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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Indianajonesploitation (1-3) :



INTRODUCTION (UN PEU SCOLAIRE, MAIS PAS TROP)



Au début des années 80, le duo George Lucas (producteur) et Steven Spielberg (réalisateur) accouche d'un film majeur dans le cinéma de divertissement : "Les Aventuriers de l'arche perdue" (Raiders of the Lost Ark, 1981). Mettant en scène un Harrison Ford plus fringuant que jamais dans le rôle d'un archéologue aventurier nommé Indiana Jones, le film dépoussière brillamment le genre suranné du cinéma d'aventures grand public et cartonne au box office, tant aux Etats-Unis qu'à l'étranger. Dans un premier temps (les années 80), deux suites viendront compléter la franchise de l'aventurier au fouet et au chapeau en feutre le plus populaire du cinéma : "Indiana Jones et le Temple maudit" (Indiana Jones and the Temple of Doom, 1984) puis "Indiana Jones et la Dernière Croisade" (Indiana Jones and the Last Crusade, 1989). Un mythe populaire est né. Une franchise lucrative aussi.


Une adaptation en jeu vidéo de la grande époque (Amiga Powa !).


Ceux qui ont connu ce jeu télé ne pourront jamais en oublier la musique...











La série télé "Les Aventures du jeune Indiana Jones" de 1992-1993, qui perdurera ensuite sous forme de téléfilms jusqu'en 1996.


Avant de parler des copieurs, précisons quand même que le personnage d'Indiana Jones n'est pas né du néant. Fleurant bon les essences musquées des romans pulp à quat' sous des années 30 ou 40, Indie est lui-même l'héritier d'une multitude d'aventuriers de serials et romans de gare, et semble notamment s'inspirer de films antérieurs comme "Hong Kong" (1951), "Secret of the Incas" (1954) ou le diptyque de Fritz Lang "Le Tigre du Bengale" / "Le Tombeau hindou" (1959). C'est un fait : le cinéma n'est qu'une vaste usine à recycler, et le film d'aventures n'a pas attendu Spielberg pour exister. Mais avec son mélange bien dosé de dynamisme et de mystère, d'humour et d'horreur, d'exotisme et de merveilleux, l'aventurier archéologue a su rappeler au monde entier que le film d'aventures était un genre éminemment cinématographique.



Comme c'est le cas chaque fois qu'un succès populaire voit le jour, Indiana Jones inspire immédiatement quelques majors hollywoodiennes rivales de la Paramount Pictures, tentées de surfer elles aussi sur un tel plébiscite, mais aussi et surtout toute une cohorte de tâcherons opportunistes, de producteurs sans scrupules et d'artisans fauchés du cinéma d'exploitation des quatre coins du globe. A la manière d'un cancre qui louche ostensiblement sur la copie du premier de la classe, tous s'engouffrèrent éhontément dans la brèche de la "indianajonesploitation", gratifiant un public alors en demande d'une cohorte d'aventuriers du dimanche nommés Indian Jones, Indiano Jones, Alabama Jones, Indiana Johnny, Tijuana Jones, Indiana Dundee ou encore Indiana Joai.




"Las aventuras de Tadeo Jones" (2012), un film d'animation espagnol signé Enrique Gato, et qui a été sagement rebaptisé en France "Tad l'explorateur: À la recherche de la Cité perdue".


MISE EN BOUCHE : VOUS Z'ETES DE LA JAQUETTE ?



Avant d'aborder le sujet continent par continent et s'enquiller une jolie fournée de rip-offs, commençons par se mettre en jambes en douceur avec une série d'affiches et de jaquettes indianajonesques. Des distributeurs et éditeurs vidéo pas hyper scrupuleux ont en effet modifié certains visuels de films pour leur donner un côté "à la Indiana Jones". On peut les ranger en plusieurs catégories. Il y a d'abord celles qui reprennent peu ou prou la fameuse police de caractères, avec sa ligne fuyante, son dégradé du jaune au rouge qui rappelle le feu, son ombrage, son dynamisme très comic book. Avant les exemples de copie, on vous remet quand même l'original, pour rappel :




Celui-ci, on vous en reparlera plus bas…


…celui-là aussi d'ailleurs !


Le logo de l'affiche française de Sheena Reine de la jungle, tarzannerie nunuche chroniquée sur ce site.




La jaquette hollandaise d'un film bien foutraque de 1985, mis en boîte par Jim Wynorski avec Raven De La Croix.


La version française du sympathique "Big Trouble in Little China" (1986), hommage décalé de John Carpenter au cinéma de Hong Kong.


Une jaquette espagnole de "Vibes" (alias "Vibes: The Secret of the Golden Pyramids", 1988), un film de Ken Kwapis dans lequel Peter "Columbo" Falk engage Cyndi Lauper et Jeff Goldblum, tous deux dotés de pouvoirs psychiques, pour retrouver son fils disparu dans quelque contrée exotique. Une fois sur place, le duo réalise que leur commanditaire les a en fait engagés pour retrouver un mystérieux temple, perdu dans les montagnes, et qui serait la source de toute l'énergie psychique du monde.


Et oui, Picsou aussi, avec son pilote Flagada Jones. Il n'est d'ailleurs pas le seul dans le domaine de l'animation, en témoigne une série comme celle de l'archéologue chasseur de trésors "Montana Jones".




Produit par des Italiens et exécuté par un studio japonais, cette série animée semble s’être bien vendue à travers le monde.


Disney envoie du lourd avec "Les Copains chasseurs de trésor" (Treasure-Buddies, 2012), douzième film d'une série initiée en 1997 avec "Air Bud"…!




Le parodique "Doom Raiders" (2002), des frangins Darren & Mark Scales, film vraisemblablement pénible mais néanmoins intriguant.


Les Aventuriers du parking perdu (Raiders of the Lost Car Park), un roman de l'Américain Robert Rankin paru en 1994.


