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Interview de Mel Novak

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Mel Novak


Mel Novak est devenu pour nous une présence familière grâce à son travail pour la compagnie de production Cine Excel. Acteur sérieux et professionnel, il est pourtant une guest-star récurrente dans les séries Z les plus fauchées du continent américain. C'est en voulant en savoir plus sur lui que nous avons découvert un homme au parcours surprenant, comédien mais surtout homme de Dieu suractif et désintéressé, dont l'engagement au service du nanar n'est que le soutien de son activité au service des déshérités.

Interview menée par Nikita


Cher Monsieur Novak, merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Etant donné que nous en savons très peu sur vous, pourriez-vous nous donner quelques informations très basiques sur vous : où êtes-vous né, comment avez-vous choisi de devenir comédien, etc ?

Vous allez tout savoir... Mon vrai nom est Mi'lan Mrdjenovich ; je suis né à Wall, une petite ville de Pennsylvanie à 12 miles de Pittsburgh. Je suis allé au lycée de Wilmerding et j'ai vécu à Turtle Creek avant de m'établir en Californie. J'ai eu des opportunités de bourses en football américain et en basketball avec de grandes universités, mais j'ai finalement signé un contrat pour devenir jouer de baseball professionnel avec l'équipe des Pittsburgh Pirates, ce que j'avais toujours désiré. Ma carrière de joueur de baseball a été brisée par une grave blessure aux muscles de l'épaule droite, et une opération qui m'a laissé handicapé. Je suis resté infirme durant plusieurs années. A dix-neuf ans, j'étais éclopé et ma carrière était brisée. Durant cette même période, j'ai dû également subir des opérations à la gorge (j'ai eu dix opérations de 19 à 29 ans) et j'étais profondément désespéré. A ce moment crucial de ma vie, l'un de mes amis chrétiens, qui était conseiller, m'a expliqué que 93% des jeunes de mon âge, voyant leurs rêves s'écrouler et devant supporter un handicap en plus de cela, risquaient de succomber à l'alcool ou à la drogue pour supporter la douleur. J'ai choisi Dieu et, fort heureusement, je n'ai jamais cédé à l'alcool ni à la drogue.
Il m'a fallu sept ans pour retrouver l'usage de mon épaule, et j'ai passé des mois, voire des années très difficiles en rééducation dans des salles de gym. J'ai obtenu une semi-bourse dans une petite université liée à l'association sportive universitaire (National Association of Intercollegiate Athletics). Mais les université de la principale association (National Collegiate Athletic Association) m'étaient interdites car j'avais signé un contrat professionnel. J'ai fait partie de la première équipe en tant que joueur de champ extérieur et frappeur, et j'ai été troisième dans le classement en tant que receveur et frappeur. Mais le fait d'avoir été professionnel n'était pas apprécié par la fondation Carnegie et j'ai dû quitter la fac. J'ai alors emménagé en Californie, mais pas pour être acteur.


"Je suis resté infirme durant plusieurs années"

Comment êtes-vous devenu comédien ?

J'avais joué dans des pièces à l'école et j'avais interprété quelques rôles dans un petit théâtre, mais c'était pour rencontrer des filles. A Los Angeles, j'ai trouvé du boulot auprès d'une compagnie d'assurances, pour laquelle j'étais chargé d'évaluer les dommages corporels. Je voulais seulement rembourser tous mes frais médicaux et mes emprunts qui n'avaient pas été couverts par ma bourse. J'ai alors rencontré une fille qui m'a présenté à son cousin, qui était agent de mannequins. J'ai travaillé comme mannequin pendant plusieurs années, en faisant des défilés et des photos, tout en conservant mon boulot dans les assurances. L'agent m'a envoyé dans une école de comédiens où j'ai eu d'excellents professeurs. J'ai appris la psychologie et le travail avec les caméras.
J'ai obtenu mon premier grand rôle à la télévision dans un épisode de la série «Mannix », où je jouais un tueur à gages. On m'a vu dans « Baretta », « L'Homme de fer », « Mod Squad », etc. J'ai alors décroché mon premier rôle important au cinéma dans « La Ceinture noire », dans le rôle d'un tueur nommé « Blue Eyes ». Cela m'a donné l'occasion de rencontrer Robert Clouse, qui était un homme charmant et un réalisateur-scénariste de talent. Il disposait de nombreux cascadeurs et karatékas, mais il a fait passer mon combat avec Jim Kelly au ralenti. Il disait que ça paraissait vrai et naturel. Mon rôle a été rendu plus important car mon partenaire, «Tuna », avait du mal avec le dialogue. Quand le producteur et Mr Clouse m'ont fait venir au bout de deux jours de tournage, j'ai pensé qu'ils allaient me virer, mais ils m'ont dit «Non, non, nous voulons vous faire dire tout le dialogue de l'autre, en plus de celui que vous avez déjà...Vous pouvez le faire ? » J'ai dit « Oh, oui !!! »

Le tournage du « Jeu de la mort » avait été interrompu par la mort tragique de Bruce Lee, puis repris plus tard sans lui. Comment avez-vous été amené à travailler sur cette production ? Quelle était l'ambiance sur le plateau ?


