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Interview de Brigitte Lahaie

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Brigitte Lahaie


Actrice, animatrice de radio, mais surtout star du X au temps de sa jeunesse, Brigitte Lahaie a sans nul doute marqué l'imaginaire du public français. On oublie pourtant trop souvent son apport incontestable à la noble cause du cinéma bis hexagonal. De Jean Rollin aux productions Eurociné, du polar à l'épouvante, Brigitte, dans les années 1980, a su se positionner en égérie d'un cinéma de genre français condamné par le mépris de la critique et l'anémie des budgets. Oubliez Brigitte l'actrice porno, voici Brigitte la sainte patronne du nanar !

Interview menée par Shimano


Votre nom d'origine est Van Meeraeghe. Pour votre carrière, vous le changez et devenez Brigitte Lahaie...

Il me semblait normal à l'époque de ne pas garder mon vrai nom, tout d'abord parce qu'il est assez imprononçable mais surtout par respect pour ma famille. Faire du X en 1976, c'était tout de même jouer avec le diable. D'ailleurs dans cette période là, certaines personnes de ma famille furent très choquées.

Dans certains films, vous êtes créditée sous le nom de Brigitte Simonin : pourquoi ce choix ?

Durant une certaine période, juste pendant et après ma carrière dans le X, je vivais avec un homme qui désirait vraiment m'épouser. Ce fut une manière pour moi de lui prouver mon affection. C'est par la suite, lorsque je vivais avec René Chateau, que j'ai repris mon pseudonyme Lahaie. Il me disait que c'était le seul moyen de montrer que j'assumais mon passé et il avait mille fois raison. D'ailleurs je lui dois beaucoup car il a une vraie connaissance des médias.

Vous avez tourné avec Jean-Marie Pallardy, notamment dans "Le journal érotique d'une Thaïlandaise". Votre collègue Florence Guérin le décrit comme une personne charismatique qui a de la conviction, bien que ce ne soit pas un grand réalisateur. Partagez-vous cette description ?


Jean-Marie Pallardy

Je n'ai pas du tout le même avis que Florence ! En fait Jean-Marie est un garçon sympathique mais il n'a aucune idée de ce qu'est le métier de réalisateur. J'ai toujours eu l'impression qu'il ne pensait qu'à une chose : me sauter ! Comme il ne parvenait pas à ses fins, il a fini par jouer un rôle dans un film dans lequel je tournais. Je fus donc sa partenaire à l'écran uniquement !

Vous a-t-il contacté pour ses films suivants au cours des années 80 ?

Et non, pour comprendre, il suffit de lire la réponse précédente !

Jean Rollin et vous, c'est une longue histoire...


Avec Jean, c'est une réelle histoire d'amitié. Je crois que Jean m'aime beaucoup. Il a tout de suite cru en mon talent, ou du moins en mon charisme et il m'a promis dès notre première rencontre de me donner un vrai rôle par la suite.

En 1978, vous tournez dans "Les Raisins de la Mort", sous la direction de Jean Rollin. Comment s'est déroulée la transition ?

Jean a donc tenu sa promesse et c'est sous sa direction que j'ai joué mon premier rôle. Ce fut pour moi une véritable joie car au fond, je rêvais d'être une vraie actrice. Ce fut une expérience douloureuse car les autres membres de l'équipe, techniciens et acteurs, me faisaient sentir que je ne faisais pas partie de leur famille mais Jean m'a toujours soutenue. De plus, il a su m'utiliser avec mes défauts et mes qualités. Je ne suis certes pas excellente mais je ne suis pas ridicule.


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