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Interview de Henry Strzalkowski (page 5)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Henry Strzalkowski (page 5)


Est-ce que votre travail au cinéma était à l'époque votre seule activité professionnelle ?


« Fatal Mission » (« Mission Manila », 1987).

Entre 1983 et 1994, j'ai principalement travaillé pour le cinéma. J'ai travaillé à la fois sur la pré-production, bien évidemment en production sur les tournages (devant et derrière la caméra) et en post-prod, je m'occupais du doublage et de la post-synchro. C'est d'ailleurs une compétence que j'avais développée à la fac. Mon premier vrai boulot consistait à doubler des dessins animés japonais avec des robots au milieu des années 70. J'étais doué pour changer ma voix d'un personnage à l'autre. Aujourd'hui, je continue à faire du doublage avec une boîte qui s'appelle Digilink et double du chinois vers l'anglais. On travaille sur la post-synchro et aussi sur la bande-son pour adoucir les effets sonores ou la musique. J'ai travaillé pour cette société de 1994 à 1999 comme monteur. Je m'étais mis à m'intéresser au montage car je commençais à me faire trop vieux pour les efforts physiques des films d'action.

Avez-vous envisagé de quitter les Philippines, avec le déclin de l'industrie du cinéma et le départ de plusieurs de vos amis occidentaux ? Qu'est-ce qui vous a décidé à rester ici ?


Note de Henry : « Une photo de moi récente,

en plein boulot dans le Handlebar. »

Je vis toujours aux Philippines, tout simplement parce que c'est mon pays. Ma petite famille vit ici. Mon ex-femme et moi ne vivons plus ensemble mais nous restons en très bons termes et nous occupons de notre jeune fils.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre expérience dans le cinéma philippin ? Quels sont vos meilleurs ou pires souvenirs ? Avez-vous des films préférés dans votre filmographie ?

En y repensant, je n'ai aucun regret quant à ma participation au business du cinéma. Je pense que j'aurais pu choisir une profession plus lucrative et plus stable, mais je n'aurais pas vécu toutes ces expériences et je ne me serais sûrement pas autant amusé. J'ai pu rencontrer et travailler avec – ou du moins les voir – des acteurs célèbres comme Marlon Brando, Martin Sheen, Robert Duvall, Lawrence Fishburne, David Carradine, Jan Michael Vincent, Charlie Sheen, Willem Dafoe, Tom Cruise, Tom Berenger, Robert Patrick, Lee Ermey, et bien d'autres. Combien de gens peuvent en dire autant ?


Henry Strzalkowski et Nick Nicholson, dans « Eye of the Eagle » (1986).



Si je devais en choisir un, mon film préféré serait sans doute « Apocalypse Now », pour la simple raison que c'est le tout premier sur lequel j'ai travaillé, et que c'est cette expérience qui m'a donné envie de faire du cinéma. A part ça, je pense que c'est un film qui supportera l'épreuve du temps, comme l'une des dernières vraies grandes productions, au même titre que les grands films de Cecil B. de Mille. Souvenez-vous, c'était avant les images de synthèse et les budgets de 200 millions de dollars et plus.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos activités actuelles ? Vous avez apparemment retravaillé sur un film dernièrement, pouvez-vous nous en dire plus ? Avez-vous des projets ?

Il y a quelques mois, après un hiatus de dix ans, j'ai travaillé sur une co-production de Cirio H. Santiago et Roger Corman intitulée « Opération Eagle One » (« Crashpoint »). Le fils de Corman était là comme producteur adjoint et Cirio supervisait en tant que producteur exécutif. C'est un film avec Theresa Randle, Mark Dacascos et Jeff Fahey. Le réalisateur était un américain nommé Henry Crum et j'ai tenu un petit rôle avec deux jours de tournage. Je me suis bien amusé.

Ces dernières années, j'ai travaillé dans la restauration. Je gère un bar-grill à Manille, fréquenté par pas mal d'expatriés, et je garde d'agréables souvenirs de mon travail au cinéma dans les années 80. Mais j'ai récemment fondé une petite société de production appelée BulletTooth Productions [renommée depuis Abstract Ranch NdlR], qui s'occupe de télé. Avec quelques amis, nous produisons une émission de télé-réalité sur l'univers des night-clubs de Manille et des Philippines. C'est pêchu, plein d'humour et nous avons foi en son succès. Je contribue en tant que producteur associé et je me suis occupé d'écrire, de tourner et de monter. C'était une expérience très excitante, essentiellement parce qu'elle a réveillé mon esprit créatif, si je puis dire.

Pour conclure, et au nom de notre équipe, j'aimerais vous remercier chaleureusement pour nous avoir si gentiment accordé du temps pour partager vos souvenirs, Mr Strzalkowski. Bonne chance pour l'avenir !

J'espère que ça vous a donné une idée des expériences intéressantes que j'ai vécues dans le cinéma philippin, et que vous avez apprécié mon témoignage autant que j'ai eu de plaisir à l'écrire. Bonne chance ! [en français dans le texte].


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