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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Indianajonesploitation (2-3) :

Suite de notre dossier sur la Indianajonesploitation (la première partie figure ICI).

LE CONTINENT ASIATIQUE



Autre continent, autres industries de cinéma bis : celles de Hong Kong, des Philippines, de l'Inde ou encore de la Thaïlande. Mais avant d'aborder l'Asie à proprement parler, il y a le cas de l'Océanie, avec notamment "Les Aventuriers" alias "Les Bourlingueurs" (Race for the Yankee Zephyr, 1981), de David Hemmings.



Dans cette co-production entre les Etats-Unis, l'Australie et la Nouvelle Zélande, un pilote d'hélicoptère amateur de chasse au trésor (Donald Pleasence) découvre dans un lac des montagnes néo-zélandaises la carcasse d'un avion de la Deuxième Guerre mondiale, avec à son bord 50 millions de dollars en or et en devises. Lorsque le secret de sa découverte est éventé, un gang de crapules (mené par George Peppard) le menace sa fille et lui, nécessitant l'intervention de Barney (Ken Wahl), lui aussi pilote d'hélico et aventurier vrai de vrai… Si le script est moins servile que la plupart des rip-offs, c'est que ce film n'en est pas tout à fait puisqu'il date de 1981. Dans ses thèmes et son traitement, il s'inscrit néanmoins dans la vague de films qui nous intéresse ici.



Une fois Indiana Jones établi comme phénomène, l'Australie produira son avatar bien à elle, avec des bouts d'"Aventuriers du bout du monde" dedans : "Dakota Harris and the Sky Pirates", tourné en 1986 par Colin Eggleston.



Nous sommes en Australie, en 1945. Piloté par le lieutenant Harris, un Dakota survole l'océan Pacifique avec à son bord des militaires et une mystérieuse caisse. Mais l'appareil, bientôt pris dans une tempête surnaturelle, est obligé de se poser en catastrophe avant de sombrer. Harris est jugé responsable de l'accident et condamné. Mais Mélanie Mitchel, la fille d'un des passagers de l'avion, lui révèle la vérité : la caisse contenait un morceau d'une pierre sacrée au pouvoir absolu, déposée par des extra-terrestres sur l'Ile de Pâques. Ensemble, ils décident de partir à sa recherche...



Les industries ciné d'Asie ne sont pas non plus restées insensibles au succès de Indiana Jones. A notre connaissance, ce furent les Chinois qui tirèrent les premiers avec le parodique "Teppanyaki" (1984), sympathique comédie hongkongaise écrite, réalisée et interprétée par Michael Hui, petit prince de l'humour cantonnais. Hui y incarne Johnny Huang, chef cuisto martyrisé par sa mégère d'épouse et le père de celle-ci, propriétaire du restaurant dans lequel il travaille. Vivant un amour platonique avec une pin-up de calendrier (la mignonne Sally Yeh), la dernière demi-heure du film lui offre l'occasion de secourir cette dernière, kidnappée par des bandits aux Philippines (parmi les figures locales, le nanardeur averti pourra reconnaître le filiforme Palito, alias James Bone). C'est là que, pour illustrer cette succession de morceaux de bravoure qui voient le malingre Johnny Huang accéder au rang de héros intrépide, Michael Hui choisit de pasticher ouvertement Indiana Jones.



Par quelque prétexte délicieusement léger, son personnage se retrouve en effet affublé du chapeau et du fouet de rigueur et la musique, histoire de bien enfoncer le clou, reprend alors sur un synthétiseur très pouet-pouet le fameux thème composé par John Williams. On est ici clairement dans la parodie décomplexée, la fameuse cascade des Aventuriers de l'arche perdue où Indiana Jones poursuit un camion à cheval, passe dessous, se raccroche avec son fouet etc. étant reprise ici telle quelle, mais caviardée de gags (pour l'anecdote, cette fameuse cascade était d'ailleurs elle-même un hommage à une cascade similaire mise en scène par John Ford dans "La Chevauchée fantastique"). Ce savoureux pastiche donnera la bonne idée à un éditeur espagnol de sortir ce film en VHS sous le titre "La primera cruzada de Indianna Johnny" (traduction : La première croisade d'Indianna Johnny). Gonflé !











De façon moins rigolarde, l'influence de Indiana Jones se fait sentir sur pas mal de productions hongkongaises des années 80, qui surfent volontiers sur la vague "aventures rétro" mais en l'accommodant à leur sauce. Dans un premier temps, les Chinois adaptent leur Indiana Jones local, Wisely, personnage d'aventurier né sous la plume du romancier Ni Kuang. Versant ouvertement dans le fantastique, les nombreuses aventures de Wisely sur papier (il en existe 145) l'ont notamment vu visiter le centre de la Terre, le paradis, l'enfer, le futur, des planètes peuplées d'extraterrestres, et rencontrer toutes sortes de créatures. On retiendra ici "La Légende de la Perle d'Or" (The Legend of Wisely, 1985), et "La 7ème Malédiction" (Dr. Yuen and Wisely" alias "The Seventh Curse", 1986).


Une fois n'est pas coutume, le visuel de cette jaquette est fidèle au contenu - hormis le fait que les traits du héros ont été occidentalisés !


Dans le premier, Wisely est un écrivain de science-fiction interprété par Sam Hui qui part à la recherche de la perle du dragon, sa quête le menant au pied des grandes pyramides d'Egypte (où il croisera notre ami Bruce Baron) et sur les contreforts de l'Himalaya, au Népal.





Dans le second, où Wisely est une sorte d'occultiste interprété par Chow Yun Fat, l'action se situe dans la jungle thaïlandaise et met en scène un sorcier maléfique et sa tribu, un monstre-foetus sanguinaire et un squelette qui fait du kung-fu et se transforme en une sorte d'alien ailé à l'occasion. Le résultat est une sorte d'Indiana Jones gore et brouillon mais étrangement jouissif, ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait qu'il a été réalisé par Ngai Kai Lam, qui allait signer plus tard ces perles non-sensiques que sont "Story of Ricky" et "The Cat".


"Quand Indiana Jones rencontre Evil Dead !" Pour une fois, l'accroche dit vrai...


