamment à un garage transformé en laboratoire. C'est à peu près tout.


Un labo Aïe Tech.


Elle, avec son bracelet clouté, ses ongles vernis en noir et son piercing dans le nez, c'est une scientifique.


Un intérieur "luxueux" pour illustrer l'opulence dans laquelle vit le méchant Sebastian Reed. En haut à droite, on distingue le pied d'une mandarine (dispositif d'éclairage), avec un bout de câble devant le rideau.


Reste encore à évoquer le héros du film bien sûr, le fabuleux Metal Man… hum, par où commencer ? On est donc en présence d'un super héros qui au niveau du look louche ostensiblement du côté de Iron Man, mais qui au final évoque invinciblement un sbire recalé du casting de Biokids. Il est petit, contrefait, et éprouve visiblement toutes les peines du monde à se mouvoir correctement - sans doute à cause du fait qu'à l'intérieur de son costume, l'acteur ne devait pas y voir grand chose. Surtout, n'escomptez pas voir Metal Man voler dans les airs comme le font bêtement la plupart des super héros. Pour combattre le crime, Metal Man se déplace à pieds (en marchant hein, jamais en courant !), et… en voiture.


Metal Man au volant de sa Metal-Mobile (oui, c'est juste une automobile normale).


Metal Man a une voix trafiquée, un peu comme s'il fumait trop et parlait via un talkie-walkie. Son armure censée être indestructible se compose d'une combinaison en tissu recouverte de plaques en alu, où l'on peut voir la peinture s'écailler ça et là suivant les plans. Ses super pouvoirs nous sont révélés peu à peu. Il a une grande force, résiste aux températures extrêmes, est à l'épreuve des balles, peut changer d'apparence (mais ne vous attendez pas à voir un morphing, c'est trop coûteux), peut se rendre invisible (ça ça va, ça coûte pas cher !), et guérit même les blessures par apposition des mains (Metal Man, grand chamane, grand marabout - T'apportera le succès au jeu, en affaires et en amour - Réussira là où tous les autres ont échoué). Vers la fin du film, on le voit aussi tirer un laser avec son épaule.




Metal Man se rend invisible. Un effet spécial gratuit, ça ne se refuse pas !


Le film étant bavard, il est radin en action. C'est malheureusement là son plus grand défaut. On a quand même droit à quelques empoignades lymphatiques entre Metal Man et des sbires de bas étage, et de rares effets spéciaux numériques qui se limitent à quelques plans torchés sur After Effects. L'ultime clou du ridicule est enfoncé avec l'arrivée de Mecha Terror, un robot assassin conçu par le décidément très méchant Sebastian Reed, et que Metal Man va devoir affronter au cours d'un combat final hautement pathétique.


Un redoutable trio de sbires.


Le tétanisant Mecha Terror M-48.


Bien que dangereusement proche du navet assommant, Metal Man dégage ce charme maladroit propre aux films amateurs, ceux qu'on tourne entre copains, dans le jardin de papa et maman, le dimanche après-midi. Le genre de film ultra-fauché qui se laisse regarder avec un petit sourire narquois, mais sans jamais provoquer l'hilarité non plus. Même si on trouve essentiellement sur le net des critiques déconseillant vigoureusement sa vision (celles d'IMDB sont assez corsées), j'avoue pour ma part avoir été fasciné par le degré d'extrême nullité du produit, plongé du début à la fin dans une des ces torpeurs comme seuls les programmes les plus minables savent les provoquer.


Cette actrice quitte une pièce pour aller dans une autre...



…et nous gratifie d'un joli faux raccord vestimentaire.


A ce jour, Metal Man constitue la seule expérience de Ron Karkoska dans le domaine de la réalisation. Il semble d'ailleurs qu'il soit surtout spécialisé dans la conception d'effets spéciaux pour des micro-productions aux titres ronflants, comme Witchcraft XII: In the Lair of the Serpent, Gothic Vampires from Hell, Aliens vs. Avatars ou encore Snake Club: Revenge of the Snake Woman. Ici, histoire d'être mauvais jusqu'au bout, il conclut son oeuvre par un happy end roucoulant dont l'absurdité aura quand même réussi à nous arracher un ultime lever de sourcil, livrant impudiquement à la face du monde un des films les plus minables qui soient, un peu comme un bambin au sourire morveux vous tendrait un cendrier en pâte à modeler ou un collier de nouilles.


Ils se marièrent et eurent beaucoup de Metal Kids (non franchement c'est quoi ça, un hommage raté à Daft Punk ?).


Source supplémentaire de frustration : le générique intègre des plans où l'on voit Metal Man voler, et qui brillent par leur absence dans le film. Mais… pourquoi ???

- John Nada -
Moyenne : 0.75 / 5
John Nada
NOTE
1/ 5
Rico
NOTE
0.5/ 5

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation

Un DVD slovaque.

Alors que tant de chefs-d’œuvre exotiques peinent à sortir sur support numérique, le cinéphile tendance militant sera peut-être scandalisé d'apprendre que Metal Man a bénéficié d'une distribution en DVD et même plus tard en blu-ray dans plusieurs pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Hong Kong, Japon, Slovaquie…). Pour l'instant, la France semble épargnée.




Une édition allemande en blu-ray... absolument lunaire !


Plus lunaire encore : une édition allemande en blu-ray 3D (absolument indispensable pour profiter pleinement d'un film tourné en SD dégueulasse et pas du tout en 3D). Une édition évidemment sortie à la même époque que le Iron Man 3 de Marvel...