Une autre affiche parodique, celle de la docu-comédie "Where in the World Is Osama Bin Laden?" (2008) de Morgan Spurlock.


Il y a ensuite les films qui jouent sur la proximité des titres. Un petit éclairage sémantique s'impose : le titre original anglais du premier Indiana Jones est "Raiders of the Lost Ark". Un grand nombre de jaquettes vont donc s'empresser de nous vendre du "Raiders of…", quand bien même il ne s'agit que d'un film de guerre ou un polar d'action lambda.


Un film de guerre thaïlandais, distribué sous ce titre par IFD.



"A priceless stone, an exotic land, danger at every turn…"


Avec le "Raiders of the Sacred Stone" ci-dessus, on tient l'exemple type. Il s'agit de la jaquette du DVD US du film "Le Défi mortel", réalisé en 1978 par Krishna Shah (futur réalisateur de Hard Rock Zombies !), une coproduction entre l'Inde (où le film est connu sous le titre "Shalimar") et les Etats-Unis (où il est sorti sous le titre "The Deadly Thief"), trompeusement retitrée et remaquillée par l'éditeur en films d'aventures exotiques, mettant exclusivement le casting américain en avant. Il s'agit pourtant d'un caper movie qui n'a rien à voir avec le cinéma d'aventures. Pour info, en Inde, le film est sorti sous ce visuel :


Tiens c'est marrant, tout de suite on ne s'attend plus au même contenu…


En Italie, "Les Aventuriers de l'arche perdue" fut traduit par "I predatori dell'arca perduta", ce qui explique le nombre de films du début des années 80 reprenant le terme "predatori" dans des titres comme "I predatori di Atlantide", "I predatori della vena d'oro", "I predatori dell'Idolo d'Oro" (la série télé indianajonesque "Jake Cutter"), "I predatori della pietra magica", mais aussi certains excès comme "I predatori dell'anno omega", titre vidéo qui cache en fait "Le Chevalier du Monde Perdu" !


Une affiche qui vend "Le Chevalier du Monde Perdu" pour ce qu'il n'est pas...


En France enfin, on aura logiquement droit à une avalanche de titres et de re-titrages tels que "Les Aventuriers de l'or perdu" (Invaders of the Lost Gold, 1981), "Les Aventuriers du monde perdu", "Les Aventuriers de l'univers perdu" (Prisoners of the Lost Universe, 1983), "Les Aventuriers sont tombés sur la tête" (Kwagga Strikes Back, 1990), "Les Aventuriers du Temps" (Voyager from the Unknown, 1982) , "Les Aventuriers de la 4ème dimension" (My Science Project, 1985) etc.


"Les aventuriers de l'or perdu" (alias Le Safari de la mort, Safari Cannibal, Safari Cannibale, Cannibal Safari, Horror Safari). Un film produit par Dick Randall, tourné auxPhilippines et très mollement mis en scène par le Néo-zélandais Alan Birkinshaw. L'histoire en deux mots : 1945, des Japonais cachent dans une grotte une précieuse cargaison d'or en se jurant d'y revenir plus tard. 1981, des aventuriers américains se rendent sur les lieux, après avoir volé la carte du trésor aux Japonais. La jalousie et l'avidité vont créer des conflits et engendrer la mort de plusieurs membres de l'expédition. Le film est soporifique, on n'y trouve aucun cannibale (malgré les titres alternatifs qui voudraient faire croire le contraire, succès de Cannibal Holocaust oblige), mais on y recense un bon casting de figures du Bis : Edmund Purdom, Stuart Whitman, Harold Sakata, Laura Gemser, Glynis Barber, Woody Strode et Mike Cohen (inoubliable Parrain dans Laser Force).



Et puis il y a enfin les jaquettes qui misent plus spécifiquement sur le visuel…



Ca, c'est le visuel d'une édition VHS de "Chasseurs d'hommes", une prod' Eurociné de 1980 tournée par Jesus Franco. "Un film destiné aux amateurs de grande aventure" nous prévient la jaquette…



Cette police de caractère, ce fouet, cette accroche… un sous-Indiana Jones ? Perdu, "Bill Mc Cormak le fédéré" est un honnête western-spaghetti de 1975 signé Joe D'Amato, et que l'éditeur Delta Vision essaie de nous refourguer de façon assez malhonnête.


"Le Mystère de la pyramide" (The Tomb, 1986), un petit film d'horreur fauché de Fred Olen Ray beaucoup plus radin en aventures que son visuel ne le laisse supposer…


Indiana Jones ? Non, Dakota Harris ! A quand Wyoming Victor ou Rhode Island Bobby ? On vous reparlera plus loin de cet avatar...


...et de celui-ci aussi, soyez sans craintes.


Une jolie illustration signée Martine Laurent, non pas pour un film mais pour un livre de la collection « Gérard de Villiers présente : L’aventurier » dont le titre laisse rêveur…


Une couverture de l’illustrateur Jean-Jacques Vincent pour un autre roman de gare, consacré au chasseur de démons John Sinclair - un héros gentiment ringard made in Germany qui n’a en réalité pas grand chose d’indianajonesque.



Cette magnifique jaquette allemande est celle du film "Les Diamants de l'Amazone", une réalisation du mexicain René Cardona Jr. sortie en 1985, soit un an après "Indiana Jones et le Temple maudit", que ce visuel semble vouloir à tout prix nous remettre en mémoire (la blonde accompagnant le héros, la machette, le pont suspendu…). Initialement sorti sous le titre "The Treasure of the Amazon" aux Etats-Unis, il fut d'ailleurs aussi exploité sous le titre "The Treasure of Doom" !