Même s'il n'entretient guère de lien avec Indiana Jones, "The Cat" reprend d'ailleurs ce personnage de Wisely, aux prises avec un chat extraterrestre et une créature lovecraftienne venue de l'espace (une sorte de gros blob bouseux). Pour tâcher d'être complet sur cet Indiana Jones version chop suey, citons également le très moyen "Bury Me High" (1990) de Chi Li Tang & Siu Ming Tsui, production Golden Harvest mélangeant aventure, mysticisme, romance et arts martiaux où le personnage de Wisely est cette fois-ci au coeur d'une intrigue faisant la part belle à la géomancie tendance feng shui.



Autre film made in HK surfant sur la mode Indiana Jones de manière assez évidente pour être évoqué ici : "Magic Crystal" (1986) de Wong Jing, avec notamment Cynthia Rothrock et Richard Norton. Wong Jing, sorte de Dino De Laurentiis chinois (mais sachant scénariser et réaliser ce qu'il produit), fait ici d'une pierre deux coups en pompant à la fois Indiana Jones et E.T., les deux grands succès spielbergiens du début des années 80. Le scénario divague sévèrement avec cette histoire de cristaux découverts sur un site archéologique en Grèce, qui se révèlent en fait être une forme de vie extraterrestre, et sont convoités par Interpol, le KGB et un méchant sorcier nommé Karov joué par Richard Norton ! Tiraillé entre ses deux influences, "Magic Crystal oscille entre le film pour mioches et le kung-fu flick pur et dur, se révélant au final un chouette petit plaisir coupable.



On pourrait citer encore bien des films hongkongais influencés à des degrés divers par Indiana Jones, mais aussi par "Les Aventuriers du bout du monde". Les Chinois se découvrent un engouement soudain pour les aventures se déroulant dans les années 30, les aviateurs intrépides, les héro(ïne)s maniant le fouet et les explorations de temples ou de ruines riches en mystères. Pourtant, dans beaucoup de cas, ce sont juste quelques éléments, certaines scènes, personnages ou décors qu'on sent sous forte influence, mais rarement un film dans son ensemble. Dans une ghost comedy comme "Mortuary Blues" (1990) par exemple, Jeffrey Lau insère une scène de 15 minutes dans un édifice souterrain truffé de pièges directement inspiré par qui vous savez, mais le reste du film n'a rien à voir. Dans "Terracotta Warrior" (1990), de Ching Siu-Tung, l'histoire se déroule dans les années 30, on retrouve un personnage d'aviateur et une histoire de gardien immortel sommeillant dans le mausolée de l'empereur Qin. Dans "Magnificent Warriors" (1987), de David Chung, l'histoire se déroule là aussi dans les années 30, avec comme personnage principal Michelle Khan/Yeoh, pilote d'avion et aventurière maniant le fouet de façon redoutable, qui affronte les Japonais menés par le super kicker Hwang Jang Lee.


Encore une jaquette qui n'y va pas de main morte : "Elle se bat avec un fouet redoutable, auprès duquel celui d'Indiana Jones est un jouet d'enfant" !


L'influence d'Indiana Jones dans les productions HK, c'est en fait dans deux films de Jackie Chan qu'on la ressent le mieux. Le diptyque "Mister Dynamite" (Armour of God, 1987) et "Opération Condor" (Armour of God 2, 1991) voit en effet un Jackie aventurier casse-cou se lancer en quête des différentes parties d'une armure sacrée rendant invincible, s'emparer de l'idole de quelque peuplade guère civilisée, faire le coup de poing (et de pied) contre les moines d'une obscure secte ou partir à la recherche du trésor des Nazis en plein Sahara. Autrement dit, Jackie Chan reprend en deux films les grandes lignes et temps forts de la trilogie de Spielberg & Lucas.



Nantis de budgets relativement confortables pour des productions hongkongaises, ces films ont été tournés à la fois au Maroc, en Croatie, en France, aux Philippines, en Espagne, en Autriche et bien sûr à Hong Kong. Ils font figure de classiques pour les amateurs de cinéma asiatique, et peuvent être considérés à bien des égards comme les meilleurs rejetons d'Indiana Jones, Jackie Chan en ayant repris avec talent les ingrédients essentiels : de l'action survitaminée, des cascades impressionnantes et cet esprit fun communicatif propre aux divertissements grand public réussis.



Autre star de l'ex-colonie britannique : Jet Li, que l'on retrouve en tête d'affiche de "Dr. Wai in The Scripture with No Words" (1996), dans lequel l'acteur incarne un auteur de romans d'aventure qui, pour oublier ses problèmes quotidiens et la vacuité de son existence, s'identifie pleinement avec son flamboyant héros littéraire. Fuyant les affres d'une réalité pesante (mariage désastreux, panne d'inspiration), le romancier s'imagine donc vivre les tribulations de son personnage de fiction, un aventurier évoluant dans les années 30, partant à la recherche d'un texte sacré magique et affrontant divers obstacles (marsupial mutant, ninjas et sumos japonais, ainsi qu'une fourbe séductrice jouée par Rosamund Kwan, qui joue également l'épouse de l'écrivain). Chorégraphié et mis en scène par Ching Siu-Tung, ce film - dont le scénario rappelle celui du "Magnifique" avec Belmondo - aura malheureusement connu de nombreux déboires. En cours de production, plusieurs décors d'une valeur estimée à 10 millions de dollars HK furent détruits au cours d'un incendie, entraînant des coupes budgétaires et des modifications dans le script. Pour tenter de limiter la casse, une version alternative destinée au marché international fut montée tant bien que mal, en coupant certains passages jugés "trop chinois" pour l'exportation et en ajoutant des scènes additionnelles tournées par Tsui Hark. Au final, le public occidental se retrouve ainsi devant un film dont on devine qu'il aurait pu être un excellent divertissement, mais qui conserve de nombreuses lacunes scénaristiques, les scènes contemporaines dépeignant Jet Li en écrivain malheureux ayant été balayées au profit de celles nous montrant un Jet Li en aventurier casse-cou...



