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Interview de Pierre Tremblay (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Pierre Tremblay (page 3)


Dans les années 1980 j'ai surtout fait l'apprentissage du côté "audio" des médias avec le doublage, la radio et les voix off. Mais les années 1990 m'ont permis d'approfondir mes connaissances en m'initiant au côté "production" de la télévision, comme animateur devant la caméra et réalisateur derrière, ainsi que le reportage et la chronique.

Ça a débuté en 1991 quand j'ai été animateur sur ATV-World d'une série de 13 émissions hebdomadaires de 30 minutes chacunne appelée "L'Art de Vivre", mal traduit en anglais par "Good Living the French Way". L'émission était parrainée par le consulat français, et voulait illustrer la présence française à Hong Kong par ses produits de luxe et ses activités culturelles. Ce fût l'émission la plus critiquée par les journalistes anglais de l'époque, et la plus regardée par le public chinois. Je ne faisais pas qu'animer, j'étais rédacteur, chargé de production, et vu la quantité de français dans l'émission, assistant monteur et réalisateur. C'est aussi l'année où j'ai commencé à interviewer les vedettes rock de Beijing de passage à Hong Kong pour la radio locale, et on m'a invité à écrire une chronique sur le marché chinois pour une revue qui n'existe plus. Ça m'a valu d'être invité par MTV-Asia pour aller à Beijing interviewer les vedettes en 1993, puis après 1995 comme 'stringer' (journaliste indépendant) régulier, c'est-à-dire réalisateur-intervieweur pigiste. J'indiquais au caméraman les prises que je voulais, l'éclairage et tout, je menais l'interview avec les vedettes derrière la caméra (ni mon visage ni ma voix étaient diffusés), bref je faisais tout sauf le montage, fait à Singapour.

En 1994 j'ai été invité à jouer un rôle dans le feuilleton "All in a Family". C'était chez RTHK, la radio télévision gouvernementale où j'animais et réalisais déjà mes émissions radio de musique spécialisée depuis 1989. Mon cantonais était meilleur, je me sentais beaucoup plus à l'aise devant la caméra, et ça a été bien reçu par le public cantonais. Si bien reçu qu'on a fait une deuxième série en 1996, dont une émission tournée à Shanghaï. Cette fois-ci j'ai même fait un effort pour apprendre à mieux jouer mon rôle, mais la série s'est terminée beaucoup trop tôt.

Entre temps je continuais à travailler comme "stringer" pour MTV-Asia, mais seulement à Hong Kong jusqu'en 1997 ; j'ai travaillé un certain temps comme correspondant à Hong Kong pour la télévision de Manille ; j'ai filmé un mini-documentaire sur VHS pour accompagner un livre ; j'ai même écrit un article sur le marché rock en Chine pour Billboard, édition spéciale Chine novembre 1998 ; et en même temps j'ai commencé à présenter-réaliser pour la radio RTHK des reportages sur l'actualité quotidienne à Hong Kong, aussi bien dans le domaine de la politique, de l'économie, de la sécurité ou de la santé.

C'est aussi à cette période, vers l'an 2000 je crois, que j'ai rencontré Chow Yun-fat dans le métro de Hong Kong. C'était dans la station "Central" à la sortie D2 qui donne sur un magasin de fringues chinoises rétros haut-de-gamme du nom de "Shanghai Tang", donc référence au "Bund" de Shanghaï des années 1930 par son propriétaire David Tang, qui y appose son nom en anglais (Tang au lieu de Tan), et référence à la série des années 1980 qui avait comme vedette principale Chow Yun-fat.

À cette époque, c'était vraiment une vedette internationale avec déjà une renommée à Hollywood. Lui descendait les marches, moi je les montais. Il me reconnaît et me salue, me demandant ce que je devenais ! Surpris, je lui résume vite fait mes activités et je le remercie de m'avoir donné "tant de face". On se quitta sous les yeux amusés de la foule. Six mois ou un an plus tard, toujours dans la station "Central" à la sortie D2, je le croise de nouveau. Seulement cette fois-ci c'était l'inverse : je descendais, lui montait, en plus il portait une casquette de baseball, inclinée de façon à dissimuler son visage. Je l'ai néanmoins reconnu immédiatement mais j'ai respecté son désir évident d'anonymat. J'ai continué mon chemin sans rien dire.

Pour clore ce thème du "Bund", voici un élément peu flatteur que je tiens à vous communiquer moi-même. Au courant de l'an 2000, TVB mis sur le marché une collection VCD "intégrale" de cette série "The Bund". Quelle fut ma surprise quand je découvris que toutes mes scènes avaient été coupées ! À peine restait-il quelques références verbales par d'autres acteurs à propos du consul français "Mister Pierre". Puis je me rappelai mes scènes avec mon cantonais de débutant d'alors, et une scène en particulier où mon expression faciale était similaire à celle que j'avais dans cette scène de torture dans le film de Tsui Hark, avec mes yeux exorbités. J'ai dû me rendre à l'évidence, j'aurais fait pareil. Mais pas vous.

Est-ce que votre site me dérange ? Au début oui. Qui aime qu'on rit de lui ? Puis avec le temps je m'y suis fait et je dois reconnaître que mes photos sont drôles. Alors je ris aussi.

Aussi avec le temps j'ai acquis la conviction que pour bien jouer un rôle un comédien doit bien connaître l'émotion qu'il ressent et surtout l'expression de son visage. Je savais maintenant ce que je voulais, mais est-ce que je saurai le faire ?


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