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La Course à la Mort de l'An 2000 / Les Seigneurs de la Route
(1ère publication de cette chronique : 2003)
Titre original : Death Race 2000
Titre(s) alternatif(s) : La Course à la Mort de l'An 2000
Réalisateur(s) : Paul Bartel
Producteur(s) : Roger Corman
Année : 1975
Nationalité : Etats-Unis
Durée : 1h20
Genre : Carmageddon
Acteurs principaux : Sylvester Stallone, David Carradine, Simone Griffeth, Mary Woronov, Martin Kove, Don Steele, John Landis, Roberta Collins, Sandy McCallum

Comme dans Rollerball, sorti la même année aux États-Unis dans le contexte pessimiste des années 1970 (choc pétrolier, Guerre du Viêt-nam, Watergate, etc.), La Course à la Mort de l'An 2000 (son titre au cinéma) alias Les Seigneurs de la Route (son titre en vidéo) dépeint, dans un avenir proche, une société dans laquelle un événement sportif ultra-violent sert d’exutoire aux masses et facilite aux dirigeants la conduite du troupeau.

Ainsi, de même que, jadis, la Rome antique avait ses combats de gladiateurs, les Provinces-Unies d’Amérique ont la Grande Course Transcontinentale, une course automobile d’un genre un peu particulier où l’on marque des points en écrasant les gens. Un high concept que reprendra bien plus tard (1997) le jeu vidéo Carmageddon. L’égalité des sexes n’étant évidemment pas de mise dans cet univers dystopique, « les femmes, quel que soit leur âge, rapportent 10 points de plus que les hommes », les adolescents valent 40 points, les bébés et les jeunes enfants de 12 ans et moins assurent un solide 70 points et chaque vieillard écrasé gratifie le chanceux pilote d’un généreux 100 points (même les officiels de la course rapportent un joli 50 points, règle inventée en cours de course). Comme le proclame lui-même le Président : « Si tu veux vaincre, tous les coups sont bons ! ».

Ainsi, perpétuant la bonne vieille tradition américaine du chacun pour soi, la violence et les coups bas sont de mise tout au long de la course entre les différents pilotes qu’anime une rivalité haineuse. Il y a Néron et son bolide décoré comme un char romain, Calamity Jane au volant de El Toro, la farouche Matilda Attila, une blonde aux yeux bleus fonçant dans une voiture flanquée d’une svastika, que le speaker présente comme une « adorable fanatique de la croix gammée » et qui beugle « Blitzkriiiiieg » à chaque hit, Mitraillette Joe Viterbo (Sylvester Stallone), étrangement attifé d’une cravate rose bonbon, dauphin hargneux du pilote champion Frankenstein, dont il écrase les fans par jalousie. Ce dernier (interprété par David Carradine) fait figure de véritable héros national, « seul survivant du titanesque carambolage de 1995 » devant son surnom à sa monstrueuse condition, n’étant plus qu’un « ensemble de plaques de métal et d’horribles plaies », Frankenstein, « qui a perdu une jambe en 98, un bras en 99 », dont on dit qu’avec son nouveau bras articulé il serait capable de changer de vitesse en 1/20ème de seconde, de retour « avec la moitié d’un visage, la moitié d’une poitrine mais toutes ses tripes ! ».
David Carradine dans le rôle du pilote Frankenstein.
En parallèle cependant, une opération anti-course est lancée « au nom de l’humanité » par quelques résistants qui luttent pour la liberté en général, et celle de ne point se faire écraser impunément en particulier, s’efforçant pour cela de pirater les retransmissions télévisées et d’éliminer les pilotes.
Sly, tout en hargne motorisée, dans un de ses premiers rôles.
Comment ne pas être séduit d’emblée par un film aux perspectives aussi alléchantes ? Pas vraiment un modèle de conformisme, La Course à la Mort de l'An 2000 offre pas mal de séquences proprement jouissives que la morale et le supposé bon goût tendraient plutôt à réprouver. Ainsi, chaque année, à l’occasion de la course, les hospices instaurent une « journée de l’euthanasie », durant laquelle de jolies infirmières disposent des vieillards en chaise roulante sur la route, à l’attention des pilotes. Interviewée à la télévision, l’épouse de la première victime, un malheureux ouvrier écrasé en direct, a droit à une croisière de rêve, un somptueux appartement à Acapulco et un ensemble d’éléments hi-fi vidéo dernier cri (« son octophonique ») avec lequel la veuve joyeuse pourra continuer à suivre la course.

Une jeune fan de Frankenstein, membre des « Amoureuses de Frankenstein, section Saint-Louis », s’offre en sacrifice à son idole, pour lui apporter quelques points supplémentaires. Ses amies prendront bien soin d’immortaliser l’instant en la prenant en photo juste au moment de l’impact. Quant au Président des Provinces-Unies d’Amérique, quand il ne se repose pas dans son palais d’été à Pékin, il déclame d’édifiants discours rétrogrades depuis Moscou sur fond de musique mystique et de bannière étoilée soviétisée en rouge et or (anti-communisme contextuel oblige).
Ça c'est du tuning !
Proche de nombreux romans d'anticipation dans les thèmes qu’il aborde (on pense à Running Man et Marche ou Crève de Stephen King, mais aussi aux Jeux de l'esprit de Pierre Boulle, dans lequel des savants concevaient des jeux ultra-brutaux et diffusés dans tous les pays afin de rendre la passion aux foules dépressives), La Course à la Mort de l'An 2000 évoque aussi d'autres films comme Rollerball, sorti la même année et déjà mentionné. Sauf que contrairement au classique de Norman Jewison, Paul Bartel joue ici à fond la carte de l'humour noir corrosif et de la satire.
Des trucages simples mais soignés.
La Course à la Mort de l'An 2000 se révèle à la fois un solide divertissement sur la forme, et une critique acerbe et sans complexes sur le fond, vilipendant en premier lieu les événements sportifs de grande audience et les jeux télévisés déviants. Phénomène ultra-populaire diffusé dans tous les foyers par le biais de la télévision, la Grande Course Transcontinentale met en scène des pilotes assassins, que les foules fanatisées acclament sous le regard bienveillant d’un pouvoir despotique. Les yeux rivés au petit écran, le badaud guette la mort en direct et oublie du même coup de s’intéresser à ses problèmes et à son devenir, ou de remettre en question l'ordre établi. Panem et circenses : rien n'a changé depuis la Rome antique.