A Hong Kong, on trouve aussi la firme IFD et son matois big boss Joseph Lai, saint patron du "2-en-1" souvent évoqué sur les pages de ce site pour ses filouteries ninja. Adepte de l'escroquerie à pas cher, champion de l'arnaque bas de gamme, IFD a modestement contribué au phénomène de l'indianajonesploitation en distribuant de médiocres films de guerre thaïlandais sous des titres évocateurs, tels que "Raiders of the Doomed Kingdom" ou "Raiders of the Golden Triangle" (1985), tous les deux attribués à Sumat Saichur. Des titres qui démarquent celui de "Raiders of the Lost Ark" pour être plus vendeurs, bien que le contenu n'ait rien à voir. Selon certaines sources, ces films de guerre mettant en vedette le Thaïlandais Sorapong Chatree seraient des co-productions entre Hong Kong et la Thaïlande, l'IMDB créditant Godfrey Ho au scénario.





Ayant accueilli les tournages de plusieurs sous-Indiana Jones italiens ou chinois, les Philippines ont elles aussi fini par produire leurs propres avatars. Timidement d'abord, via des cross-over hallucinants comme "Seachers of the Voodoo Mountains" (1985) de Bobby A. Suarez ou "Les Nouveaux Conquérants" alias "Future Hunters" (1986) de Cirio H. Santiago. Deux films qui, à la façon des "Prédateurs du futur" de Ruggero Deodato, brassent joyeusement une foultitude d'éléments.


Une jaquette finlandaise de "Seachers of the Voodoo Mountains".


Dans le premier (également sorti sous les titres "Warriors of the Apocalypse" et "Time Raiders"), un aventurier mène les survivants d'un holocauste nucléaire à la recherche de la légendaire Montagne de la Vie. Ils croiseront sur leur route des pygmées immortels, une princesse sur laquelle le temps n'a pas prise, un méchant prêtre, des amazones vêtues de bikinis en fourrure etc. Dans le second (également sorti sous les titres plus indianajonesques "Deadly Quest" et "Spear of Destiny"), Cirio H. Santiago nous convie à la rencontre du post-apocalyptique, du film de kung-fu, de l'aventure exotique à la Indiana Jones, le tout avec des Nazis, des Amazones, et des références bibliques balancées dans l'enthousiasme le plus total !



Pour voir un vrai rip-off philippin d'Indie, il faut néanmoins attendre 1988 et la sortie du piteux "The Secret of King Mahis Island". Un film au budget de misère, entamé par Leonard Hayes et terminé dans des conditions catastrophiques par Jim Gaines, acteur récurrent des productions de l'archipel promu au poste de réalisateur / roue de secours. Dans l'interview exclusive qu'il a accordée à Nanarland, le tataneur Gary Daniels, interprète principal de ce naufrage, évoque le film en ces termes : "Le second film que j'ai fait là-bas s'appelait "The Secret of King Mahis Island", et devait être une sorte de film d'aventures et d'action à la Indiana Jones, mais ça s'est plutôt mal passé. Le réalisateur initialement en charge du projet a jeté l'éponge au bout d'une semaine et Jimmy a pris le relais, mais il y avait toutes sortes de problèmes et au final le résultat s'est avéré catastrophique. Il n'y a dès lors rien de surprenant à ce que le film n'ait pas bénéficié d'une large distribution, et ce n'est pas moi qui m'en plaindrai."



Dans un registre ouvertement déconneur, les Philippins - grands pourvoyeurs de parodies balourdes des succès hollywoodiens - ont également produit des titres aussi excentriques que "Crocodile Jones: The Son of Indiana Dundee" (1990), pastiche signé Efren Jarlego (futur réalisateur du redoutable "Tar-San"), avec Vic "Lastikman" Sotto dans le rôle d'Indiana Dundee.


Lui c'est Iskul Bukol, autre personnage indianajonesque du cinéma pinoy.


Histoire de rire, il nous faut encore signaler cette production thaïlandaise honteusement titrée "Indiana Joai: Elephant Cemetery" (2003) et réalisée par Sarawooth Rakpradith. Très librement inspirée de la vie de l'aventurier-photographe thaï Joai Bangchark, "Indiana Joai: Elephant Cemetery" nous conte donc l'histoire de Joai qui, alors qu'il poursuit des braconniers en pleine forêt, se voit remettre par un vieil homme mourant un collier magique sculpté dans une défense d'éléphant. Ce collier, qui permet à celui qui le porte de contrôler les pachydermes, va permettre à Joai de combattre efficacement les braconniers et sauver un village, aidé pour ce faire du fantôme d'un éléphanteau. Tout un programme...



Enfin, l'Inde non plus n'est pas restée sur la touche en livrant le cocasse "Anji" (2004) de Kodi Ramakrishna, avec Chiranjeevi, superstar du cinéma en langue telugu. L'histoire en deux mots : quelque part en Inde existe une source qui n'apparaît qu'une fois tous les 72 ans et laisse couler, si l'on accomplit les rituels appropriés, un nectar procurant immortalité et invincibilité à celui qui le boit. A l'approche de la date fatidique, un milliardaire âgé de 99 ans et qui avait échoué 72 ans plus tôt, fait enlever des enfants orphelins pour obliger le héros à récupérer le nectar pour lui. Cette production Tollywood est sortie en Allemagne sous le titre "Diler - Indian Jones" et en Espagne sous le titre "Indiano Jones y el agua de la eternidad" (Indiano Jones et l'eau de l'éternité).



Chiranjeevi n'est d'ailleurs pas novice en la matière puisque dès 1984, il incarnait une version curry-masala de Indiana Jones dans "Hero", de Vijaya Baapineedu. Un film dont l'intro est une photocopie plan par plan de celle des "Aventuriers de l'arche perdue", que nous vous proposons de voir ici en vidéo. On retrouve en fin de film un temple en carton-pâte et la scène de la fosse aux serpents, avec le coup du "si les serpents entrent et sortent, c'est qu'il y a une issue" qui permet au héros et sa copine de s'en sortir. On retrouve également la scène, toujours tirée des "Aventuriers de l'arche perdue", où le héros s'accroche à un camion avec son fouet avant d'en éjecter ses occupants. Pour le reste, ce "Hero" made in Tollywood brode comme il peut avec le mélange de romance, d'humour, de drame familial et de baston propres aux productions locales.


Chiranjeevi alias India(na) Jones.


Le coup du sac de sable pour laisser du lest équivalant au poids de l'idole.


Le coup de la grosse pierre qui roule.


