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Interview de Ruggero Deodato (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Ruggero Deodato (page 3)


Pourriez-vous nous parler des ennuis que vous a valu « Cannibal Holocaust » ? Il paraît que vous auriez eu des problèmes pour retravailler ensuite. Or, votre filmographie indique que vous avez réalisé deux films juste après...

Non, pas juste après ! J'ai tourné « Atlantis Interceptors / Les Prédateurs du Futur » trois ans après !

Mais juste après vous avez tourné « La Maison au fond du parc », un film d'horreur inspiré de « La Dernière maison sur la gauche » de Wes Craven, et qui en reprenait l'acteur principal, David Hess...

Ha oui, mais celui-là je l'ai tourné alors que « Cannibal Holocaust » n'était pas encore sorti ! En fait, il a même été tourné en partie en même temps : alors même que je tournais à New York les scènes du début de « Cannibal Holocaust », je tournais les extérieurs de « La Maison au fond du parc ». Je n'aime pas trop ce film : David Hess était insupportable, il n'apprenait jamais ses textes, je préfère ne pas en parler...

L'un des acteurs de « Cannibal Holocaust », Luca Barbareschi, qui interprète le caméraman, est devenu très célèbre en Italie, notamment comme présentateur télé...

Oui, c'est le seul qui soit devenu une star ! Je suis allé faire le casting du film à New York, et pour interpréter les rôles des reporters disparus, j'ai cherché mes acteurs parmi les élèves de l'Actor's Studio. J'ai pris Gabriel Yorke et Perry Pirkanen, qui étaient américains, et Francesca Ciardi et Luca Barbareschi, deux italiens qui étudiaient à l'Actor's Studio de New York, pour garantir la nationalité italienne du film. Je leur ai fait un contrat qui stipulait que pendant un an ils ne devaient pas tourner, ni faire d'apparitions publiques, car on voulait les présenter non comme des acteurs mais comme de vrais gens, qui avaient disparu. La pub du film devait entretenir l'ambiguïté sur la réalité de ce qu'on montrait.


"...c'est le seul qui soit devenu une star !"

Ils ne devaient pas travailler pendant un an ? Je suppose qu'ils avaient des compensations financières...

Il faut savoir que pendant qu'ils étudient à l'Actor's Studio, les élèves comédiens n'ont normalement pas le droit de tourner. Ils faisaient mon film un peu en cachette.

Mais ce film vous a valu de graves ennuis et vous avez dû les faire venir pour prouver qu'ils n'avaient pas été mangés !

Oui, le film a été mis sous séquestre par la magistrature italienne car ils le prenaient pour un vrai « snuff movie» ! Je me suis retrouvé convoqué au tribunal, qui s'est fait projeter le film. Pendant la projection, j'étais présent, encadré par quatre magistrats, deux hommes et deux femmes. A chaque scène horrifique, les hommes se prenaient la tête entre les mains, les femmes se cachaient les yeux... Moi, je n'en menais pas large, et mes avocats ne savaient sur quel pied danser. Je me suis dit : « Ok, je vais ressortir de la salle les menottes au poignet ! » A la fin, le Procureur s'est levé et m'a montré du doigt en s'écriant : « Vous avez fait massacrer des gens pour votre film ! » Alors j'ai dû appeler les acteurs et leur demander de se présenter pour prouver qu'ils étaient toujours vivants...

Vous les avez fait venir des Etats-Unis ?

Oui, pour Luca Barbareschi c'était plus facile car heureusement il se trouvait alors à Rome.

Mais quand on voit le film, notamment les scènes du début, avec le professeur qui recherche les reporters disparus, on comprend bien que c'est un film mis en scène, avec un scénario...?

En fait ils ne s'étaient fait projeter que les scènes avec l'équipe de reporters.

Concernant votre image de cinéaste : est-ce que cela vous ennuie d'être catalogué comme cinéaste de la violence, qu'on ne parle que de vos films de cannibales, même s'ils ont fait votre renommée ?

Pour les cannibales, cela ne m'ennuie pas, mais pour moi ce ne sont pas des films d'horreur mais des films d'aventures réalistes. Cela ne m'embête pas qu'on me considère comme un cinéaste « violent », mais je ne suis pas un auteur de films d'horreur. Les zombies, tout ça, je n'aime pas. J'ai fait un vrai film d'horreur mais c'était pour manger.


"pour moi ce ne sont pas des films d'horreur mais des films d'aventure réalistes.!"

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