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Interview de Stuart Smith (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Stuart Smith (page 3)


Mike Abbott nous a dit qu'à l'époque, la politique était qu'un acteur travaillant pour IFD ne travaillait pas pour Filmark, et vice-versa. Pourtant, vous avez fait des films pour les deux sociétés de production. Vous apparaissez (masqué et non crédité au générique) dans « Nom de code : Ninja » et (dans le rôle principal) dans « Ninja Connection », apparemment réalisés par Godfrey Ho sous divers pseudonymes ("Victor Sears", "York Lam"... Etait-il le seul réalisateur d'IFD et Filmark ?) En fait, nous tendons à croire que ces "deux" sociétés n'en faisaient qu'une et que leur concurrence était feinte. Nous savons qu'ils avaient leurs bureaux dans le même immeuble. Ou bien peut-être les deux sociétés se sont-elles séparées après une brouille : avez-vous des informations là-dessus ? Avez-vous entendu parler de l'incendie de 1996, dans lequel Tomas Tang a apparemment péri ? Savez-vous si Filmark a "piqué" à IFD la brillante idée des films 2-en-1 ?

Oui, Mike a raison; il y avait une règle tacite dans la profession, qui voulait que si on travaillait pour une boîte, on ne travaillait pas pour l'autre. Ma politique à l'époque, c'était que si vous pouvez me payer mon salaire, alors je bosserai pour vous. C'est aussi simple que ça. Ils me voulaient tous les deux, et j'ai fini par travailler pour les deux. Il n'y avait pas d'exclusivité en ce qui me concernait.



IFD et Filmark étaient bel et bien de deux entreprises distinctes mais vous avez peut-être raison de penser qu'elles ont pu ne faire qu'une seule et même société à une certaine époque. Il y avait beaucoup de gens, dans le cinéma de Hong Kong, qui se séparaient de leurs associés pour lancer leurs propres boîtes.



Pour être franc avec vous, je ne me souviens pas d'avoir vu Godfrey tourner des films pour Filmark.

Tomas Tang était normalement sur le plateau, mais c'était quelqu'un d'autre qui réalisait, pour autant que je me souvienne. Je ne sais plus de qui il s'agissait. Il y avait de nombreux plagiats dans l'industrie du film de Hong Kong et j'imagine que c'est ce qui s'est passé à avec la "technique" de IFD. Ils cherchaient à faire de l'argent plutôt que de quoi que ce soit d'authentique ou de créatif.



J'ai entendu parler de l'incendie, mais j'ignore ce qui s'est vraiment passé. Ceci dit, rien ne me surprendrait !

Bruce Baron nous a dit que " Les Triades étaient profondément infiltrées dans l'industrie du cinéma de HK " et que sur les films IFD, " Leurs équipes étaient composées des pires racailles avec lesquelles [il ait] jamais eu le malheur de travailler, avec pas mal de petites frappes des Triades qui utilisaient leurs boulots de techniciens comme couverture ". Quelle est votre opinion sur les liens possibles entre les entreprises IFD et Filmark et la pègre de Hong Kong ?

Les membres des Triades ont toujours proliféré dans le milieu du cinéma de Hong Kong et je pense qu'IFD ne faisait pas exception. J'ai rencontré pas mal de ces gens dans et en dehors de l'industrie du cinéma et je n'ai jamais eu de soucis avec eux. J'ai un certain respect pour les figures du crime organisé, en Asie comme en Occident. Il y a une certaine camaraderie parmi eux et une fois que vous connaissiez les règles et le statut de ceux à qui vous aviez affaire, alors il n'y avait pas d'ambiguïté.



Ceci dit, j'ai fait une rencontre assez terrifiante avec des gangsters de seconde zone peu après mon arrivée à Hong Kong, ce qui fait que j'ai très vite appris.

Vous avez été figurant ou second rôle sur des films comme “L’Héritier de la violence” (1986), de Ronny Yu, avec Brandon Lee, Michael Wong et Bolo Yeung, "Bloodfight" (1989) avec Simon Yam et encore Bolo Yeung, ou “Guerres de l’ombre” (1990), de Ringo Lam, avec notamment Danny Lee. C’est-à-dire, des réalisateurs et des acteurs qui incarnaient l’âge d’or du cinéma de HK. Les conditions de tournage et les méthodes de travail – sans parler des chorégraphies de combat, des cascades, du jeu des acteurs et de la réalisation – devaient être assez différentes comparées à celles de Godfrey Ho. Pouvez-vous nous en parler ? Y-a-t-il une raison pour laquelle “Guerres de l’ombre” est le seul film au générique duquel vous soyez crédité sous votre nom complet ?


Stuart dans "L'Héritier de la violence".

Il est vrai que le fait de travailler avec un plus gros budget signifiait un film de meilleure qualité, mais ce n'était pas au niveau de ce que j'avais fait en Australie. C'était un vrai plaisir de travailler et de passer du temps avec Brandon Lee et ses copains de Los Angeles, sur le plateau de «l'Héritier de la violence». Etant le fils de son père, il sentait peser sur lui les attentes de tout le monde. Qui pouvait espérer rivaliser avec Bruce Lee ?



Brandon était un jeune acteur talentueux, qui s'y connaissait très bien en arts martiaux, mais il ne pouvait pas égaler son père et n'en avait, de toutes façons, aucune envie. C'était du moins l'impression qu'il me donnait. Sa mort tragique a renforcé cette impression et, comme pour bien d'autres acteurs prématurément disparus avant lui, il ne nous reste qu'à nous demander ce qui aurait pu être.



J'ai décroché le rôle dans "Bloodfight" suite à un coup de bol, et c'était bien cool de tourner partout dans Hong Kong avec des vedettes reconnues.



A l'époque où j'ai filmé « Guerres de l'ombre », j'ai considéré ça comme mon premier rôle "convenable" dans un film asiatique; j'ai donc utilisé mon nom complet au générique. Malheureusement, le résultat a été décevant.

Une question assez triviale : pourquoi votre nom complet a-t-il été raccourci aux génériques ? Etait-ce pour rester discret ? Dans certains films, vous êtes crédité comme "Stuart Steen" ou "Stuart Smita". Quelle en était la raison ?

Hé bien, mon "arrangement" avec Godfrey comme avec Tomas impliquait que mon nom complet n'apparaîtrait au générique d'aucun film, et je les en remercie !


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