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Interview de Greydon Clark

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Greydon Clark


Formé à la rude école du démarchage commercial au porte-à-porte, le réalisateur Greydon Clark conserve de son premier métier un opportunisme avisé. Après avoir débuté au cinéma dans le giron du grippe-sous Al Adamson, il s'essaye ainsi à toutes les modes détectées par son sixième sens affairiste : la blaxploitation avec Tom et Black Shampoo, l'action érotisante avec Brigade des Anges (démarquage grossier de la série à succès Charlie et ses Drôles de Dames), l'invasion alien minimaliste avec Terreur Extraterrestre, la sexy comedy pour ados avec Joysticks, le huis clos horrifique avec Le Clandestin (croisement improbable entre Alien, le huitième passager et un épisode de La croisière s'amuse), sans oublier le film musical avec Lambada, la danse interdite (au coeur de la lutte fratricide entre les deux fondateurs de la Cannon, Menahem Golan et Yoram Globus, qui ont produit un « lambada-movie » chacun de leur côté et l'ont sorti en salles le même jour). Greydon Clark tourne au total une vingtaine de films systématiquement fauchés, le plus souvent avec des comédiens has been et des délais ultra-serrés. Il rassemble ses nombreux souvenirs de carrière dans une autobiographie publiée en 2013, On the Cheap, my life in low budget filmmakingMa vie dans les tournages à petit budget »), lucide témoignage d'un passionné reconnaissant d'avoir pu exercer le métier de ses rêves. C'est à l'occasion d'une séance de dédicace au Metaluna Store, le 26 septembre 2015, que Nanarland a pu réaliser cet entretien.

Interview menée par Benjamin « Zord » d'Alguerre et Julien « Barracuda » Gautier


En premier lieu, pouvez-vous vous présenter, nous parler de vos débuts, et notamment de votre rencontre avec Al Adamson, qui semble avoir été le point de départ de votre carrière ?

Je suis né et j'ai grandi à Niles, une petite ville du Michigan de 10 000 habitants, à 90 miles de Chicago, où on ne trouvait qu'un seul cinéma qui ne passait que des films américains - ou parfois britanniques, mais dans tous les cas, c'était uniquement en langue anglaise. Et j'adorais y passer mes journées. J'ai grandi avec l'envie profonde de devenir acteur. Alors un jour j'ai laissé tombé mon trou perdu et je suis allé tenter ma chance à Hollywood dans l'espoir de devenir comédien. J'ai tenté ma chance pendant deux ou trois ans, en vain. Mais au sein d'un cours de comédie que je fréquentais, j'ai rencontré une actrice qui connaissait Al Adamson et me l'a présenté. On est devenus amis et il m'a engagé pour un premier film en 1970, Hell's Bloody Devils, dans lequel je n'avais qu'une seule ligne de dialogue. Broderick Crawford jouait le chef du FBI et moi, son assistant. Après ce premier film, j'ai accepté d'écrire - gratuitement - un scénario pour Al. Je lui ai simplement dit : « si tu aimes mon histoire et si tu en tires un film, tu pourras me payer ». Il s'agissait du script qui allait devenir Satan's Sadists. Je n'ai pas voulu être crédité sous mon vrai nom, mais sous celui de « Dennis Wayne » qui était un mélange entre mon deuxième nom et celui de mon père. Et le film a rencontré un grand succès.

Ce fut donc lui qui vous a mis le pied à l'étrier. Vous avez longtemps travaillé ensemble ?

Nous avons été des amis très proches. Vous savez, au lycée, j'étais un bon basketteur. Lui aussi l'avait été. Et la première fois que nous nous sommes rencontrés à Hollywood, nous nous sommes rendus compte que nous avions ça en commun. C'est comme ça que nous sommes devenus amis et collaborateurs. Après avoir participé à Hell's Bloody Devils, j'ai écrit pour lui Dracula contre Frankenstein dans lequel je joue aussi un petit rôle. Ensuite, j'ai écrit un autre script intitulé Mothers, Fathers and Lovers, mon premier projet vraiment personnel, mais je ne suis pas parvenu à réunir assez de fonds pour pouvoir le monter seul. Alors, je suis allé voir Al avec mon script sous le bras. Il l'a lu et m'a répondu : « Non, non, il n'y a pas assez d'argent derrière, on ne peut pas le faire ». Un autre producteur de ma connaissance, David Huett, m'a donné à peu près la même réponse. Alors, j'ai remanié mon texte et c'est devenu le scénario de Tom (The Bad Bunch), qui sera mon premier film en tant que réalisateur, en 1973.

Et puis, bien des années plus tard, en 1995, vous apprenez son assassinat...

