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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Flic :

Au cinéma, la police est une des institutions les plus représentées, et le monde du nanar contient de nombreux stéréotypes associés à ce corps de métier. Les caractéristiques d'un représentant de la loi dans un nanar dépendent essentiellement du genre que le film aborde. Le manichéisme fluctuant nous fait distinguer deux sortes de policiers nanars : le bon flic et le mauvais flic.

Le bon flic (ou super flic, ou flic de choc) :



Depuis ses origines, le cinéma joue au policier et au voleur. Dès les années, il y avait les personnages très "Force reste à la loi" de Louis Feuillade (Juve et Fandor dans Fantômas). Puis dans les années 30-40, les serials cinématographiques ont vu l'essor de justiciers badgés bondissants, indestructibles et sans-peur-sans-reproches tels qu'on peut les voir dans Dick Tracy, SOS Coast Guards et consorts. Par la suite, les films noirs "à l'américaine" des années 40-50 ont popularisé l'image du détective dur-à-cuir, flegmatique et charmeur qui tombe toutes les pépés et fait mordre la poussière aux gangsters. Fumeur, quelque peu porté sur la bouteille, un poil rebelle, ce type de super flic vintage trouva notamment une incarnation des plus nanardes en la personne d'Eddie Constantine alias Lemmy Caution dans "La Môme Vert-de-Gris", sorte de pastiche involontaire des polars américains de l'époque dont on dira, pour rester courtois, qu'il est effroyablement daté (mais il ne s'agit assurément pas du seul exemple de ce type).


Lemmy Caution, le flic cool le plus ringard du cinéma.


Durant les années 60-70, le polar connut quelques changements de codes radicaux en matière de rythme et d'esthétisme et s'orienta vers une violence beaucoup plus crue, que ce soit au États-Unis (Bullit, Dirty Harry, Serpico) ou en Italie où le genre "Poliziottesco" (les néo-polars à l'italienne) compta de nombreux héros moustachus comme Franco Nero, Maurizio Merli, Tomas Milian, Luc Merenda, Richard Harrison, Helmut Berger, Fabio Testi et leurs collègues. Le super flic 70's se caractérise par ses méthodes radicales (violence, comportement plus ou moins amoral…) et son refus des règlements laxistes imposés par sa hiérarchie procédurière/droits-de-l'hommiste/corrompue, généralement au service de viles magouilles politiciennes ou du parrain local. En cela, il se rapproche beaucoup du justicier urbain des films d'auto-défense alors en pleine éclosion bronsonienne aux States, et en plein boum anti-corruption à Cinecittà. L'influence du western est également très présente, l'environnement urbain remplaçant les vastes prairies et déserts comme décor et le détective solitaire rendant la justice à coups de flingues comme le shérif d'antan. Quant aux flics blacks à la Shaft qui commencent à pulluler au début des 70's, ils possèdent les mêmes caractéristiques que le flic de choc blanc mais de manière accentuée (là où le flic WASP est cool le black est ultra-mega-super cool, là où le WASP est macho le black est hyper-giga-extra macho) avec en prime un côté voyou et le thème de l'émancipation raciale (pour davantage de détails, se reporter à la définition de "blaxploitation" ).

Exemples de super flics "Dirty-Harryesques" au fort potentiel nanarifique :




Cüneyt Arkin sait à quoi tu penses dans "Kelepçe" alias "Turkish Dirty Harry" mais lui, les balles dans tout c'bordel, il ne les a pas très bien comptées non plus.


John Smihula est l'inspecteur James Cameron (!) et affronte les belettes géantes en carton et les mutants homme-étron au corps-à-corps dans "Weasels Rip My Flesh".


LE flic noir nanar : l'incorruptible et sempiternel inspecteur Baïko, personnage incarné par Alphonse Beni dans les trois quarts de sa filmo (ici dans "Cameroun Connection").


