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Interview de Don Gordon Bell (page 5)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Don Gordon Bell (page 5)


Vous avez aussi tenu un rôle assez substantiel dans "Opération Commando", de Ferdinando Baldi...

"Opération Commando" ("Warbus", 1985) reste la meilleure opportunité que j'ai eu d'interpréter un rôle dramatique, plutôt que de camper un énième stéréotype de film d'action. Ce n'était pas un premier rôle à proprement parler, mais je faisais quand même partie des principaux acteurs du film. C'était une co-production italo-philippine, avec une petite équipe italienne (dont le réalisateur Ferdinando Baldi, crédité sous le pseudonyme "Ted Kaplan") et les Philippins de Regal International Films. Ce film fut surtout pour moi celui du changement. La façon dont j'ai obtenu un rôle dans "Opération Commando", en dépit du fait que j'étais blacklisté, a en effet contribué à changer "Crazy Don" et à lui faire trouver la foi.

Je venais juste de connaître de gros déboires avec "Peter", l'agent dont je vous ai parlé plus haut. "Peter", voyez-vous, était marié avec une sublime créature, une Philippine d'origine chinoise qui avait pour habitude de folâtrer à droite à gauche dès qu'il avait le dos tourné. De mon côté, j'étais un type aux moeurs dissolues, perpétuellement vautré dans le stupre, j'aimais avoir plusieurs partenaires, j'aimais échanger mes partenaires avec celles de mes amis, et je me vantais d'avoir eu plus de maladies sexuellement transmissibles que d'années d'existence. Ce n'est pas pour rien que Mike Monty et moi étions copains comme cochons. Les Philippines offrent un véritable arc-en-ciel de beautés de tous les types ethniques, que je comparais parfois aux fameux 31 parfums des glaces Baskin-Robbins ! [Note de Nanarland : célèbre chaîne de crèmes glacées américaine dont le slogan vante la possibilité de changer de parfum tous les jours du mois] J'ai même eu une vasectomie à 28 ans pour ne plus risquer qu'une de mes partenaires ne tombe enceinte. J'avais en effet déjà engendré un fils et une fille, dont les mères respectives ont finalement trouvé de meilleurs hommes à épouser qu'un acteur de troisième zone comme moi. Et oui, à l'époque j'étais un porc lubrique et queutard, un païen, un ivrogne et un drogué. J'ETAIS un bad boy. Tout ça est vrai, et c'est sur Nanarland que je le confesse pour la toute première fois !

Néanmoins, je n'avais pas le temps de coucher avec la jeune et jolie épouse de "Peter", ni cette nuit-là, ni aucune autre nuit d'ailleurs. J'avais des scrupules professionnels. Par exemple, je demandais toujours l'assentiment de mes amis quand je voulais sortir avec une fille avec laquelle ils avaient déjà couché, même s'il ne s'agissait que d'une danseuse de bar. "Le Cadre de la guérilla des artistes" [Note de Nanarland : en français dans le texte] observait naturellement certaines règles dans ce domaine. En plus, il se trouve que cette nuit-là j'avais déjà deux jeunes autochtones dans ma chambre d'hôtel quand l'épouse de "Peter" m'a appelé. Les deux filles et moi on était à Ilocos Norte, sur le tournage d'un film de Cirio Santiago. Au téléphone, la femme de "Peter" a entendu que j'étais en joyeuse compagnie, et quand j'ai rejeté ses avances ça l'a tellement énervée qu'elle a appelé son mari "Peter" et lui a menti en m'accusant d'avoir cherché à la séduire et tenté de l'entraîner dans mon lit ! Dans l'Ancien Testament, Joseph était lui aussi injustement accusé de tentative de viol par l'épouse lubrique de Potiphar, le général en chef du Pharaon, et jeté en prison. Sacre Bleu ! Note de Nanarland : en français dans le texte] "Peter" est donc allé raconter au producteur de Regal Films que j'étais un pervers sexuel qui abusait des femmes et des jeunes filles (je précise que l'âge légal était de 16 ans aux Philippines !), un type ingérable, un vrai barjot. Il m'a accusé de rouler et fumer des pétards sur les plateaux au vu et au su de tout le monde, d'être un alcoolique qui se bourrait la gueule sur les tournages et se mettait à brailler et à se battre quand il était ivre, il m'a aussi accusé d'être un dealer, un souteneur, et d'une façon générale une véritable ordure.

