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Interview de Enzo G Castellari (page 4)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Enzo G Castellari (page 4)


Comment se passait le travail avec les acteurs américains qui venaient tourner à Cinecittà ?

Très bien. Je n'ai jamais eu le sentiment qu'ils se disaient « Je vais travailler en Italie, quelle déchéance ! ». C'étaient des acteurs en fin de carrière ou dans le creux de la vague et ils avaient tous en tête l'exemple de Clint Eastwood.



Ce dernier était dans la mouise quand il est venu faire « Pour une poignée de dollars », et son travail avec Sergio Leone a fait de lui une star. Tous ceux avec qui j'ai travaillé espéraient rééditer le même miracle. J'étais notamment ravi de travailler avec Fred Williamson,



qui joue dans «Une poignée de salopards», « Les Guerriers du Bronx » et « Les Nouveaux Barbares ». C'est un homme extraordinaire, doublé d'un fabuleux athlète. Il était toujours plein d'idées pour son personnage et pour les scènes d'action. On n'avait qu'à le regarder faire et à attendre ses trouvailles !

Le dernier film que vous ayez tourné pour le cinéma avant votre période américaine est

« Jonathan of the bears », un mélange de «Kéoma» et «Danse avec les loups»...

Vous avez très bien résumé le film. Il a été coproduit avec la Russie, où Franco Nero avait rencontré un producteur qui lui avait proposé une collaboration..

J'ai eu l'opportunité de bénéficier d'un village de western spécialement construit là-bas pour le film, donc d'un décor complètement inédit, là où les westerns italiens utilisaient tous le même village. Il n'a d'ailleurs été utilisé qu'une fois, car, une fois le tournage fini, tout a été démonté et volé ! J'ai eu aussi à ma disposition d'incroyables cascadeurs russes, ainsi que les ours du cirque local . J'étais enchanté !

Quand l'idée vous est-elle venue d'aller travailler aux Etats-Unis ?

En fait, cette idée n'est pas venue de moi. Ce sont en fait les américains qui ont eu l'idée de m'appeler.

J'ai fait un film pour eux, et comme ça s'est bien passé, maintenant ils m'appellent systématiquement. J'ai simplement eu de la chance !

On dit que le déclin du cinéma populaire italien a été marqué par l'échec de «Tex et le seigneur des abysses» (1985) de Duccio Tessari, qui était censé lui redonner un nouveau souffle.

Je ne dirais pas cela. «Tex» s'inspire d'une bande dessinée très populaire en Italie et il s'agissait d'un vieux projet. Il avait même été question que je le réalise ! Le film était en fait prévu pour être une mini-série pour la télévision d'Etat, la RAI, et il a été remonté et raccourci pour sortir en salles, donc je ne le considère pas vraiment comme représentatif du cinéma. Duccio Tessari n'a vraiment pas eu de chance avec ce projet. Il a dû travailler avec une équipe de techniciens de la chaîne RAI 3, où les communistes avaient beaucoup d'influence : ils avaient des habitudes de travail de fonctionnaires, ne dépassant jamais leurs horaires, et se moquaient complètement du film.



De plus, choisir Duccio comme metteur en scène a peut-être été une erreur, car il avait l'habitude de mettre de l'humour dans ses films, alors que la BD d'origine est très premier degré! Je pense que le cinéma populaire italien a plutôt été tué par l'inflation de films bon marché, souvent bricolés avec des budgets extrêmement pauvres. Je me souviens d'avoir assisté au tournage d'un western où le décor de la cabane n'était qu'à demi construit. En fait, le réalisateur n'avait pas de quoi se payer un chef-opérateur, alors il avait fait construire la cabane sans toit, pour tourner avec la lumière du jour, comme au temps du muet !



Le public a également été lassé par l'excès de films tous faits sur le même modèle. Et puis, nous avions trop pris l'habitude, en Italie, de copier ce que faisaient les américains, alors que nous aurions pu nous en passer; et ceux-ci mettaient désormais tant d'argent et d'effets spéciaux dans leurs films qu'il devenait impossible de rivaliser avec eux.

Certains réalisateurs, comme Lamberto Bava et Michele Soavi, se sont reconvertis à la télévision. Vous n'y avez pas songé ?

J'ai fait relativement peu de télévision, bien qu'il y a dix ans j'ai fait la série «Extralarge», avec Bud Spencer, qui a remporté un grand succès d'audience en Italie. J'ai ensuite fait notamment «Le Retour de Sandokan». D'ailleurs, quand je tourne un téléfilm, je le considère comme un film de cinéma.



Mais je n'aime pas beaucoup l'ambiance de la télévision, où il faut tenir compte de nombreuses pressions extérieures. Et puis, à l'époque de mes débuts, travailler à la télé était l'apanage de ceux qui étaient trop mauvais pour le cinéma ! J'en ai gardé un certain préjugé...

Le bis italien connaît aujourd'hui une certaine réhabilitation. Comment vivez-vous cela, notamment le fait d'avoir été invité à la Cinémathèque Française ?

C'est pour moi un hommage extraordinaire. Je trouve notamment merveilleux que des jeunes s'intéressent à mon travail, viennent me rencontrer - ils sont d'ailleurs très surpris que je les accueille à bras ouverts ! Je reçois cette reconnaissance tardive avec un immense plaisir.



J'ai longtemps été snobé par la critique mais je n'en souffrais pas. Il était normal que mes films, faits pour le public, n'aient rien pour intéresser la critique. Et puis, le milieu du cinéma et de la critique était dominé par les homosexuels et les communistes : n'étant ni l'un ni l'autre, j'étais sûr de ne pas avoir la cote ! (rires)



Ce qui me touche par-dessus tout est d'aller à la rencontre des jeunes générations de cinéphiles, comme cela a été le cas à la Cinémathèque. Et c'est aussi pour cela que je suis très heureux que des jeunes comme vous viennent m'interviewer.


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