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Interview de Antonio Margheriti (page 2)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Antonio Margheriti (page 2)


Votre film le plus célèbre est Danza macabra (Danse macabre, 1963), un des chefs-d'oeuvre de l'épouvante gothique à l'italienne.

Un chef-d'oeuvre, je ne sais pas, mais un bon film assurément. La chose étrange est que j'ai été amené à mettre en scène ce film en raison d'engagements à tenir avec les acteurs, car nous n'avions que deux semaines de tournage, et un jour supplémentaire pour régler les trucages des cadavres qui respirent. Lorsque j'ai mis en scène un remake en couleurs de mon propre film Danza macabra, Nella stretta morsa del ragno (Les fantômes de Hurlevent, 1970) avec Tony Franciosa, Michèle Mercier et Klaus Kinski (un personnage extraordinaire), un incident technique est survenu lors du tirage des copies. Tous les trucages concernant les fantômes ont été supprimés. C'est pour cela que dans le film, les apparitions et disparitions des spectres sont aussi rudimentaires et saccadées. Ils sont là, et au photogramme suivant ils ne sont plus là ! C'est dommage, car je bénéficiais pour cette seconde version des moyens financiers qui m'avaient manqué pour la première.


"...un incident technique est survenu lors du tirage des copies. Tous les trucages concernant les fantômes ont été supprimés. C'est pour cela que dans le film, les apparitions et disparitions des spectres sont aussi rudimentaires et saccadées."

L'idée de Danza macabra est de Sergio Corbucci ?

Au départ, Sergio Corbucci voulait faire le film. L'idée originale était de son frère Bruno, qui avait écrit l'histoire avec la collaboration d'un écrivain italien. Sergio n'a finalement pas pu le mettre en scène, à cause du tournage d'un autre film. Nous nous étions déjà rendu des services, en procédant à des échanges : je tournais des scènes pour lui et inversement. C'est le producteur du film Giovanni Adessi qui a demandé à Corbucci de me proposer de prendre le relais. Il m'a envoyé le script et m'a demandé de faire le film en deux semaines, trois semaines maximum, en fonction du contrat de Barbara Steele. En fin de compte, j'ai réussi à le faire en deux semaines et un jour. Adessi avait peur d'investir beaucoup d'argent sur ce film, car c'était une histoire courageuse, belle, divertissante mais risquée. La réussite commerciale d'un tel projet s'avérait douteuse. Le film a bien marché, sans battre des records. Mais il possède aujourd'hui de nombreux admirateurs.

Avez-vous eu des problèmes avec la censure ?

Non. J'ai toujours eu de la chance avec la censure.

En France en revanche, certaines scènes érotiques ont été coupées.

Pas en Italie. Pas même un photogramme. Il y avait pourtant de nombreux passages délicats. La vergine di Norimberga (La Vierge de Nuremberg, 1963) n'a pas été censuré en Italie, ni même Apocalisse domani (Pulsions cannibales, 1979) que j'ai tourné à Atlanta.

Ruggero Deodato, futur réalisateur de Cannibal Holocaust a longtemps été votre assistant.

Oui, il a beaucoup travaillé avec moi. Il a même tourné une grande partie de Ursus il terrore dei Kirgisi (La Terreur des Kirghiz, 1963-1964). Je me suis contenté de terminer le film. C'est un film que je trouve horrible : Un péché de jeunesse.

On raconte que Bertrand Blier était un des assistants-réalisateurs de La vergine di Norimberga.

Je ne me souviens pas. C'est possible. Le film n'est pas bon. "La Vierge de Nuremberg" (en français) est un film tourné en grande vitesse.

Dans La morte negli occhi del gatto (Les Diablesses, 1972), on a la surprise de trouver Jane Birkin dans le rôle féminin principal. Que vient-elle faire là ?

À l'époque elle n'avait encore rien fait [NdlR : faux, Jane Birkin débute au cinéma dans The Knack de Richard Lester, en 1965]. Elle chantait "je t'aime moi non plus" avec Serge Gainsbourg. Nous cherchions un nom d'actrice pour jouer dans le film et lorsque nous avons pensé à Jane Birkin, j'ai trouvé qu'il serait amusant de prendre également Serge Gainsbourg. Ainsi, nous pouvions bénéficier du succès de la chanson en Italie, sans bien sûr mettre la chanson dans le film. Nous avons ainsi conclu avec les intéressés un accord qui me plaisait beaucoup. Jane Birkin et l'interprète masculin, Hiram Keller, qui jouait dans Satyricon (Fellini-Satyricon, 1969) de Federico Fellini allaient bien ensemble. Quant au chat du film, c'était le mien ! Il était fantastique.


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