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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Indonésie :

République de l'Asie du Sud-Est composée d'un archipel de plus de 17000 îles (dont environ 6000 habitées). 235 millions d'habitants. Capitale : Jakarta.



L'INDUSTRIE CINE



Comme à peu près tous les peuples de la planète, les Indonésiens ont toujours été très friands de cinéma, aussi bien ceux des villes que des campagnes. Après une période classique qui nous est parfaitement inconnue, il semble que l'après-Deuxième Guerre mondiale ait été caractérisé par une forte incursion des films étrangers sur le marché de l'archipel, reléguant au second plan les productions locales. Cette situation amena le gouvernement à prendre des mesures visant à stimuler la production nationale : pour ce faire, il oblige les distributeurs qui importent des films étrangers à produire un certain nombre de films locaux. Dans un documentaire réalisé par l'éditeur Mondo Macabro, le producteur Raam Punjabi (Parkit Films) explique par exemple qu'en 1977 est paru un décret du gouvernement stipulant qu'il fallait produire un film indonésien pour obtenir la licence d'exploitation de cinq films étrangers. Cette année-là fut d'ailleurs marquée par un boom important de la production indonésienne, avec quelques 200 films produits. Ainsi, la politique du gouvernement marqua l'avènement d'un nouvel âge d'or pour le cinéma indonésien au cours des années 1970, et le tournage au cours des années suivantes de centaines de représentants du cinéma de genre le plus cinglé, le plus outrageusement bis, bref celui qui nous intéresse ici.



LES STUDIOS



Il n'est pas anecdotique de préciser que de nombreux studios et compagnies de films indonésiens ont été fondés par des membres de la communauté Sindhi de Jakarta, population indo-pakistanaise originaire de la province du Sindh (actuel Pakistan). La présence dans l'archipel des premiers immigrés sindhis remonte à 1870, lorsque les colons anglais encouragèrent entrepreneurs et commerçants du sous-continent indien à s'établir un peu partout dans les colonies occidentales du Pacifique. A titre d'exemple, on peut citer le cas des frères Samtani (Rapi Films), celui des frères Punjabi (Parkit Films), Haresh Nathani (Nusantara Films), Jiwat K.K. (Bola Dunia Films) ou encore Raam & Sunil Soraya (Soraya Intercine Films). Cette réalité a son importance, dans la mesure où ce sont grâce à leurs relations à l'étranger (diaspora), leur bonne connaissance de l'anglais et leur sens aigu du business que certains de ces producteurs vont parvenir à exporter des productions purement indonésiennes dans le monde entier. Il existe un nombre extravagant de compagnies de production indonésiennes - toujours en activité ou non - mais le nombre de celles qui nous intéressent se limite à trois, Rapi Films, Parkit Films et Soraya Intercine Films, dans la mesure où ces trois studios ont produit la quasi-totalité des métrages indonésiens qui sont parvenus jusqu'à nous.





RAPI FILMS







Rapi Films fut créée en 1968 par les frères Gope T., Sam et Sunil alias Sunny Samtani (Gope est le directeur général, Sam l'homme de l'ombre et le jeune Sunil responsable du département acquisitions de la firme).



La firme débute dans la distribution, achetant les droits de diffusion en salles d'oeuvres d'Europe et des Etats-Unis. C'est en 1971 que Rapi Films créé une division pour la production d'oeuvres audiovisuelles - elle a produits 95 films à ce jour (à ce titre, ne pas se fier à l'IMDB selon laquelle le nom de Rapi Films apparaît pour la première fois au générique de "Penanggalan", film de 1967 adaptant une légende horrifique locale avec la jeune et future vedette Suzzanna).



C'est vers la fin des années 1970 que la firme semble en fait décoller puis atteindre son rythme de croisière, poussée par les mesures gouvernementales, avec des films exportés dans le monde entier comme "Les Primitifs" alias "L'île de l'enfer cannibale" (1978), une resucée indonésienne farcie de stock-shots du "Dernier monde cannibale" de Ruggero Deodato, et mettant en vedette le métis Barry Prima.






"La Reine de la magie noire" alias "Exorcisme noir" alias "The Queen of Black Magic" (Ratu ilmu hitam, 1979), de Liliek Sudjio, avec la super-star féminine Suzzanna.