C'est dans les années 80 que le super flic acquiert définitivement le statut de dernier rempart de l'humanité avec l'avènement du film d'action reaganien. A tous les clichés précédents s'ajoutent les caractéristiques du "film commando" et la badass-attitude des super flics s'en trouve décuplée. Super cool, plus que jamais tête brulée et rebelle à ses supérieurs, le super flic des années Reagan est désormais un pur "action man", un casse-cou que rien n'arrête quant il s'agit de faire respecter la loi, un investigateur insurpassable, un combattant invincible et un bourreau des cœurs à même de culbuter toutes les playmates de la Terre (à l'exception des infirmières qui cherchent la taille au-dessus). D'ailleurs, il est tellement balèze qu'il ne se contente plus uniquement de rosser les truands, mais va carrément empiéter sur les plates-bandes de James Bond et de Rambo en sauvant le monde à lui tout seul. Aucune mission impossible ne l'effraie, qu'il s'agisse de casser du yakuza au katana pour renvoyer cette pourriture en petits morceaux sur un bateau japonais afin que cette merde serve d'engrais ("Samuraï Cop"), d'éradiquer une organisation terroriste aux intentions floues s'entraînant dans le désert du Nevada ("Opération Las Vegas"), d'aller massacrer une armée de narco-trafiquants dans la jungle colombienne ("The Hard Way, la voie du sang"), de partir délivrer les soldats américains portés disparus au Vietnam quand Chuck Norris est en vacances (comme le Texas Ranger Max Thayer dans "Commando Phantom"), de sauver San Francisco d'un savant fou armé d'un rayon laser ("Light Blast"), de mener la résistance armée contre une invasion de terroristes libyens projetant de saboter une centrale nucléaire en plein cœur d'une ville yankee ("Commando Terreur") ou de casser les bras de dealers jamaïcains vaudou menaçant la blanche Amérique de l'intérieur ("Désigné pour mourir"). Car bien souvent le super flic découvre au cours d'une banale enquête de routine qu'un complot menace la sécurité de toute la patrie. Et comme dans les années 80, le super flic de cinéma est souvent un ancien du Vietnam, aucune tactique de guérilla ne lui est inconnue.

Quelques figures marquantes de super flics reaganiens et leurs imitateurs nanars :




Cobra incarné par Sylvester Stallone...






...et ses photocopies hong-kongaise, indonésienne et philippine.

Quelques duos "arme-fatalesques".









Cherchez l'erreur : "Deux flics à Miami" et (ci-dessous) leurs ersatz.






"Shark's Paradise" et son accroche "Il n'y a pas qu'à Miami que les flics sont branchés"


Outre les multiples resucées et plagiats de grands succès du box-office tels que "Lethal Weapon" ou "Die Hard", les nanars mettant en scène les super flics 80's obéissent à l'inviolable loi du cliché. Les années 80 voient notamment l'application d'un décret cinématographique pour les super flics : l'obligation d'être accompagné d'un sidekick. Le faire-valoir de notre héros est souvent son coéquipier noir, lequel est un trouillard bavard, parfois queutard, et quasi-systématiquement amateur de blagues affligeantes, à la faible espérance de survie et qui n'est là que pour assurer : 1. le "quota ethnique", 2. le quota de personnage comique et 3. un motif de vengeance pour le héros (rayez les mentions inutiles, c'est-à-dire aucune). Il arrive aussi que ce soit le Blanc le farceur de service et son coéquipier noir, plus âgé, plus sage (et souvent en costard-cravate à l'inverse de son partenaire), aura alors pour fonction de tempérer le comportement impulsif et rebelle du flic vedette, et ainsi lui éviter de s'attirer les foudres de leur supérieur, excédé par ses facéties et son manque de discipline. Mais le partenaire du flic de choc peut également être une jeune recrue au langage coolos (ce qui en fait vite une tête-à-claques). Dans ce cas de figure, il s'agit souvent du fils de l'ancien coéquipier du héros (un flashback nous informe alors que celui-ci s'est fait descendre par le méchant sous les yeux du super flic) désireux de se montrer à la hauteur de son défunt père, que le héros accueille d'abord sèchement par un "tu ferais mieux de te trouver un travail peinard et de fonder une famille, p'tit, c'est ce que ton père aurait voulu !" avant d'accepter que la jeune génération prenne la relève. Le super flic peut également se voir attribuer une coéquipière qu'il bombardera de remarques machistes dans un premier temps avant de tomber amoureux d'elle. Mais il existe bien d'autres sidekicks pour les super flics solitaires : le témoin d'un crime qu'il faudra protéger, le petit malfrat latino qui aidera le héros grâce à sa connaissance des cartels de drogue mexicains, le hacker vivant reclus dans son sous-sol qui décodera les fichiers contenant la liste des agents de la mafia en pianotant dix secondes sur son clavier d'ordinateur et révélera au héros que le nom de son supérieur hiérarchique figure en tête de liste, etc. avec toujours pour but de mettre en valeur le héros. Mettant les pieds où il veut et c'est surtout dans des scénarii douteux, Chuck Norris renouvellera pour sa part le genre du buddy-movie en étant accompagné d'un clébard.


Un coéquipier ça sert aussi à se faire kidnapper par les méchants (comme ici le jeune déficient mental de "Fast Gun").


