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Interview de Gary Daniels (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Gary Daniels (page 3)


Dans "Piège en Eaux Profondes", on vous retrouve face à Steven Seagal le temps d'un affrontement étonnamment court, où votre potentiel reste complètement sous-exploité. Y avait-il une version plus longue de ce combat qui aurait été sabrée au montage ?

On ne peut pas dire que "Piège en Eaux Profondes" fut un des sommets de ma carrière ! Quand j'ai signé au départ, mon rôle était bien plus conséquent mais pour une raison ou une autre, M. Seagal l'a réduit à tel point que n'importe quel cascadeur bulgare du coin aurait fait l'affaire plutôt que de me payer le billet d'avion pour aller là-bas. A l'origine, le combat qui avait été chorégraphié par le coordinateur des scènes d'action, Steve Griffin, et ses collaborateurs bulgares était un excellent combat, très long et très varié, aussi bien au niveau des techniques que des armes utilisées, ce qui fait que j'avais vraiment hâte de tourner cette scène. Mais M. Seagal a décidé de la supprimer et a lui-même chorégraphié ce qu'au final vous pouvez voir à l'écran. Chaque star du film d'action a sa propre façon de faire, qu'il s'agisse de Steven Seagal, Jackie Chan, Van Damme ou Jet Li, de sorte que quand on travaille avec un des ces types, il faut être conscient que les choses se feront comme eux l'entendent, c'est comme ça qu'ils marquent leurs films du sceau de leur personnalité.
[Nanarland : Ce n'était apparemment pas une première pour Gary. Sur son film précédent, "Retrograde", il semble qu'il se soit vu proposer le rôle de grand méchant du film, jusqu'à ce que Dolph Lundgren en décide finalement autrement. Comme le dit Gary, "quand on travaille avec ces types, ils ne vous donnent pas vraiment l'occasion de briller".]

Vous avez tourné dans un grand nombre de petites productions de série B qui ont, on le sait, des budgets très serrés. De plus, la plupart de ces films étant des films d'action, il se peut que vous ayez peut-être parfois mis votre vie en danger, ou tout du moins votre santé. Vous souvenez-vous de tournages particulièrement éprouvants ou périlleux ? Vous êtes vous déjà blessé sur un plateau ? Y a t-il des cascades que vous avez déjà consenti à faire mais que vous refuseriez de reproduire aujourd'hui ?

Quand on travaille sur ces films d'action à petit budget, les calendriers de tournage sont généralement très serrés et les journées de boulot très longues, si bien que bon nombre d'accidents sont en fait dus à la fatigue. Personnellement, je prends beaucoup de plaisir à assurer moi même le plus de cascades possibles, même si évidemment je laisse les spécialistes prendre le relais pour tout ce qui est plus technique, comme les cascades automobiles, les scènes où il s'agit de prendre feu ou les chutes de plusieurs mètres, mais je m'efforcerai toujours de réaliser moi même ce qui est du domaine purement physique. Je me suis déjà fait fracturer la mâchoire, poser des points de suture autour de l'oeil et à la tête, le tout résultant de scènes de combat mais quand on tourne dans des films d'arts martiaux, tout ça fait partie du boulot. Une fois un pétard m'a explosé au visage, sur ce coup-là je ne pouvais pas y faire grand chose, mais là encore, ça fait partie des aléas quand on joue dans des films d'action.

Le truc le plus effrayant qui me soit jamais arrivé était en fait complètement inattendu et en apparence plutôt anodin. Quand j'ai tourné mon deuxième film aux Philippines, mon personnage était poursuivi par les méchants. Tout ce que j'avais à faire, c'était sauter dans une rivière et nager jusqu'à l'autre rive pour m'enfuir. Mais quand j'ai sauté, le sac à dos que je portais s'est brusquement rempli d'eau et m'a entraîné au fond de la rivière. J'ai commencé à paniquer en me rendant compte que je coulais, mais j'ai finalement réussi à me débarrasser du sac à dos et pu regagner la surface, mais ça m'a quand même pris un certain temps avant d'arriver à défaire les bretelles, donc sur le coup c'était plutôt flippant. Mais compte tenu du nombre de scènes d'action que j'ai pu tourner, je dois dire que j'ai beaucoup de chance de ne m'être jamais blessé sérieusement, ce qui témoigne de la fiabilité des coordinateurs de cascades et des cascadeurs avec lesquels j'ai travaillé.