Je me suis senti profondément offensé. Jamais de ma vie je n'ai été souteneur ! Bon, par contre la plupart des autres accusations étaient tout à fait vraies. Du coup à cause de ça j'ai perdu tout espoir de décrocher un rôle dans "Opération Commando". Les fausses accusations de "Peter" se sont répandues comme une traînée de poudre dans le milieu du cinéma philippin, jusque dans les tabloïds locaux, et je me suis soudain retrouvé black-listé. Les choses ont même empiré quand des agents du NBI ont tenté de me liquider ! Jusqu'alors, j'avais déjà été convoqué à deux reprises par la police ou le Bureau National des Investigations, et les deux fois j'avais réussi à éviter la prison grâce à mes connections au sein de la famille du Président Marcos et d'autres personnalités haut placées. Du coup, quand trois agents du NBI ont débarqué chez moi à 1h du matin pour m'emmener je ne sais où, j'ai tenté de les convaincre que je connaissais trop de monde. Ils ont été très surpris en se rendant compte que j'avais bien compris qu'ils avaient l'intention de me tuer. Ils en parlaient entre eux en Tagalog, et sont tombés des nues quand je leur ai parlé dans la même langue, en leur demandant de prévenir quelqu'un que je connaissais au sein de la Garde Présidentielle. Je faisais partie d'une liste d'"amis de VIPs". Par chance les trois agents du NBI ont fait demi-tour et sont rentrés dans leur QG pour appeler la Garde Présidentielle. Peu de temps après, un responsable de la Garde Présidentielle accompagné de dix hommes lourdement armés s'est présenté au QG du NBI pour exiger ma libération immédiate. Plus tard, les trois agents du NBI ont avoué que "Peter" les avait payés un peu moins de 300 dollars pour me faire la peau ! La vie a peu de valeur aux Philippines. Sur le coup, j'ai cru que j'avais eu la vie sauve grâce à mes relations, sans réaliser qu'en fait c'était Dieu qui me protégeait. Je racontais à tous mes potes que j'allais bientôt me venger de celui qui m'avait calomnié ainsi. Et puis quelque chose s'est produit !

Mon grand ami Bugsy Dabao, paix à son âme, avait eu vent de mes problèmes avec "Peter". Il a prié à mes côtés et m'a enjoint à avoir foi en Dieu. Je connaissais bien Bugsy, je le côtoyais depuis huit ans, c'était un fervent catholique à qui on prêtait certains dons, comme celui de guérir les gens par la prière. Il m'avait emmené consulter des mystiques dans le passé, et essayait toujours de me faire réciter le Rosaire. Bugsy savait qu'au fond mon coeur était bon, mais j'étais Crazy Don. Je lui ai dit : « Pour que je puisse croire en Dieu, il faudrait déjà que Dieu me prouve qu'il existe. » Alors Bugsy a prié en demandant que Dieu, pour me prouver qu'IL existe, me donne le rôle de Ronny dans "Opération Commando". J'ai souri, en me disant que c'était impossible.

Mais peu de temps après, la chance m'a souri. Tout d'abord, l'acteur italien qui devait tenir le rôle pour lequel j'avais postulé n'était plus disponible. A croire que quelqu'un là-haut veillait sur moi, même si je ne croyais pas encore en Dieu à l'époque. Et puis le réalisateur Ferdinando Baldi s'est intéressé à moi, "l'acteur de second plan" qui avait manifesté tant d'intérêt pour ce rôle. Mais la personne qui produisait pour Regal Films était une femme, Lily Monteverde, une vraie figure matriarcale de l'industrie ciné. Elle avait évidemment en mémoire le portrait peu élogieux que "Peter" avait dressé de moi, à ses yeux je n'étais qu'un faiseur d'embrouilles. Plus tard, j'ai reçu un coup de téléphone de Romano Kristoff m'annonçant que Ferdinando Baldi avait finalement réussi à convaincre Lily Monteverde que j'étais la personne idéale pour jouer le rôle vacant. Romano était intervenu de façon décisive auprès du réalisateur, en lui promettant que je ne poserais pas de problème et en allant jusqu'à se porter personnellement garant de mon comportement. J'étais complètement stupéfait, peut-être Dieu existait-il après tout ?