Profitant du boom de l'industrie alimenté par la demande du public, Rapi Films nous régalera dans un premier temps de productions fortement inspirées du folklore local, des films parfaitement réjouissants mêlant sorcières et monstres grimaçants, kung-fu pataud, magie colorée, et effets gore craspecs. Dans ce registre, on citera notamment la quadrilogie "Jaka Sembung" ("Le Guerrier" ; "Le Guerrier des ténèbres" ; "Le Défi du guerrier" alias "Le Défi du ninja" et l'inédit "Jaka Sembung and the Ocean Goddess"), "The Snake Queen" ou la série de films ayant pour héros le personnage de Mandala (le merveilleux "Le Justicier contre la reine des crocodiles", "Mandala from the Snake River", "Mandala, the Tar Tar Conqueror"…), tous avec Barry Prima, devenu de fait une super-star du cinéma indonésien, et mis en boîte par des réalisateurs comme Sisworo Gautama Putra (parfois transformé en "Sam Gardner" à l'export) ou Ratno Timoer.


"Ghost with Hole" (Sundelbolong, 1982), film horrifico-fantastique de Sisworo Gautama Putra, avec Suzzanna et Barry Prima.


"Srigala" (1981), de Sisworo Gautama Putra, un décalque de "Vendredi 13".



"Satan's Slave" (Pengabdi Setan, 1982), film d'horreur gothique de Sisworo Gautama Putra, fortement influencé par "L'Exorciste" et "Evil Dead".


"Le Justicier contre la reine des crocodiles" (Golok setan, 1984), une des oeuvres les plus réjouissantes produites par Rapi Films.


Par la suite, Rapi Films va, à l'instar de toutes les industries de cinéma bis à travers le monde, s'employer à surfer plus ou moins habilement sur les modes, généralement inspirées par quelques grands succès américains. Mais contrairement à son homologue philippine Kinavesa / Silver Star, qui ciblait expressément le marché occidental, Rapi Films s'efforcera toujours de jouer sur les deux tableaux à la fois, le marché local et l'international. Verront ainsi le jour quelques films de Women In Prison ("Les Révoltées de l'enfer" alias "Escape From Hell Hole" alias "Kawin Kontrak", "War Victims of Kamp Tawanan Wanita", "Virgins from Hell" alias "Maidens' Revenge")...







...de poussives aventures dans la jungle avec John Phillip Law, Christopher Mitchum et Barry Prima, très vaguement inspirées par "A la poursuite du diamant vert" et "Indiana Jones", en co-production avec l'Allemagne ("La Forêt explosive" alias "La Mission explosive")...



...ainsi que quelques films de guerre ultra-patriotiques, narrant tantôt la résistance indonésienne contre l'occupant japonais pendant la Deuxième Guerre mondiale ("La Bataille de l'Enfer" alias "Blazing Battle"), tantôt la guerre de décolonisation contre les Hollandais ("Vaincre ou mourir" alias "Putain d'enfer" alias "Hell Raiders", "Tiger Commandos", "Freedom Force", "Commando du diable" alias "Daredevil Commandos").









Au milieu d'un fatras de polars urbains assez mous (le contemporain "The Terrorists", le rape-and-revenge "I want to get even" alias "Violent Killer" alias "Cobra Gang"...), on recense, au cours de la seconde moitié des années 1980, de plus en plus de films mettant en vedette des acteurs occidentaux, pour faciliter leur exportation, tels "Final Score" (avec Chris Mitchum et Mike Abbott), "Empire on Fire" (avec Mike Abbott) et "Lethal Hunter" alias "American Hunter" (avec Chris Mitchum, Bill "Superfoot" Wallace et Mike Abbott).



Sous l'influence des films américains de la Cannon, la vague des ninjas n'aura pas non plus épargné l'Indonésie puisque, outre le troisième volet de la trilogie "Jaka Sembung" intitulé "Le Défi du guerrier" alias "Le Défi du ninja" (The Warrior and the Ninja / Jaka Sembung & Bergola Ijo), on verra surgir des guerriers encagoulés dans des productions comme "Bloody Vengeance" (Darah perjaka, 1985, produit par Dara Mega Film mais distribué par Rapi), "Satria Bambu Kuning" alias "The Knight of Yellow Bamboo" de M. Sharieffudin A., "Melacak Dendam" alias "Tracking Vengeance" de Atok Suharto, qui repompe intégralement "Ninja 3 the domination", et surtout le gratiné "Les 3 furies du ninja" alias "L'Affrontement des ninjas" (Revenge of the Ninja / Gadis berwajah seribu, 1988) qui, bien que dépourvu de ninja, s'inspire lui aussi un peu de "Ninja 3 the domination".





Au début des années 1990, la mode du kickboxing ayant supplanté celles des ninjas, Rapi Films va, à l'instar de IFD à Hong Kong, produire quelques métrages de tatane mettant en vedette des figures occidentales connues des acheteurs. