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Interview de Ruggero Deodato (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Ruggero Deodato (page 2)


Nous avons noté que vous avez abordé de nombreux genres du cinéma italien : comédie, aventure, policier, avant de vous tourner à la fin des années 70 vers le genre de film horrifique qui a fait votre réputation. Quel est le fil directeur de votre évolution ?

Mon premier genre de prédilection a été la comédie et ça se passait très bien pour moi. Mais à l'époque il y avait un très grand nombre d'excellents réalisateurs italiens de comédie : Monicelli, Risi, Steno... Et donc il n'y avait pas trop de place pour les jeunes comme moi. J'ai donc pensé élargir mon champ d'action et j'ai estimé que le film d'aventures pouvait me plaire, notamment car ma technique s'y serait bien adaptée. J'avais fait soixante-dix films comme assistant et j'étais devenu un technicien nourri à de nombreuses expériences différentes. Rossellini m'avait apporté le sens du réalisme, Corbucci celui de l'action et de la violence, Bolognini celui de l'élégance... Je pensais donc que ces compétences multiples pouvaient s'appliquer au film d'aventures.

Vous avez fait aussi un polar malheureusement inédit chez nous « Uomini si nasce, poliziotti si muore »...

Oui exactement je suis très fier de ce film je vous le conseille vivement. Mais je ne comprends pas pourquoi il est sorti en Belgique et au Pays-Bas et pas chez vous. C'est un film très dur, avec Ray Lovelock, Marc Porel, Adolfo Celi, Renato Salvatori. Il y a une superbe poursuite dans les rues de Rome, c'est un excellent film.

Dans ce film on voit aussi un comique Italien qui est devenu culte en Italie et qui a quelques fans en France, Alvaro Vitali (NDLR plus vraisemblablement un fan, co-responsable de cette interview!).

Exact mais il a vraiment un tout petit rôle ; c'est un personnage très drôle et très sympathique.

Sinon, avec « Le Dernier monde cannibale », je suis passé à un genre aventureux différent, avec le cannibalisme comme nouvel élément ultra-réaliste. Ensuite j'ai abordé « Cannibal Holocaust », qui n'a pas été compris à l'époque. Car je n'avais pas tourné un film d'horreur mais un film néo-réaliste. Un film de vérité, un film à thèse...Ca m'a catalogué comme cinéaste d'horreur, mais je n'aime pas ça... J'aime la réalité, les films vrais, je n'aime pas la science-fiction, le fantastique.


"...c'est un personnage très drôle et très sympathique."

Le Dernier monde cannibale et Cannibal Holocaust pointent essentiellement sur les images-choc, l'exploitation de la violence. Comment l'idée vous est-elle venue de miser là-dessus ?

Je me suis dans une certaine mesure inspiré de Gualtiero Jacopetti, qui avait fait les documentaires-choc de la série « Mondo Cane ». Mais j'avais voulu aller au-delà de sa démarche en obtenant les mêmes effets à partir d'un vrai film, avec un scénario et des acteurs, mais qui montrerait la vérité dans toute sa violence, de manière ultra-réaliste.


"...j'avais voulu aller au-delà de sa démarche en obtenant les mêmes effets à partir d'un vrai film..."

Un élément très pervers dans « Cannibal Holocaust » est la musique douce de Riz Ortolani...»

Oui je n'ai pas voulu comme quand dans la plupart des films américains, où tout est déjà souligné. C'est pareil dans les films de Coppola.

Il paraît que le producteur du « Dernier monde cannibale » aurait caviardé le film de nouvelles scènes contre votre volonté...

C'est vrai. J'avais abondé dans son sens en faisant un film fort, violent. Mais j'avais refusé de tuer -pour de vrai- des animaux pour le film. Mais le producteur voulait vendre le film en Asie, il a rajouté des scènes de cruauté envers les animaux. Les Asiatiques aiment bien ça, parce que là-bas ils mangent tout ce qui bouge ! (sic) Moi, je me suis fâché, et je n'ai plus voulu travailler avec lui. Mais finalement nous avons fini par retravailler ensemble, des années après, pour un film totalement différent, plus familial.


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