Côté jaquettes toujours, il y a pour finir celles qui citent Indiana Jones à tort et à travers, pour faire bonne figure et se faire mousser à peu de frais :










Jake Speed (1986), personnage de fiction entrant dans la réalité (ou est-ce l'inverse ?) d'un pays d'Afrique en proie à la guerre civile où des méchants pas beaux se livrent à la traite des blanches…


…le même film sous sa jaquette québécoise, qui choisit de racoler sec : "A mi-chemin entre Romancing the Stone et Raiders of the Lost Ark" !

LE CONTINENT AMERICAIN : 1980-2000



Le marché mondial de la contrefaçon étant vaste, commençons par aborder les ersatz les moins honteux, ceux produits dans un premier temps sur le continent américain.

Pour l'anecdote, on mentionnera d'abord "Les Aventuriers du bout du monde" (High Road to China, 1983) de Brian G. Hutton. Ce film met en vedette le moustachu Tom Selleck, qui à l'origine était fortement pressenti pour incarner Indiana Jones. La légende veut que Spielberg ait voulu Harrison Ford mais que George Lucas s'y opposait, Ford ayant déjà joué dans ses films précédents comme "American Graffiti" (1973) ou "Star Wars" (1977). Le second choix de Spielberg était Tom Selleck mais ce dernier, bien qu'intéressé, ne put s'engager dans la mesure où il était déjà sous contrat pour la série "Magnum". Bien que Spielberg n'ait pas vraiment eu de troisième choix, d'autres acteurs furent également pressentis comme Nick Nolte, Steve Martin (qui préféra faire "Tout l'or du ciel"), Bill Murray (qui était coincé sur le "Saturday Night Live"), Chevy Chase, Tim Matheson, Nick Mancuso, Peter Coyote ou encore Jack Nicholson. Au final, ce fut donc Harrison Ford qui fut choisi, comme Spielberg le souhaitait initialement. Selleck se consolera un peu en tournant un épisode de Magnum parodiant "Les Aventuriers de l'arche perdue" - avec chapeau, fouet et pièges dans tous les recoins - puis en incarnant l'aviateur Patrick O'Malley dans "Les Aventuriers du bout du monde".



L'histoire de ce film se déroule dans les années 20, où le pilote vétéran de la Première Guerre mondiale Patrick O'Malley est engagé par la fille pourrie gâtée d'un riche industriel disparu on ne sait trop où, et qu'il importe de retrouver avant qu'il ne soit déclaré officiellement mort et qu'elle ne perde le bénéfice de l'héritage au profit d'un associé de son père, le scélérat Bentik. Leurs pérégrinations aventureuses emmèneront le duo à travers une demi-douzaine de pays, depuis Londres jusqu'en Chine. Sans atteindre le dixième de la renommée des "Aventuriers de l'arche perdue", "Les Aventuriers du bout du monde" a connu un joli succès lors de son exploitation en salles. Il offre au final l'exemple d'un film ayant su éviter le piège du repompage mal déguisé et bêtement servile, mais qui doit néanmoins indiscutablement son existence à Indiana Jones, le projet n'ayant été lancé que pour satisfaire la demande du public pour ce genre de divertissements.




Une jaquette française dont le titre décalque honteusement celui des "Aventuriers du bout du monde" ! Il s'agit en fait de "Whiteforce" (1988), un petit actionner philippin signé par le vétéran Eddie Romero, avec en vedette musclée cette bonne tête de Sam J. Jones.


Toujours dans le haut du panier, on évoquera également la tentative de Twentieth Century Fox de lancer elle aussi une franchise reprenant grosso modo les mêmes ingrédients que la saga Indiana Jones : de l'action, de l'humour et de l'aventure en territoire exotique. "A la poursuite du diamant vert" (Romancing the Stone, 1984), de Robert Zemeckis, et sa suite plus médiocre signée Lewis Teague, "Le Diamant du Nil" (The Jewel of the Nile, 1985), constituent deux exemples flagrants de démarquage à gros budget.



Dans le premier, Joan Wilder, une romancière nunuche, reçoit par courrier une carte au trésor envoyée par son défunt beau-frère, et apprend en parallèle l'enlèvement de sa soeur en Colombie par des bandits réclamant la carte en échange. S'envolant pour l'Amérique du Sud, elle y croisera la route de l'aventurier Jack Colton. Les antagonismes du duo composé par Michael Douglas (un aventurier, un dur, un vrai) et Kathleen Turner (une citadine pur jus) évoquent évidemment le duo Harrison Ford / Kate Capshaw de "Indiana Jones et le Temple maudit", sorti la même année. A l'origine, la scénariste Diane Thomas, auteur du script de "A la poursuite du diamant vert" et décédée en 1985 dans un accident de voiture, avait d'ailleurs commencé par rédiger une suite aux "Aventuriers de l'arche perdue". Bénéficiant d'un budget conséquent, du talent de ses interprètes principaux (Michael Douglas et Kathleen Turner, donc, mais aussi Danny DeVito en méchant) et, surtout, celui de Robert Zemeckis au poste de réalisateur, "A la poursuite du diamant vert" parvient néanmoins à s'affranchir de sa principale influence et s'imposer comme un solide divertissement.



Qu'on ne soit pas dupe : si la forme varie un peu, les éléments de fond restent rigoureusement les mêmes. En se donnant les moyens de bien faire les choses, la 20th Century Fox évoque ainsi l'élève sans grand génie qui, lorsqu'il copie sur son voisin, s'avère tout de même suffisamment malin pour reformuler son devoir, de sorte qu'on ne puisse pas le soupçonner de plagiat. Là où ça commence à être drôle, c'est quand on quitte le premier rang pour se diriger lentement vers le fond de la classe.



