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Mad Foxes

(1ère publication de cette chronique : 2015)
Mad Foxes

Titre original : Mad Foxes

Titre(s) alternatif(s) :Stingray 2, Räder auf feuer

Réalisateur(s) :Paul Grau

Année : 1981

Nationalité : Espagne / Suisse

Durée : 1h17

Genre : Le renard fait son trou

Acteurs principaux :José Gras, Laura Premica, Peter John Saunders, Helmi Sigg

Wallflowers
NOTE
4.5/ 5


Rarement un nanar aura flatté aussi farouchement les bas instincts de son public. Mad Foxes (alias "Los violadores" en espagnol, soit "Les Violeurs") est un film qui ne laisse personne indifférent, tant par sa bêtise scénaristique que par son propos inepte asséné avec la délicatesse d’un tractopelle. Ce nanar burné aura marqué les esprits de bien de spectateurs qui l'ont découvert, mi-hilares et mi-consternés, lors de différentes manifestations (notamment lors de la 11ème Nuit Excentrique au Grand Rex et à la 3ème Nuit Hallucinée à Lyon).


Cette histoire de vengeances multiples entre un héros solitaire quelque peu insupportable et une horde de néo-nazis quelques peu nudistes n’aura pas fini de vous ronger l’âme.
En voici la chronique.



Mad Foxes, c'est de la bombe de film !


Suivons donc les péripéties de notre protagoniste plutôt pépère qui se prénomme Hal. Hal, qui menait jusqu’alors une existence plutôt flegmatique (nous y reviendrons), va connaître une douloureuse descente aux enfers et céder à l’instinct de violence qui sommeille en lui. Lors d’une banale sortie en voiture avec sa petite amie qui veut fêter son 18ème anniversaire, notre héros Hal se fait emmerder au feu rouge par ce qui semble être un nazi à moto (je dis "semble" car tous les Nazis dans le film portent un brassard du troisième Reich mais sans la croix gammée dessus, à cause de l'interdiction d'arborer des symboles nazis sur le pays du tournage, l'Espagne en l'occurrence). Un Nazi à moto donc, qui ne trouve rien de mieux à faire que de se moquer de lui et de cracher sur la vitre de sa voiture. Hal voit rouge et se met en colère. Car oui, avec ses 40 ans révolus et son air de sugardaddy pervers, Hal n’aime pas passer pour une mauviette devant une fille, surtout si elle a l’âge de compter combien d'heures il lui reste avant d’avoir le droit de voter. Il tue dès lors le motard malpoli dans un splendide accident de circulation -qui nous fait également apprécier l'incompétence relative du monteur du film avant d'aller poursuivre sa soirée avec sa cavalière, qui a donc 18 ans je le rappelle au cas où.


Hal le pédobear.


Bon, vous allez me dire que les Nazis à moto dans les films, c’est comme les champignons en automne : vous en cueillez un et il en repousse une vingtaine dans la demi-heure. Alors vous avez effectivement raison mais ce n'est pas ça le problème. Non le souci c’est qu’à partir de cet incident, tout va basculer pour Hal et sa vie de vieux dégueulasse.




Notez au passage que le nazi à moto a eu le temps de changer de casque d’un plan à l’autre.


Parce que, je ne sais pas pour vous mais moi j’ai retenu mes cours d’Histoire au lycée. Et je me souviens très bien qu’il y a deux choses que les Nazis détestent : les Polonais et les gens qui les tuent alors qu’ils font de la moto. Hélas, Hal n’en sait encore rien. Enfin il sait pour les Polonais peut-être, mais là ce moment il est trop occupé à boire du champagne et du whisky avec sa copine qui glousse et qui a sans doute avalé assez d’alcool pour ne plus se soucier ni des regards torves de son cavalier ni de sa dignité. Grossière erreur, car dès leur sortie de boîte, Hal se fera casser la gueule par la bande de Nazis revanchards et sa copine se fera violer à même le sol.



Même quand il fume une clope, Hal a l'air insupportable.


