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Interview de Alberto De Martino (page 3)

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Alberto De Martino (page 3)


Vous avez été réalisateur de seconde équipe sur « Il était une fois la révolution », notamment sur les scènes de batailles. Comment s'est déroulé ce tournage et le travail avec Leone ?

Je tiens d'abord à dire que Sergio et moi avions une longue histoire d'amitié. Nous sommes de la même génération, nous avons vécu la bohème ensemble... Je devais d'ailleurs être le producteur exécutif de son film sur le siège de Leningrad, projet qui a malheureusement été interrompu par sa mort. Sur « Il était une fois la révolution », j'ai travaillé cinq semaines. En fait, Sergio m'avait appelé à la rescousse, car le tournage avait pris du retard et ses deux acteurs principaux, James Coburn et Rod Steiger, devaient partir pour faire d'autres films. Sergio m'a donc demandé de tourner des scènes de batailles pendant qu'il tournait avec Coburn et Steiger. J'ai fait l'attaque des mexicains, des scènes avec le méchant, etc. En tout, il doit y avoir une dizaine de minutes du film qui sont de moi. Je me souviens notamment, sur ce film, d'une scène durant laquelle je devais filmer le train qui avançait sur les rails. Et, au beau milieu des rails, il y avait un type assoupi : il aurait pu se faire couper en deux, mais je suis allé le réveiller et lui ai sauvé la vie. Ce sont les aventures comme ça qui sont formidables dans ce métier : j'ai sauvé la vie d'un gars que je ne connaissais même pas.



Le coup de génie de Sergio Leone, qui a fait le succès du western spaghetti, a été d'utiliser le concept du « héros » cynique et négatif, qui tue pour l'argent : un modèle que j'ai aussi utilisé dans « 100 000 dollars pour Ringo ». C'était à l'époque du grand succès de James Bond, qui est un personnage amoral du même acabit.


"Il doit y avoir une dizaine de minutes de "Il était une fois la révolution" qui sont de moi"

« Holocaust 2000 » avec Kirk Douglas est souvent considéré comme une de vos plus belles réussites. Comment ce projet s'est-il monté ?

Le film s'est monté parce que le genre du paranormal était à la mode. Il découlait de « La Malédiction », de même que « L'Antéchrist » découlait de « L'Exorciste ». J'ai été ravi de travailler avec Kirk Douglas, qui était mon acteur préféré. Dans une conférence de presse, d'ailleurs, un journaliste lui avait demandé par provocation comment cela avait été de tourner avec Alberto De Martino. Egalement par provoc', Kirk a répondu que j'étais le meilleur réalisateur avec lequel il ait travaillé ! Stanley Kubrick a dû se retourner dans sa tombe ! (rires)

Vous avez aussi travaillé avec Telly Savalas sur deux polars au début des années 70 : « Dernier appel » (L'Assassino... è al telefono) et « Le nouveau boss de la mafia » (I Familiari delle vittime non saranno avvertiti).

C'était un homme charmant et un très grand professionnel. Il n'avait pas encore fait « Kojak » qui l'a relancé par la suite. J'étais allé le voir à Madrid sur un film qu'il tournait avec Sergio Corbucci et il a accepté de travailler avec moi. Tout s'est bien passé avec lui. Je suis vraiment triste qu'il soit mort.

Pouvez-vous nous parler de « L'Homme Puma » ? Ce film est sans doute aujourd'hui l'un des plus connus de votre filmographie, mais pas forcément pour de bonnes raisons.

C'était un film étrange. Nous en attendions beaucoup, d'autant que j'étais co-producteur. Mais personne n'est allé le voir en Italie. Je me souviens de la sortie : nous avions téléphoné à une salle de Turin pour savoir comment le public réagissait et le patron nous a dit «Personne n'est venu ! ». A l'époque, les films cessaient de fonctionner en Italie. Les télés privées commençaient à manger le marché et les gens ne se déplaçaient tout simplement plus pour voir des films comme les miens. Heureusement, il a marché correctement à l'international et a rapporté tout juste assez pour que je rentre dans mes frais. Aujourd'hui, ce film a été récupéré, notamment en France, par des gens qui l'apprécient pour ce qu'ils considèrent comme son côté involontairement drôle.

Cela vous dérange que votre film soit vu comme cela ?

Pas du tout ! Mais il faut quand même comprendre que le film a été tourné pour faire rire. S'il y a de l'humour dans « L'Homme Puma », c'est parce que c'est moi qui l'y ai mis ; ce n'est pas du tout involontaire. Après, bien sûr, les effets spéciaux ont vieilli. Mais le film était conçu à la base pour être drôle.


"L'Homme Puma était conçu à la base pour faire rire"

Le film n'est pas uniquement apprécié en France : il a aussi un statut de culte aux Etats-Unis.

Sans blague ???

Pouvez-vous nous parler de la distribution du film ? Pourquoi avez-vous engagé Walter George Alton, un acteur américain totalement inconnu, pour tenir le rôle principal ?

Nous avons découvert ce gars, qui avait tenu auparavant un petit rôle dans un film de Blake Edwards. C'était une sorte de convention que de prendre un acteur américain dans le rôle principal, même un inconnu comme lui, afin que ce soit vendeur. Par contre, il a effectivement disparu après mon film. Je crois qu'il est devenu avocat... Donald Pleasence, qui joue le Docteur Kobras, était un homme délicieux. On rigolait beaucoup avec lui ; il racontait des anecdotes très amusantes sur sa carrière. Miguel Angel Fuentes, qui joue Vadinho, était une vraie découverte ; le directeur de casting était allé chercher des acteurs au Mexique et il m'a appelé, enthousiaste : « Alberto, j'ai trouvé Vadinho ! » Il joue son rôle tout à fait au premier degré car c'était conçu comme cela. Pour que ce soit drôle, il fallait qu'il dise des répliques comme « Tu es l'Homme Puma ! » avec le plus grand sérieux.


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