En chemin, on croise les inénarrables Menahem Golan et Yoram Globus, véritables pieds nickelés du 7ème Art dont la firme, la Cannon, demeure emblématique du cinéma de genre tapageur et opportuniste des années 80. Bien décidés à prélever eux aussi leur part du gâteau, les deux cousins ont une idée lumineuse, de celles qui portent la marque du génie des vrais margoulins : adapter les tribulations d'un héros de romans exotiques assez vieux pour être tombé dans le domaine public. Après une demi-douzaine d'adaptations s'étalant entre 1919 et 1977, le personnage de Allan Quatermain, aventurier né sous la plume de Sir Henry Rider Haggard en 1885, revient donc au cinéma sous les traits d'un Richard Chamberlain tout auréolé du succès du feuilleton "Les Oiseaux se cachent pour mourir".



Viendra d'abord "Allan Quatermain et les mines du roi Salomon" (King Solomon's Mines, 1985) de John Lee Thompson, dans lequel Jesse Huston (Sharon Stone) convainc le chasseur de trésors Allan Quatermain de l'aider à retrouver son archéologue de père, disparu dans la jungle africaine au cours de sa dernière exploration. Détail qui ne trompe pas : le générique s'enorgueillit de la présence de John Rhys-Davies, qui incarnait le personnage de Sallah dans "Les Aventuriers de l'arche perdue". Dans la foulée suivra "Allan Quatermain et la cité de l'or perdu" (Allan Quatermain and the Lost City of Gold, 1986) de Gary Nelson, toujours avec Richard Chamberlain dans le rôle titre, Sharon Stone dans le rôle de l'inévitable potiche blonde faire-valoir mais aussi Henry Silva dans celui du méchant de service, nanti d'une impressionnante moumoute bouclée.



L'imagination des scénaristes étant toujours en berne, c'est cette fois-ci le frère du héros qui disparaît dans les profondeurs de la jungle africaine, alors qu'il recherchait la fameuse cité d'or perdue (et non "la cité de l'or perdu" comme le proclame bêtement le titre français, traduit par quelque idiot fâché avec l'anglais). S'efforçant d'appâter les fans d'Indiana Jones ("Allan Quatermain, un autre nom pour la Grande Aventure" nous promet la jaquette), ces deux films échouent lamentablement à s'élever ne serait-ce qu'à la cheville de leur modèle. Les aventures d'Allan Quatermain made in Cannon pâtissent en effet d'une réalisation sans rythme ni consistance et surtout d'un cruel manque d'imagination des scénaristes, qui se contentent de singer platement l'original, avec pour seule plus-value le ridicule même pas drôle.



Malgré la médiocrité du produit, il faut croire que l'affaire est rentable puisque Golan & Globus persévèrent dans la veine de l'indianajonesploitation avec un troisième film, "Le Temple d'Or" (Firewalker, 1986). On retrouve à la barre le vétéran John Lee-Thompson (réalisateur du premier Allan Quatermain un an plus tôt), l'acteur John Rhys-Davies (le Sallah des Aventuriers de l'arche perdue) mais surtout, en tête d'affiche, la vedette maison Chuck Norris. Ici, pas de terroristes arabes à dézinguer, ni de GI's à libérer des griffes des Viêt-congs : Chuck doit retrouver un trésor aztèque dans un temple perdu au milieu de l'Amérique du Sud.



Flanqué de Lou Gossett Jr. en guise de sidekick et de la jolie Melody Anderson ("Flash Gordon") dans le rôle peu valorisant de la greluche éternellement en détresse, Chuck donne tout ce qu'il peut dans le registre de l'aventurier macho, bagarreur et bon vivant. Si l'acteur qui aime mettre les pieds où il veut ne démérite pas, on ne peut malheureusement pas en dire autant de John Lee-Thompson, dont la mise en scène sans âme achève de rendre pénible un film qui, dès le départ, n'avait pas d'autre ambition qu'exister en tant qu'ersatz et grappiller encore quelques miettes dans le sillage d'Indiana Jones.



Autre avatar indianajonesque américain, mais encore un cran en dessous : le pas terrible "The Further Adventures of Tennessee Buck" (1988), de et avec David Keith dans le rôle principal. L'histoire est celle de Buck Malone, un aventurier soiffard vivant à Bornéo, qui se fait engager comme guide par un type fortuné souhaitant faire une sorte de safari dans la jungle en guise de lune de miel avec son accorte épouse. L'expédition les amènera à croiser la route de cannibales libidineux et verra le baroudeur Buck Malone tomber peu à peu amoureux de la jeune mariée (la bien nommée Kathy Shower, figure familière du magazine Playboy). Une comédie d'aventures routinières, qui sacrifie aux modes du moment sans chercher à les transcender. Buck Malone, c'est un peu le super aventurier bas de gamme qu'on ne se résoudrait à appeler que si Indiana Jones, Jack T. Colton, Allan Quatermain et les autres étaient tous indisponibles.


Indiana Jones, Dakota Harris, Tennessee Buck… sans blague, ils vont toutes nous les faire !


"Indiana Jones et le Temple maudit" nous emmenait en Inde ? C'est aussi le voyage auquel nous convie "Bloodstone : la légende de la pierre de feu" (1988), co-production entre Hollywood et Kollywood (l'industrie indienne en langue tamoul basée à Chennai Ko). Dans ce film un peu mou réalisé par Dwight H. Little, on suit les aventures d'un couple de jeunes mariés américains partis au pays de la vache sacrée pour leur lune de miel. Mais lorsque quelqu'un glisse dans leur sac à dos un rubis sacré ayant appartenu à d'antiques Maharajas, la mariée est enlevée par des méchants pas beaux que le héros devra affronter, avec l'aide d'un chauffeur de taxi indien joué par Rajnikanth, super-star du cinéma Tamoul (il est notamment la vedette du réjouissant "Endhiran" alias "Robot", méga production indienne de 2010). Parmi les (trop rares) morceaux de bravoure que compte le film, on retiendra notamment un combat sur un pont suspendu au-dessus d'une rivière entre le héros armé d'une machette et une horde de sbires locaux… Une scène sous très forte influence, il va sans dire.



