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Interview de Philip Cook

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Philip Cook


Philip J. Cook est un producteur / réalisateur / scénariste / directeur photo / spécialiste des effets spéciaux qui officie depuis 25 ans dans le monde de la série B américaine. Après avoir travaillé aussi bien pour Menahem Golan que Godfrey Ho, il a monté sa boîte indépendante pour réaliser ses propres films de science-fiction tel Despiser, qui a bénéficié d'une sortie en DVD en France. Voici l'interview d'un passionné, qui nous éclaire sur les joies et les galères du cinéma d'exploitation américain à petit budget.



Pour connaître un peu mieux le bonhomme, vous pouvez faire un tour sur le site de sa société, www.eaglefilms.com, qui propose notamment les bandes-annonce de ses films.



Certaines des images qui illustrent cet entretien proviennent des sites de deux spécialistes des effets spéciaux :

www.moviemonstermuseum.com

le site de John Ellis (un ami de Phil Cook)

Interview menée par Rico


Comme nous connaissons peu de choses sur vous en France, pouvez-vous nous donner quelques informations de base sur vous et vos débuts ?

Dans les années 80, j'ai commencé comme cinéaste d'animation et j'ai travaillé sur pas mal des premiers spots de MTV. En ce temps là, nous devions tout créer avec des maquettes, de l'image par image et des « matte painting » (1) « Des effets spéciaux à l'ancienne ». A 24 ans, j'ai réalisé mon premier film de S.F. « Outerworld » aka « Star Quest ». « Outerworld » fut présenté au marché du film du festival de Cannes et fut vendu dans le monde entier. Puis j'ai écrit et tourné mon second film Invader. Menahem Golan en était le producteur exécutif. Il fut si impressionné par « Invader », qu'il me commanda l'écriture d'un scénario appelé « Covert Strike » avec Michael Paré et Billy Drago. Malheureusement la compagnie de Menahem, « 21th Century » fit faillite et le film ne se fit jamais. Je rédigeai un autre scénario appelé « Star Crushers » pour « Vision Arts » une compagnie de Los Angeles spécialisée dans la production et les effets spéciaux. Mais elle aussi fit faillite avant que le film ne se fasse.



A cette époque, le monde des effets spéciaux se tournait de plus en plus vers l'animation numérique. Pour ne pas rester sur la touche, je me suis mis à apprendre l'animation 3-D. J'ai écrit le scénario de « Night Flyers », l'histoire de femmes pilotes de l'armée américaine pendant la seconde guerre mondiale qui se retrouvent au milieu d'aventures fantastiques. J'ai produit moi-même les dix premières minutes du film dans l'espoir que cette introduction puisse aider à lever des fonds auprès des distributeurs. Nous avons plus tard développé le concept sous la forme d'une série télé et envoyé le pitch à plusieurs distributeurs internationaux dans les années 90. Cela gênera pas mal d'intérêt, mais personne n'eut envie d'investir le premiers cent. C'est ainsi que « Night Flyers » tomba aux oubliettes. C'est alors que je me décidais à produire Despiser, l'histoire d'un artiste qui doit voyager jusqu'au Purgatoire pour secourir sa femme aux mains de forces despotiques. Despiser a été conçu spécialement pour utiliser les nouvelles technologies numériques accessibles pour des cinéastes indépendants. Le but étant de faire un film fantastique le moins onéreux possible.



(1) Technique de création de décors par peinture sur verre.

Vous avez écrit les scénarios de vos propres films dans les années 80 comme « Invader » ou « Star Quest » avant d'être un technicien d'effets spéciaux ou d'être un réalisateur. L'écriture était il votre premier choix de carrière ?

J'adore écrire et c'est plus facile de rester aux commandes de votre film quand vous en êtes l'auteur. Avec ma connaissance des effets spéciaux, je sais comment écrire pour un petit budget tout en donnant le plus beau résultat possible à l'écran. Les effets spéciaux sont là pour servir l'histoire et pas le contraire. C'est pourquoi quand je regarde en arrière, je vois que j'ai certainement évolué comme un écrivain, du moins c'est ce que je me dis.

