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Interview de Nathan Chukueke (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Nathan Chukueke (page 3)


Il semble aussi que vous ayez travaillé sur un film aux Etats-Unis, "Le Dernier Dragon" ("The Last Dragon"), sorti en 1985 ?

C'est mon ami Shawn Dawson (qui formait avec Al Diaz et surtout Jean-Michel Basquiat le fameux crew de graffeurs SAMO) qui m'avait parlé de l'audition pour ce film, dont il avait entendu parler à la radio. En fait il m'en a informé la veille, alors que je buvais des bières avec des potes dans le quartier d'East Village, à New York. Il m'a dit que les essais étaient le matin, je l'ai remercié, je suis vite rentré me coucher et je me suis levé de bonne heure. Les auditions se déroulaient dans une boîte de nuit, et je me suis félicité d'être arrivé tôt parce que très vite se sont formées de longues files d'attente. J'y ai croisé mon ancien prof de karaté William Oliver, qui venait lui aussi passer l'audition. Je ne sais pas ce qu'il valait comme acteur, mais sa démonstration de karaté était chouette. Moi j'ai fait une démonstration de kung-fu, de style hung keun si je me souviens bien.

Hélas je n'apparais même pas dans le montage final du film. J'étais juste un figurant grassement payé parmi d'autres (c'était un tournage syndiqué). La plupart des autres figurants étaient de gros durs et des mecs de la rue. L'ambiance était particulière, il y avait un type qui tuait le temps en lançant des fléchettes dans les murs de la salle d'attente, un autre qui jouait sans arrêt avec son couteau à cran d'arrêt, j'étais presque surpris qu'il n'y ait pas eu de blessé.

Quel sont votre meilleur et votre pire souvenir, en tant qu'acteur ou figurant ?

Mon pire souvenir, c'est la fois où je me suis fait entuber sur un cachet qu'on ne m'a jamais payé. Parmi les meilleurs souvenirs, je retiens ma rencontre avec Shek Kin, un acteur qui a notamment tourné dans "Opération Dragon". C'était sur le tournage d'un film qui s'appelait "Midnight Angel". Il y avait aussi deux femmes hautes en couleurs sur ce film.


La tataneuse allemande Christine Duhler.

L'une était une artiste martiale allemande qui s'appelait Christine Duhler - je me souviens qu'elle et moi avions le même agent, Chiu Chi Ling. L'autre était une actrice et cascadeuse sino-japonaise assez connue qui s'appelait Dai Do [Nanarland: plus connue sous le nom de Yukari Ôshima].


Yukari Ôshima, une icone populaire du film de tatane tendance "Girls With Guns" au début des années 90. A partir de 1994, elle a surtout tourné aux Philippines sous le nom de Cynthia Luster.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre expérience dans l'industrie du cinéma ?

Si c'était à refaire, je le referais sans hésitation, mais j'apprendrais à mieux parler Chinois et je m'entraînerais beaucoup plus. Vous savez, au début, sur mes premiers films, aucune compétence en arts martiaux n'était requise. Par la suite, j'ai dû travailler la précision de mes coups de pied et de mes coups de poing. Plus tard, j'ai encore dû améliorer mon temps de réaction et mon jeu quand j'étais censé recevoir des coups. Si je m'étais entraîné plus dur, j'aurais sans doute pu faire mieux. Ce serait chouette si quelqu'un faisait un film sur nous et nos expériences à Hong Kong.

Je suis allé là-bas plein de fois, et j'ai fait bien d'autres choses que jouer dans des films. J'ai notamment travaillé dans des bars très fréquentés par les expatriés, des endroits comme le Fringe Club où il y avait souvent des expos d'art, des performances, et où on croisait toujours plein de monde. En dehors de ceux qui faisaient du cinéma, j'ai rencontré des gens connus comme Andrew John Ridgeley et les musiciens du groupe Wham!, quand ils ont fait étape à Hong Kong dans le cadre de leur tournée en Asie. Leurs gardes du corps étaient de sacrés personnages eux aussi. Le bassiste du groupe, Deon Estus, un vrai Bro', fut un peu ma porte d'entrée parmi eux. J'ai fait leur rencontre fortuite quand le bar dans lequel ils passaient la soirée a fermé et qu'ils se sont mis en quête d'un autre endroit où boire. De bons souvenirs.

Ca reste vraiment une période très spéciale dans ma vie. C'était avant l'utilisation massive des téléphones portables, à l'époque on avait des pagers. Je rencontrais des gens nouveaux tous les jours. L'air de Hong-Kong n'était pas trop pollué, et l'atmosphère en général pas trop mauvaise pour les voyageurs. Aujourd'hui il paraît que c'est moins facile. Grâce à Facebook et Internet en général, j'arrive à renouer des contacts avec certains des gens que j'ai pu rencontrer là-bas. Toutes ces rencontres et ces expériences, les bonnes comme les mauvaises, ont enrichi mon existence.

Qu'est-ce que vous avez fait depuis votre dernier séjour en Asie, et que vous faites-vous aujourd'hui ?

Quand j'étais plus jeune j'ai bossé quelques années comme technicien dans le milieu du spectacle, essentiellement comme technicien lumière. J'ai bossé sur des spectacles "off Broadway", à un moment j'ai aussi bossé dans une boîte de locations de câbles électriques et de matériel d'éclairage. Quand ma mère est morte, j'ai touché un peu d'argent avec lequel j'ai acheté une caméra DSR 500, qui m'a permis de vivre un moment en faisant des petits boulots de caméraman ou en la louant. Mon père aussi est décédé, mais lui je ne l'ai jamais connu. J'ai pris contact avec quelques-uns de mes demi-frères et demi-soeurs via Facebook. Les réseaux sociaux, c'est quand même quelque chose. Aujourd'hui je travaille comme éducateur spécialisé dans un lycée. Je fais aussi un peu de maintenance informatique, et j'essaie de monter un atelier d'écriture.


Nathan interviewé en 2013 dans "Boulevard Warriors", un documentaire de Rene Carson.


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