LE REVIVAL DES ANNEES 2000



Si la indianajonesploitation bat son plein dans les années 80, elle marque logiquement le pas dans les années 90, durant lesquelles la franchise du tandem Lucas/Spielberg ne propose plus de nouveau film original à copier. Pourtant, le genre va connaître un renouveau avant même la sortie en 2008 de "Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal". Pour ça, il suffisait d'un film exploitant cette veine en y apportant un peu de fraîcheur, avec un budget conséquent pour assurer le spectacle et surtout - argument auxquels les producteurs sont le plus sensible - que ce film remporte un important succès auprès du public. Ce métrage providentiel, ce sera "La Momie" (The Mummy, 1999), de Stephen Sommers. Le scénario ne propose pourtant rien de bien novateur, en reprenant dans les grandes lignes le sujet du film original de 1932 : dans les années 20, sur le site archéologique de l'antique cité égyptienne de Hamunaptra, un Américain enrôlé dans la Légion Etrangère (Brendan Fraser) réveille accidentellement une momie.



Qu'attendre du remake d'un classique de la Universal ? Pas grand chose a priori. Et pourtant, si l'on n'est pas trop exigeant, la sauce prend : Brendan Fraser, ni trop sérieux ni pas assez, s'avère être un bon choix pour incarner l'aventurier Rick O'Connell, la réalisation est suffisamment enlevée pour donner du rythme à une histoire pourtant sans grandes surprises, et des effets spéciaux réussis permettent de dépoussiérer efficacement le mythe jusqu'alors associé à la figure de Boris Karloff. Ravis d'un retour sur investissement bien au-delà de leurs espérances, les pontes des studios Universal ne sont pas longs à réagir : ils mettent illico en chantier une suite , "Le retour de la momie" (The Mummy Returns, 2001), toujours de Stephen Sommers et avec Brendan Fraser, ainsi qu'un spin-off, "Le Roi scorpion" (The Scorpion King, 2002) de Chuck Russell et avec The Rock. Certes, on est loin ici de la indianajonesploitation pure et dure, mais la franchise du revenant à bandelettes va contribuer à remettre à la mode le film d'aventures, et donc les productions sous forte influence.



Productions sous forte influence, dis-je, comme "Les Aventuriers du trésor perdu" (High Adventure, 2001) réalisé par Mark Roper, tâcheron sud-africain par ailleurs auteur de chefs-d'oeuvres comme "Operation Delta Force 3" & "4" et surtout "Marines". Ici, il nous invite à suivre les péripéties de Chris Quartermain, petit-fils de l'explorateur Allan Quatermain (!) qui se lance, avec les inévitables compagnons de rigueur, à Istanbul et en Bactrianne (le film fut en fait tourné au Canada et en Bulgarie…) à la recherche du trésor d'Alexandre le Grand. Une quête évidemment structurée en plusieurs parties (la recherche de la carte, puis celle du trésor), évidemment piégée, et qu'ils ne sont évidemment pas les seuls à suivre. Bref, rien de nouveau sous le soleil !



En ce début de millénaire, une autre franchise sous influence voit le jour, celle de "Tomb Raider", adaptée de la série de jeux vidéo du même nom. Ici, la filiation ne laisse guère de doute. Créé en 1996, le personnage de l'aventurière Lara Croft est en effet une transposition directe en pixels - les généreux attributs mammaires en plus - de celui d'Indiana Jones. Son concepteur, Toby Gard, avait en effet "initialement envisagé un personnage principal masculin, avec un fouet et un chapeau. Le co-fondateur de Core Design, Jeremy Smith, a caractérisé ledit personnage comme un dérivé d'Indiana Jones, et a demandé plus d'originalité. Gard décida alors qu'un personnage féminin aurait plus d'impact selon son point de vue" [Source : Wikipédia].



Au-delà du personnage, c'est l'univers entier du jeu vidéo originel qui est sous influence. Logique donc que les adaptations au cinéma suivent le même chemin. Dans "Lara Croft : Tomb Raider" (2001), de Simon West, c'est Angelina Jolie qui incarne la plantureuse aventurière. Dans ce premier opus, Lara Croft hérite de son père - un grand archéologue - une mystérieuse horloge. Celle-ci pourrait être l'horloge recherchée par une organisation secrète, les Illuminati, et contiendrait un artefact qui aurait le fabuleux pouvoir de contrôler le temps et l'espace... Le résultat à l'écran est une succession de morceaux de bravoure résolument bigger than life, qui font de ce film un honnête plaisir coupable pour le spectateur pas trop regardant. Avec des recettes sur le seul marché américain de plus de 131 millions de dollars (pour un budget initial d'environ 80 millions), une suite est logiquement donnée à ces aventures.



On retrouve donc Angelina Jolie deux ans plus tard, cette fois sous la direction du sous-exploité Jan de Bont, dans "Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie" (Lara Croft Tomb Raider: The Cradle of Life, 2003). Suivant la logique de la surenchère, le script nous emmène aux abord du Kilimanjaro, point culminant du continent Africain, qui abrite le plus mystérieux et le plus terrifiant des fléaux : la Boîte de Pandore, dont les germes pourraient en quelques heures anéantir l'humanité. Alexandre le Grand, ayant compris que ce fléau ne devait en aucun cas tomber entre de mauvaises mains, la fit jadis installer dans une mare d'acide gardée par des créatures hybrides de singes géants. Lara Croft, qui a trouvé le plan pour retrouver "le berceau de la vie" dans le temple de Lune dédié à Alexandre, s'apprête alors à débuter une aventure où son ami Terry Sheridan et elles devront faire face au terrifiant Chen Lo et à son commando de Chinois. Ce scénario généreux dans l'excès se traduit à l'écran par une succession de péripéties survitaminées, faisant de ce deuxième titre un film bête comme ses pieds mais néanmoins divertissant. Le plébiscite ne sera cependant pas au rendez-vous (65,5 millions de dollars de recettes ciné aux Etats-Unis, pour un budget de 90 millions), privant les fans d'un hypothétique troisième volet.



Autre studio, autre franchise : celle du chercheur de trésors Benjamin Franklin Gates, lancée par les studios Walt Disney. Dans un premier film, "Benjamin Gates et le trésor des templiers" (National Treasure, 2004), signé Jon Turteltaub, cet empaffé de Nicolas Cage campe le descendant d'une lignée de chasseurs de trésors à la recherche de celui des Templiers, qui hante les pensées de sa famille depuis des générations. Mais il n'est évidemment pas le seul intéressé… A la fois archéologue et aventurier comme qui vous savez, Benjamin Franklin Gates devra résoudre de nombreuses énigmes, se balader en divers endroits du globe et éviter à la fois le FBI et un dangereux rival aventurier. Divertissement grand public sans âme ni originalité - si ce n'est une tentative de moderniser le genre en l'ancrant dans l'époque contemporaine -, ce premier film cartonne néanmoins (173 millions de dollars de recettes ciné sur la marché US, pour une mise initiale de 100 millions), entraînant inévitablement une première suite.