Méritant également d'être recensé ici, le faiblard "Curse of the Crystal Eye" (1991). Point de départ du film : un aventurier, Luke Ward, sauve la fille d'un Arabe, qui lui remet en signe de gratitude "l'oeil de cristal" du titre. L'objet se révèle être une précieuse relique pouvant conduire au fabuleux trésor d'Ali Baba.



Sur ce, voilà notre héros et ses amis partis pour une quête aventureuse semée d'embûches scénaristiques : brigands du désert, rivaux dans la chasse au trésor, nature hostile et pièges divers assureront un généreux quota de clichés, à défaut d'assurer tout court.



Pour la forme, évoquons également "Indiana Jed & the Search for the Infinite Power" (1992) des jumeaux Marc & Michael Linn. Il s'agit en fait d'un film tourné en vidéo d'une heure environ, à mi-chemin entre le remake hommage et la franche parodie. Une oeuvre de jeunesse des frangins cinéastes, auto-financée à hauteur de 4000$ lors de leurs années lycée.



Même si ce "Indiana Jed" potache constitue le haut du panier en matière de home movies, signalons pour les curieux l'existence d'un site (www.theraider.net) qui recense ce genre de rip-offs premier degré et de grosses parodies tournées par des étudiants en école de ciné, d'apprentis réalisateurs et autres amateurs plus ou moins éclairés. Rien que pour certains titres, ça vaut le coup d'oeil...



Toujours sur le continent américain, mais plus au Sud, le Mexique abrite un autre clone de Indiana Jones. Réalisé en 1991 par Gilberto de Anda, "Las Aventuras de Tijuana Jones" voit un apprenti aventurier, son frère, leur meilleur ami et deux bimbos partir à la rechercher de la fontaine de jouvence dans les profondeurs insondables de la forêt mexicaine, suivis par les sbires d'un vieux millionnaire en quête de jeunesse éternelle. Il s'agit là d'un spectacle familial, étrangement soft pour une production mexicaine, avec humour inoffensif et aventures qui décoiffent autant qu'un tour de pâté de maison en trottinette.



Toujours du côté de Mexico, on recense également "Le Trésor de la Déesse Lune" (Treasure of the Moon Goddess, 1987), de José Luis García Agraz, avec la scream-queen Linnea Quigley. Celle-ci campe une chanteuse rock en tournée en Amérique du Sud, où elle se produit devant les membres d'une obscure tribu perdue dans la jungle, gardiens d'un trésor et qui la prennent pour leur Déesse lune. Lent et poussif, cet avatar américano-mexicain - bien que chroniqué en ces lieux - s'avère dangereusement proche du navet, et compte indiscutablement parmi les plus fauchés de la Indianajonesploitation !





LE CONTINENT EUROPEEN : ESPAGNE, FRANCE ET SURTOUT ITALIE !



On ne quitte pas le monde hispanique, le temps d'évoquer encore "A la poursuite du soleil d'or" (Yellow Hair and the Fortress of Gold, 1984). Co-production américano-espagnole tournée à Almeria dans la foulée de "Hundra" (même réalisateur, même équipe technique, casting similaire), "A la poursuite du soleil d'or" est un exemple parmi de nombreux autres de marketing trompeur : vendu à toutes forces comme un film "à la Indiana Jones", il s'agit en fait autant d'un western que d'un film d'aventures à proprement parler.


"…a female Indiana Jones !"


Avec un bel enthousiasme, Laurene Landon y joue une amazone platine, que sa tribu envoie récupérer une relique sacrée, mais à partir de ce pitch, les Espagnols s'appliquent surtout à recycler leur attirail à l'abandon depuis le déclin du western paella, faisant des économies en nous ressortant décors, accessoires et acteurs (Eduardo Fajardo !) estampillés "made in Almeria".




"A la poursuite du diamant vert", "A la poursuite du soleil d'or", "A la poursuite de Lori" (Hot Pursuit, 1987)... l'imagination des copieurs est proprement stupéfiante.


Du côté de l'Espagne encore, on déplore le stupéfiant "Les Amazones du Temple d'Or" (1986), co-produit avec… la France, sous la houlette de Marius Lesoeur et sa firme Eurociné. Il nous faut préciser qu'à côté des spectacles de qualité évoqués en début d'article, on se situe ici plusieurs dizaines de strates en contrebas. Il s'agit d'une vague tarzannerie indianajonesque d'une intense médiocrité, bidouillée comme Eurociné savait si mal le faire. Au départ, il y a un film déjà pas terrible, "Tundra y el templo del sol", que Jesus Franco tourne dans un parc naturel en Espagne. En se servant de ce métrage comme base, Lesoeur fait tourner au pornocrate Alain Payet des scènes additionnelles… au bois de Vincennes et dans la forêt de Fontainebleau ! Dès lors, considérer que le grand souffle épique de l'aventure est au rendez-vous serait sans doute exagéré.



Autre tentative française dans le genre : le "Gwendoline" de Just Jaeckin (alias "The perils of Gwendoline in the land of Yik-Yak" !) et son étonnant casting. Présenté abusivement sous l'étiquette « When Barbarella meets Indiana Jones », ce film de 1984 tient plus du fourre-tout raté que du film-somme à même d'en remontrer à Vadim et Spielberg. Nous vous invitons à lire la chronique que Zord a rédigée sur ce film, et qui rend bien compte de sa teneur n'importe-quoi-esque.