Dans la foulée, le film n’oublie pas d’épingler les commentateurs sportifs, ici au nombre de trois : il y a Junior, l’enthousiaste hystérique et volontiers complaisant, de loin le plus horripilant de tous, Harold, le blasé, qui commente l’événement comme s’il s’agissait d’une partie de pétanque amateur en nocturne et Grace, une vieille peau démagogue qui promène son chic de rombière flêtrie devant les caméras en affichant un sourire au charme glamour quelque peu périmé. On peut dire qu’à travers eux, les médias s’en prennent véritablement plein la poire.

Don Steele, absolument parfait dans le rôle de l'horripilant Junior Bruce.
À sa sortie, le film sera d'ailleurs descendu par une partie de la presse qui le taxera d’extrémisme, l’accusant de véhiculer des idées fascistes, comme avant lui Orange Mécanique ou, beaucoup plus tard, Fight Club. On est pourtant clairement dans le grand-guignol et pas l'apologie du meurtre. S’il se montre radical dans sa logique et son propos, sa violence s’avère plus parodique que complaisante, pour ne pas dire cartoonesque. On pense d'ailleurs aussi souvent à Satanas et Diabolo, le dessin animé de Hanna-Barbera.
Prévoyant sans doute que son traitement satirique et mordant ne serait pas évident pour tout le monde, le film y va franchement, jusqu’à se conclure par un discours déclamé sur un ton ultra-pédagogique, juste avant de lancer le générique : « Au sujet de la violence, rappelons que la technique de la violence est apparue pour la première fois il y a deux millions d’années. Le para-australopithèque, un anthropoïde du sud de l’Éthiopie, n’avait pour ainsi dire pas de cerveau, mais cela ne l’empêcha pas d’inventer l’outil et de s’en servir sur la tête de son voisin. Cet exercice contribuera à agrandir sa cervelle, une nouvelle arme très utile. Oui, l’assassinat fut inventé avant même que l’homme eût appris à penser ! Par la suite, bien sûr, l’homme fut considéré comme un animal doué de raison... » Unique !
La cheffe des terroristes.
Mais alors, si La Course à la Mort de l'An 2000 est aussi bon, pourquoi en parler sur Nanarland ? Et pourquoi est-il traité aussi sur des sites comme badmovies.org ? Sans doute parce qu'il correspond parfaitement à nos yeux à la définition du plaisir coupable. Non, il ne s'agit pas du tout d'un "nanar" au sens où on l'entend généralement sur ce site (d'où son classement dans notre catégorie "au-delà du nanar"), mais d'une bisserie débridée, volontairement excessive, dont presque chaque aspect nous enthousiasme : la présence du fringuant David Carradine dans le rôle-titre, celle de Roger Corman à la production, Sylvester Stallone dans un de ses tous premiers rôles (et quel rôle ! En cravate rose bonbon, le visage déformé par un rictus de haine, vidant un chargeur de mitraillette pour exprimer son mépris à la foule, ou tapant du poing sur la table en beuglant : « Je n’ai que deux mots à dire : mer-dique ! »), ou encore un générique d’ouverture kitschissime, sur fond de moteurs rugissants. Au final on ne sait plus vraiment si on apprécie ce film au premier degré, au second degré, au dernier degré ou au degré zéro, et peu importe : la seule certitude c'est qu'on l'apprécie.
BEUARRRRH !!!
Dès l’année suivante, Paul Bartel et ses acolytes, Roger Corman et Peter Cornberg, remettront le couvert avec Cannonball, encore un film de course de voitures insolite, avec une nouvelle fois David Carradine dans le rôle principal, mais pour un résultat sans grand intérêt : envolés la violence et l’humour noir, la contre-utopie et la parabole politique. En se montrant trop sage, Paul Bartel – peut-être un peu refroidi par les critiques délirantes faites au sujet de La Course à la Mort de l'An 2000 – accouchera cette fois d’un film fade. Dommage !

Frankenstein, tentant d'échapper aux méchants terroristes français ! (oui, dans le film ces fourbes de Français sont les ennemis de la vraie Amérique)
Quant au remake avec Jason Statham sorti en 2008, Death Race, il offre une série B totalement impersonnelle, aussitôt vue, aussitôt oubliée. Death Race a malgré tout engendré deux suites, de plus en plus fauchées, et même un mockbuster, Death Racer, produit par Asylum.
Cote de rareté - 2/ Trouvable
Barème de notation"Mad Movies" a eu l'heureuse idée de ré-éditer ce film pour accompagner son magazine. Dommage qu'en dehors de la version originale il y ait si peu de bonus à se mettre sous la dent. De plus, la jaquette parfaitement hideuse ne rend en rien justice au film.

Sinon on l'a aussi revu chez "North Entertainment". L'image n'est pas nickel mais il n'y a pas non plus mort d'homme...

Sinon on pourra se rabattre sur les DVD et Blu-ray assez basiques de chez "Universal", mais il n'y a pas la version française. Dommage.