"L'aventure a un nouveau visage"… ambitieux comme slogan !


Ainsi déboule "Benjamin Gates et le livre des secrets" (National Treasure 2: the Book of Secrets, 2007), toujours de Jon Turteltaub, et toujours avec Nicolas Cage dans le rôle titre. Cette fois, le nouveau visage auto-proclamé de l'aventure s'emploie à prouver l'innocence de son arrière-arrière-grand-père, soupçonné d'avoir comploté contre Abraham Lincoln après la réapparition d'une page manquante du journal de John Wilkes Booth, l'assassin du président. D'indice en indice, Nicolas Cage traînera sa mine ahurie entre l'Europe (Paris, Londres) et les Etats-Unis, ce deuxième volet - qui lorgne plus volontiers sur "Da Vinci Code" que Indiana Jones - privilégiant l'histoire américaine, les secrets domestiques et les thèses conspirationnistes aux explorations en territoires exotiques. Les trépidantes aventures de Benjamin Gates connaîtront-elles une suite ? Avec 220 millions de recettes US pour un budget de 130 millions, la réponse est courue d'avance. Nicolas Cage parviendra t-il à nous faire oublier Harrison Ford ? Là par contre c'est une autre histoire…



Le recyclage étant un processus infini, signalons que le relatif succès de "Benjamin Gates et le trésor des templiers" (2004) semble avoir lui-même engendré une micro vague de titres comme "Le sang des Templiers" (Das Blut der Templer, 2004) de Florian Baxmeyer (un téléfilm allemand de 3 heures qui mélange Indiana Jones, Da Vinci Code et Highlander), "Le secret des Templiers" (Tempelriddernes skat, 2006) de Kasper Barfoed, "Le trésor perdu des templiers 2" (Tempelriddernes skat II, 2007) de Giacomo Campeotto et l'inédit "Tempelriddernes skat III: Mysteriet om slangekronen" (2008) du même réalisateur, une trilogie d'aventures familiales grand public venue du Danemark, "Le dernier des templiers" (Season of the Witch, 2011) de Dominic Sena, avec Nicolas Cage, ou encore "Le sang des templiers" (Ironclad, 2011) de Jonathan English.

On l'a déjà vu à plusieurs reprises, quand on manque vraiment d'idées, plutôt que d'inventer un nouvel aventurier, il reste toujours la possibilité de l'appeler Allan Quatermain, du nom de ce personnage créé par Sir Henry Rider Haggar, et tombé dans le domaine public. Né dans le comté du Norfolk le 22 juin 1856 et mort à Londres le 14 mai 1925, Sir Henry Rider Haggard est un écrivain anglais, auteur de romans d'aventures qui se situent dans des lieux considérés, en son temps, comme exotiques. En 1885, il publie Les Mines du roi Salomon, dont le héros se nomme Allan Quatermain."Allan Quatermain", c'est donc un nom un peu connu du public et qui coûte rien du tout. Pourquoi s'en priver ? C'est sans doute ce que se sont dit les instigateurs de "Allan Quatermain et la pierre des ancêtres" (King Solomon's Mines, 2004), téléfilm de 4 heures signé Steve Boyum, avec feu-Patrick Swayze dans le rôle d'Allan Quatermain. Choisissant d'adapter de façon fidèle le roman originel, ce divertissement pour le petit écran se déroule de façon archi-convenue mais néanmoins fonctionnelle pour qui souhaite se reposer le bulbe après une rude journée de boulot.



Autre production TV grand format (près de 3 heures), autre has been en détresse : après Patrick Swayze, c'est au tour de Casper Van Dien d'être coiffé du même feutre que Harrison Ford pour les besoins de "La Malédiction du pharaon" (The Curse of King Tut's Tomb, 2006), réalisé par un Russell Mulcahy qui a décidément son avenir derrière lui. On est ici dans le registre du nanar servile, à la croisée de "Indiana Jones" et de "La Momie" que Mulcahy tente d'émuler sans trop y croire.



L'intrigue, située peu après la Première Guerre mondiale, suit ici Danny Freemont (Casper Van Dien donc), archéologue et aventurier en compétition avec un mystérieux groupe (le "Hellfire Counsel" en VO) dans la recherche des différents fragments d'une émeraude mystique. Une fois réunis, ces morceaux donneront à celui qui les détient un pouvoir sans limites. Freemont s'emploie ainsi à dénicher ces précieux fragments, disséminés aux quatre coins du globe, mais se les fait chiper par la secte de méchants apprentis maîtres du monde. Le dernier fragment est caché dans le tombeau du pharaon Toutankhamon…


Casper Van Dien est Danny Freemont dans "La Malédiction du pharaon".


Vous en voulez encore ? Allez, on va dire que oui, comme ça je peux également vous parler d'une autre franchise télé, celle du bibliothécaire aventurier Flynn Carson (encore un nom qui claque) ! Produites par Dean Devlin (proche collaborateur de Roland Emmerich avec qui il produisit entre autres Stargate, Independence Day, The Patriot ou encore Godzilla), "Les Aventures de Flynn Carson" ("The Librarian" en VO) nous invitent à revivre la folle expérience de la indianajonesploitation à travers trois opus. Qui est Flynn Carson ? Un étudiant brillant qui obtient un poste de conservateur dans une bibliothèque publique, où on le charge de protéger quelques-uns des plus grands trésors de l'Histoire, gardés dans une section secrète de l'édifice. Parmi ces trésors, on compte par exemple le tapis volant d'Ali Baba, la poule aux oeufs d'or, la boîte de Pandore, ou bien la Joconde (celle du Louvre étant une réplique, si si). Un jour pourtant, une obscure confrérie parvient à y dérober un des trois morceaux de la "Sainte Lance de la destinée" (l'arme avec laquelle le soldat romain Longinus aurait percé le flanc du Christ crucifié). Ni une, ni deux, Flynn Carson se lance à leur poursuite, pour récupérer la relique et empêcher le groupuscule de mettre la main sur les deux parties manquantes. En effet, celui qui viendrait à détenir les trois parties contrôlerait la destinée du monde…



Réalisé par Peter Winther, autre collaborateur de Roland Emmerich, "Les Aventures de Flynn Carson : le mystère de la lance sacrée" (The Librarian: Quest for the Spear, 2004) nous emmène ainsi dans la forêt amazonienne (avec au programme chutes d'eau, chasseurs de têtes, pont qui s'écroule, pièges mayas etc.), puis dans l'Himalaya, dans la vallée mystique de Shangri-La chère à James Hilton. Accompagné par la blonde Nicole, une collègue bibliothécaire experte en arts martiaux, Flynn Carson mettra à profit ses connaissances encyclopédiques pour déjouer les pièges et résoudre les énigmes imaginés par des scénaristes sous forte influence.