Mais attention : on trouve aussi des tandems de flics aussi badass l'un que l'autre, comme les deux héros de "Dans les griffes du Dragon d'or", dont le charisme inversement proportionnel à leur tour de taille ne les empêche pas de se faire engueuler par le commissaire Robert Z'Dar lorsqu'"ils déclenchent la Troisième Guerre mondiale chaque fois qu'ils sont ensemble" (sic).



"Last Action Hero", petit chef-d’œuvre de second degré dans lequel Schwarzy prouve plus que jamais son sens de l'auto-dérision, offre une brillante parodie, à peu près exhaustive, des polars d'action de style reaganien, notamment la scène du commissariat qui pastiche avec délectation tous les aspects nanars de ce type de films, avec son boss irascible qui hurle à en briser les vitres mais qui en fait aime tendrement ses hommes.


En France, le flic 80's s'avère tout aussi catastrophiquement nanar, mais d'une manière différente du super flic à l'Américaine. Déjà, les bons polars français de cette décennie peuvent se compter sur les doigts de la main d'un lépreux, le néo-polar branchouille et clipesque le disputant au polar ultra-burné à la "Ne réveillez pas les couilles d'un flic qui dort" en terme de lourdeur, de ringardise et de mauvais goût. Ensuite, dans la France Mitterrandiste, contrairement à l'Amérique reaganienne, on pense plutôt "à gauche", ou du moins on le prétend, donc un héros flic se veut ici moins réactionnaire qu'aux States et le film se doit en général de comporter un message intello-gauchisant. Enfin, en France, on se prend très trrrèèèès au sérieux, donc le héros flic n'est pas un rigolo, il est même souvent au bord du rouleau, mal aimé de ses collègues (qui eux sont des "fascistes" en puissance), hanté par la perte d'un être cher, en révolte contre ce système pourri, amateur de "hambourguères" et il se pose souvent des questions existentielles socio-politico-philosophiques sous le morne ciel grisâtre qui surplombe l'hexagone. Bref, on n'est pas là pour se marrer... enfin, en principe du moins (mais vous savez, c'est pas le résultat, mais l'intention qui compte).


Mais faut pas croire, c'est pas parce qu'en France on se livre régulièrement à des réflexions très profondes et très sérieuses qu'on n'a pas pour autant de l'action trépidante et des cascades à couper le squeele, comme nous le prouve Francis Huster, digne héritier de Belmondo dans "Le Faucon" ("Cours, Francis, cours !").


Dans les années 90, la mode du kickboxing donna lieux à plein de direct-to-video mélangeant combats d'arts martiaux et intrigues de polar. Il n'est désormais plus un secret pour personne qu'à Hong-Kong dans les années 80, les officiers de police était tous des ninjas et enfilaient leur cagoule aux couleurs criardes une fois leurs heures de service terminées. Dans la décennie suivante, les flics de choc du monde entier étaient quant à eux des artistes martiaux formés par les plus grands maîtres du temple Shaolin et réglaient leurs enquêtes les plus délicates à coups de high kick dans la tronche de génies du crime à mulette également experts ès tatane. Jean-Claude Van Damme, Don "The Dragon" Wilson et Billy Blanks ouvrirent la voie à une ribambelle de flics bourrins qui finissaient souvent leurs enquêtes le torse nu ruisselant de sueur et du sang des karatékas hors-la-loi, après avoir bien beuglé pour stimuler leur testostérone. Mais l'arrivée sur le ring de Cynthia Rothrock installa une touche de féminité bienvenue dans le monde très macho des super flics et notre tataneuse préférée montra à maintes reprises qu'une policière n'était pas obligatoirement une potiche ou une chaudasse de second plan, mais pouvait se révéler une investigatrice tout aussi redoutable que les mâles, dont elle connaissait le point faible et dont elle n'hésitait pas à fracasser les burnes à coups de talons aiguille dès lors que l'autre sexe enfreignait la loi et/ou se permettait la moindre remarque graveleuse à son encontre.


John Miller, ses pectoraux en béton, ses biceps d'acier, ses couilles de granit et son sidekick en gélatine (Gérald Klein) dans "Undefeatable".


La fliquette kung-futeuse Karen Sheperd en plein broyage de testicules dans "Blood Chase".