Il semble que vous ayez donné le nom de "Kenshiro" à un de vos fils, ce prénom étant aussi celui du personnage que vous interprétez dans "Ken le Survivant". Est-ce parce que ce film est particulièrement important à vos yeux ?

Ca n'est pas tant le fait que ce film était important pour moi (bien qu'ils le soient tous au moment où je les tourne) que celui qu'il ait été conçu à l'époque du tournage. On l'appelait comme ça quand il était dans le ventre de sa mère, pour blaguer, et comme on n'avait songé à aucun autre prénom, on a gardé celui-ci quand il est né.

Vous avez travaillé à plusieurs reprises pour P.M. Entertainment (Richard Pepin & Joseph Mehri), Cine Excel, Nu Image et bien d'autres sociétés de production spécialisées dans les Direct-To-Video (DTV). L'offre en DTV est considérable de nos jours, mais ces films de pur divertissement apparaissent souvent interchangeables, quel que soit le nom du réalisateur ou de la compagnie les produisant. En tant que professionnel ayant un peu connu ces compagnies de l'intérieur, diriez-vous que travailler sur une prod' DTV ou une autre revient peu ou prou au même ? Si ce n'est pas le cas - et pour prendre un exemple en particulier - en quoi les productions du tandem Pepin & Mehri diffèrent-elles de celles de Nu Image ?

C'est une bonne question, et pour y répondre il faut se replacer dans le contexte des années 90 et du genre de films qui se vendaient alors. En général, le genre de films qui sont tournés est directement induit par ce que les acheteurs et distributeurs réclament. Si l'acheteur dit qu'il veut un film d'action pour son pays et que vous tournez une comédie, vous ne vendrez pas votre film et le producteur perdra de l'argent. Ainsi dans les années 90, les acheteurs voulaient des films d'action et donc des compagnies comme P.M. et Nu Image répondaient à cette demande. C'est ce qu'on appelle le "show business", et si vous ne gérez pas correctement le côté "business" de la chose vous vous retrouverez sur le carreau. P.M. et Nu Image ont toutes les deux très bien marché dans les années 90. La plupart des scénarios que je recevais étaient très semblables les uns aux autres, ce qui fait que c'est rapidement devenu difficile d'arriver à renouveler un peu mes rôles. La seule vraie différence c'est que P.M. tourne quasiment tous ses films à Los Angeles tandis que Nu Image tourne essentiellement à l'étranger, dans des pays où le niveau de vie est peu élevé pour profiter d'un dollar fort, et où les gouvernements proposent des rabais fiscaux pour encourager la venue d'équipes de films.

Vous avez peu tourné entre 2001 et 2005, et auriez même songé un temps à mettre un terme à votre carrière d'acteur. Etait-ce le manque d'opportunités ou étiez-vous temporairement las du monde de l'industrie ciné ? Quel regard portez-vous sur la façon dont cette industrie, et particulièrement celle des B-movies et des DTV, est en train d'évoluer ?

J'ai délibérément choisi de faire un break, parce que j'avais beaucoup travaillé, que j'étais un peu lessivé et aussi parce que j'avais du mal à dégotter des rôles qui tranchent un tant soit peu avec tout ce que j'avais déjà fait. J'avais de l'argent de côté et je voulais à la fois me recentrer sur l'entraînement et passer plus de temps avec mes enfants. Au cours de cette période, une nouvelle génération de vedettes du film d'action est apparue, avec des compétences et des styles nouveaux. Aujourd'hui on dirait que tout le monde s'est mis à pratiquer un mélange de gymnastique et d'arts martiaux, et cette tendance semble plébiscitée aussi bien par le public que les producteurs. Je continue à m'entraîner dur 5 à 6 jours par semaine, pour garder la forme et rester performant en arts martiaux, mais je ne serai jamais comme ces mecs qui peuvent virevolter trois fois dans les airs avant que j'ai le temps de porter un coup. Aujourd'hui avec tous les CGI, les incrustations sur écran vert et les combats câblés, qui sait quelle place il restera pour des gars comme moi qui se contentent de prendre des cours de comédie et d'étudier les arts martiaux. Je trouve que la plupart des trucs qu'on voit aujourd'hui sont trop répétitifs et que ce serait une bonne chose de revenir à des chorégraphies un peu moins portées sur la gym et un peu moins dépendantes des câbles, mais ça n'est que mon opinion.