Une jaquette DVD dont la police de caractères racole sans scrupules. Au passage, "Flynn Carsen" est bien le nom du héros en VO, qui a été adapté en "Flynn Carson" dans la version française.


A défaut d'être très original, ce téléfilm joue volontiers la carte de l'humour et de la connivence avec le spectateur, porté par un Noah Wyle très à l'aise dans le rôle du bibliothécaire aventurier. Diffusé sur TNT, la chaîne du magnat Ted Turner, The Librarian se voit donné une suite deux ans plus tard, "Les Aventures de Flynn Carson : le trésor du Roi Salomon" (The Librarian: Return to King Solomon's Mines, 2006). Après la Lance de la destinée, la quête suivante nous emmène ainsi à la recherche des mines du roi Salomon, un labyrinthe légendaire où le monarche cachait un fabuleux trésor, dont le bien le plus précieux était un antique manuscrit connu sous le nom de "Clé de Salomon". Un puissant artefact qui, selon la légende, recèlerait le moyen de contrôler les enfers et de fausser l'espace et le temps…



Dans la foulée suivra encore le foutraque "Les Aventures de Flynn Carson : Le secret de la coupe maudite" (The Librarian: The Curse of the Judas Chalice, 2008), dans lequel le bibliothécaire, hanté par d'étranges rêves, ira trimballer sa mine de p'tit futé en Nouvelle-Orléans où il découvrira l'existence d'une conspiration menée par le plus célèbre des vampires : le Prince Vlad Dracul en personne (!). Entre deux vannes, le héros s'emploiera cette fois-ci à protéger le calice de Judas - la relique du jour - et, accessoirement, à sauver une humanité qui comme d'habitude ne se doute de rien.



En 2008, tout s'accélère puisque les deux franchises qui mènent la danse - Indiana Jones et La Momie - sortent cette année-là un nouveau film chacune.



On voit ainsi débouler un "La momie - La tombe de l'empereur dragon" (The Mummy: Tomb of the Dragon Emperor, 2008) qui nous emmène cette fois en Chine en 1946, et dans lequel Brendan Fraser affronte en famille (avec madame et leur fiston) la momie de l'Empereur Han, de la dynastie des Qin, réveillée par le diamant appelé "L'Oeil de Shangri-La". La recette est immuable, avec des situations aux méchants airs de déjà vus (un tombeau multi-piégé à l'ancienne, le père blessé que le fils doit emmener à la fontaine de jouvence façon "Indiana Jones et la Dernière Croisade") et une galerie de personnages qui n'évolue guère (le père et le fils d'abord fâchés puis copains comme cochons, l'aviateur casse-cou porté sur la bouteille, l'inévitable traître, sans oublier l'éternel sidekick comique).



Même l'aspect "creature movie" de cet opus se révèle balourd, entre une bande de gentils yétis et un empereur zombie qui, sans réelle justification, se transforme tantôt en dragon, tantôt en une mocheté évoquant un recalé du casting de "Max et les maximonstres". Bref, du grand spectacle familial et routinier dans lequel s'égarent Jet Li, Michelle Yeoh et Anthony Wong, mis en boîte par un Rob Cohen (réalisateur des épisodes 1 et 3 de la franchise "xXx") qui déroule son cahier des charges sans grande surprise, et ponctué par une fin ouvrant tout grand la porte à un quatrième film, qui devrait se dérouler au Pérou. A moins que les scores médiocres (102 millions de dollars de recettes aux USA pour un budget de 145 millions) n'hypothèquent cet hypothétique "The Mummy 4: Rise of the Aztec".



La grosse sortie de 2008, c'est surtout celle de "Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal" (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull). Nous sommes en 1957, en pleine Guerre Froide. En compétition directe avec des agents soviétiques, Indie se lance au Pérou sur la piste du Crâne de Cristal de l'ancienne cité maya d'Akator, l'artefact archéologique ultime, tellement ultime que celui qui le possède et en déchiffre les énigmes s'assure du même coup le contrôle absolu de l'univers… (rien que ça !)


Harrison Ford, sorti de sa maison de retraite pour un grand film d'aventures gériatriques.


Le retour d'Indiana Jones était attendu. Trop sans doute. Spielberg et Lucas se sont contentés de reprendre la même vieille recette, grossièrement assaisonnée à la sauce X-Files : un temple antique et ses trésors piégés, quelques bestioles (serpent, scorpions, fourmis, auxquels on serait tenté d'ajouter un running-gag foireux à base de marmottes), et l'inévitable catalogue de personnages et situations odieusement stéréotypés (l'ami de toujours devenu traître, qui sera finalement victime de sa cupidité, les méchants Soviétiques hyper-caricaturaux etc.). Les jeunes fans qui ont grandi avec Indie dans les années 80 sont aujourd'hui des adultes. Pour se mettre dans la poche ce coeur de cible, on accole au héros une Madame Indiana Jones (une Karen Allen de près de 60 balais exhumée des "Aventuriers de l'arche perdue") et un Indiana Jones Jr (Shia LaBeouf, sans doute amené à prendre la relève pour les prochains opus). A l'instar du concurrent "La Momie 3", la grande aventure se vit donc en famille ! Eh oui, les temps changent...


Une allégorie made in South Park qui résume le sentiment de nombreux spectateurs : Indiana Jones violé par Steven Spielberg et George Lucas !