Arrêtons-nous un instant avant d'aller plus loin dans cette lecture de chronique (que ceux qui ont déjà arrêté de lire pour mater les images de nudité reviennent, s’il vous plaît). Il faut absolument mettre en avant un point sur Mad Foxes c'est sa complaisance dans la violence sordide. Là où des réalisateurs auraient filmé un viol de façon pudique, ou avec un minimum de classe et de distinction, Paul Grau y va franco avec l’objectif et il ne faut attendre de lui aucune compromission avec le bon goût. A titre d'exemple, lors de la scène mentionnée ci-dessus, nous aurons l’indélicatesse d’apprendre la virginité de la fille de 18 ans par un très joli plan des doigts d'un des violeurs tachés de sang… avant qu'il ne barbouille le nez de la victime avec. Et c’est là que le film  devient littéralement plus crétin que toutes les autres choses qu'il propose au spectateur : quand il ouvre la porte du sordide nanar, quand il sublime la bêtise crasse qui n'atteint jamais son but, si ce n'est celle de faire rire à ses dépens. Sur cette palette de violence filmique se mélangent - grâce à un cheptel acteurs déplorables- à la fois les situations putassières et une ribambelle de personnages nigauds qui adorent en faire trop. Qui plus est dans des rôles de Nazis.




La gratuité absolue de cette scène est digne des plus malades mécènes.
(On a un peu censuré l'une des photos vraiment trop graphique pour un site respectable comme le nôtre.)

 

Car ces Nazis valent assurément le coup d’œil : mi bikers-mi nudistes ; on assiste finalement à la naissance d'un nouveau type de méchant 2.0. Les méchants qui sont là pour faire du mal aux autres mais qui s’en font surtout à eux-mêmes. Par le ridicule de leurs actions d'une part -il faut les voir se battre entre eux à moitié nus ou participer à des sessions S&M et de leurs fringues incroyables qui ressemblerait à un pari perdu entre camarades de chambré totalement ivres.


Revenons au récit. Pour ceux qui se poseraient la question : Hal s’en sort bien. Après ce qu’il semble être une introspection de quelques minutes sur les événements de la veille, il se sert un whisky le lendemain matin et appelle son pote qui dirige un club de karaté. Après une explication de la situation, il lui demande d'envoyer ses élèves casser du Nazi et pour le venger. Vous aurez donc compris que ce n’est pas Hal qui résout ses problèmes lui-même. Non en fait Hal il préfère confier sa vengeance à d’autres. Avec Hal, la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, non… c’est plus une raclette qui se partage à plusieurs.


Après une scène de baston digne des plus enthousiastes productions de kermesses d'élèves de primais dans un village sans électricité situé dans les plaines froides du Nord-Isère, les Nazis verront leur chef mourir, étouffé avec son propre pénis tranché par les karatékas. L'histoire s'arrête-t-elle là ? Non, car les Nazis décideront à leur tour de se refaire justice eux-mêmes en s’en prenant d'abord à la famille puis aux amis d’Hal.


Au cas où vous ne n'auriez pas saisi, l'approche résolument too much de Mad Foxes vis-à-vis de sa violence est aussi applicable avec sa nudité. Par le biais de nombreuses scènes de sexe qui provoqueront chez le spectateur autant d'excitation que la lecture d’un bilan comptable. Notre héros comptera trois conquêtes pendant le film, sans d'ailleurs qu'on sache ce qu'il est devenu de sa petite-amie violé au début (de 18 ans je le rappelle encore). Mais c’est surtout avec l’actrice Laura Premica qu’il aura le plus de scènes de coucherie interminables. Dans ce qui semble être un cahier des charges qui n’aurait pas déplu à Marc Dorcel, nous verrons nos deux personnages en action dans une baignoire (dans une eau d'une couleur pipi), dans le lit, dans la nature, sur la plage… Laura se fait ainsi coïter comme jamais pendant que le spectateur en viendra à cette conclusion sans appel : Hal a beau collectionner les morts brutales autour de lui depuis le début de l'histoire, ça ne l’empêche absolument pas de baiser comme un lapin.






Hal baise, Hal copule, Hal s'envoie en l'air, Hal s'en paye une tranche... bref, Hal emballe.


