Accueil > Interviews > Interview de Gary Daniels (page 2)

Interview de Gary Daniels (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
liste des catégories

Gary Daniels (page 2)


On se souvient que dans "Niki Larson", vous affrontiez Jackie Chan en personne au cours d'une scène mémorable parodiant le jeu vidéo "Street Fighter 2". On imagine que votre motivation a dû être grande face à la star hongkongaise. Pourriez-vous nous relater cette expérience ? Quels souvenirs gardez-vous de Richard Norton, autre artiste martial confirmé devenu acteur ? Mike Abbott nous rapportait que l'actrice chinoise Joey Wong se comportait comme une pimbêche sur le plateau... confirmez-vous ses propos ?

Le tournage de "Niki Larson" fut une super expérience, qui est arrivée tôt dans ma carrière. J'aurais adoré travailler avec Jackie une fois devenu un peu plus mûr. J'étais déjà un grand fan de Jackie Chan depuis mes 15 ou 16 ans, alors quand j'ai reçu un coup de fil pour travailler avec lui j'étais aux anges. On a tourné près de deux semaines sur un bateau de croisière au Japon, puis trois mois et demi environ à Hong Kong, et ce fut une excellente expérience. Pour moi c'était comme d'aller dans une école de cinéma, même les jours où je ne travaillais pas j'allais quand même sur le plateau pour observer et apprendre. Les scènes de combats se sont révélées très éprouvantes physiquement, parce qu'il fallait sans arrêt refaire les prises, encore et encore, jusqu'à atteindre la perfection. Ma première scène, durant laquelle je devais faire le grand écart au ralenti, a nécessité un si grand nombre de prises que je pouvais à peine marcher pendant les deux jours qui ont suivi. Si la séquence "Street Fighter" fut une source d'amusement, elle fut aussi le fruit d'un dur labeur. Quand ils m'ont mis sur cette machine qui me faisait tournoyer à toute vitesse, j'ai bien failli vomir, et j'ai vu des cascadeurs chinois devoir se faire aider pour quitter le plateau, tellement ils étaient éreintés après avoir bossé sur les chorégraphies câblées.

Ce fut une bonne chose pour moi que Richard Norton participe au tournage, d'une part parce que c'est une des personnes les plus chouettes qui puisse exister, d'autre part parce qu'il avait déjà une solide expérience des productions made in Hong Kong, expérience dont il m'a fait profiter en me donnant de précieux conseils. (En fait je connaissais déjà Richard avant ce tournage, parce qu'on allait tous les deux au club de gym de Benny Urquidez. A l'époque où je m'entraînais là-bas, j'ai pu faire la connaissance de gens comme Don "The Dragon" Wilson, Benny, Peter Cunningham, Richard Norton et plein d'autres.)


Je n'ai rien de spécial à raconter à propos de Joey Wong, si ce n'est le fait qu'elle était toujours très professionnelle pendant les scènes que l'on avait en commun. Certes, elle pouvait sembler un peu distante, mais on ne peut pas non plus s'attendre à ce qu'une actrice chinoise célèbre veuille fréquenter les comédiens gweilos, ça n'est pas dans leurs habitudes et il faut savoir comprendre leur culture sans porter de jugement.

Vous avez tourné dans des films aux Philippines, à Hong Kong ("Mission of Justice", "Niki Larson"), au Japon ("Gedo"), peut-être bientôt en Thaïlande ("The Sanctuary"), et bien sûr aux Etats-Unis... quelle façon de travailler préférez-vous, l'occidentale ou l'orientale ? En vous basant sur votre propre expérience, quelles sont selon vous les principales différences entre Orient et Occident dans la manière de faire des films ?

Il y a quelques différences évidentes dans la façon dont les films sont faits en Orient et en Occident. D'après ce que j'ai pu constater sur les différents tournages auxquels j'ai participé, en Asie ils privilégient surtout l'action et les combats, plutôt que l'histoire, la dramaturgie, les dialogues ou la profondeur des personnages. Alors qu'en Occident c'est tout l'inverse. Mais j'ai vu des films asiatiques avec des scripts géniaux, de l'émotion et une interprétation excellente, donc on ne peut pas généraliser, je ne me base que sur les films que j'ai pu faire. De plus, je trouve que le cinéma asiatique a vraiment fait de grands progrès depuis les années 90. C'est important d'avoir différentes manières d'appréhender et de faire du cinéma à travers le monde pour pouvoir en apprécier les spécificités, si tout le monde faisait des films de la même façon ce serait ennuyeux. On ne peut pas vraiment apprécier ce que l'on aime en l'absence de ce que l'on n'aime pas.

A propos de vos connaissances dans le domaine des arts martiaux, nous savons que vous avez étudié le kung-fu mongol, le taekwondo, le kickboxing, la boxe Thaï, un style de combat très dur nommé Sillum Wong ka Kune, et aussi tâté un peu de taijutsu et d'aïkido. En bref, vous avez un style de combat très spectaculaire et cinégénique, combinant des coups de pieds et de poings à la fois rapides et puissants et une grande souplesse. A votre avis, quels sont les réalisateurs qui ont su le mieux exploiter vos capacités ? Dans quel(s) film(s) pensez-vous avoir offert votre meilleure performance martiale ?

Tony Leung et son équipe ont fait du très bon boulot sur les séquences d'action de "Bloodmoon", même si je trouve que les Chinois ont trop souvent tendance à imposer aux Occidentaux de bouger comme des Chinois, plutôt que d'essayer d'adapter leurs chorégraphies de combat à la gestuelle des Occidentaux. Un Occidental de 85 kgs ne pourra jamais se battre et se déplacer comme un Chinois de 60 kgs. Issac Florentine [Nanarland : réalisateur de "Cold Harvest"] est selon moi l'un des rares réalisateurs occidentaux à apprécier les combats d'arts martiaux et être capable d'obtenir un bon combat à l'écran. Il fait toujours en sorte de ne travailler qu'avec la crème des chorégraphes, comme Koichi Sakamoto, Andy Cheng et J.J Perry. Mon sifu Winston Omega créait des chorégraphies qui me convenaient à la perfection et que je trouvais très divertissantes visuellement, mais quand nous avons travaillé ensemble nous n'avons jamais eu de réalisateur qui comprenne notre vision et nous permette de tourner un combat comme nous l'entendions.

A l'inverse, nous savons que vous n'étiez pas toujours très satisfait du travail des chorégraphes ou des monteurs. Auriez-vous des exemples de combats qui auraient pu être bons mais ont fini saccagés dans la salle de montage, ou tués dans l'oeuf par le réalisateur ? Est-ce qu'en général vous aviez votre mot à dire sur les chorégraphies des scènes de combats, et pouviez ainsi faire profiter les réalisateurs de votre expérience ?


Winston Omega, le « sifu » de Gary Daniels.

J'ai chorégraphié pas mal de mes films - et comme je l'ai déjà dit plus haut, mon sifu aussi - mais la plupart du temps le résultat à l'écran ne correspond pas à ce que j'avais en tête, parce que je n'ai pas mon mot à dire quant au choix des objectifs, des angles de prises de vues ou du montage. C'est là une grande différence entre Hong Kong et l'Occident. En Asie, le responsable des scènes d'action est le seul maître à bord quand on tourne une scène de combat. J'ai le sentiment que "Ken le Survivant" aurait pu avoir de bien meilleures scènes de bastons si mon prof et moi avions eu plus de liberté, de même que des films comme "White Tiger", "City of Fear" ou "Opération Kazhakstan".


Page précédente - - Page suivante

- Page 1 -- Page 2 -- Page 3 -
Retour vers les interviews