Avec son scénario bidon à base d'extraterrestres, ses rebondissements aussi "hénaurmes" que prévisibles et son Harrison Ford quasi-grabataire (66 prunes au compteur quand même), le film de Spielberg aura laissé un goût amer dans la bouche des fans de la première heure. On ne peut même pas se dire que c'est un mal pour un bien, puisque le film n'est pas non plus un nanar. Nous n'y verrons donc qu'un seul intérêt a posteriori : redonner un coup de fouet au phénomène de l'indianajonesploitation !


Budget : 185 millions $. Recettes ciné USA : 317 millions de $. Recettes totales à travers le monde : 783,7 millions $ (576 millions d'euros). De quoi motiver la mise en chantier d'un cinquième film…


Ce fut chose faite, notamment sous l'impulsion des petits futés de The Asylum, grands spécialistes du mockbuster qui reprirent l'idée qu'eurent Golan & Globus 25 ans plus tôt, et bien d'autres par la suite, en réadaptant le héros gratuit Allan Quatermain. "Allan Quatermain and the Temple of Skulls" (2008), de Mark Atkins, se regarde ainsi d'un oeil distrait, comme l'un des derniers rejetons d'une vague d'avatars disparates, produits aux quatre coins du monde, illustrant le concept de cinéma d'exploitation au sens le plus vénal mais aussi le plus réjouissant du terme.


"Indiana Jones", "Allan Quatermain", "Skulls", un fouet, un chapeau, une tribu de sauvages... c'est bon, tout y est !


En 2008 encore, outre un "Flynn Carson 3" évoqué plus haut, on recense également un petit nouveau dans la grande famille des aventuriers archéologues : Jack Hunter. Ce jeune clone de Indiana Jones (il vit à l'époque contemporaine mais porte un borsalino comme qui vous savez) est le héros propret d'une mini série de trois téléfilms de 90 minutes chacun, diffusés en France sur M6 les 28, 29 et 30 décembre 2009. Dans le premier, "Jack Hunter et le trésor perdu d'Ugarit" (Jack Hunter and the Lost Treasure of Ugarit, 2008), l'aventurier se lance à la recherche d'une précieuse tablette, exhumée de l'antique cité mésopotamienne d'Ugarit par un ami et collègue, assassiné suite à sa découverte.



Comme tout bon chasseur de trésor hyper-formaté, Jack Hunter se lance dans l'aventure tout public accompagné des stéréotypes habituels, à savoir la brune Nadia, collègue archéologue et faire-valoir de charme, et le navrant Tariq, sidekick comique pas drôle, tous ayant à faire face à la némésis de service, le vil Albert Littman qui travaille pour la mafia russe. Cet épisode est du même calibre que les deux suivants, "Jack Hunter et le tombeau d'Akhenaton" (Jack Hunter The Quest For Akhenatens Tomb) et "Jack Hunter et l'œil de l'astre" (Jack Hunter and the Star of Heaven). De purs produits ultra-standardisés, lisses et sans imagination, qui poursuivent sagement un unique objectif : faire un divertissement "à la Indiana Jones" pour remplir les grilles des programmes télé.



En 2008 toujours, la chaîne Sci-fi Channel produit "L'Enigme du Sphinx" (Riddles of the Sphinx, 2008) de George Mendeluk, un téléfilm qui racole à la fois du côté du dernier "Indiana Jones" et de "La Momie 3", tous les deux sortis la même année. Au cours de leurs explorations, une astronome et un spécialiste en cryptographie libèrent accidentellement un sphinx, créature mythologique à tête humaine et corps de lion. Pour survivre et enfermer à nouveau la créature dans sa tombe, ils n'ont qu'une seule solution : déchiffrer une série d'énigmes complexes et potentiellement mortelles… Inspiration en berne, interprétation fade, effets spéciaux fauchés, intrigue sans surprises : on tient là encore un produit de consommation courante, sans âme ni génie, à réserver aux seuls amateurs de navets estampillés Sci-Fi et d'aventures sans souffle.



En 2010, on prend les mêmes ingrédients et on recommence avec "Jack Wilder et la mystérieuse cité d'or" alias "El Dorado - La cité d'or", un feuilleton TV en deux épisodes ("El Dorado - Temple of the Sun" et "El Dorado - City of Gold", 2010) dans lequel Shane West interprète l'inévitable héros aventurier archéologue au nom qui claque comme un coup de fouet : Jack Wilder. La formule est encore et toujours la même : le meilleur ami du héros vient de mourir, son journal révèle qu'il menait des recherches sur un mystérieux calendrier sacré, caché au Pérou par les Incas, et donnant accès à une antique cité d'or. Ni une ni deux, le héros se lance dans l'aventure, accompagné par une donzelle et un sidekick cabotin pour les habituelles courses-poursuites, pièges, chausses-trappes et décors en carton-pâte déjà vus mille fois auparavant. La routine !



Il existe quantités d'autres titres que nous n'avons pas pu voir, mais qui mériteraient un coup d'oeil au vu de leur pitch, comme la comédie d'aventures "L'amour de l'or" (Fool's Gold, 2008), de Andy Tennant, ou "Treasure Raiders" (2007) que réalise Brent Huff (acteur principal de "Gwendoline", vu également dans "American Ninja") et qui semble vouloir nous rejouer Indiana Jones en Russie.

Le phénomène semble relancé jusqu'en Asie, avec par exemple un film comme le coréen "Once Upon a Time in Korea" (2008), de Yong-ki Jeong, dont le scénario réunit tous les élément d'un bon ersatz d'Indiana Jones. Nous sommes en 1944, et le pays du matin calme est sous le joug de l'occupant japonais. Lors de fouilles entreprises par les Nippons, un énorme diamant appelé "Lumière de l'Orient", autrefois rattaché à une statue bouddhique sise dans la grotte de Seokkuram, est extrait de la tombe d'un Empereur de la Corée antique. Il s'agit d'une très ancienne relique locale, qui symbolise l'indépendance éternelle de la nation coréenne. Dès lors, différentes factions vont s'échiner à récupérer le précieux artefact : un groupe de voleurs, la résistance coréenne et l'armée impériale japonaise.



