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Interview de Nick Nicholson (page 6)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Nick Nicholson (page 6)


Dans les films qui nous sont parvenus, on tombe souvent sur des noms de réalisateurs semblant issus du cinéma local, des gens comme Jun Gallardo, Danilo ou Jun Cabreira... Jun Gallardo était-il parent de Cesar Gallardo, dont des films comme "Geron le vagabond" sont considérés comme des classiques du cinéma philippin ? Avez-vous travaillé avec eux ? Comment se passaient les tournages ?


Jun Cabreira.

Dans le cinéma, tous ceux qui ont le même nom de famille sont soit parents soit cousins. Dans les derniers temps, cela restait un secret de famille. Je crois que Jun et Cesar étaient frères. Danilo Cabreira est le plus jeune frère de Jun Cabreira. Ils sont réalisateurs tous les deux. Ils ont aussi un demi-frère du nom de Joey Pineda qui possède un circuit de salles de cinéma. J'ai travaillé avec chacun d'entre eux, excepté Cesar Gallardo. Sur les productions, les problèmes survenaient souvent lorsqu'un de ceux qui bossaient avec vous avait un ego de la taille du Grand Canyon. Je n'ai jamais eu de problème grave. Le plus gros problème pour moi, c'était la bouffe. C'est pour ça que j'appelle mon bouquin «Fish heads and rice » [« Riz et têtes de poisson », Ndt] !

Teddy Chiu alias Teddy Page était un jeune Chinois qui réalisait beaucoup de films d'action ou de guerre pour Mr Lim. Comment était le travail avec lui ? Savez-vous comment il en est venu à réaliser des films aux Philippines ?


Teddy Page.

Travailler avec un Chinois n'est jamais facile. De plus, Teddy commettait souvent des bourdes qui coûtaient chères à Mr Lim. Néanmoins, c'est Mr Lim qui lui a donné sa chance comme réalisateur. Teddy avait commencé comme apprenti, sans être payé.


"Travailler avec un Chinois n'est jamais facile."

A propos des nanars de la Kinavesa, et plus généralement des productions locales qui faisaient tourner des Blancs, nous avons entendu dire qu'ils étaient faits exclusivement pour le marché occidental et demeuraient souvent inédits aux Philippines car le public (ainsi que les politiciens) n'aimaient pas trop voir des héros blancs dans les films philippins. Est-ce vrai ?


Un flagrant délit d'américanisation.

C'est davantage une question de décor. Les Philippins adorent les acteurs occidentaux et les films étrangers font habituellement beaucoup plus d'entrées que les productions locales. Les cinéastes philippins ne cessent d'ailleurs de s'en plaindre. Mais lorsqu'un Philippin dépense de l'argent pour aller voir un film étranger et qu'il s'aperçoit que le film a été tourné à Manille, il se sent arnaqué. Tous nos films sont disponibles en VCD ou en VHS et ils sont beaucoup loués.

Au générique de "Slash le découpeur" on vous trouve sous le nom de "Nick Nichols". C'est votre vrai nom ? De plus, il arrive que sur certaines jaquettes de VHS - sur celle de "Laser Force" par exemple - votre patronyme soit outrageusement mis en avant pour créer une confusion avec votre homonyme "Jack Nicholson" auprès des acheteurs étourdis. Que pensez-vous de ça ?

Mon vrai nom est Daniel Nicholson. J'utilise le diminutif "Nick" à l'écran car c'est comme ça qu'on m'appelle depuis l'armée. Ensuite, comment les crédits peuvent être faits ou comment les films peuvent être vendus, ça n'est pas de notre ressort. On n'en a pas la moindre idée, prenez-vous en aux distributeurs !

En parcourant votre site, on est tombé sur une photo promotionnelle de "Mission Accomplie" où vous êtes aux côtés du karatéka Richard Norton, qui a beaucoup tourné aux Philippines, mais aussi, et plus étonnamment, de Bruce Le (bizarrement crédité au générique sous le nom de Bruce Li, autre clone du petit dragon). Qu'est-ce que Bruce Le faisait là ?


Bruce Le.

Je crois que Bruce Le était l'un des co-producteurs. Lui et quelques autres gars jouaient les Vietnamiens. Mon souvenir de lui, c'est qu'il n'arrêtait pas de se foutre sur la gueule avec Rex Cutter pendant le tournage. Je n'appréciais aucun des deux. Bruce avait pris l'habitude de nous traiter avec condescendance, nous autres qui vivions aux Philippines. Il était un peu raciste sur les bords.


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