Accueil > Interviews > Interview de Henry Strzalkowski (page 2)

Interview de Henry Strzalkowski (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
liste des catégories

Henry Strzalkowski (page 2)



Ensuite, j'ai quitté le milieu du cinéma pour un temps quand je me suis installé à Baguio, un joli endroit touristique de montagne au nord de Luçon. J'y ai géré un bar appelé l'Harlequin, qui est devenu un rendez-vous pour les peintres, musiciens et cinéastes qui menaient un peu la vie de bohème sur place. Là, j'ai rencontré Cirio H. Santiago qui tournait un film appelé « Mission Finale ». J'y ai encore été figurant. Puis quelques mois plus tard, quand je suis revenu à Manille, j'ai eu vent d'un casting pour un film appelé « Vindicator » aka «Les Roues de Feu», un post-apocalyptique à la Mad Max. Je m'y suis inscrit et, comme j'avais travaillé avec Cirio et que j'avais une formation théâtrale de comédien, j'ai obtenu un petit rôle.


Note de Henry : « Une vieille photo de moi, en costard très formel, à l'époque où je faisais du théâtre et que je jouais le personnage de Pickering dans "My Fair Lady" ».

Par ailleurs, j'ai oublié de signaler que pendant ce temps-là, je travaillais aussi comme acteur au Metropolitan Theatre de Manille, et j'ai joué des rôles dans « Beckett » de Jean Anouilh, quelques comédies musicales de Broadway et le rôle de Pickering dans « My Fair Lady ». C'était de grosses productions, car elles étaient réalisées par Lincoln Clark, directeur de l'Opéra de Seattle, avec le concours de l'orchestre symphonique de Manille.

J'ai donc commencé mes aventures avec Mr Cirio H. Santiago. Je suis devenu suffisamment proche de lui et de son équipe pour obtenir un boulot d'assistant directeur de casting. Je devais surtout m'occuper de gérer les figurants blancs et j'ai contribué à l'embauche de quelques très bons « acteurs instinctifs ». Parmi eux, Nick Nicholson, qui est devenu avec les années l'un de mes meilleurs amis. En plus d'avoir été deux des trois acteurs restants à avoir travaillé sur « Apocalypse Now », le troisième étant James Gaines, on a dû travailler sur probablement plus de quarante films devant et derrière la caméra, à des postes divers comme directeur de casting, troisième, deuxième et premier assistant réalisateur. Mes fonctions sur les films de Cirio Santiago sont toutes créditées sur IMDB. A part ça, Nick et moi avons travaillé sur des films internationaux comme « Platoon », « Né un 4 Juillet » et « Le Dernier Assaut » (« The Siege of Firebase Gloria »).

La plupart de vos films ont donc été réalisés ou produits par Cirio H. Santiago. Quels souvenirs gardez-vous de cette icône du cinéma philippin ? Pourriez-vous décrire votre travail avec lui, que ce soit comme acteur ou assistant réalisateur, et l'atmosphère qui régnait sur les tournages ?

Je peux à peine vous dire combien j'ai appris de cet homme. C'est un pilier de l'industrie du cinéma philippin, et il est vraiment dommage que si peu de Philippins se rendent compte qu'il est de loin le cinéaste philippin qui a le mieux réussi dans son domaine. C'est sans doute parce que ses films sont distribués à l'étranger et pas ici.

En passant du statut de directeur de casting à celui d'assistant réalisateur, j'ai appris l'art de la débrouille et de la « guérilla filmique ». N'oubliez pas que nous travaillions avec de tous petits budgets, 300 000 $, parfois un peu plus. Nous avions des plannings TRES serrés, et en tant qu'assistant réalisateur je devais veiller à ce que ces plannings soient respectés. Tout ça n'avait rien d'évident.


Equalizer 2000 (1986).

Ce que je respectais le plus chez Cirio, c'était qu'il maîtrisait tout sur le plateau. C'est un « général ». S'il fallait être à 7 heures du matin sur le plateau, ça voulait dire qu'on prenait le petit déjeuner jusqu'à 7 :30. A 7 :20 lui était déjà au boulot et on se dépêchait de finir car à 7 :30 les caméras ronronnaient déjà. Une heure de pause-repas à midi et ensuite rebelote. Il faisait bosser dur son équipe, mais ne perdait jamais le sens de l'humour et je peux vous dire, pour avoir travaillé avec de nombreux cinéastes, israéliens (Cannon), japonais et américains, que les tournages de Cirio étaient les plus sympas. Il plaisantait sans arrêt avec les acteurs et l'équipe, et savait rire de lui-même. J'ai le plus profond respect pour cet homme.

Concernant sa collaboration avec Roger Corman, pensez-vous que Santiago avait du champ libre ou bien qu'il était purement un subordonné du producteur américain ?

La relation entre Cirio et Roger Corman va bien plus loin que celle de producteur à réalisateur. Ce sont deux vieux amis qui partagent une même vision, celle qui consiste à tirer le maximum du peu que vous avez. Une équipe spartiate et motivée qui comprend les tenants et les aboutissants du cinéma, est capable de tourner vite et bien et sait au bout du compte ce qui fait vendre. Ils sont toujours amis à ce jour.


Page précédente - - Page suivante

- Page 1 -- Page 2 -- Page 3 -- Page 4 -- Page 5 -
Retour vers les interviews