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Interview de Godfrey Ho (page 4)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Godfrey Ho (page 4)


Godfrey à Hollywood : Honour and Glory, Undefeatable et Manhattan Chase.

Pourquoi avez-vous fait "Honour and Glory" avec Cynthia Rothrock ?

A l'époque, le nom de Cynthia Rothrock était encore très vendeur. Alors je suis allé la voir aux Etats-Unis.

Vous n'aviez pas eu de contact avec elle à l'époque où tournait à Hong Kong ?

Non, je ne la connaissais pas du tout. Mais je savais qu'elle avait un bon potentiel commercial alors je l'ai contactée et je lui ai demandé si elle voulait bien faire quelque chose avec nous : "OK, payez-moi !" "D'accord, pas de problème !". Il existe une compagnie nommée Action Star qui produit des films à Washington et dont le boss, Tai Yim, est un maître kung fu. Il avait une école de kung fu et beaucoup d'élèves qui connaissaient bien les arts martiaux. Je les ai rencontrés : "Vous êtes nombreux, vous connaissez le kung fu, vous savez jouer, mais vous ne savez pas faire un film. Moi je sais, unissons nous !" Et Cynthia Rothrock est venue pour tourner "Honour and Glory". On a tourné la totalité du film sur place. Un petit budget, mais qui a fait de l'argent. Puis, nous avons fait "Undefeatable". Pour "Honour and Glory", nous n'avions pu avoir Cynthia Rothrock que pour une semaine. Un planning très serré, pour elle comme pour moi. Donc, pour "Undefeatable", j'ai dit : "faisons un film entier". Un contrat pour la totalité du film, quatre semaines de tournage. Bien sûr, cela a coûté plus cher, mais on a pu le vendre sur le marché américain et, avec les droits vidéo, ça a été plutôt bien. "Honour and Glory" et "Undefeatable" ont fait de l'argent parce que Cynthia Rothrock était très célèbre à cette époque, partout dans le monde. C'est la seule Américaine qui sait se battre ! Alors les gens l'aimaient bien. Après cela, j'ai fait un autre film nommé "Manhattan Chase". Mais le business de la vidéo s'est effondré, alors nous n'avons pas pu le placer sur le marché américain. Or, nous visions précisément le marché américain. C'était ce pourquoi nous étions venus tourner ce genre de série B. Si vous êtes privé du marché américain, vous perdez 50 à 60 % des recettes et il devient difficile de faire de l'argent. Et puis nous ne pouvions pas le sortir non plus à Hong Kong . Les séries B américaines ne sortent pas là bas s'il n'y a pas une tête d'affiche comme Tom Cruise. Alors on a laissé tomber. Nous n'avons pas tourné de quatrième film.

Cynthia Rothrock était une habituée du cinéma de Hong Kong, alors j'imagine qu'elle savait s'adapter.

C'est une Américaine très professionnelle. Une bonne actrice, à l'heure sur le plateau. Vraiment une pro. Pas comme Sibelle Hu qui, à l'inverse, n'était pas du tout professionnelle.

Vous n'avez pas eu de problèmes en travaillant avec Loren Avedon ? Il n'a pas une très bonne réputation.


Loren Avedon.

Oh Loren ! Ouais, ouais, il est émotif. C'est un acteur de films d'action, mais il est assez fauteur de troubles. Il apporte toujours ses problèmes avec lui sur le plateau : "Godfrey, ma femme et moi avons eu une dispute…" "Oh, non, merde ! Ne ramène pas ça sur le plateau, là nous sommes en plein tournage !" "Mais je ne me sens pas très bien à cause de ma femme…" "Allez, tu n'es pas professionnel." Moi, sur le plateau, j'oublie ma femme à Hong Kong, j'oublie complètement Hong Kong. Sur le plateau, je suis là pour faire mon boulot. Ca, c'est se comporter en professionnel. C'est pourquoi il n'est pas un très bon acteur et qu'il a des problèmes pour décrocher des contrats à Hollywood. Il a fait un film avec Corey Yuen ["Karate Tiger 2"] dans lequel il paraissait tenir la distance. C'est comme ça qu'il s'est fait un nom.