J'ai dû me rendre dans le bureau de Lily Monteverde, me mettre debout devant la quasi-totalité du casting du film, et jurer sur ma vie de ne pas boire plus de deux bières par jour, de ne pas fumer ou consommer de drogue sur et en dehors du plateau, de ne PAS employer un langage grossier, de ne pas jurer, de ne pas crier, de n'insulter personne, de ne pas me battre et de proscrire tout comportement agressif et violent, et enfin de me tenir éloigné de tous les membres du casting de sexe féminin ! Sans blague, ne pas approcher les actrices ! A cause de ça, une certaine jeune comédienne qui aurait pu coucher avec moi a fini dans le lit de Romano. Pour moi c'était une première, mais ça faisait partie des "conditions" auxquelles j'ai dû me plier pour obtenir le rôle. Non mais vous avez déjà vu une clause pareille ? Pas de sexe avec les actrices ? Ah, l'univers du show business...

Quand Ferdinando Baldi m'a exposé sa vision du personnage de Ronny, il m'a raconté qu'il avait vu certains de mes films et que j'avais cet air triste, paumé, pathétique, misérable etc. qu'il recherchait. J'ai pensé « Et bien merci, ça fait drôlement plaisir ». Dans "Opération Commando", mon personnage, Ronny, souffre à la fois de problèmes de santé et de troubles mentaux. Il est marié à la fille d'un couple de missionnaires mais son mariage bat de l'aile, parce que son épouse doit constamment s'occuper de lui. Elle ne supporte plus les crises de démence de son mari, elle est au bout du rouleau, et donc prête à le tromper quand elle fait la rencontre d'un gentil soldat australien des forces spéciales. Ronny souffre de schizophrénie paranoïde aiguë, il est frappé d'hallucinations et de bouffées délirantes, il a régulièrement séjourné en hôpital psychiatrique, il est sujet à de graves crises d'épilepsie s'il ne suit pas son traitement et, tenez-vous bien, c'est également un pervers sexuel et un voyeur qui manifeste un penchant pour les jeunes filles. C'est ce qui s'appelle un rôle sur mesure !

En plus d'être tourmenté, pathétique, et de délirer sec à propos de ses "enfants d'un précédent mariage" qui n'existent nulle part ailleurs que dans sa tête, il se trouve aussi que Ronny ADORE les armes à feu ! Il a un pistolet Colt automatique calibre .45, un fusil de sniper avec lunette de visée, deux fusils à pompe, et un fusil automatique M-16 Colt. Pour le rôle, j'ai dû couvrir mon tatouage des US Marines d'un bandage, comme si j'étais blessé, parce que Baldi voulait que mon personnage soit un civil, pas un militaire. Une sorte de redneck passionné par les armes, ce qui m'a permis d'avoir pas mal de scènes où je flingue à tout va.

Pour m'aider à rentrer dans la peau du personnage, j'ai demandé à un pote argentin souffrant d'épilepsie quels étaient les caractéristiques de cette maladie, les principaux symptômes, que faire en cas de crise etc. Il m'a expliqué comment agir lorsqu'une personne est prise de convulsions, les gestes à effectuer pour éviter qu'elle ne heurte sa tête ou qu'elle ne s'étouffe avec sa propre langue. Il m'a aussi raconté qu'il souffrait parfois d'étourdissements ou de très brèves pertes de connaissance, des signes avant-coureurs qui précédaient souvent une crise importante. C'est quelque chose que j'ai eu l'idée d'utiliser dans le film, lorsque Ronny est de garde sur le toit du bus, qu'il est pris d'étourdissement sous l'effet de la chaleur et se met à tambouriner sur la tôle. Peu de temps avant le tournage, mon pote argentin a eu une violente crise d'épilepsie en pleine boîte de nuit, à cause des lumières stroboscopiques. Grâce à ce qu'il m'avait appris, j'ai immédiatement pris les choses en main, ordonné aux gardes-du-corps de nos "amis de la haute" de faire reculer la foule, je lui ai tenu la tête, et comme la crise s'intensifiait j'ai introduit un morceau de nappe en papier dans sa bouche pour ne pas qu'il se morde la langue, en prenant soin de desserrer son col pour qu'il puisse respirer correctement. Quand les convulsions ont commencé à s'atténuer, on l'a porté dans un salon privé où je l'ai chambré en lui disant que c'était gentil de sa part mais qu'il n'était pas obligé d'en faire autant pour m'aider à bien jouer mon personnage !