On reste sur le continent européen et on poursuit notre tour d'horizon de la indianajonesploitation avec l'Italie, dont les années 80 marquèrent la dégénérescence irrémissible d'une industrie ciné populaire jusqu'alors foisonnante. Plus que jamais prompts à sacrifier aux modes, les Italiens se montrèrent particulièrement actifs quand il se fût agi de braconner sur les terres du héros de Spielberg. Le premier sur la brèche fut Antonio Margheriti, qui signa sous son pseudo anglicisé Anthony M. Dawson "Les aventuriers du cobra d'or" (Hunters of the Golden Cobra / I cacciatori del cobra d'or, 1982).


Vivez le risque à l'état pur avec David Warbeck, un acteur néo-zélandais que les Italiens aimaient bien parce qu'ils voyaient en lui un croisement entre Roger Moore et Jack Nicholson...


Deux aventuriers (David Warbeck et John Steiner) partent à la recherche du cobra d'or, idole d'indigènes primitifs d'une île des Philippines (des figurants locaux démotivés barbouillés au cirage) qui serait dotée selon la légende de pouvoirs surnaturels. Ils s'enfoncent dans la jungle en compagnie d'un Professeur (Alan Collins, alias Luciano Pigozzi) et d'une jeune femme à la recherche de sa soeur jumelle disparue quelques années plus tôt (mmmh… pourrait-il s'agir de cette prêtresse blonde aux yeux bleus à laquelle obéissent les indigènes ?). Production italienne tournée aux Philippines en co-production avec la firme locale Regal Films, "Les Aventuriers du cobra d'or" s'efforce en vain d'émuler l'esprit d'Indiana Jones. Exotisme bon marché, péripéties dans des décors en carton-pâte véritable, cascades qui décoiffent autant qu'un tour de manège : Margheriti fait ce qu'il peut avec ce qu'il a - c'est-à-dire pas grand chose - mais livre tout de même de quoi divertir les amateurs de films d'aventures sympathiquement fauchées.



Dès l'année suivante, Antonio Margheriti enchaîne avec "Le Temple du dieu soleil" (The Ark of the Sun God / I sopravvissuti della città morta, 1983), qu'il tourne non plus aux Philippines mais en Turquie. Cette fois encore, il emmène avec lui David Warbeck, John Steiner, Luciano Pigozzi et embauche sur place Aytekin Akkaya (le compagnon de Cüneyt Arkin dans "Turkish Star Wars", vu également dans "Yor le chasseur du futur" que Margheriti va justement tourner en Turquie dans la foulée).



Dans la série "on prend les mêmes et on recommence", le héros est ici un cambrioleur américain (David Warbeck) qui est embauché par un riche Lord anglais (John Steiner) pour partir à Istanbul retrouver un sceptre sacré. Il le trouvera dans le légendaire temple du Dieu Gilgamesh, ancien lieu de culte perdu dans le désert et convoité par une secte secrète. Dans la tradition du roman populaire et du serial, Margheriti exhibe le bestiaire habituel : rats, serpents, mygale, squelettes, tombeau piégé mais aussi stock-shots d'hélico, explosions de maquettes, volcan en balsa et sbires moustachus (les mêmes qu'on reverra plus tard dans " White Fire"). Un sous-Indiana Jones de pacotille, guère renversant mais agréable pour qui goûte les B movies italiens de cette période.



[Petite parenthèse puisqu'on parle de la Turquie : pour celles et ceux qui seraient déçus de ne pas trouver d'avatar turc d'Indiana Jones évoqué ici (il en existe peut-être, mais point en l'état actuel de nos connaissances), on rappellera quand même l'utilisation tous azimut du célébrissime thème musical composé par John Williams dans "Dünyayi kurtaran adam" alias "Turkish Star Wars" (1982), le morceau piraté revenant une bonne douzaine de fois dans le film pour illustrer un peu tout et n'importe quoi. Fin de cette parenthèse !]

Passons rapidement sur le réjouissant "Les Prédateurs du futur" (The Raiders of Atlantis / I predatori di Atlantide, 1983), de Ruggero Deodato qui, à la façon d'un film comme "Les Nouveaux Conquérants" aux Philippines, mélange allègrement aventures à la Indiana Jones, post-apocalyptique à la Mad Max 2 et science-fiction de bazar. Co-produit avec la firme philippine Regal Films, tourné dans l'archipel (on y croise Mike Monty et Bruce Baron), on tient donc là, bien plus qu'un simple sous-Indiana Jones, un véritable pot-pourri de cinéma de genre décomplexé.


Christopher Connelly face aux Atlantes.


Plus explicitement sous mono-influence, abordons le cas du "Trésor des 4 couronnes" (Treasure of the Four Crowns, 1983), ambitieuse co-production entre les Etats-Unis (le film est financé par la Cannon - encore eux !), l'Espagne (où le film fut tourné) et l'Italie (d'où vient la majorité de l'équipe technique, dont le réalisateur Ferdinando Baldi).


Pour l'anecdote, le film serait carrément sorti aux Philippines sous le titre "Crown in the Temple of Doom" !


Au-delà de son pitch aux airs de déjà vu (les aventures d'un aventurier chargé de récupérer de précieux artefacts magiques aux mains d'un méchant culte), au-delà de ses limites de film de genre aux effets spéciaux surannés, "Le Trésor des 4 couronnes" s'impose comme l'un des sous-Indiana Jones les plus réjouissants à la faveur de deux éléments ringards majeurs. Le premier, c'est l'utilisation de la 3D, le film nous promettant fièrement "L'aventure suprême dans sa dimension totale". A l'écran, cela se traduit par une avalanche de plans grotesques s'efforçant maladroitement de mettre en valeur le procédé (corde ou jet d'eau en contre-plongée, boule de feu ou main tendant un objet vers l'écran etc.). Le deuxième atout de ce sympathique nanar, c'est la présence de Tony Anthony dans le rôle de l'aventurier intrépide. De son vrai nom Tony Roger Petitto, cet acteur italo-américain - par ailleurs producteur du film - reste surtout connu pour ses rôles de pistolero impavide dans quelques-uns des westerns spaghetti les plus barrés qui soient (inoubliable "Get Mean" !). Pas agile pour deux sous, engoncé dans une parka rouge qui lui donne des airs de bonhomme Michelin roulé dans de la terre battue, Tony Anthony ressemble plus à Droopy qu'à Harrison Ford et contribue pour beaucoup au plaisir coupable que procure la vision de ce film.



