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Interview de Nick Nicholson

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Nick Nicholson


Révéré sur Nanarland pour ses prestations de militaire fou dans "Commando Massacre", de vengeur moustachu dans "Laser Force" ou de flingueur goguenard dans les films post-apocalyptiques de Cirio H. Santiago, Nick Nicholson fut l'un des seconds rôles les plus emblématiques du cinéma d'exploitation philippin. Sa filmographie imposante et ses diverses activités au sein des équipes de production plus ou moins nanardes faisaient de lui un homme très recherché ici-bas. N'écoutant que sa bravoure, l'impétueux John Nada se mît en chasse, la bave aux lèvres et l'arme absolue en bandouillière, pour une longue traque qui se termina sur un obscur forum de cultivateurs de chanvre indien où sévissait l'homme aux yeux globuleux. Nick, qui demeurait toujours aux Philippines où il vivait assez chichement de la gérance d'un cyber-café, se révéla très amical et accepta de répondre à nos questions avec d'autant plus d'entrain qu'il rassemblait alors ses souvenirs d'acteur dans "Fish Heads and Rice", un projet de livre dont son site internet propose des extraits. Accablé par des problèmes de santé, Nick a depuis tiré sa révérence, le 11 août 2010.

Affable et riche d'anecdotes savoureuses, Nick Nicholson nous livre dans cet entretien un témoignage précieux sur le petit milieu des acteurs occidentaux des Philippines. Un pays qui fut le dernier bastion du nanar à l'ancienne.

Interview menée par la team Nanarland


Pour commencer, pourriez-vous retracer brièvement votre parcours ? D'où êtes-vous originaire ? Comment êtes-vous arrivé aux Philippines ? Comment avez vous débuté au cinéma ?

Je suis né et j'ai grandi à Redford dans le Michigan. J'ai fréquenté le Lycée Lee M. Thurston que j'ai quitté à l'âge de 17 ans pour m'engager dans l'US Navy. J'ai bourlingué aussi bien en Méditerranée qu'au Vietnam. Lorsque j'étais militaire, j'avais pris l'habitude de me rendre aux Philippines pour faire la fête, si bien que je me suis fixé à Manille lorsque j'ai été démobilisé. Là-bas, j'ai travaillé avec un type dont l'oncle était photographe de plateau pour le cinéma ou bien sur des pubs pour la TV et les magazines. C'est lui qui m'a permis de devenir acteur pour la Kinavesa.

D'après nos sources, vous auriez fait vos débuts à l'écran en 1973 dans une production chinoise tournée à Manille, un film de kung-fu dans lequel vous teniez un petit emploi de méchant occidental. Etait-il fréquent que des productions de HK viennent tourner aux Philippines ?

Non, on ne faisait pas tant de films que ça pour les productions de HK. Ce genre de deal arrivait de temps à autres mais leurs équipes préféraient tourner à Hong Kong ou à Taïwan.

Comme Max Thayer, vous êtes originaire du Michigan. Vous avez à peu près le même âge et vous étiez tous les deux au Vietnam avant de devenir acteurs. Dans un entretien qu'il nous a accordé, Max Thayer nous a confié dans une interview qu'il avait fait un détour par les Philippines pour venir vous saluer alors qu'il se rendait à Bangkok pour tourner "Karate Tiger 2". Vous semblez très bien vous connaître. Auriez-vous quelques anecdotes à nous livrer à propos des tournages de "Laser Force" et "Commando Massacre" ?


Teddy Page, Max Thayer et James Gaines, en visite chez Nick.

Exact, Max et moi sommes tous deux originaires de Redford. On était dans deux lycées concurrents et pendant que j'étais au Vietnam, je crois que Max était en France dans une base de l'OTAN. Oui, je me souviens que Max avait fait la route en stop pour venir me voir avec une bouteille de Scotch vintage et des trips d'acide dans les poches ! Moahahaha ! J'ai écrit le scénario de "Commando Massacre" et j'ai recommandé Max pour le rôle. J'ai adoré travailler avec Max Thayer. C'est un type charmant et un vrai pro. Il connaissait vraiment bien son métier.


"J'ai adoré travailler avec Max Thayer. C'est un type charmant et un vrai pro."


Willie Williams, Christine Lassiter.

L'épisode qui restera gravé pour toujours dans ma mémoire s'est déroulé pendant le tournage de "Laser Force". On était en lisière de la jungle du Mont Makiling et on tournait une scène où Max devait se trouver à l'intérieur d'une cabane en ciment pendant que, dehors, des flics l'assiégeaient. Les accessoiristes étaient censés avoir recours à une bombe fumigène pour simuler des tirs de lacrymo. J'étais en train d'apprendre mon texte quand mon camarade acteur Willie Williams m'a demandé si j'avais vu le genre de bombinette que les gars des effets spéciaux s'apprêtaient à utiliser. Je lui ai répondu que je n'en savais rien et il m'a dit d'aller jeter un ½litre. Je me suis pointé et je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une "Willie Peter" autrement dit une grenade au phosphore, une arme carrément mortelle ! J'ai demandé au gus des effets spéciaux s'il comptait s'en servir, il m'a répondu que non, il voulait simplement la balancer par la fenêtre et utiliser ensuite une machine à fumigation. J'espérais bien qu'il s'en tiendrait là, et je le lui ai dit, parce qu'autrement, la grenade risquait de tuer tout le monde à l'intérieur. Je suis retourné à ma place pour étudier le script. Willie et moi, on était assis à lire pendant que le chef des effets spéciaux creusait des trous et disposait les charges explosives pour la scène finale où nous devions tous mourir. Soudain, il y a eu un gros bruit sec. N'importe qui ayant combattu dans l'armée reconnaîtrait ce bruit. Willie et moi on s'est regardés, puis on a vu une sorte de rayonnement verdâtre à l'intérieur de la cabane et de la fumée blanche qui s'échappait par une fenêtre. Max et les autres sont sortis. Max portait mon bob kaki et du phosphore en fusion qui s'était logé sur le bord du chapeau commençait à lui brûler le visage et la nuque. Christine Lassiter a eu les mains brûlées. Notre photographe, Jun Agravante a pris beaucoup plus que les autres. Il a eu le dos entièrement brûlé au troisième degré, ainsi que le bas des jambes. Etonné que tout le monde ait pu s'en sortir vivant, je suis allé voir à l'intérieur de la cabane et j'ai compris ce qui s'était passé : lors de la mise à feu, la grenade s'était simplement fendue en deux, une moitié s'était fichée dans le plafond et l'autre reposait sur le sol qui grésillait encore sous l'effet du phosphore incandescent. Si la grenade avait explosé comme elle aurait dû le faire, tout le monde aurait été tué !


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