Et là, on atteint le sommet culminant qui donne à Mad Foxes encore plus de sel qui en avait déjà suffisamment pour rendre jaloux la Guérande entière : Hal, voyez-vous, même avec le maximum de bonne volonté, on a quand même un peu de mal à le trouver sympathique. Puissant mélange de prétention, de suffisance et de nonchalance, Hal est la personnification humaine de ce que les Anglo-Saxons nomment « Douchebag ». Mi-connard, mi-vantard on est devant un un genre nouveau de héros dont on n'espère qu’une chose toutes les 15 minutes : c’est qu’il se fasse casser la gueule, même par les Nazis. Ce qui en dit long sur le degré d'antipathie qu’il suscite.
Enchaînant les conquêtes avec une terrifiante absence d'empathie, Hal atteint le Kilimandjaro de l'infatuation lors de son passage dans la demeure de ses riches parents, se la donnant tous les trois plans de caméra avec son visage puant de fierté et des lignes de dialogue que Narcisse lui-même, n'aurait pas renié.


Alors Mad Foxes ? Nanar difforme mais parfait ? Franchement ça aurait pu. Mais c'était sans compter sur le penchant du Paul Grau à faire du remplissage à coup de scènes de boîte de nuit où l’on voit des gens se dandiner mollement et scènes de nudisme sur la plage barcelonaise n'était pas si fort. C'est un moindre mal tant en définitive que ça soulage un peu nos yeux entre deux scènes de sexe nauséeuses ou de violences crapoteuses. Les plus fins connaisseurs seront aussi sans doute heureux d'entendre que le groupe de hard-rock suisse KroKus accompagne une partie de la bande originale du film.




La notion du remplissage de Paul Grau en trois images...


Bref : violence, sexe, crétinerie, vulgarité, remplissage, voiture de sport… on pourrait relier Mad Foxes avec beaucoup de ces qualificatifs hétéroclites sans pour autant le définir. La vérité se trouve un peu au milieu de tout ça, quelque part dans le cerveau chauffé à blanc du réalisateur, qui semble vouloir à tout prix pousser son film au-délà des limites habituelles du genre. Entre les désirs d’un nanardeur de voir un film d'exploitation généreux, qui satisfera ses attentes, et le curieux sentiment, éprouvé ponctuellement, de ne pas en avoir désiré autant que ça, Mad Foxes nous apparaît comme le prophète d’un genre qui peut en étonner plus d'un : celui de la bêtise cinématographique qui, à trop vouloir en faire, nous fait juste trop rire.


STOP, IN THE NAME OF LOVE !


Sources iconographiques : NinjaDixon, Au brocoli qui tousse,

- Wallflowers -
Moyenne : 3.89 / 5
Wallflowers
NOTE
4.5/ 5
Rico
NOTE
4/ 5
John Nada
NOTE
3/ 5
Kobal
NOTE
3.75/ 5
Barracuda
NOTE
4/ 5
Peter Wonkley
NOTE
5/ 5
MrKlaus
NOTE
3/ 5
Drexl
NOTE
4,5/ 5

Cote de rareté - 3/ Rare

Barème de notation
Alors qu'il a tourné un peu partout en Europe (les jaquettes qui suivent le prouvent), le film n'a jamais bénéficié d'une sortie française à l'époque. Lors de son passage aux Nuits Hallucinées et Excentriques, nous avions pu profiter d'une copie espagnole avec des sous-titres français créés pour l'occasion.
Son statut d'OVNI whatthefuckesque lui a valu l'attention de quelques amateurs de déviances pelliculées dans les pays anglo-saxons et germaniques. C'est ainsi qu'en 2015 est carrément sorti un Blu-ray particulièrement soigné chez les autrichiens de "Illusions Unlimited". Hélas seules les versions espagnole, anglaise et allemande et les sous-titres correspondants répondent à l'appel.
Une édition très riche avec un commentaire audio du producteur suisse Erwin C. Dietrich et d'Helmi Sigg (l’interprète de Ronnie dans le film), des interviews, un livret de 28 pages, plusieurs featurettes dont un documentaire allemand réalisé par Üwe Huber, un passionné du bis, "Erwin und die Füxe" qui revient avec le producteur et quelques uns des acteurs sur les conditions de tournages du film.
Et pour quelques affiches/jaquettes de plus :


La VHS britannique

En Amérique du Nord, à cause de la voiture utilisée par notre héros, le film s'est vendu comme la suite de "Stingray", un médiocre film de bagnole avec Christopher Mitchum qui avait eut un petit succès.

Il a existé un DVD allemand semi artisanal avant le Blu-ray, désormais complètement introuvable.

La VHS danoise.

L'affiche originale allemande, qui sert de couverture alternative au Blu-ray.