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Interview de Howard Vernon (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Howard Vernon (page 2)


À propos de l'érotisme chez Franco, il est difficile de savoir quelle est la part exigée par les producteurs et ses propres choix de cinéastes.


"Viaje a Bangkok, ataúd incluido" (1985).

Les scènes additionnelles pornographiques étaient ajoutées par les producteurs, c'était rarement lui qui les tournait. Mais les producteurs prenaient Franco parce que c'était un spécialiste du genre.

Franco a fait une adaptation surprenante de "La Chute de la maison Usher d'Edgar Allan Poe, dans laquelle vous interprétez le rôle principal...


Howard Vernon avec Fritz Lang sur le plateau du "Diabolique Docteur Mabuse".

Franco a eu une idée que je trouve très astucieuse. Il a réalisé une version de "Usher" dans un merveilleux décor naturel, un palador en Espagne, mais le film était trop court. Comme dans d'autres films à petit budget, Franco a gagné du temps dans les scènes de liaison. Mais il a également modifié la bande-son d'extraits de Gritos en la noche, en noir et blanc, alors que le "Usher" était en couleurs, avec ma voix qui explique le passé de mon personnage. Tout cela sur des images que nous avions tournées vingt ans auparavant. Cela donne un film qui n'est certes pas un chef-d'œuvre, qui a été très critiqué, mais que je trouve intéressant.Les films que j'ai faits avec Franco n'étaient pas tous des chefs-d'oeuvre. On trouvait de tout là-dedans.

Mais je peux dire que sans mon travail avec Franco, ma carrière d'acteur n'aurait pas été ce qu'elle a été. Alors qu'on ne me proposait que des rôles d'officiers Allemands, grâce à lui j'ai été avocat, assassin, médecin, voleur, Dracula (j'ai encore les dents à la maison).J'ai joué avec Fritz Lang, dans son dernier film. Lang ne laissait aucune place au hasard, il maîtrisait absolument tous les éléments de son film, alors qu'avec Franco c'était exactement le contraire. Mais le résultat est le même. Ce qu'ils font tous les deux est juste. Franco et Lang ont au moins une chose en commun. Sur un plateau, ils savent exactement ce qu'ils veulent. Dans le cas de Franco, il lui arrive de prendre lui-même la caméra et de filmer comme il l'entend. Cela va plus vite et cela lui épargne des explications avec ses techniciens. Quand il donne des indications sur la place de la caméra ou le choix de l'objectif, il sait exactement ce qu'il veut, sans perdre de temps. Un jour, dans une conversation avec Fritz Lang, j'ai employé le mot "art". Lang m'a rétorqué "qu'est-ce que c'est que l'art ? Moi je ne suis pas un artiste, je suis un artisan." En anglais "handworker", soit quelqu'un qui travaille avec ses mains. C'est exactement ça, et c'est merveilleux. D'ailleurs, dans le vrai artisanat, il y a toujours de l'art. Lang et Franco, ce furent dans ma carrière deux extrêmes merveilleux.

Franco a réalisé un film qui était une pure merveille, Necronomicon (Delirium, 1967). Un jour que j'étais chez Fritz Lang, à Beverly Hills, il m'a dit qu'il avait vu dans les annonces de spectacles qu'on jouait un film avec moi. Il y était allé parce qu'il m'adorait, je ne sais pas pourquoi. C'était vraiment une grande amitié entre nous. Lorsque le film a commencé, Lang s'est aperçu avec horreur qu'il s'agissait d'un film érotique. Lang détestait les films érotiques, parce qu'il avait un immense respect pour les femmes. Mais peu a peu, il s'est habitué et a trouvé le film merveilleux. C'était un film très onirique, surréaliste. Et même après la mort de mon personnage, il a décidé de rester jusqu'à la fin du film.Lang m'a dit : "tu peux dire à ton metteur en scène, que je ne connais pas, que ce film est très beau et qu'il m'a beaucoup plu". Quand j'ai raconté ça au père Franco, il a bu du petit-lait.


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