Pendant le tournage, j'ai eu une confrontation "quiproquo-esque" avec trois soldats philippins ivres, qui fut le premier maillon d'une chaîne d'évènements à l'issue desquels je suis finalement tombé à genoux devant Dieu, et reconnu Jésus-Christ comme mon Sauveur. Mon rôle dans "Opération Commando" reste à ce jour ma meilleure prestation. C'était en 1985 et je n'ai travaillé que sur deux autres films cette année-là. Le premier c'était "Mad Dog", une production de Mr Lim avec Romano Kristoff en tête d'affiche et moi parmi les seconds rôles. Le deuxième c'était "Red Roses, Call for a Girl", réalisé par Bobby A. Suarez, dans lequel je n'ai tenu qu'un petit rôle. En fait le truc drôle c'est que Bobby, connaissant ma réputation, m'avait initialement proposé de jouer une scène avec des filles nues. J'ai dû lui expliquer que je ne pouvais pas jouer cette scène, et lui ai suggéré de la tourner avec un autre type. C'est à partir de ce moment-là que plusieurs membres de l'équipe de tournage ont commencé à venir me voir, en me disant qu'ils avaient tous entendu dire que je m'étais assagi, et que je me comportais comme un "Born Again Christian", quelqu'un ayant fait son retour à Dieu. Ils pensaient alors tous que c'était un leurre, une posture que j'affectais uniquement pour ne plus avoir de problèmes avec les autorités. Mais quand j'ai délibérément laissé filer l'occasion de tourner avec des filles nues dans une scène érotique, ils ont réalisé que quelque chose était vraiment arrivé à Don Gordon Bell. Les gens disaient : « Dieu a vraiment dû sauver son âme pour qu'il refuse de tourner avec des femmes nues ! »

Apparemment vous connaissiez très bien Mike Monty... quels souvenirs gardez-vous de lui ?

Mike Monty est venu aux Philippines par le biais de son ami Richard Harrison. Dès notre première rencontre, Mike et moi nous sommes tout de suite très bien entendus. Je pense que Richard Harrison savait que Mike et moi étions tous les deux un peu obsédés par les femmes. On me surnommait "Crazy Don" pour plusieurs raisons, et l'une d'elles c'est que je n'étais jamais rassasié des merveilleuses femmes des Philippines. J'ai fait la rencontre de Mike sur le tournage de "Pleasure Island", un film érotique tourné à Manille avec une actrice française et une allemande.


Egalement connu sous les titres "Blue Emmanuelle" et "Isola del Piacere", "Pleasure Island" a été réalisé par le Français Michel Ricaud en 1981.

Evidemment on était un paquet à postuler pour tourner les scènes hot, mais une fois sur le plateau, devant la caméra, c'était loin d'être évident. Je suis tombé sur une très jeune Philippine qui n'avait pas compris que, bien qu'il s'agisse d'un film érotique et non d'un porno, nous n'allions rien simuler et tout faire pour de vrai. La première nuit, quand nous avons tourné une scène ensemble, elle se contentait de rester allongée sans rien faire, et j'étais frustré qu'elle n'y mette pas un peu du sien. J'avais toutes les difficultés à être émoustillé par cette greluche qui restait sans bouger, et ne voulait même pas que je l'embrasse ou que je la caresse. Finalement, Mike nous a pris à part elle et moi, il lui a expliqué ce qu'elle devait faire pour m'aider. Et puis il a commencé à la chauffer un peu, et alors elle s'est allumée, et s'est ensuite mise à me chauffer. Mon engin s'est mis au garde-à-vous, on a rappelé les techniciens et on a pu terminer la scène. Une scène qui m'a demandé, euh... beaucoup d'énergie. C'est comme ça que Mike et moi sommes devenus potes. On a partagé un nombre incalculable de femmes durant les années où on s'est fréquentés. Je suis le parrain d'un de ses fils aux Philippines.