Commençons par votre travail pour d'autres réalisateurs. Vous avez travaillé comme directeur photo et créateur d'effets visuels sur plusieurs films à petits budgets comme « Nightbeast » ou « The Galaxy Invaders » de Don Dohler, un fan éditeur de magasine de science fiction complètement passionné. Quel était votre rôle exact dans ces films et les souvenirs que vous en gardez ?

Wow, vous connaissez ces films ? J'étais au lycée et j'avais entendu parler de Don Dohler. Il avait fait un film indépendant à petit budget appelé « Alien Factor ». Il l'avait tourné en 16 mm et avait réussi à le faire passer à la télé. Nous étions tous très impressionnés. Quand j'ai appris qu'il faisait « Night Beast », John Ellis, Kent Burton et moi-même avons sauté sur la chance de travailler sur ce projet. J'ai construit les maquettes, Kent Burton a fait les animations en pâte à modeler du Night Beast. On a tourné le tout dans le salon de John Ellis. Nous avons crée une vingtaine de scènes pour l'ouverture du film. Ce fut plutôt une expérience enrichissante. Au final, aucune de nos scènes ne termina dans le film ce qui fut une petite déception. Mais du point de vue de Don, je comprends que ça ne correspondait pas au style qu'il était en train de donner à son film.

« Metamorphosis, the Alien Factor » était la suite d'un populaire film à petit budget du début des années 80 appelé « The Deadly Spawn » (alias « La Chose »). Malgré son manque d'argent, le film est généreux en créatures et en effets visuels et a impliqué une grosse équipe d'effets spéciaux. Quel a été votre rôle ? Comment étaient le travail et l'ambiance sur le film ?


La bête et sa victime

J'avais déjà entendu parler de Ted Bohus depuis quelques années à cause de « La Chose ». Et Ted connaissait Dan Taylor qui possédait une compagnie d'animation « Taylor Made Image » au Maryland. Ted et ses partenaires ont réuni un peu d'argent pour un film à petit budget, je crois un million de dollar. Ils ont tourné en 35 mm, construits de très chouettes plateaux de tournages dans un entrepôt et avaient de belles créatures en latex construites par Ron Cole et d'autres jeunes gars talentueux du New Jersey. Dan Taylor, Alan Hoyt et John Ellis ont aussi construit les décors de la fin du film et les ont envoyé au New Jersey pour le final, la grande salle de régénération. Sur le tournage, j'ai été directeur photo de la seconde équipe : insertion de monstres, d'effets sanglants et autres… Quand le film fut en boîte, j'ai été directeur photo sur la plupart des animations image par image. L'équipe de Dan Taylor avait construit de très belles versions miniatures des décors et des monstres et Kent Burton et Dan Taylor les ont animées. Beaucoup des scènes tiennent encore bien le coup aujourd'hui. C'était un travail très ambitieux pour l'époque.

Nous avons lu que le film avait eu pas mal de problèmes de droits avec ses producteurs et distributeurs. Dans son générique de fin, on peut lire ses lignes mystérieuse : « je n'ai pas été payé assez pour cette merde. ». Pouvez vous nous en dire plus à ce sujet ?


Phil s'occupant des séquences images par images

Je ne sais pas grand-chose sur l'aspect financier de « Metamorphosis ». Je sais que Ted a eu beaucoup de partenaires financiers. Je n'ai jamais compris qui avait mis l'argent ou comment ça avait marché. Il y a eu une grosse dispute entre les producteurs une fois que le film fut fini. Il avait fait affaire avec « Intercontinental Releasing » ce qui ne s'est pas bien passé. Dans ce business, personne ne vous donne jamais une réponse carrée sur la façon dont ces accords sont passés, c'est pourquoi je ne connais pas les détails. Tout le monde semble effrayé que vous puissiez apprendre la vérité comme si on allait leur voler leur fluide (mojo). Ca ne me surprendrait pas qu'ils aient eu des problèmes de droits, ce n'est pas inhabituel, j'ai eu des problèmes de droits sur « Invader »


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