Au-delà du patriotisme pompier de rigueur et d'une caractérisation des personnages toujours aussi plate (une belle en détresse plus potiche que jamais, des méchants Japonais archi-caricaturaux), "Once Upon a Time in Korea" constitue un divertissement léger, sans surprises mais néanmoins correct, avec une production design qui tient la route (comme souvent chez les Coréens, costumes, décors, éclairage etc. sont à la hauteur). A recommander aux fans de caper-movies historiques et de comédies d'aventures…



Autre signe de relance en Asie : "The Treasure Hunter" (Ci Ling, 2009), de Yen-ping Chu. Adapté d'une bande-dessinée chinoise, ce film taïwanais à gros budget met en vedette un duo composé de l'aventurier Ciao Fei (Jay Chou) et de l'archéologue Hua Dingbang (Daoming Chen), qui s'emploient à récupérer une carte très ancienne dérobée par un groupe criminel. Cette carte mène bien évidemment à un fabuleux trésor, enfoui dans les ruines de dynasties jadis prospères, situées quelques part dans le désert du Nord-Ouest de la Chine. Autant le mentionner tout de suite : "The Treasure Hunter" est un gros ratage. On est en fait en présence d'un cross over, qui mélange un nombre impressionnant d'éléments disparates extrêmement mal digérés.



Imaginez un mix entre le "Dr Waï" évoqué plus haut (une romancière va vivre des aventures dignes de ses romans), "Time Rider" (le héros pourchassé en moto dans le désert par des bandits à chevaux), "La Momie" (avec un combat contre une momie volante) et Indiana Jones bien sûr (le héros utilise même un fouet), le tout mâtiné de kung-fu, de fantastique (il est question de voyage dans le temps) et de romance sucrée. Un tel bric-à-brac aurait pu donner un résultat un peu fou : le film est malheureusement sans envergure, la faute à un scénario bâclé farci de scènes de remplissage, à des personnages archi-stéréotypés (le héros tourmenté, la belle en détresse, le mentor au passé trouble, sans oublier l'infâme sidekick comique de service) interprétés par une ribambelle d'acteurs dépourvus de tout charisme.



En Inde, où les producteurs sont toujours enclins à s'inspirer des grosses machines hollywoodiennes du moment, on mentionnera l'existence de "Aashayein" (2010), une comédie dramatique très éloignée de l'univers d'Indiana Jones, si ce n'est son affiche trompeuse et sous très forte influence !



Cette nouvelle vague de films n'a pas non plus épargné la France, où Luc Besson a pris le train en marche et réalisé en 2010 "Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec", librement adapté des bandes-dessinées signées Jacques Tardi. Si l'on se base sur le pitch, on est là encore en terrain connu, puisqu'on évolue dans un passé rétro (Paris en 1911), avec une héroïne, Adèle Blanc-Sec, qui est journaliste-romancière (comme la compagne de Brendan Fraser dans la trilogie de "La Momie", comme l'héroïne d'"A la poursuite du diamant vert" et sa suite, comme le "Dr Waï" ou l'héroïne du "Treasure Hunter" évoqué supra) et va vivre des aventures en pays étranger (l'Egypte et ses tombeaux millénaires) pour y retrouver la momie d'un médecin de l'Antiquité, la ramener à la vie et lui demander de sauver sa soeur chérie.



Après une première partie flirtant ouvertement avec la "momieploitation", on réalise bientôt que "Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec" est en fait lui aussi un bon gros cross over (ça semble être la mode de mélanger les genres). Doté d'un budget confortable sans être pharaonique (25 millions d'euros), Besson emballe une histoire qu'on pourrait très schématiquement décrire comme un mix entre "La Momie", "Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain" (pour certains traits de l'héroïne, l'intro narrée par une voix off qui force la connivence et l'espièglerie, la bande-son primesautière et le Paris d'époque conforme aux clichés touristiques - de quoi plaire au public étranger sans doute) avec un zeste de "Jurassik Park", ou plutôt d'"Une Nuit au musée" (pour le ptérodactyle qui éclôt de son oeuf fossilisé dans le Muséum National d'Histoire Naturelle).



Si les Indiana Jones et autres Momie intégraient une bonne dose d'humour à leur formule, "Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec" choisit carrément de ne pas se prendre au sérieux, désamorçant ainsi un ridicule souvent à l'affut. L'interprétation est plus que correcte, la réalisation assure l'essentiel, le rythme est allègre, bref Besson livre un divertissement honnête dans les limites restreintes du grand spectacle familial. Et on a beau ne pas être grand fan du mogul d'Europa Corp, on n'est pas non plus du genre à bouder notre plaisir, aussi coupable soit-il.



Que nous réserve l'avenir ? Des titres mineurs se profilent pour 2011, comme "The Lost Medallion: The Adventures of Billy Stone". On voit déjà pointer à l'horizon un "Benjamin Gates 3" (National Treasure 3, 2011), dans lequel Nicolas Cage se rendra depuis la mystérieuse Île de Pâques jusqu'à la mythique cité d'Atlantide, engloutie sous la mer, et où se trouverait une étrange source d'énergie. On sait également qu'un "Indiana Jones 5" est en projet pour 2012, et pourrait lui aussi évoquer l'Atlantide, à moins que ce ne soit le Triangle des Bermudes. Quant à "The Mummy 4: Rise of the Aztec", aux dernières nouvelles il était lui aussi prévu pour 2012. De quoi donner donner du grain à moudre aux opportunistes, grâce auxquels, gageons-le, la indianajonesploitation a encore de beaux jours devant elle.




Trois somptueuses affiches made in Ghana.



La jaquette d'un DVD pirate chinois, bel exemple de n'importe quoi : une blonde encapuchonnée qui sort d'on ne sait où, un Indiana Jones qui tient une épée que vous ne trouverez dans aucun film de la franchise et, en bas, un bout d'affiche du Seigneur des anneaux avec notamment l'oeil de Sauron.


Indiana Jones et l'anglais maudit : les aventuriers du résumé perdu !


Histoire d'au moins les citer dans ce dossier, on signalera enfin qu'il existe bien évidemment aussi des séries télé inspirées par le succès d'Indie. Outre la série "Les Aventures du jeune Indiana Jones", on peut évoquer par exemple le sympathique "Jake Cutter" (Tales of the Gold Monkey, 1982-1983) et surtout "Sydney Fox l'aventurière" (Relic Hunter, 1999–2002), sorte de fille illégitime d'Indiana Jones et Lara Croft.





Suite et fin de ce dossier à lire ICI, avec les parodies érotiques et pornographiques, et les jeux vidéo.
Le glossaire