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Interview de Philip Cook (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Philip Cook (page 2)


Vous avez aussi travaillé comme directeur de la photographie avec Godfrey Ho (utilisant ici le pseudo "Godfrey Hall"), un réalisateur de Hong Kong très controversé sur le film d'arts martiaux « Undefeatable » avec Cynthia Rothrock and Don Niam. Comment avez-vous été contacté par le producteur Tai Yim et le réalisateur Godfrey Ho/Hall ? Vous dites sur votre site que « l'histoire était un peu faible mais que vous avez eu un grand plaisir à travailler dessus », comment s'est passé le tournage ?

Godfrey Ho était aux Etats Unis un an avant, pour le tournage de « Honor and Glory » avec Cynthia Rothrock et voulait améliorer l'esthétique de ses films. Il avait vu Invader et savait que je pouvais créer de la belle image pour un petit budget. Ce fut une grande expérience, un mélange entre des équipes hongkongaises et américaines. Les « Singes cascadeurs », des artistes martiaux asiatiques était fantastiques, des types super. Les risques qu'ils prenaient pour tourner les scènes m'effrayaient vraiment. J'avais souvent eu peur que quelqu'un se fasse vraiment mal. Personne ne se blessa. J'ai appris beaucoup en observant les chorégraphies de Godfrey. Et Tai Yim, le producteur était une vraie source d'inspiration sur le plateau : posé, solide, une vrai force positive. Et bien sûr, c'était une grande chance de tourner en 35 mm. J'ai finalement eu la chance de voir le film fini à Los Angeles au Marché du film américain. La photo était belle sur grand écran. L'écriture et l'histoire de toute façon n'ont jamais été son point fort. Godfrey avait mis l'accent sur l'action au dépend des personnages et de l'histoire.

Godfrey Ho n'a pas la réputation d'être un homme très honnête. Des acteurs que nous avons interviewé notamment Richard Harrison et Bruce Baron, qui ont tous deux tourné dans ses films à H.K. nous ont parlé des problèmes qu'ils ont eu avec leur contrats. Avez-vous eu de telles difficultés avec lui ? Savez vous que Godfrey Ho a ressorti ce films en Asie quelques années plus tard sous le nom de « Bloody Mary Killer » en mêlant au métrage original des scènes plus violentes et sexy tournées à Hong Kong ?

Premières nouvelles pour moi. J'ai trouvé tant Godfrey Ho que Tai Yim parfaitement réglo avec moi donc mon expérience fut très positive... J'ai perdu le contact avec eux avec les années.

« Outerworld » alias « Star Quest: Beyond the Rising Moon » (1987) est votre premier film en tant que réalisateur et il est très ambitieux. Comment avez-vous réussi à écrire, réaliser et réunir l'argent pour ce projet ?


Phil Cook, John Ellis et Norman Gagnon l'équipe qui a fait le film d A à Z

J'ai fait équipe avec John Ellis. Lui comme moi avions une passion pour les films de Science Fiction. Nous adorions le travail de Gerry Anderson qui avait produit « U.F.O ». ou « Cosmos 1999 ». Nous avions compris comment ses effets fonctionnaient. J'ai écrit « Outerworld » avec les effets spéciaux à l'esprit. J'ai essayé de faire un film de S.F. arty : « 37°2 le matin » ou « Risky Business » dans l'espace. J'étais un peu immature et je ne pense pas avoir réussi à faire tenir ça debout. Il était un peu long et un peu prétentieux. J'ai depuis revisité « Outerworld » et réparé un tas de truc dans le nouveau montage. A l'époque, au début des années 80, nous avons levé de l'argent en créant des actions : nous avons vendus des parts à 1% du film pour 3500 $. C'était une façon pénible de réunir de l'argent. Ca nous a pris plus d'un an à réunir les fonds et il nous est resté le rôle trivial de produire le film. Ca impliquait des douzaines de décors futuristes, de costumes et de maquettes. Presque tout fut construit à partir de zéro, quelque chose de jamais vu pour un film de ce budget.

Malgré le petit budget à votre disposition (environ 175 000 $) vous avez toujours essayé de montrer un maximum d'effets dans votre film. Il y a des maquettes, des matte paintings et des effets optiques. Comment avez-vous travaillé dessus ?


Devant leur plus belle maquette

Nous avons construits de beaux décors dans un petit entrepôt pendant un été caniculaire. Après avoir tourné les scènes avec les acteurs, nous avons passé un an à construire des maquettes élaborées. Malheureusement il y avait plein d'obstacles que nous ne pouvions franchir avec les moyens photographiques de l'époque. Nous n'avons eu aucune caméra à mouvement contrôlé (motion control) (2). Il n'y avait aucun compositing (3). Aucun écran bleu. Aucun travail d'impression optique (4). Aucune infographie. Tout était fait à la caméra à l'ancienne. Dans la nouvelle version, j'ai conservé le meilleur de nos scènes avec les maquettes et remplacé certains des effets plus maladroits avec des recréations numériques. Je pense que c'est le meilleur des deux mondes et que ça lisse les moments les plus approximatifs du film.