Dans une veine à peine moins servile, Antonio Margheriti nous a également livré "Les Aventuriers de l'enfer" alias "Captain Yankee & the Jungle Raiders" (La leggenda del rubino malese, 1985).





On retrouve au casting Lee Van Cleef, Christopher Connelly, l'inévitable Luciano Pigozzi et Mike Monty pour des aventures qui se déroulent en Malaisie en 1938, les scénaristes n'étant apparemment pas au courant que ce pays n'existait pas encore en tant qu'Etat à l'époque. L'histoire se concentre cette fois sur la quête d'un mythique rubis, pour lequel s'affrontent le gentil Captain Yankee (Connelly) et le méchant Warren (Van Cleef).



Autre réalisateur, autre avatar : cette même année, Duccio Tessari adapte une bande-dessinée culte de Bonelli et signe "Tex et le seigneur des abysses" (Tex and the Lord of the Deep / Tex e il signore degli abissi, 1985), dont la splendide affiche annonce d'emblée la couleur.



Il s'agit pourtant là encore d'un cross over, puisque le film mélange aventures empreintes de magie avec le western pur et dur. On retrouve d'ailleurs une figure populaire du western spaghetti dans le rôle titre, Giuliano Gemma incarnant le ranger Tex Willer avec son dynamisme habituel (associé à William Berger qui incarne lui Kit Carson, autre héros de BD !). Il échoue malheureusement à rendre palpitant un film fauché, qui peine à adapter l'univers du fumetti originel.



On passe à l'année 1986, où Ruggero Deodato signe "Lone Runner" (Lone Runner - lo scrigno dei mille diamanti, 1986), une merveilleuse histoire d'aventures palpitantes et de chasse aux diamants dans le désert avec dans le rôle du héros - réjouissons-nous - le pusillanime Miles O'Keefe ! Vêtu d'un trench coat de bad ass, l'acteur nanar par excellence sauve de la blonde en détresse en dégommant de l'assaillant arabe à coups d'arbalète explosive. Que demande le peuple ? Un peu plus d'originalité ? Le peuple est décidément exigeant…



D'originalité, il n'y en a guère non plus dans "Mark of the Scorpion" alias "Better Kiss a Cobra" (Meglio baciare un cobra, 1986), signé du peu prolifique Massimo Pirri. Dans cet avatar mou et ultra-fauché, Andy J. Forest joue (plutôt mal) Phil Stone, américain chasseur de trésors parti dans le désert du Sahara à la recherche de la tombe secrète de Cléopâtre. En chemin, il tombe sur de méchants légionnaires français qui l'obligent à récupérer le trésor pour eux… Comme un air de déjà-vu, et surtout de déjà-vu en mieux : le scénario est souvent confus, la réalisation plate au possible, et on a bien du mal à se raccrocher à autre chose que la présence de quelques figures bisseuses (le Suisse Paul Muller en légionnaire sadique, Danilo Mattei, ou encore Milly D'Abbraccio - alias Emilia Cuciniello - qui se lancera peu après dans le porno).




Une jaquette qui met en avant le nom de Milly D'Abbraccio, surtout connue en Italie pour ses rôles dans l'industrie du X.


En 1986 toujours, le méconnu Mino Guerrini signe lui "Les Aventuriers du Kilimanjaro" (Le miniere del Kilimangiaro, 1986), avec des figures appréciées en ces lieux comme Christopher Connelly, Al Cliver ou le regretté Gordon Mitchell. Un rip-off au pitch réjouissant : à la fin des années 30, suite au meurtre de son professeur de fac dans des circonstances mystérieuses, un étudiant se rend dans la région du Mont Kilimanjaro, en Afrique, à la recherche d'une mine de diamants que les Nazis exploiteraient secrètement pour alimenter leur effort de guerre. En plus des Allemands, il devra affronter les Anglais, les Hollandais, des gangsters chinois et les féroces tribus locales !





Les années passent, le cinéma de genre italien est en pleine déconfiture et les scripts de plus en plus serviles. C'est cette fois au tour de Gianfranco Parolini - sous son pseudo attitré de Frank Kramer - de partir aux Philippines nous raconter peu ou prou la même histoire : quelque part en Amérique du Sud, un aventurier intrépide, son fidèle sidekick et la jolie fille de service découvrent un fabuleux trésor dans un temple inca enfoui dans les profondeurs d'un volcan.



"Le Secret du temple inca" (Secret of the Incas' Empire / Alla ricerca dell'impero sepolto, 1987) met en scène un héros incarné par Conrad Nichols (alias Luigi Mezzanotte alias Bruno Minniti), fidèle du réalisateur Tonino Ricci qui l'aura compromis dans un paquet de nanars (les post-nukes "Rage" et "Rush", le sous-Conan "Thor le guerrier", le sous-Rambo "Afghanistan Connection" etc.) dans les habituelles péripéties archi-stéréotypées (rivières infestées de crocodiles, volées de flèches empoisonnées, redoutable tribu de chasseurs de têtes etc.).


Notez cette accroche puissament évocatrice : "It's no longer a secret. The race is on for the most valuable treasure since the Ark was Raided and The Stone Romanced."


Puisqu'on évoque Tonino Ricci, signalons que lui aussi a apporté sa pierre à l'édifice de la indianajonesploitation ritale : sous son pseudo rituel de Anthony Richmond, il balance une nouvelle caillasse dans le tas avec "Raiders of the Magic Ivory" alias "Predators of the Magic Stone" (I predatori della pietra magica, 1988), demeuré inédit en France, avec au générique James Mitchum et Christopher Ahrens (héros du pseudo Terminator 2 de Bruno Mattei, qui fut retitré "Shocking Dark - Spectres à Venise" face aux menaces de procès).