Mel contre la doublure de Bruce Lee.

Après la fin du tournage de « La Ceinture noire », Robert Clouse est venu me voir et m'a dit qu'il avait un rôle pour moi dans « Le Jeu de la mort », qui devait se tourner à Hong Kong. (C'était après la mort de Bruce.) Il m'a expliqué qu'ils allaient terminer le film. C'était génial de travailler avec des comédiens comme Hugh O'Brien, Gig Young et Dean Jagger. Robert Clouse était un homme de parole. On m'a fait des dizaines de promesses qui n'ont pas été tenues, mais c'est comme ça à Hollywood. Clouse appréciait que je passe bien à l'écran et que je puisse faire moi-même les combats et les cascades. J'étais un sportif et j'ai pas mal frayé avec les cascadeurs, en apprenant leurs techniques. Je posais des questions et je pratiquais. Des experts en karaté comme Pat Johnson, Bob Wall, Sonny Barnes, Lou Cassassama, et Tadashi Yamashita m'ont apporté leur enseignement.
Clouse m'a embauché pour « New York ne répond plus », et j'ai exécuté ce qui était, selon le coordinateur des cascades, la seconde cascade la plus difficile du film. Mon combat à mort contre Yul Brynner, avec une torche enflammée et un couteau, se terminait par une cascade que je ne referais certainement pas aujourd'hui. Yul était génial sur le boulot et il était fabuleux dans ce qui a été un de ses derniers rôles. C'était vraiment une star, de même que Max Von Sydow. Mr Clouse m'a ensuite fait tenir un autre rôle de tueur dans « Force 5 ».


"Robert Clouse appréciait que je passe bien à l'écran et que je puisse faire moi-même les combats et les cascades."

Vous avez joué avec certains des plus célèbres acteurs du monde, comme Steve McQueen, Jim Kelly, Christopher Lee, et Chuck Norris. Quels souvenirs gardez-vous d'eux ? Que pourriez-vous nous dire sur «Tom Horn le hors-la-loi», «La Ceinture noire », « Dent pour dent » «Femmes en cage » avec Sybil Danning, ou «Exit to eden », de Garry Marshall, par exemple ?


Mel et Steve McQueen.

Steve Mc Queen est la plus grande vedette avec laquelle j'ai travaillé. Quand il apparaissait à l'écran, c'était magique. Il ne se la racontait pas à propos d'Hollywood, il aimait les vrais gens. Des années avant que je ne joue dans « Tom Horn le hors-la-loi », j'ai fait une partie de tir aux plateaux avec un copain avocat à moi, et Steve était là, avec Steven Spielberg, Ken Hyman et John Milius. Il n'avait jamais pratiqué le tir au plateau et, en utilisant mon fusil, il les a tous eus dans le mille. Plus tard, Coppola a envoyé Milius pour lui proposer le rôle que Robert Duvall a finalement tenu dans « Apocalypse Now ». Deux semaines aux Philippines, payées 1 million de dollars, et il a refusé. Steve Mc Queen s'est souvenu de moi malgré les années. Je lui ai adressé au téléphone mon réconfort et mes prières de nombreuses fois alors qu'il souffrait de cet horrible cancer. Je l'aimais beaucoup.


Mel encaisse du plomb dans "Capital Punishment".

Garry Marshall [le réalisateur de "Pretty Woman", NDLR] est l'un des hommes les plus gentils que l'on puisse espérer rencontrer. Il est doué pour tous les métiers du spectacle. Je me suis beaucoup amusé à travailler avec Dan Aykroyd, Rosie O'Donnell et Stuart Wilson. Garry nous a demandé, à Dan et moi, d'improviser une scène, et nous avons reçu une ovation.
Comme vous le savez, au cinéma, bien des scènes sont coupées au montage. Dans son film «Dear God », Garry m'a demandé de tenir le rôle d'une pasteur de rue (celui que je tiens dans la vie, dans les quartiers délabrés et les prisons) avec beaucoup de dialogue. Mon rôle a été presque intégralement coupé. Rendez-vous compte, Garry est un réalisateur/producteur de premier plan, et pourtant il a pris le temps de m'écrire une lettre pour me dire que j'avais été excellent, mais que le film avait dû être raccourci de 35 minutes. Il me disait qu'il était désolé mais qu'il ne pouvait rien y faire. C'est un sacré gars !
Sur « Dent pour dent », j'ai tenu un rôle dans la production et le financement du film. C'était sympa de travailler avec Steve Carver et Frank Capra Jr, mais je me suis fait arnaquer. Je ne m'étendrai pas là-dessus, mais disons que je ne suis pas fan de Chuck Norris ! Christopher Lee est un grand professionnel. Dans «Femmes en cage », j'ai beaucoup apprécié de travailler avec Sybil Danning. Nous avions des rôles principaux. Malheureusement, ç'a été mon dernier baiser à l'écran. Comme vous le savez, les méchants n'ont pas de scènes d'amour. Par contre, je suis mort 19 fois, de 13 façons différentes.


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