Al et moi sommes restés amis longtemps, mais nous nous étions perdus de vue depuis un petit moment déjà le jour où j'ai reçu un e-mail m'annonçant son assassinat. J'étais alors en Bulgarie pour tourner Dark Future, un film d'anticipation. Quand j'apprends la nouvelle, je crois d'abord à une mauvaise blague et je renvoie un mail : « OK, OK, il m'arrive d'apprécier l'humour de mauvais goût, mais dites-moi que ce n'est pas vrai ! ». Et malheureusement, on me confirme la réalité de cette nouvelle... J'étais encore en Bulgarie lors de ses funérailles et je n'ai pas pu m'y rendre. Je ne suis rentré aux États-Unis qu'un mois plus tard.

Parlons franchement : quel souvenir gardez-vous de lui ?

Al était quelqu'un... de particulier (gêné). Oh, je ne voudrais pas dire du mal d'un mort, mais... Bon, écoutez : j'ai écrit Satan's Sadists pour lui, même si j'ai été crédité au générique sous pseudo. J'ai tenu un rôle dans ce film. J'ai servi d'assistant-script... en tout, j'ai dû consacrer six mois de ma vie à ce projet. Et Al m'a payé 600 dollars pour ça. J'étais dans la dèche à ce moment-là. Je débarquais à peine de ma cambrousse, vous imaginez ? Al s'est fait presque un million de dollars grâce à Satan's Sadists et quand je lui ai demandé s'il pouvait me payer davantage, il m'a répondu « non ». Pourtant, quand j'écrivais ce scénario pour lui, il me répétait « ne t'en fais pas, si on se fait du fric avec ce film, tu auras ta part ! ». Il n'a jamais tenu parole... Malgré cela, nous sommes restés proches, nous avons continué à travailler ensemble et il n'y a jamais réellement eu de querelle entre nous. N'empêche, je n'ai jamais pu oublier à quel point il m'avait arnaqué.

Revenons à quelque chose de plus gai. En 1973, Tom (alias The Bad Bunch), votre premier film, s'inscrit dans le genre de la blaxploitation. Étrange à l'époque pour un réalisateur blanc, non ?

Je me suis toujours intéressé à la question des relations inter-ethniques. Quand j'avais 21 ans, Martin Luther King est venu faire un meeting à Niles et j'ai été particulièrement impressionné. C'est pour ça que, quelques années plus tard, une fois débarqué à Hollywood, j'ai tenu à écrire Tom, une histoire de flics blancs racistes qui passent à tabac des enfants noirs dans les rues. Dans ce film, j'ai introduit deux personnages - un Noir et un Blanc - autrefois amis mais qui sont amenés à se confronter l'un à l'autre. Le propos était très politique et le film a rencontré un certain succès au box-office, ce qui m'a permis d'embrayer sur un deuxième long-métrage : Black Shampoo.

Ceci dit, Black Shampoo semble assez particulier dans le milieu de la blaxploitation puisqu'il a pour héros le patron d'un salon de coiffure !

Oui, trois ans après Tom, un distributeur [NDLR : Laurence Woolner, patron de Dimension Pictures, une compagnie spécialisée dans le film d'exploitation] est venu me voir pour me proposer de financer un nouveau film de blaxploitation. J'ai accepté, mais à la condition que le personnage principal sorte des sentiers battus du genre : ce ne devait ni être un flic, ni un détective privé, ni le membre d'un gang, ni un dealer de drogue. Je voulais que ce soit un riche homme d'affaires noir résidant à Beverly Hills. Mon co-scénariste Alvin L. Fast et moi-même pensions qu'on pouvait faire un autre style de blaxploitation dans lequel le héros ne serait pas plongé dans les ennuis parce qu'il est noir, mais parce qu'il a piqué la petite amie d'un caïd de la mafia. Là encore, ce fut un succès au box-office, ce qui m'a permis de réaliser ensuite Satan's Cheerleaders. Et puis ensuite un autre film, puis un autre, puis encore un autre... et c'est comme ça qu'en se retournant quarante-deux ans plus tard, on constate qu'on a une filmographie de presque vingt longs-métrages et qu'on se dit « ouah ! Je suis le mec le plus chanceux du monde : tout ce que j'ai fait a toujours marché » (rires) ! Bon, OK, certains ont davantage marché que d'autres, certains ont été mieux perçus que d'autres, mais j'ai toujours trouvé du plaisir à les faire.

Peut-on revenir un instant sur votre co-scénariste, Alvin L. Fast, qui était également le producteur de Black Shampoo ?

