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Interview de Thomas McKelvey Cleaver (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Thomas McKelvey Cleaver (page 2)


Quels souvenirs gardez-vous de Roger Corman ?

Roger est sans doute le type le plus intelligent que j'ai eu l'occasion de rencontrer dans ce business. Quand on songe au nombre de personnes bourrées de talent qui sont sorties de l'écurie Roger Corman, on se dit que si Roger n'avait pas existé, il aurait fallu l'inventer. C'est dommage qu'il ne soit plus trop actif aujourd'hui, parce que c'est une chance en moins pour les jeunes réalisateurs de montrer de quoi ils sont capables.

Une majorité des scénarios que vous avez écrits appartient à des genres propres à l'industrie du cinéma populaire, comme l'horreur, l'érotisme ou le post-apocalyptique. Etait-ce par goût ou par opportunité ?

Ces scripts sont ceux que j'ai eu l'opportunité de faire pour payer mes factures. Les scénarios que j'ai écrits pour mon compte abordent eux des genres et des sujets qui vont du film d'aviation de la Deuxième Guerre mondiale sur les héros fabriqués de toutes pièces par les autorités, à un thriller politique situé dans la France contemporaine, en passant par une histoire sur la guerre du Viêt-Nam basée sur ma propre expérience et celles des autres vétérans que j'ai eu l'occasion de rencontrer, et qu'American Film a un jour baptisé « Le meilleur scénario hollywoodien sur la guerre du Viêt-Nam jamais produit ». Nous sommes actuellement tout près (je l'espère !) d'entamer la production d'un film sur la Deuxième Guerre mondiale dans la tradition d'oeuvres comme « Les Canons de Navarone », qui mélange Histoire réelle et fictive sur le registre du « et si », a priori plutôt adroitement puisque de nombreuses personnes qui ont lu le scénario ont crû que j'avais découvert un évènement réel (désolé, ça n'est que le produit d'une imagination bien nourrie). Je suis aussi en plein dans l'écriture d'un script sur la guerre en Afghanistan, mené en collaboration avec un collègue qui a pu mettre à profit son expérience de soldat en station avec l'armée nationale afghane.

Comme dans beaucoup d'autres domaines artistiques, il y a un fossé important entre ce que l'on aimerait faire et ce que l'on doit consentir à faire pour gagner sa vie. A quel point cela est-il frustrant pour le scénariste que vous êtes ?

C'est extrêmement frustrant. Tous les scripts que j'ai pu écrire parce qu'ils me tenaient à coeur ont été retenus, plusieurs le sont toujours, mais au final aucun n'a été produit. Je suis passé très près d'aller aux Philippines faire « In The Year of the Monkey », mon scénario sur le Viêt-Nam, lorsque la grève des scénaristes de 1988 est intervenue. Lorsque celle-ci a pris fin, les fonds prévus pour mon film avaient été alloués à d'autres projets. La plupart des choses que j'écris pour mon compte traitent de sujets sérieux, et comme il n'y a pas moyen d'en tirer un jeu vidéo ou une flopée de séquelles, les magnats hollywoodiens obnubilés par le merchandising n'y voient pas vraiment d'intérêt commercial.

Le cinéma exerce une forte fascination qui fait que de nombreuses personnes rêvent de devenir acteur ou actrice, réalisateur ou scénariste. En tant qu'homme d'expérience travaillant dans cette industrie depuis maintenant 25 ans, quels conseils de base donneriez-vous à un jeune voulant se lancer dans l'écriture de scénarios ?

Lisez. De nos jours, trop de jeunes apprentis scénaristes ne sont pas de bons lecteurs, et par conséquent n'aiment pas ça, alors que chaque lecture est l'occasion d'étudier des écrits qui ont réussi à être publiés. C'est simple : si on n'est pas un bon lecteur, on ne peux pas être un bon écrivain. Je conseillerais aussi d'acheter un appareil photo et de se balader en s'entraînant à créer des images, à composer un plan. Les films sont des histoires racontées avec des images, et si le scénariste n'arrive pas à suggérer ces images, c'est que son scénario a un problème. La plupart des scénaristes échouent lorsqu'il s'agit de faire naître des images avec des mots. De plus, écrire un scénario de film ça n'est pas seulement écrire, c'est aussi échafauder, un peu comme un architecte trace les plans d'une maison que d'autres vont construire après lui. Les scénarios n'ont rien à voir avec la littérature, si vous voulez faire de la littérature alors écrivez donc un roman. Je suggérerais enfin de sortir de chez soi voir du monde et amasser un peu d'expérience avant de commencer à écrire, histoire d'avoir quelque chose à dire, mais ça c'est quelque chose dont on ne semble plus beaucoup se préoccuper aujourd'hui.



Pendant deux ans, j'ai eu la chance de pouvoir déjeuner chaque semaine avec Billy Wilder à la fin de sa vie. Il m'a donné deux conseils essentiels : si ça ne t'intéresse pas, ça n'intéressera personne, alors écris pour te faire plaisir. Et : si tu ne crois pas en toi et en ce que tu as écrit, alors qui d'autre le fera ?

Si l'on en croit l'IMDB, votre dernier script à avoir été produit date de 1997. Travaillez-vous toujours activement dans l'industrie du cinéma ? Pourriez-vous nous parler un peu de vos projets futurs ?

Je travaille toujours dans l'industrie du film et n'ai rien fait d'autre au cours des années passées. J'ai travaillé sur le processus de développement de quelques productions, et comme producteur délégué sur certaines émissions du câble via lesquelles j'ai pu lancer les carrières de quelques jeunes scénaristes. J'ai aussi écrit quelques scénarios ces dernières années, qui ne se sont pas encore concrétisés mais sont « en cours de développement ». J'ai également trois projets sur le feu en ce moment, comme je l'ai déjà mentionné précédemment. J'ai l'espoir que quelques-uns de ces films voient le jour.


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