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Interview de Godfrey Ho (page 6)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Godfrey Ho (page 6)


Présent et avenir

En quoi consiste votre activité actuelle d'enseignant ?

J'ai travaillé pour le Centre d'Innovation Multimedia de l'Université Polytechnique de Hong Kong pendant cinq ans et enseigné aux étudiants les techniques du cinéma : la réalisation, le montage, l'éclairage. Le Centre d'Innovation Multimedia a été absorbé un peu après par l'Ecole de Design et ils souhaitaient avoir un intervenant diplômé, ce qui n'est pas mon cas. Alors j'ai arrêté d'enseigner. Je suis parti et j'ai rejoint la Hong Kong Film Academy. Maintenant, je donne des cours académiques, ce qui m'oblige à lire des ouvrages théoriques sur le cinéma. Désormais, je sais en quoi consiste l'activité de scénariste car je connais tous les aspects de la fabrication d'un film. Avant, quand il me fallait lire ces bouquins, je me disais "Ouh la ! Qu'est-ce que c'est encore que ce machin ?!" C'est difficile à comprendre. C'est pourquoi je disais à mes étudiants "Vous venez avec moi et je vous apprendrai à faire des film de manière très pragmatique, pas avec des bouquins. Pas besoin de venir ici pour ça. Vous pouvez directement les commander à Hollywood. Il y en a des tas." Lorsque vous suivez les méthodes de l'Académie, vous ne comprenez pas toujours de quoi il retourne. Quand j'ai tourné un film à New York, j'avais un assistant qui avait étudié le cinéma à l'université. Il m'a dit "Eh ! Godfrey, la manière dont tu diriges est très différente de ce que nous ont appris nos professeurs !" "Bien sûr, tes profs n'étaient pas réalisateurs, il pouvaient t'apprendre la théorie, mais pas la pratique". Je fonctionne de façon pratique. Spécialement sur les petits budgets. Avec un gros budget, c'est facile. Sur un petit budget, le réalisateur est comme un ouvrier (rires). J'ai travaillé comme producteur, comme metteur en scène. Il fallait s'occuper de tout, y compris du petit déjeuner, du repas de midi ou du soir. Quand Cynthia Rothrock est venue de Los Angeles, j'ai dû demander au producteur délégué d'aller la chercher à l'aéroport. Il me fallait aussi m'occuper de ce genre de boulot. Faire des films c'est vraiment un challenge. Tu dois toujours avoir l'esprit en mouvement, organiser chaque détail. C'est certainement moins barbant qu'une vie de moine (rires). Je suis assez occupé ici et j'apprécie de pouvoir rencontrer des jeunes gens. Et tout le monde apprécie mes cours. Ce n'est pas simplement "Ouvrez vos bouquins, blah blah blah…". Je leur raconte comment ça se passe réellement sur un plateau. J'ai eu des étudiants de Corée, de Hollande, des Philippines, de Hong Kong. Une fois diplômé, un de mes étudiants coréens à fait un court métrage qui a été sélectionné dans un festival et a été couvert de prix. Désormais, il travaille dans une compagnie coréenne qui projette de faire un remake du "Syndicat du Crime" de John Woo. Il veut devenir réalisateur et s'installer ici. Je lui ai dit : "Tu veux être réalisateur ? Retourne en Corée !". Car le cinéma coréen est en plein boom à l'heure actuelle. Il parle coréen, cantonais et anglais. C'est pourquoi, un jour, après qu'il aura fait des films en Corée, si une compagnie américaine débarque, il sera le premier à qui ils s'adresseront. Il est promis à un brillant avenir, mais pas à Hong Kong. Hong Kong, c'est mort ! (rires).

Vous avez encore des projets personnels ?

Non, non, pas dans l'immédiat. Pas tant que le marché ne s'est pas relevé. Autrement, c'est perdre son temps. On fait des films en suivant le marché. On aime le côté artistique mais il faut aussi en vivre. Un producteur ne mettra pas un million sur un film s'il n'est pas sûr de le rentabiliser. Il est plus facile de perdre de l'argent que d'en gagner. Je pourrais faire des séries télé en Chine, mais là-dedans, il n'y a aucune créativité. Tu dois boucler un épisode en deux ou trois jours. 40 minutes de vidéo en 2-3 jours ! C'est vraiment serré comme plan de travail. Si j'étais plus jeune, je ne dis pas. Mais pour moi, actuellement, ce serait trop difficile et pas du tout amusant. Je ne veux plus du tout réaliser. Je l'ai fait pendant tant d'années… Pourquoi j'ai fait ce boulot ? Parce que lorsque j'étais jeune, je voyais passer les avions. J'ai pensé que si je faisais ça, je pourrais avoir une place dans l'avion. J'ai pensé que je pourrais voler (rires). Parce qu'à cette époque, nous étions si pauvres, c'était difficile de pouvoir se payer le billet. Par la suite, je voyageais presque trop ! (rires). J'appréciais mon travail.

Le mot de la fin pour tous ceux qui, à travers le monde, aiment les ninjas et le kickboxing ?

Je veux simplement les remercier pour avoir apprécié nos films. Ce sont des films commerciaux, pas des chefs-d'œuvre. C'est un peu comme regarder un jeu à la télé. Si vous recherchez un film d'une grande qualité artistique, laissez tomber ! A cette époque, je n'étais pas prêt pour ce genre de chose. Peut-être qu'à l'avenir je referai un film. Je prêterai alors plus d'attention au scénario et à la mise en scène de manière à faire un film correct.


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