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Interview de Philip Cook (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Philip Cook (page 3)


Votre troisième film en tant que réalisateur est « Despiser ». Ce film est un vrai défi technique dans lequel se mélangent des acteurs réels et de nombreuses séquences générées par ordinateur. Comment avez-vous abordé un projet aussi difficile, et comment de temps vous a-t-il fallu pour faire aboutir ce projet ?

Nous avons tourné « Despiser » en 1998. A cette époque personne n'avait tourné un film avec une forme aussi stylisée. Depuis nous avons eu « Sky Captain et le monde de demain », « Sin City », « Spy kids » et « Mirror Mask »(5). Des acteurs filmés sur fond bleu et intégrés dans des environnements numériques, c'est très dans le coup aujourd'hui. Quand j'ai commencé, l'animation numérique était encore rare et spéciale. En 2003, quand Despiser fut distribué, la 3D était partout, le public en était déjà lassé. Les effets spéciaux n'étaient plus du tout spéciaux. Je suis toujours fier de « Despiser », en particulier parce qu'il n'a coûté que 35 000 $ à produire.



(5)Film fantastique anglais pas encore sorti chez nous.

Vous avez fait des cinématiques pour des jeux videos. Est-ce la raison pour laquelle le purgatoire de « Despiser » semble avoir un look très « jeu vidéo »

Nous avons été critiqué pour ce visuel de jeu vidéo par des gens se demandant pourquoi ce n'était pas aussi beau que Star Wars. On devait se débrouiller avec le budget, des programmes des années 90 et le fait que 700 effets visuels ont été produits par deux personnes et zéro budget. J'espérais que le public rentrerait dedans grâce à l'histoire, laisserait son incrédulité de côté et prendraient plaisir à l'aventure et l'esprit créatif du film. Certains sont rentrés dedans, d'autres non.

Bien que la plupart soient complètement inconnus, le casting de « Despiser » est très convainquant. Comment les avez-vous recrutés ? Leur a-t-il été difficile de jouer avec toutes ses images de synthèses.

Merci. Ca a été difficile de trouver des gens de talent dans la région de Washington et encore plus de caler les agendas, surtout que la plupart n'étaient pas acteurs à plein temps. Ironiquement j'ai écrit « Despiser » avant « Invader » mais je le gardais pour le moment où j'aurais un plus gros budget. Au final je l'ai produit avec mon propre argent pour une fraction de ce que j'avais dépensé sur mes deux premiers films. Je n'ai jamais cherché à me procurer une star et j'ai simplement choisi un casting local.



Pour ce qui est de diriger des acteurs devant un écran bleu, je ne pense pas que ce soit aussi difficile que le pense la plupart de gens. Les acteurs ont une imagination fertile. Il faut bien davantage s'inquiéter de placer au mieux leur performance à l'échelle des images composées un mois plus tard. L'autre truc est d'aligner les regards de tout le monde vers là où les effets sont censés se passer.

Vous avez pour projet de transformer « Despiser » en série télé. Où cela en est il ?

Malheureusement nulle part pour le moment. Si j'avais plus de connections avec des financements et des gens du milieu de la télé, je pense que « Despiser » ferait une grande série. Rédemption. Aventures. Mondes étranges. Différent niveaux du purgatoire. Racheter les péchés de son passé. Le concept est infini. Peut être un de mes enfants le fera t-il dans quelques dizaines d'années.

Vous occupez la plupart des postes sur vos films : Producteur, scénariste, réalisateur, technicien des effets spéciaux et même faîtes certaines voix. Est-ce un choix ou est-ce du aux contraintes financières ? Feriez vous la même chose si vous aviez plus d'argent ou est-ce un moyen de garder un contrôle total sur vos films.

Si je me suis retrouvé à en faire autant, tout simplement parce que je n'avais pas assez d'argent pour recruter une équipe compétente. Je suis relativement bon dans pas de choses. Je sais tourner, je sais monter, je sais éclairer, je sais construire des décors, mixer le son, bla bla bla. Même nettoyer la baignoire des acteurs. Mais c'est plutôt écrasant de devoir porter sur ses seules épaules le poids de productions aussi complexes, surtout quand c'est votre argent qui est en jeu. J'ai un directeur photo, un chef électricien, un responsable de production, des gens de talent qui se concentrent sur un travail. Tourner des publicités c'est comme des vacances. Tout ce que j'ai à faire c'est me concentrer sur l'histoire. Finalement c'est ce qui m'intéresse vraiment. Raconter une histoire. Etablir un lien émotionnel entre les personnages et le spectateur; tout le reste n'est simplement que le moyen d'y parvenir. Alors est ce que j'aimerais avoir plus de techniciens de talent dans mes productions ? Absolument !

Est ce facile de distribuer vos films aux Etats Unis. Comment a évolué le marché pour de petites productions indépendantes comme les vôtres depuis les années 80.

C'est très difficile de voir ses films distribués aux Etats-Unis et ça devient tous les jours de plus en plus dur. Tout tourne autour du casting et comme me la dit « Sci-Fi Channel » (6) sur « Despiser », mon film n'a pas un casting vendeur. « Despiser » a été un relatif succès, mais si je l'avais fini en 2002 plutôt qu'en 2003, cela aurait été une bien plus grosse réussite. Le marché est saturé de médias maintenant. Tous les ans c'est de pire en pire. Même si j'ai réussi à vendre « Despiser » sur la plupart des gros marchés, je ne suis pas sûr que j'aurais l'estomac d'essayer de faire de nouveau un film comme « Despiser » aujourd'hui. Je pense qu'on doit aller sur de plus gros budgets pour rester compétitifs. Il faut que j'essaye de me faire un nom qui veut dire quelque chose sur le marché international ou celui du film de genre.



(6)Chaîne américaine du câble très regardée, spécialisée comme son nom l'indique dans la science fiction et le fantastique. Elle achète ou finance énormément de programme de ce type et constitue à l'heure actuelle l'un des principaux débouché pour les petites productions. Elle s'est exportée en Grande Bretagne, Allemagne et depuis 2005 sur le satellite en France.

Vous semblez être un homme de la côte Est, vous travaillez surtout entre Baltimore et Norfolk dans la région de Washington. Est-ce difficile d'être dans l'industrie du cinéma sans être à Los Angeles.

Je crois que c'est difficile d'être dans le milieu du cinéma n'importe où. Il y a tellement de gens qui se battent pour les mêmes dollars, les mêmes distributeurs, pour capter l'attention dans un marché des médias totalement saturé. C'est le business du film, vous pouvez difficilement en vivre mais facilement en mourir. Je reste à Washington parce que ma famille est là, parce que je suis relativement unique dans le coin et que ma clientèle non cinématographique est ici.

Quels sont vos projets en ce moment ?

J'ai pour l'instant trois scénarios pas encore produits à différents niveaux de développement en ce moment. Celui qui, je pense, à le plus de chance d'aboutir est une histoire de vengeance avec des accents de science fiction. C'est une aventure dans le monde de la pornographie, du terrorisme et de la biotechnologie. Cela m'ouvre une palette plus large mais aussi plus sombre que tout ce que j'ai fait avant. Le scénario a été bien reçu. Le temps nous dira comment ça se manifestera.


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