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Interview de Alberto De Martino

Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis. Il nous a ainsi paru enrichissant de faire raconter le nanar et son univers par les gens qui l'ont vécu de l'intérieur. La diversité des intervenants et de leurs réponses nous a rendu encore plus proches du cinéma que nous aimons : vous découvrirez, au fil des entretiens que ces différentes vedettes ont bien voulu nous accorder, des informations précieuses pour le cinéphile et le cinéphage, des anecdotes cocasses et, en esquisse, le portrait attachant de personnages souvent hauts en couleur.
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Alberto De Martino


Alberto De Martino, né à Rome en 1929, fut l'un des artisans les plus prolifiques du cinéma populaire italien. Péplums, spaghetti-westerns, polars, films d'horreur : ce cinéaste éclectique et professionnel est aujourd'hui surtout connu comme le réalisateur de "L'Homme Puma". Mais les mirifiques et ridicules aventures du félin volant ne sont qu'un aspect parmi d'autres de la riche carrière d'Alberto De Martino, qui a bien voulu évoquer pour nous son parcours.

Interview menée par Nikita


Avant de tourner vos propres films, vous avez travaillé comme assistant réalisateur ou directeur de doublage sur de très nombreux films. Vous avez même travaillé sur "La Dolce Vita" de Fellini.

Mes fonctions dans le cinéma ont été très diverses. Entre 1949 et 1953, j'ai suivi des études de droit. En parallèle, j'ai commencé en 1950 à réaliser des documentaires, sur les sujets les plus divers : la médecine, la musique... Il s'agissait de films destinés à être projetés dans les cinémas, car la télévision était alors inexistante. Après mon diplôme, j'ai finalement poursuivi dans cette voie et dans le même temps, j'ai tenu des fonctions d'assistant-réalisateur sur une vingtaine de films et de directeur de doublage. J'ai notamment été en charge de la post-synchronisation sur «La Dolce Vita» de Federico Fellini, mais aussi sur des films de réalisateurs prestigieux comme Mario Monicelli ou Luigi Zampa.

Votre premier film comme réalisateur était « Le Gladiateur invincible » (1962), une co-production italo-espagnole, où vous êtes crédité comme co-réalisateur avec Antonio Momplet.

En fait, j'ai réalisé l'intégralité de ce film. Les coproductions avec l'Espagne imposaient parfois que le film soit tourné par un réalisateur du cru. En fonction de cette loi d'équilibre, j'ai dû prendre un «co-réalisateur » espagnol qui faisait en fait office de prête-nom. Il venait faire acte de présence. Mais cela ne me posait aucun problème, car c'était un très brave homme.

L'Italie réalisait alors de nombreuses coproductions avec l'Espagne. Quels étaient les facteurs qui amenaient à de telles co-productions et comment étaient-elles montées ?

L'Espagne avait alors des infrastructures et des décors naturels qui convenaient très bien aux genres que nous traitions (péplum, western). Il y avait sur place de nombreux techniciens expérimentés, des facilités pour obtenir de la figuration et surtout de nombreux élevages de chevaux. De plus, l'Italie et l'Espagne avaient chacune des systèmes de primes étatiques qui avantageaient chaque côté de la production. Le montage financier de ces co-productions dépendait des accords entre producteurs italiens et espagnols : cela allait de 50/50 à 70/30% du budget. On déterminait également la part que chaque producteur allait prendre dans la vente à l'international : les italiens se réservaient certains pays pour y vendre le film, et les espagnols le vendaient dans une autre partie du monde. Quand nous avons commencé à faire des films d'espionnage, il y a eu davantage de coproductions et de tournages en Angleterre, pour des raisons de décors.

Quel souvenir gardez-vous de Richard Harrison, avec qui vous avez tourné « Le Gladiateur invincible », « Persée l'invincible » et « 100 000 dollars pour Ringo » ? Il nous a dit ne jamais s'être vraiment passionné pour son métier d'acteur, mais avoir toujours donné de sa personne pour les scènes d'action et, autant que faire se pouvait, les cascades.

Richard était un garçon charmant. Je suis surpris d'apprendre qu'il porte aujourd'hui un regard si désabusé sur sa carrière d'acteur. Il se dépensait dans les scènes d'actions, mais il était également très professionnel dans son jeu. Dans « Le Gladiateur invincible », on peut voir qu'il avait une vraie prestance en tant que comédien. Je me souviens encore de son bout d'essai : il avait un accord qui lui garantissait le remboursement de son billet aller-retour pour les Etats-Unis s'il n'était pas embauché, et de l'aller seulement s'il décrochait le boulot. Il a fait son bout d'essai deux fois, une fois avec la barbe et une fois sans. C'était un garçon très actif, y compris en dehors de son métier d'acteur : je me souviens qu'il avait ouvert à Rome une boutique pour vendre des traitements capillaires. Il ne devrait pas mépriser sa carrière, car il a vraiment beaucoup tourné, même si ce n'était pas dans des films de premier ordre. Ceci dit, en faisant une recherche sur lui, j'ai été très surpris de découvrir qu'il avait fait autant de films : il a même tourné des films au Japon ! [sic]

Nous avons ouï dire que les conditions de sécurité n'étaient pas toujours idéales sur les films italiens, du faits d'artificiers moyennement compétents, des cascadeurs tête brûlées, etc. Auriez-vous des anecdotes vous aussi à ce propos ?

Je n'ai pas eu trop d'accidents sur mes films, mais sur « 100 000 dollars pour Ringo », j'ai eu des problèmes avec les figurants, car nous avions embauché des gitans pour jouer les indiens. Or, ce que nous ignorions, c'est que beaucoup venaient de clans rivaux, qui se détestaient entre eux. Du coup, on ne pouvait jamais tourner, parce qu'ils n'arrêtaient pas de vouloir s'écharper !


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