Alors qu'en cette fin de décennie ses compatriotes s'orientent plus volontiers vers le cross over, Ricci choisit de livrer une copie carbone sans la moindre imagination : un duo d'aventuriers dans une contrée d'Asie reculée, un temple perdu au milieu d'une jungle épaisse, renfermant un trésor gardé par un culte mystérieux, une jolie fille à sauver de leurs griffes… tous les poncifs y sont ! Incapable de transcender un budget qu'on devine misérable, Ricci emballe le tout avec, hélas, la cruelle absence de rythme qui caractérise bon nombre de ses films. Là où d'autres réalisateurs savent faire de pauvreté vertu, ce tâcheron étire son métrage qu'il filme sans génie, de façon plate, s'entêtant à ne pas mettre en valeur les beaux décors naturels qui s'offraient pourtant à lui. Dommage, car ce sous-Indiana Jones avec des ninjas et un James Mitchum en grande forme avait le potentiel pour au moins devenir un beau nanar.



Beaucoup plus réjouissant est le "Top Line" (1988), réalisé par Nello Rossati. Ce film barré met en vedette Franco Nero dans le rôle de Ted Angelo, aventurier porté sur la bouteille qui découvre un ovni dans la jungle colombienne et se retrouve bientôt pourchassé par la CIA, le KGB, la mafia, les Nazis et les extraterrestres ! La présence d'un trésor - l'or que les conquistadors ont volé aux Aztèques - oriente une partie de cette folle intrigue vers le film de Spielberg, tandis que la présence de cyborgs a amené le distributeur anglais à renommer le film "Alien Terminator" !




Le même film, vendu dans cette édition VHS anglaise comme un sous-Terminator. En matière de synthèse, le résumé au dos de la jaquette s'en tire avec les honneurs : "An action-packed adventure in the tradition of 'The Terminator', with the added ingredients of Aztec treasures, buried spaceships, CIA, KGB and alien invaders!".


Autre cross over bien gratiné : "Mission Suicide : Strike Commando 2" (Trappola diabolica, 1989) tourné aux Philippines par Bruno Mattei, une fausse suite à son "Strike Commando" qui démarquait lui très ostensiblement Rambo 2. La trame, basique, ne surprend plus : un héros dur à cuire (il a fait le Viêt-Nam) part à la recherche de son ami et ancien supérieur porté disparu dans un pays exotique (les Philippines). Il va en chemin se colleter avec des méchants divers, rencontrer une belle blonde qui va partager son aventure, et affronter diverses chausse-trapes et trahisons, avant de faire place nette à grands coups de bazooka. Un autre exemple de cross over, joliment résumé par cette formule de Nikita dans sa chronique du film : "Rambo à la poursuite des aventuriers de l'arme fatale" ! Car non content de reproduire à l'identique certaines scènes des "Aventuriers de l’arche perdue", "Mission Suicide : Strike Commando 2" puise pêle-mêle ses influences du côté de "Full Metal Jacket", "Apocalypse Now", "A la poursuite du diamant vert", "Rambo 2" ou encore "L'Arme fatale". Sacré Nono !



Comme tous les cadors du bis italien semblent avoir tenu à apporter leur modeste contribution au genre, on trouve également un "After the Condor / Code Condor" (Sulle tracce del condor, 1990) signé Sergio Martino, sous son pseudo de Martin Dolman. Il s’agit ici d’une chasse au trésor dans les montagnes d'Amérique du Sud (le film est une co-production italo-argentine), le condor du titre étant un petit avion à bord duquel Xao Ling, ancien gouverneur de Pékin, avait fui à l'époque de la révolution maoïste en emportant avec lui les bijoux du trésor impérial. Ce sont le photo-reporter Mark Lester ((Daniel "Atomic Cyborg" Greene) et son sidekick à lunettes Steve Roberts (Brent Huff) qui s’y collent, avec Charles Napier qui vient montrer sa tête deux minutes au début et à la fin pour payer ses factures. Sans être nullissime, on est face à un pseudo-avatar sans grand intérêt : quelques coups de poing et une voiture qui explose (DE L’ACTION !), quelques plans nichons (DE L’EROTISME !), des autochtones qui parlent espagnol et un vieux chaman qui parle chaman (DE L’EXOTISME !)… pour ce qui est de l’aventure, on ira s’époustoufler ailleurs.



On boucle ce tour d'Italie avec le tardif "À la recherche du scorpion d'or" (Hunt for the Golden Scorpion / Caccia allo scorpione d'oro, 1991) de Umberto Lenzi. Ici, comme le titre l'indique, le trésor convoité par tous est un scorpion d'or, une relique inestimable sise dans les moites profondeurs de la forêt amazonienne et gardée par… un pauvre petit serpent de rien du tout.



Le héros (campé par un Andy J. Forest toujours aussi mauvais) affrontera le redoutable reptile après s'être enroulé la main avec du latex prélevé sur les hévéas environnants. Du grand spectacle ! Comme tous les rip-offs tardifs, on est là en présence d'un cross-over qui flirte aussi avec l'action mitraillette au poing à la Rambo 2 ou 3, avec un personnage emprisonné dans un camp militaire sud-américain à délivrer. Un film qu'Umberto Lenzi ne porte sans doute guère dans son coeur de vieux ronchon aigri, le réalisateur étant, on le sait, extrêmement frustré par une fin de carrière opérée dans les tréfonds du bis.



Suite de ce dossier à lire ICI, avec notamment le continent asiatique et le revival de la Indianajonesploitation des années 2000.
Le glossaire