(2)Technique qui permet de filmer plusieurs fois de suite le même mouvement et ainsi de faire des incrustations d'objets comme des maquettes.

(3)Technique qui permet de mettre plusieurs objets filmés différemment sur la même image finale.

(4)Technique permettant de rajouter des effets directement sur la pellicule

Pour le DVD édition spéciale, il semble que vous avez ajouté de nouveaux effets numériques. Nous avons lu par ailleurs que vous aviez fait la même chose pour booster et améliorer « Invader ». Est ce un choix artistique, l'opportunité de faire de plus gros effets spéciaux avec des images de synthèses que vous ne pouviez pas vous offrir à l'époque ou pensez vous que la version originale est trop « à l'ancienne » pour le public actuel.

Honnêtement, je me suis rendu compte qu' « Outerworld » sous sa forme originale était irregardable et invendable. Maintenant c'est une toute nouvelle expérience. Oui c'est toujours un produit des années 80, mais qui a une allure plus moderne, plus fraîche. C'est une refonte assez radicale. « Invader » ne nécessitait pas autant d'ajustements. La plus grosse remise à jour a été une bataille aérienne dans le ciel de Washington. Mais Big Harvey notre robot dévastateur en image par image est toujours là, inchangé. Voir son final, c'est un petit peu comme voir le King Kong original. Vous savez que c'est en image par image, vous savez que c'est un faux, mais vous l'aimez quand même. Je n'ai pas pu toucher à ces scènes. Ça a toujours son charme nanar, toute la scène de la caverne souterraine

Invader est votre second film comme réalisateur (un film que nous n'avons pas pu voir en France pour l'instant). Vous le décrivez comme un film satirique qui a des allures d'épisode d'X Files mais qu'écrit en 1987, bien des années avant que quiconque n'entende parler de Scully et Mulder. Pouvez vous nous en dire plus sur « Invader » ?


Un côté très X-Files pour un film sorti un an avant le début de la série.

« Invader » est l'antithèse de « Outerworld ». Là où Outerworld se veut solennel, « Invader » est pétillant. C'est un mélange entre « Docteur Folamour » et « Le Jour où la Terre s'arrêta ». C'est irrévérencieux et ça se paye la tête des médias, des militaires et de la mode des OVNI. Je jurerais que Chris Carter, le créateur d'X-Files a du le voir parce que pas mal d'aspects du film se retrouvent dans plusieurs épisodes de la série. A la base, c'est un buddy movie, un duo mal assorti (un journaliste de la presse à sensation et un agent du gouvernement conservateur) qui travaillent ensemble pour mettre à jour une conspiration derrière des meurtres mystérieux dans une base aérienne en Virginie. Des Extraterrestres sont dans le coup !

Nous avons lu que vous avez travaillé avec Menahem Golan comme co-producteur sur ce film. Est-ce vrai et comment fut votre collaboration avec ce producteur mythique.

Après « Outerworld », nous avons voulu faire un film simple, un film qui ne se passerait pas dans le futur, pour lequel nous n'aurions pas besoin de tout construire à partir de zéro. Alors j'ai écrit « Invader ». Il se déroule dans un Washington contemporain. Nous avons réuni 50 000 $, la moitié du budget dont nous pensions avoir besoin et nous sommes partis tourner la moitié du film en partant du principe qu'on devrait bien arriver à trouver le reste. Et bien, nous avons tourné la moitié du film et nous n'avons pas pu réunir plus d'argent ! On a calé pendant presque un an. Finalement, j'ai emporté une copie en l'état de ce que nous avions tourné au Marché du Film Américain à Los Angeles. J'ai essuyé le refus de plusieurs compagnies de distribution jusqu'à ce que je rencontre Menahem Golan et « 21th Century ». Il a vu le potentiel du film et m'a donné 125 000 $ pour le finir ! C'était extraordinaire. Il est devenu producteur exécutif et nous a laissé complètement tranquille ! Le titre original était « The Killing Edge ». Ca a été l'idée de Menahem de le renommer « Invader ». Il a adoré le résultat final. Pour lui il avait tout à gagner. Il ne dépensait qu'une fraction de ce qu'il aurait normalement mis sur un film de ce genre et en obtenait visuellement le double à l'écran. Menahem l'a finalement vendu avec succès dans le monde entier : l'Allemagne, le Japon, le Royaume Uni. Et même lorsque sa compagnie a fait faillite et que j'ai perdu ma mise de fonds sur « Invader », il a encore sauvé le film. « Invader » n'aurait jamais pu être terminé sans lui. Je ne lui en veux pas du tout.


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