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Interview de Nick Nicholson (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Nick Nicholson (page 3)


Etant donné votre longue expérience dans le milieu du cinéma philippin et au vu de la faible documentation existante sur ce sujet, nous aimerions vous soumettre, si vous le voulez bien, une liste de nom des acteurs que l'on rencontrait fréquemment sur les tournages et que vous connaissez sans doute. Pourriez-vous nous dire comment ils sont devenus acteurs et quel genre de personne ils étaient ?

Romano Kristoff alias Ron Kristoff est l'acteur que l'on voit le plus souvent dans les films de la Kinavesa et il était probablement l'un des rares, avec Mike Monty, à être employé à plein temps. Nous savons que c'était un ancien légionnaire espagnol. Il semble que, comme vous, il participait de temps à autres au travail de production, à l'écriture et à la réalisation. A-t-il été pour vous une sorte d'exemple sur la façon de se comporter dans l'industrie du cinéma philippin ?


Grosso modo, Rom, Mike Monty et moi gagnions notre vie grâce au cinéma. Je crois qu'à présent Rom possède un restaurant. Il était très présent dans le milieu « mondain » ; je n'en dirai pas plus. Mike Monty a fait des films en Italie avant de venir ici. Rom et Mike avaient tous les deux un atout pour bosser avec les Italiens, dans la mesure où ils parlaient leur langue couramment. Je les ai souvent côtoyés tous les deux. Je bossais dans la production de nombreux films. Rom - ou Ron comme vous dites - était simplement un acteur à la base. Moi, si j'étais impliqué dans la production, c'était pour survivre. Je faisais correctement mon travail et les producteurs aimaient bien mon côté absurde. De plus, j'étais, d'entre tous les "acteurs", le seul à être membre du K.A.P.P. (le syndicat des acteurs du cinéma philippin), de la Guilde des Réalisateurs et Directeurs de Production, ainsi que de l'Académie du Cinéma Philippin. Je ne vois pas en quoi Rom aurait pu être un exemple pour moi en cela que je savais très bien me débrouiller seul. Du reste, je ne me souviens absolument pas l'avoir vu tenir la moindre fonction au sein une équipe de production. De plus, j'ai également beaucoup travaillé pour le cinéma local.


"Les gens louaient nos VHS le samedi avant de se défoncer"

Quelque chose à déclarer à propos de Bruce Baron ?


Bruce Baron

Moahahahahahahahaha ! Bruce Baron... Bien...
On a fait ensemble un film vraiment pourri, qui s'appelait "The Firebird Conspiracy", pour une compagnie nommée Cinex Films. Tout au long du tournage, il n'a cessé de pleurnicher pour un oui ou pour un non, si bien que, par la suite, les producteurs m'ont demandé d'imaginer un moyen de nous débarrasser de son personnage dans le film afin qu'ils puissent engager un autre gars pour jouer le rôle du Capitaine Beck. Alors j'ai envoyé tout le monde courir sur un champ de mines... et BOUM ! On a dit à Bruce de rester à terre pendant une trentaine de secondes pendant que le reste du commando avait reçu la consigne de se relever au bout de dix et de contempler le mort. Fin de l'histoire pour le vieux Capitaine Beck, et bienvenue au nouveau en la personne de Steve Rogers !

Bruce Baron se comportait comme s'il était une sorte d'acteur en vue et il pensait qu'il aurait dû être payé davantage que n'importe qui d'autre. Allons, soyons sérieux... Aucun de nous n'a jamais amené le public en masse dans les salles de cinéma. La plupart des gens ne savaient pas qui on était et s'en foutaient pas mal. Nos projets étaient le plus souvent destinés au marché de la vidéo. Les gens louaient nos VHS le samedi avant de se défoncer. Ils suivaient six ou sept de nos aventures dans la soirée en mangeant du pop-corn, en fumant de l'herbe et en éclusant des bières.

Bruce Baron nous a expliqué dans une interview que certains des Occidentaux qui constituaient le casting se retrouvaient là car un boulot normal leur était interdit faute de permis de travail ou de visa et que ce genre de job leur permettait de survivre. De plus, il semble que la plupart des acteurs, s'ils étaient parfois amis, étaient aussi concurrents : les acteurs principaux étant payés dans les 1500 $, les autres cassaient les prix et acceptaient de travailler pour moins cher...

C'est des conneries ! Bruce Baron était un trou du cul, sans parler du fait qu'il devenait myope comme une taupe dès qu'il enlevait ses lunettes ! Et personne ne voulait l'engager ! Il s'était présenté au casting d'un des films de Chuck Norris et il avait déclaré au directeur de casting "Je n'accepte que des grands rôles !". Le gars lui avait demandé : "Tu vois cette porte ?", Bruce lui avait répondu "Oui...", et l'autre lui avait dit : "Eh bien, tu marches jusqu'à cette porte, tu l'ouvres et tu disparais !". On était tous potes et on se fréquentait mutuellement. Manille est une petite ville et si tu sais bien placer tes pions, tu es sûr de décrocher des rôles. Cirio H. Santiago m'a recruté parce qu'il aimait mon travail et parce que je m'entendais bien avec tout le monde. Si tu es un emmerdeur, ça se sait très vite et tu ne travailles pas.


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