Alvin avait une vingtaine d'années de plus que moi. C'était un excellent écrivain et un très bon scénariste, mais malheureusement, c'était aussi un très gros fumeur et il est décédé d'un cancer des poumons au début des années 1980. Un très bon scénariste, ai-je dit, mais pas vraiment un bon producteur, même s'il tenait absolument à être crédité en tant que tel au générique... Mais je suis persuadé que s'il avait vécu, il aurait travaillé sur de très grands films.

Mais après Black Shampoo, vous n'avez pas persisté dans la blaxploitation...

Non, en effet. J'ai vite pensé qu'il était légitime que la blaxploitation soit prise en main par des réalisateurs noirs à même de conférer à leurs films une profondeur que moi, en tant que Blanc, je ne pourrais jamais apporter. Comme je le disais, si j'ai réalisé Tom, c'était parce que le sujet, porteur d'une vision politique, m'intéressait. Et le second, parce qu'un distributeur m'a donné de l'argent pour le faire. Mais après ça, j'ai préféré arrêter.

Venons-en en 1979, date à laquelle vous réalisez Brigade des Anges (Angels' Brigade alias Angels' Revenge en VO), un film qui semble lorgner sur le succès des Drôles de dames (Charlie's Angels). Après la blaxploitation, vous passez à la girlsploitation ?

L'année précédente, j'avais réalisé Hi-Riders (alias Riders), un film de course de voitures qui s'était bien vendu, surtout sur le marché international. A la suite de ça, Laurence Woolner, qui l'avait distribué, est revenu me voir pour écrire et réaliser un nouveau film inspiré des Drôles de dames où des filles énergiques uniraient leurs talents face à une organisation criminelle. Parti de ce pitch, j'ai écrit et réalisé Brigade des Anges. C'est la deuxième fois, après Black Shampoo que j'écrivais et réalisais un film pour répondre à la commande directe d'un distributeur. Je ne l'ai fait que trois fois. La troisième et dernière, ce fut Final Justice en 1985, un film d'action avec Joe Don Baker.

Dans l'intervalle, en 1981, vous sortez Terreur extraterrestre (Without Warning), un film de SF dont une rumeur persistante voudrait qu'il aurait inspiré le Predator, de John McTiernan ? Vous êtes d'accord avec ça ?

En fait, quand Predator est sorti, Arnold Schwarzenegger a donné une interview dans laquelle il disait avoir vu, quelques années avant le tournage du film de John McTiernan, une petite série B fantastique appelée Terreur extraterrestre. Mon film, donc. Et il ajoutait que Predator s'inscrivait dans la lignée de Terreur extraterrestre... Merde ! Si c'était pour faire un film semblable, j'aurais bien aimé être payé autant (rires) ! Il se trouve aussi que c'est le même acteur, Kevin Peter Hall [NDLR : acteur spécialisé dans les rôles de monstres en costume qui jouera également le rôle du Bigfoot dans les deux volets de Harry et les Anderson] qui interprète la créature extraterrestre dans mon film et dans Predator. Pour répondre à votre question, je pense que John McTiernan - qui est un très grand réalisateur - a peut-être vu mon petit film, l'a aimé et a peut-être décliné l'idée sur une plus grande échelle. Et c'est très bien comme ça.


L'alien de Terreur extraterrestre.

En 1983, vous réalisez Joysticks, un objet étrange qui mêle jeux vidéo et nudité. Comment avez-vous conçu ce film ?

L'année précédente, j'avais réalisé Wacko, une comédie horrifique. Les projections-test de ce film avaient lieu dans un multiplexe de 12 salles à San Antonio, au Texas. Et en m'y rendant, j'ai été surpris de voir des files impressionnantes d'adolescents attendre pour... quelque chose. Je me suis renseigné et on m'a répondu qu'ils faisaient la queue pour accéder à une salle d'arcade et jouer à des jeux vidéo. Quand j'ai vu cette file d'une soixantaine d'ados en train de poireauter en attendant leur tour de jouer, je me suis dit « Ouaouh ! Il y a un film à faire là-dessus ! ». Je suis rentré à Los Angeles et j'ai réuni quelques amis pour écrire le script d'une comédie pour adolescents qui se déroulerait dans le monde des salles d'arcade... avec une touche de sexe dedans. Et lorsque Joysticks est sorti, c'est devenu le film numéro 1 au box-office américain ! Les critiques se sont interrogés sur les raisons du succès de mon film. C'est parce que dedans, j'y avais mis des ados, des jeux vidéo... et quelques filles dénudées, ce qui est toujours bon pour attirer les teenagers, bien sûr (rires) !

