Accueil > Interviews > Interview de Nick Nicholson (page 8)

Interview de Nick Nicholson (page 8)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
liste des catégories

Nick Nicholson (page 8)


En 1994, vous avez joué dans "Désirs secrets" réalisé par Joe D'Amato. De quoi parle ce film ? Joe D'Amato a la réputation d'être un grand pro qui manque parfois de scrupules. Vous êtes d'accord avec cette opinion ?


Joe D'Amato.

Je n'ai jamais eu le moindre problème avec lui. C'était un film érotique dont l'actrice principale était un mannequin russe avec de gros nichons. C'était du gâteau. Le tournage était amusant, c'est tout ce que je peux vous dire. Je ne vois pas ce qui peut bien justifier cette réputation de réalisateur sans scrupules.

Sur votre site, il y a une photo légendée : "Steve Rogers, moi et Matthew Westfall sur le plateau d'Equalizer 2000. On était tous défoncés sur cette photo !" Il semble que sur les tournages, on ne manquait jamais de San Miguel et de cigarettes qui font rire. Honnêtement, vous autres, les acteurs occidentaux, viviez-vous aux Philippines seulement pour l'amour du cinéma ou bien était-ce également pour la fête, l'alcool et les à-côtés ?


Steve Rogers, Nick et Matthew Westfall.

On ne buvait pas sur les tournages. Jamais ! On fumait beaucoup d'herbe mais on ne buvait pas. Sur le fait de vivre aux Philippines, je ne peux parler qu'en mon nom. Quand je suis rentré aux Etats-Unis, après le Vietnam, j'ai souffert du choc culturel et j'ai détesté ça. Auparavant, j'étais tombé amoureux des Philippines alors je m'y suis installé. Si j'étais resté aux Etats-Unis, je serais peut-être en prison ou bien mort à l'heure qu'il est ! Il y avait de l'herbe à foison, mais ça n'a pas eu une grande influence sur ma décision de m'installer ici, car j'aurais tout aussi bien pu m'en procurer aux Etats-Unis.


"J'accuse le gouvernement"

Life of debauchery est un forum de discussion où chacun vient raconter ses expériences décadentes. Vous y intervenez fréquemment. Quel regard portez-vous sur votre "vie de débauche" ?

Pour autant qu'il continue à vivre, le site Lifeofdebauchery.com est un endroit distrayant où interviennent de bons cyber-potes. J'avais l'habitude de passer beaucoup de temps devant un ordinateur pour mes anciennes affaires, et encore maintenant puisque je suis propriétaire d'un cyber-café. C'est plutôt un endroit sympa pour passer son temps. Parfois les gens prennent ça un peu trop au sérieux, mais à l'occasion vous pouvez avoir de bons débats d'idées. Mais à présent je n'y suis plus tant que ça.

Vous vous êtes beaucoup impliqué dans la production. N'avez-vous jamais eu l'idée de monter votre propre structure de production comme Ron Marchini l'a fait avec RoMar Int. par exemple ?


Ron Marchini.

C'est un voeu qui n'a jamais été exaucé faute d'avoir eu les finances nécessaires.

L'industrie du film des Philippines a connu un net déclin après 1990. Elle semble avoir arrêté de produire des films pour l'export. Y a-t-il une raison spécifique à cela ? Quel est l'état du cinéma philippin à l'heure actuelle ?

Bonne question ! Petit à petit, le gouvernement philippin a fini par se tirer une balle dans le pied ! Durant l'ère Marcos, sa femme Imelda était une vraie patronne pour la culture. Elle veillait à ce que les producteurs étrangers qui venaient tourner ici fussent bien accueillis. S'ils avaient besoin d'équipement militaire, elle faisait en sorte de leur faciliter la tâche. En échange, les producteurs versaient de l'argent qui servait à la conservation et à la maintenance des équipements. Aujourd'hui, il faut passer par le Ministère de la Défense et il faut soudoyer tout le monde depuis le général jusqu'au moindre balayeur. De plus, il y avait auparavant pléthore de figurants blancs disponibles. Mais Fred Limp [NdR : Fred Lim, le maire de Manille à l'époque. Il s'agit d'un jeu de mot entre « Lim » et « Limp » (mou, en anglais)] nous a mis des bâtons dans les roues quand il a décidé de fermer le quartier de réserve de Manille et qu'il a contraint au départ les immigrants qui vivaient là. Pensez que sous Marcos il se tournait en moyenne 40 films étrangers par an dont le budget moyen par film était de 300 000 à 450 000 dollars. Tout l'argent que les extras gagnaient profitait ensuite à l'économie du pays. J'accuse le gouvernement en premier lieu, et ensuite une saturation du marché. Trop de saloperies que personne ne voulait plus acheter !


Page précédente - - Page suivante

- Page 1 -- Page 2 -- Page 3 -- Page 4 -- Page 5 -- Page 6 -- Page 7 -- Page 8 -- Page 9 -
Retour vers les interviews