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Interview de Ruggero Deodato (page 5)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Ruggero Deodato (page 5)


Quelle a été la genèse des « Les Prédateurs du Futur » ?

En fait, le film a été co-produit avec les Philippines, par le gouvernement de l'époque, enfin par la Reine des Philippines (sic), comment s'appelait-elle ...

Imelda Marcos, la femme du dictateur Ferdinand Marcos ?

Oui, voilà. Elle s'était fait construire à l'époque un palais du cinéma, très beau, un grand studio de tournage... Elle avait rencontré un producteur italien au marché du film de Cannes, et l'a invité à venir travailler à Manille. Alors je suis allé là-bas pour le compte du producteur, sans avoir de projet précis qui m'attendait, et elle m'a fait visiter les studios, qui étaient magnifiques... Pendant un mois, j'ai fait un peu de tout, sans savoir ce que j'allais tourner. Je voyais les cascadeurs travailler, j'inspectais les lieux de tournage, tout ça... Mais au bout d'un moment j'en ai eu marre et je suis allé voir le directeur de production pour lui demander si je devais tourner quelque chose, oui ou non. Alors ils m'ont dit de patienter un peu, et une heure après ils m'ont amené un contrat à signer, ainsi qu' un scénario, et le film est né comme ça.

Concernant « Le Projet Blair Witch », on a accusé ce film d'être copié sur la seconde partie de « Cannibal Holocaust », bien que ses auteurs le nient. Qu'en pensez-vous ?

Vous voulez rire ? Bien sûr que c'est copié ! Outre le fait qu'ils ont fait signer aux acteurs, comme moi, une clause qui leur imposait de ne pas se montrer, la structure du film est toute pareille.

Quels sont vos projets ? Vous avez tourné un téléfilm en 2002.

J'ai fait beaucoup de téléfilms, notamment avec Bud Spencer, de nombreuses productions, dont une tournée en Afrique. Je tourne aussi beaucoup de pubs. J'ai plusieurs projets, dont un qui devrait se tourner au Brésil, sur la vie de l'épouse de Garibaldi, Anita. Et puis on m'a aussi proposé de tourner deux films violents, dont un à New York.

Concernant l'état actuel du cinéma italien, comment pensez-vous que se déroulerait votre carrière si vous deviez débuter aujourd'hui ? Auriez-vous la possibilité de travailler comme autrefois ?

Non. Le grand problème des jeunes cinéastes italiens, c'est qu'ils tournent des films à l'intention de leur entourage. Je vois des spectateurs qui sortent d'un film en disant « C'est bien réalisé ». Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Un film ne doit pas être « bien réalisé », mais « bien raconté », comme le cinéma anglo-saxon. Un film, ça doit toucher les gens, ça doit être épidermique... Les cinéastes italiens d'aujourd'hui sont vraiment limités, et ne s'exportent guère au-delà de la Suisse. Moi, si je débutais aujourd'hui, j'essaierais, sans imiter les américains ou les français, de faire des films qui suscitent de l'intérêt, qui touchent le public. Je ne sais pas si ce serait facile, mais c'est ce que je voudrais faire.

Merci, monsieur Deodato.


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