Pouvez-vous développer un peu sur votre collaboration avec Tai Yim ?

C'est un bon. Un excellent artiste martial. En fait, il a un frère plus jeune [Sin Yim] et c'est lui qui gère l'école de kung fu, à Washington. Ils étaient producteurs exécutifs sur le film parce qu'ils connaissaient les Etats Unis mieux que moi. Si bien que j'ai préféré leur laisser prendre les commandes de la production et de la distribution. Maître Tai Yim a beaucoup d'élèves, et il s'avérait que l'un d'entre eux était un avocat d'affaires qui avait les compétences requises pour traiter avec les distributeurs. Malheureusement, Tai Yim n'a pas porté plus d'attention que cela au business. Je lui ai dit : "je t'ai fait faire le premier pas dans ce métier, à toi de continuer, tu pourrais faire des films" Il avait bien envie, mais il ne l'a pas fait. Je l'avais lancé, son école était connue et avait bonne réputation, mais il n'aurait pas su bosser convenablement pour y arriver. C'est dommage.

Vous êtes satisfait des chorégraphies qu'il a réglées pour le film ?

Oh, oui, ça va. Je lui ai indiqué comment faire les chorégraphies. Hélas, il n'a pas souhaité faire intervenir les artistes martiaux chinois dans le film, mais heureusement, les autres étudiants jouaient bien. Spécialement avec les armes. Le type avec le Kwan Dao [sorte de lance munie d'une grosse lame à son extrémité], par exemple, il s'en servait vraiment très bien. Son nom était John [Miller]. Il possédait une salle de musculation. Il travaillait son corps mais avait aussi appris le kung fu pendant des années avec Tai Yim. C'est pourquoi cela a été si facile d'avoir tous ces acteurs américains. Après ça, ils auraient vraiment pu développer une petite compagnie de production, faire aussi bien de la distribution, mais ils n'étaient pas assez doués en affaire (rires).

"Undefeatable" existe sous deux versions, celle qu'on connaît en Europe et une autre pour le marché asiatique titrée "Bloody Mary Killer", avec des scènes supplémentaires avec Yukari Oshima.

Ouais, ouais, je vois que vous êtes bien renseignés (rires). J'ai dû faire une deuxième version dans le but de vendre le film en Asie. J'ai ajouté ces scènes avec Yukari Oshima et Robin Shou pour orientaliser l'histoire. Cela a fonctionné. Nous avons réussi à le vendre à Taïwan pour un bon prix. Cela aurait été plus difficile uniquement avec des acteurs américains et un casting de seconde zone .

Quelle version préférez-vous ?

La version chinoise, bien sûr. Mais il s'agit de deux styles distincts. A cause du faible budget, j'ai dû me contenter d'une réalisation très simple, sans mouvement de caméra, plus statique, car ça faisait gagner du temps. A Hong Kong, en revanche, on pouvait faire des plans à la Dolly [NdT : caméra monté sur un chariot mobile].

Vous savez que sur internet, le combat final d'"Undefeatable" est considéré comme un classique ?

Je ne le savais pas. Il n'était pas trop mal. J'ai voulu qu'il soit davantage dans un style américain qu'oriental. Alors j'ai laissé les acteurs utiliser des armes et se battre au corps à corps. J'avais ces deux grands colosses et je voulais qu'on ressente cette puissance physique. C'était pas mal pour l'époque. Les deux avaient appris les arts martiaux avec Maître Tai Yim, par conséquent, ils étaient capables d'une grande variété de jeu. Leur niveau d'exécution était comparable à celui de certains acteurs chinois, comme Bolo [Yeung], vous voyez. Quoique Bolo soit même moins bon car ses kicks ne sont pas terribles. Bolo n'arrive pas à faire de bons coups de pieds.


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