Avec le recul, quels seraient votre meilleur et votre pire souvenir en tant qu'acteur ? Quel regard portez-vous sur votre carrière dans l'industrie du cinéma, à la fois sur le plan professionnel et sur le plan humain ?

J'ai eu tellement de chance d'en être arrivé là où je suis, ma carrière m'a permis de voyager dans le monde entier, grâce à elle j'ai pu rencontrer tout un tas de gens merveilleux et me faire quelques bons amis, elle nous a offert, ma famille et moi, une vie aisée... Je pense aussi que ma carrière m'a permis de devenir quelqu'un de meilleur, plus ouvert sur le monde. Mais je ne crois pas que ce soit fini, je pense même que le meilleur est à venir ! Je n'ai pas vraiment de mauvais souvenirs, bien sûr j'ai fait quelques mauvais choix mais ces choix font partie intégrante de mon apprentissage et l'expérience que j'en ai tirée a aussi contribué à faire de moi celui que je suis aujourd'hui. Je dois dire que les fois où j'ai travaillé en Asie - que ce soit en Chine, à Hong Kong, aux Philippines ou au Japon - comptent parmi les meilleurs moments de ma carrière. J'ai vraiment apprécié les différentes cultures et les gens merveilleux que j'ai pu rencontrer dans ces pays.

On vous annonce pour bientôt au générique de "Vengeance of Cleopatra Wong", un film d'action philippin écrit, produit et réalisé par Bobby A. Suarez (patron de la firme BAS Films), aux côtés d'acteurs comme Marrie Lee (la Cleopatra Wong du film d'origine), le mannequin vietnamien Bebe Pham et Jim Gaines. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce film que toute l'équipe de Nanarland attend avec impatience ? Avez-vous d'autres projets de films en perspective ?

"Vengeance of Cleopatra Wong", comme vous le savez, est né de l'imagination de Bobby Suarez. Les films de Bobby ont connu un joli succès vers la fin des années '70 et le début des années '80. Dernièrement, la revente des droits de ses films à travers le monde a très bien marché. Du coup, je crois que ça a ravivé sa passion pour l'industrie du cinéma. Il s'est alors lancé dans la réécriture de ses classiques, pour les remettre au goût du jour, et comme nous sommes restés amis depuis mes débuts aux Philippines, il m'a contacté pour me proposer de travailler avec lui. A ce jour, nous n'avons pas encore trouvé les bons investisseurs, donc nos recherches se poursuivent. J'ai hâte de revenir travailler dans un pays que j'aime, retrouver quelques vieux potes et, espérons-le, faire un film d'action qui dépote ! Nul ne sait de quoi l'avenir sera fait mais j'espère pouvoir travailler à nouveau dans un futur proche. J'ai au moins un projet en vue, un actionner d'arts martiaux qui porte le titre de "The Sanctuary" et dont le tournage se déroulera en Thaïlande, en espérant que ça débouche sur d'autres rôles dans des films d'action par la suite. Dernièrement j'ai tourné dans un film de vampire qui s'appelle "Kiss of the Vampire", un thriller surnaturel titré "Cold Earth" et un autre thriller, "La Linea", avec Ray Liotta et Andy Garcia, mais ce serait chouette de faire à nouveau des films d'action et d'arts martiaux purs et durs.

[Nanarland : Juste après avoir répondu à cette interview, Gary Daniels a décroché le rôle du personnage de Bryan Fury dans "Tekken", une adaptation du célèbre jeu vidéo de Namco nantie d'un budget de 40 millions de dollars et produite par la firme Crystal Sky Pictures.]

De la part de toute l'équipe de Nanarland, et aussi de nos lecteurs qui, nous le savons, seront ravis de lire cette interview, un très grand merci à vous Mr Daniels !

Merci pour votre intérêt et votre soutien.
Merci beaucoup. [en français dans le texte]

Gary Daniels


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