Venons-en maintenant à un de nos chouchous : Le Clandestin (The Uninvited), l'histoire d'un chat mutant qui se retrouve coincé sur un navire et commence à massacrer les voyageurs d'une croisière... Expliquez-nous l'origine du film.


Le Clandestin, un film qui figure en bonne place dans le panthéon de Nanarland.

J'ai eu l'idée du Clandestin alors que je tournais mon film précédent en Italie. Dans les studios où j'avais mes habitudes, il y avait un immense bassin, conçu pour tourner des scènes « en mer ». C'est Dino De Laurentiis qui l'avait fait construire. Et à force d'évoluer à proximité de ce bassin, j'ai eu l'idée de l'exploiter. C'est comme ça qu'est né Le Clandestin. Une fois revenu aux Etats-Unis, j'ai imaginé un thriller qui se déroulerait sur un navire, durant une traversée. Un bateau transportant un groupe de passagers en pleine mer, c'est le décor parfait pour un huis-clos d'horreur. Au départ, j'avais d'ailleurs imaginé que le monstre puisse être un rat, mais au fil de l'écriture du script, j'y ai renoncé. Les rats sont dégoûtants, sales. Personne n'aime les rats. Alors je me suis dit « et pourquoi pas un chat ? ». Le genre de chat mignon et affectueux qu'une petite fille adorerait tenir dans ses bras... et qui ferait un monstre d'autant plus efficace !

Mais un problème s'est posé lorsque je suis retourné en Italie. Je ne trouvais pas le yacht que je voulais pour servir de décor à l'intrigue. Un peu dégoûté, je suis revenu aux États-Unis en pensant que mon projet était tombé à l'eau puisque je ne trouvais pas le navire approprié... Coup de chance, quelqu'un m'a informé qu'il existait, à Los Angeles, un bateau qui correspondait à ce que je voulais. Son propriétaire était sur le point de le vendre à une compagnie maritime de Seattle. Alors, je suis allé rencontrer ce type pour lui demander s'il était possible de tourner sur son yacht avant qu'il ne le livre à Seattle. Il était d'accord, mais j'ai dû boucler toute la phase de pré-production en quatrième vitesse. Une fois les préparatifs terminés, j'ai embarqué toute l'équipe technique, les acteurs et le matériel sur ce navire et j'ai dit au capitaine de nous conduire en pleine mer, histoire qu'on ne filme pas par inadvertance d'autres bateaux de passage ou une zone côtière proche. On a bouclé le tournage en trois semaines.

Au casting de ce film, on trouve quelques vétérans du petit et du grand écran comme George Kennedy, Alex Cord ou Clu Gulager. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls vieux de la vieille avec qui vous avez tourné puisque vous avez également dirigé des figures comme Jack Palance, Martin Landau, Cameron Mitchell... autant d'acteurs qui ont eu des carrières florissantes avant de tomber dans la série B, voire pire. Quel genre de rapports entreteniez-vous avec ces comédiens ?

Oui... je vois de quel genre d'acteurs vous voulez parler. Mon histoire avec eux remonte à loin puisque pour mon tout premier film, j'avais déjà Aldo Ray et Jock Mahoney au casting. Ce dernier avait une carrière impressionnante derrière lui, mais aussi de sérieux problèmes d'alcool. S'il a accepté de jouer le flic raciste dans Tom, c'est uniquement parce qu'il avait besoin de boulot et d'argent. Mais l'avantage de tourner avec des acteurs très expérimentés, c'est que tout va beaucoup plus vite qu'avec des débutants. La seule condition pour qu'ils acceptent de tourner avec vous, c'est qu'ils aient le sentiment que vous ne leur faites pas perdre leur temps. J'avais déjà tourné avec George Kennedy dans Wacko. Un homme d'une gentillesse exceptionnelle, une crème. Quand je lui ai envoyé le script du Clandestin, il a aussitôt accepté. D'ailleurs, vous avez peut-être remarqué que, dans le film, son personnage boitille un peu...

Exact, il y a une scène dans le film où il donne un coup de pied à Rob Estes et... comment dire ? Ce n'est pas très convaincant...


Le fameux high kick grâce auquel George Kennedy terrasse ce pauvre Rob Estes.

Oui, oui ! Quand il a accepté de tourner, il m'a prévenu qu'il venait de se faire opérer du genou et que ça l'obligeait à se déplacer lentement. Il m'a demandé si ça me posait un souci et je lui ai répondu que non. « Pas de problème, George, tu peux boiter si tu veux ! » (rires). Mais dans la scène à laquelle vous faites référence, la maladresse de George est la conséquence de son opération, ce n'était pas sa faute.


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