Aujourd'hui, à une époque où les profilers et la police scientifique à l'Américaine versent rarement dans le nanar et envahissent un peu trop les écrans de télé et de cinéma au détriment du flic "de terrain" plus "brut de décoffrage", et tandis que dans notre belle France, le polar de cinéma est rarement plus folichon que les téléfilms interchangeables usinés à la chaîne pour France 3 ou TF1, il faut partir en Orient pour encore voir du vrai bon gros super flic digne de ce nom. En Inde notamment, le super flic, intègre jusqu'au bout des ongles et dur-à-cuir jusqu'au bout des burnes, affronte la corruption généralisée, l'urbanisation galopante et le non-respect des traditions ancestrales avec une outrance qui nous rassure sur l'avenir du flic bourrin de cinéma quand on sait que toute cette démesure dans la "badasserie" fait partie des codes de la norme du tout-venant de l'industrie bollywoodienne. Je sais pas vous mais moi je me sens beaucoup plus rassuré par un flic de choc bodybuildé à lunettes noires, moustaches et moquette poitrinaire fumant le cigare en éclatant la tronche des malfrats que par un "cérébral" passant son temps à boire son café dans un gobelet en plastique et à faire des déductions mollassonnes autour d'une scène de crime...


Le passage du flic de choc au flic de bureau, fin d'une époque judicieusement illustrée dans "Very Bad Cops".


Soyons honnête, il existe encore heureusement dans le grand Hollywood quelques flics badass capables d'assurer un minimum de bourrinage nanardisant.


Un héros représentatif du cinéma d'action indien : l'invincible et incorruptible inspecteur Singham.


Le mauvais flic :



Abordons à présent les représentations négatives de la police dans le nanar. On distingue deux catégories : le flic ripoux et le flic incompétent. Parfois dans un polar ou un film d'action, un bon flic intègre se trouve opposé à des collègues corrompus qui le feront accuser des crimes qu'ils ont eux-mêmes commis après que notre héros ait refuser de prendre part à leur trafic. Notre super flic tentera alors de laver son honneur et partira en croisade contre les dérives des services de police en faisant le ménage parmi les fonctionnaires les plus douteux. Ou encore un simple citoyen dont la famille a été massacrée par la racaille et qui demande justice auprès des forces de l'ordre va découvrir que celles-ci touchent des pots de vin de la pègre et travaillent main dans la main avec les caïds du coin : il devra alors affronter seul, en plus des truands, les flics ripoux. Ou alors, notre justicier se heurtera juste à l'incompétence/l'inaction/le laxisme des représentants de la loi et devra alors faire justice lui-même (ce qui pousse bien souvent la police, jusque là passive lorsqu'il s'agit de bandes de loubards rackettant, terrorisant, pillant, violant et tuant les honnêtes citoyens, à mettre soudain toute son énergie à traquer et arrêter notre héros). Ce sont là les postulats classiques du film sécuritaire.


Michel Serrault et ses flics néo-nazis dans "Ne réveillez pas un flic qui dort".


Doug McClure, imbattable dans la catégorie "flic incapable" dans "Omega Syndrome".


Le policier inefficace, paresseux et je-m'en-foutiste est également un personnage récurrent du slasher. Les victimes ont beau s'amonceler de manière préoccupante et inexpliquée dans le comté et les rumeurs selon lesquelles une famille de cannibales/un maniaque masqué évadé d'un hôpital psy/un monstre mutant né de manipulations génétiques top-secrètes de l'armée sévirait dans la région ont beau commencer à courir suite au témoignage d'un survivant ayant échappé à une tuerie (mais que personne ne prend au sérieux), la police ne lèvera pas le petit doigt avant le dernier quart d'heure du film.


Dans la famille des "flics qui n'en branlent pas une", je voudrais les investigateurs hyper-motivés de "Carnage".



Mention spéciale à ce shérif qui fait du golf d'intérieur et à son adjoint qui s'excite à jouer sur un flipper alors qu'ils sont sensés mener l'enquête sur les dizaines de campeurs démembrés à un rythme d'abattoir par "Le tueur de la forêt".


Enfin, signalons qu'avec la vogue des productions Luc Besson et leur poujadisme putassier, nombreux sont les films à l'esthétique de clip MTV mettant en scène de gentils jeunes banlieusards opposés aux "keufs wesh wesh nique la police", mais que dans les nazeries démagogiques du genre "Banlieue 13", c'est en fait l’État ou plutôt "le système grave pourri" le vrai responsable de toutes les misères faites aux banlieusards, car au fond ces derniers et les policiers ne rêvent que de vivre en harmonie. Donc ici le mauvais flic s'avère être un bon flic afin de ne froisser personne. Dans le paysage du mauvais cinéma sympathique, le policier nanar, qu'il soit bon ou mauvais, possède ainsi des codes en perpétuelle évolution au fil des époques, des modes et des genres.
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