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Interview de Toby Russell (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Toby Russell (page 3)


GODFREY HO, LA MALAISIE ET LA BRUCEPLOITATION (partie de l'interview menée par Nanarland)



À PROPOS DE GODFREY HO

Vous êtes crédité comme acteur dans "Angel Mission / Born to Fight" réalisé par Chris Lee et Godfrey Ho. Ce réalisteur a une très pauvre réputation parmi les fans. Comment s'est passé le tournage ? Puisque vous êtes expert en cinéma HK, que pouvez-vous nous dire de ce mystérieux personnage ?

Godfrey Ho est un gars très cool et un réalisateur compétent aussi, je l'ai rencontré la première fois lorsqu'il réalisait "Man from Holland". J'étais impressionné de voir à quelle vitesse il travaillait, J'ai eu un petit rôle dans "Angel Mission", mais Godfrey était supplanté par Philip Ko Fei et tous les cascadeurs, il était comme un maître d'école s'occupant d'une bande de mauvais garçons.

Je ne pense pas qu'il soit mystérieux, il a vraiment fait beaucoup de films, mais ces films IFD coréens il ne les a pas fait, ils ont été fait par les Coréens. Il enseignait le cinéma jusqu'à l'année dernière à l'école polytechnique de Hong Kong (Roy Horan a aussi enseigné là-bas - les sciences). J'ai oublié ce que fait Godfrey maintenant. Je l'ai rencontré il y a 6 mois environ, il me l'a dit mais je ne m'en souviens plus.

À PROPOS DE LA MALAISIE

Vous avez travaillé en Malaisie avec John Ladalski en tant que scénariste, réalisateur et acteur dans deux films. Comment vous-êtes-vous retrouvé sur ces projets ? Ces films étaient-ils destinés au marché local ou international ?

C'est John qui m'a eu ces boulots, j'ai été à Cannes en 89, j'ai rencontré un type appelé Sunny Lim, il m'a demandé si je voulais faire des films en Malaisie, j'ai dit oui bien sûr, et je l'ai fait. Ils étaient pour le marché malaisien avant tout mais le premier film, "Dadah Connection", a été vendu dans de nombreux pays. C'est un film honnête mais jamais fini puisque Alexander voulait plus d'argent pour rester une semaine supplémentaire et Lim a dit non, donc il y a quelques scènes manquantes. Il a été tourné en super 16mm comme "Ninja the Final Duel". Le second film a été tourné en 35mm, l'équipe était tous des amateurs, c'était fou mais on a passé un bon moment. Le film était bon aussi si on le prend dans le sens délirant, je ne l'ai pas monté puisque Sunny ne m'aurait pas payé pour rester et le monter, donc ils ont pas mal défiguré le film.Aujourd'hui, Sunny va tourner un film avec Seagal, Van Damme et Mike B, la nouvelle star du kung fu Thai.

Le cinéma d'action des Philippines et d'Indonésie nous sont familiers mais nous ne sommes pas très au courant des productions malaises. Pouvez-vous nous en dire plus à leur propos ?


Bruce Li Siu Lung contre Lung Fei

dans "New Game of Death" alias "Goodbye Bruce Lee"

Il y en a peu et elles sont loin derrière, mais dans les années 50 il y avait beaucoup de films faits par la Shaw Bros et un grand réalisateur appelé P Ramlee. Le problème avec eux est qu'ils sont tellement fainéants et qu'ils manquent de créativité, la même chose peut être dite pour les Singapouriens.

À PROPOS DE LA BRUCEPLOITATION

Comment la mort de Bruce Lee a-t-elle été vécue à HK ? Nous sommes surpris de voir autant de films qui utilisent des images d'archive de Bruce Lee dans son cercueil. N'était-ce pas choquant pour le public à cette époque ?

Non

Est-ce vrai que les films de faux Bruce Lee n'étaient faits que pour l'exportation et ciblait une audience occidentale ? Est-ce que le public de Taïwan et Hong Kong s'intéressait à ces productions ? Est-ce que le marketing autour de ces films (le nom des acteurs, les titres, les affiches reprenant les photos du vrai Bruce Lee) était élaboré dans le but de méprendre le public occidental ?

Non, Taiwan était un gros marché pour ces films aussi, Bruce Lee - True Story a été vu doublé en cantonais pour sa sortie cinéma, je l'ai.

Il semble que la vague de la Bruceploitation ait une origine taiwanaise plutôt qu'hongkongaise, Est-ce vrai selon vous ? Comment est venu l'idée de faire des films de faux Bruce Lee avec des stock-shots de Bruce Lee lui-même ?

Je ne suis pas sûr de cela, puisque les producteurs de ces films taiwanais vivaient à HK aussi. Mon ami Monsieur Shih Chiao Chin, il a tourné les plans des funérailles de Bruce Lee avec l'idée de les utiliser dans les films qu'il a produit comme "Fist of Unicorn" et "Story of Drunken Master".

Vous avez rencontré et parlé avec de nombreux acteurs spécialisés en faux Bruce Lee comme Bruce Li Siu Lung, quelle est votre opinion sur eux et pouvez-vous nous parler de personnes comme Bruce Li, Bruce Le, Bruce Liang, Dragon Lee et d'autres que vous appréciez particulièrement ?

Bruce Li : très gentil, poli, courtois, gros fan de cinéma et de Bruce Lee.

Bruce Le : businessman magouilleur fou, aime parler vite et voir grand, jamais peur de prendre des risques, c'est pourquoi il est maintenant en prison en Chine pour escroquerie. J'ai demandé à l'interviewer mais il a refusé, pensant que les gens le détestaient de copier Bruce Lee. Je lui ai dit que non, qu'ils l'aimaient pour ça, mais il ne voulait toujours pas le faire, au moment où je lui ai demandé il a fait la Une des journaux pour la vente de ses devises, titres et actions. Je l'ai rencontré plusieurs fois, à Cannes même.

Bruce Leung : fanatique complet des arts martiaux, aime les combats. En fait c'est tout ce dont il parle, combattre, combattre, combattre, et c'est un bon.

Dragon Lee : très intelligent, très sympa, je ne l'ai rencontré qu'une fois pendant 1 heure environ dans un Coffee Shop coréen, mais il était génial, c'est un bon businessman aussi, il a une chaîne de cinémas en Corée.

Pouvez-vous nous en dire plus sur Dick Randall et André Koob, deux producteurs qui sont venus à Hong Kong pour tourner des films avec Bruce Le pour le marché occidental ?

Je ne connais pas André Koob, jamais entendu parler. Dick Randall, je connais bien, c'était un chic type. J'ai fait la dernière affaire de sa vie, et sa femme a dit que ses derniers mots furent "Dis à Toby que le Master est à Del Compo", c'est un labo à Rome. Une nuit j'ai invité Dick et sa femme à une séance kung fu tardive au cinéma pour voir "Eight Diagram Pole Fighter" à Brixton, il a adoré, il a dit que c'était sa plus belle expérience de cinéma !


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