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Interview de Luigi Cozzi (page 8)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Luigi Cozzi (page 8)


Comment ressentez-vous le fait que vos films et ceux des autres soient vus aujourd'hui au second degré par le public ?

J'ai grandi en voyant des films science-fiction américains comme La créature du lagon noir, Tarantula, Les Survivants de l'infini. Même à l'époque, les gens rigolaient dans la salle ! Mais si les gens rient, c'est parce qu'ils s'amusent. Sinon ils se barreraient de la salle. Quand la créature du lagon noir arrivait à l'écran, les gens rigolaient, applaudissaient... J'ai tourné ce que j'aurais voulu voir sur l'écran étant enfant. Je pense que ça fait partie de la vie d'un film. Dans les années 70, je faisais des festivals en montrant des vieux films d'horreur et de SF et ç'a été une leçon pour moi car j'ai vu la réaction positive du public, qui exultait en voyant ces vieux films datés mais toujours agréables.


"J'ai tourné ce que j'aurais voulu voir sur l'écran étant enfant."

Quelles sont vos activités aujourd'hui ? Avez-vous des projets dans le cinéma ?


Dario Argento

Je continue indirectement à m'occuper de cinéma. J'ai ouvert à Rome, avec Dario Argento, la boutique Profondo Rosso, nous avons une maison d'édition qui publie des livres sur le cinéma, le fantastique. Mais aujourd'hui je ne tourne plus, car tout a changé, ce n'est plus possible de faire ce que je faisais à l'époque.

Vous n'avez plus de projets concrets ?

On m'a appelé pour quelques projets, mais c'est différent aujourd'hui, tout a changé ! Quand je faisais des films, il y avait 50, 70 producteurs et distributeurs... et autant de possibilités. Aujourd'hui en Italie, il n'y a plus que deux réseaux de grandes télévisions, Berlusconi et la RAI, qui se copient, et décident de tout.

D'après vous, le contrôle de Berlusconi sur les médias et le divertissement est-il responsable de la fin du cinéma populaire italien ?

Non, Berlusconi n'est que le dernier stade d'un processus qui a commencé bien plus tôt. Avant lui, il y a eu Gaumont. A Rome, avant son arrivée, on avait environ 100 cinémas et 80 exploitants. Gaumont s'est installée en Italie et a acheté 80 cinémas. Puis Gaumont Italie a fermé et Berlusconi n'a eu qu'à racheter son circuit.

Et le fait que les chaînes de Berlusconi aient diffusé en masse les films, en coupant le besoin de les voir en salle ?

Il n'y avait pas que Berlusconi au début, simplement il est le seul à être resté. A l'origine, tous les éditeurs (Mondadori, Hachette, etc.) ont acheté des télévisions. Puis ils ont fermé et Berlusconi a racheté tout ce qu'ils vendaient. Il a eu l'idée d'investir autant dans les agences d'achat d'espaces publicitaires que dans les chaînes de télévision. Il avait compris que l'argent ne vient pas du média lui-même mais de la publicité qu'il génère. Les autres n'avaient pas leur propre réseau de publicité et ils devaient ensuite venir vers lui en tant qu'annonceurs. Bien sûr, il leur fournissait très peu d'espaces publicitaires, ce qui fait qu'il a asséché ses concurrents... et les a rachetés ensuite...

Merci Monsieur Cozzi.

Merci à vous... Attention, vous allez oublier votre dictaphone !


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