Mike Monty, Romano Kristoff et Don durant un tournage.


Mike aimait les femmes très maigres, beaucoup d'entre-elles souffraient de troubles alimentaires comme la boulimie ou l'anorexie, mais je peux vous dire qu'avec lui elles se sentaient aimées. On a vécu ensemble pendant deux ans, dans un appartement du district d'Ermita sans aucun meuble ni vaisselle, pas même un réfrigérateur. C'était juste après la fin de mon partenariat avec Bill James Haverly. On avait le plus grand mal à joindre les deux bouts, pendant plusieurs mois on a vraiment été dans la dèche. Durant cette mauvaise passe, en 1981, on était vraiment "Les Misérables Artistes" [Note de Nanarland : en français dans le texte], mais on avait toujours des femmes et de quoi se payer juste assez de riz à la gargote du coin pour ne pas crever de faim. On avait un seul lit, alors on se le partageait à tour de rôle quand nous recevions des dames. On a fini par se faire virer par le proprio chinois quand Mike s'est tapé sa fille, ou sa femme, ou peut-être bien les deux.

Mike et moi on était les terreurs de Mabini & Del Pilar, les Rues de la Passion, où plus de 500 bars s'alignaient de chaque côté de la chaussée à l'époque. Il suffisait de marcher dans la rue jusqu'à une terrasse de bar, de commander une bière San Miguel glacée et pas chère, et de se servir. Erimita était un lieu de débauche, dans lequel je me suis vautré sans scrupules pendant des années. Je devais aussi mon surnom de "Crazy Don" au fait que j'ai attrapé des MST tellement de fois que même mes meilleurs amis me disaient que j'étais fou de ne pas rester avec une seule copine à la fois. À de nombreux égards, je voulais en fait faire comme Mike, je me suis même mis à manger du piment rouge de Cayenne comme lui, parce qu'il disait que ça avait des vertus aphrodisiaques (en fait, il m'avait conseillé de m'en servir pour "rester dur", mais sans préciser qu'il fallait MANGER le piment, pas se frotter le sexe avec ! Douloureux souvenir...).

Dans "Pleasure Island", des hommes d'affaires se rendent sur l'île du plaisir du titre pour s'y offrir du bon temps. On a tourné des scènes de papouilles sur les plages de Mindoro, sous l'oeil des touristes qui passaient à proximité sur de petites embarcations et nous prenaient en photo. Je jouais un Prince saoudien, et réussis à me procurer une authentique coiffe arabe et une djellaba. J'avais emprunté le tout au gérant d'un restaurant moyen-oriental, en prétendant que c'était pour tourner une pub. Je portais une longue barbe, et j'ai gardé mon turban durant toutes mes scènes pour cacher mon tatouage des Marines. Quand une autre fille philippine s'est pointée sur le plateau, aussi potiche et peu avertie que la première, j'ai su qu'il allait me falloir un peu d'aide pour me stimuler. Alors j'ai appelé une bonne copine, qui bossait comme danseuse au Firehouse Bar, et je lui ai demandé de me rejoindre à l'hôtel où on tournait. Je me suis juste abstenu de lui expliquer qu'une fois sur place, son rôle serait de me mettre en condition dans la salle de bain et qu'une fois gonflé de désir, j'allais la planter là et foncer dans la chambre attenante pour tourner ma scène avec la morne potiche, qui elle ne se doutait pas qu'on aurait une relation non simulée devant la caméra. Pendant le tournage de la scène, quelqu'un a renversé une des lumières, qui m'est tombé dessus et m'a méchamment brûlé les fesses, m'arrachant un hurlement et une expression très appropriées pour le climax ! Faire du porno c'était une expérience fun, enrichissante, mais aussi très bizarre parfois. Comme quand je me retrouvais à devoir donner de grands coups de reins face à un caméraman accroupi devant moi, pour simuler les plans en vue subjective de la fille ! J'ai tourné deux films de cet acabit, qui m'ont servi de préparation lorsque plus tard j'ai tourné des plans similaires dans "Vengeance" ["Naked Vengeance" en VO], un rape-and-revenge de Cirio H. Santiago dans lequel Nick Nicholson, David Light et moi on faisait partie des cinq violeurs qui se font ensuite trucider par l'héroïne.


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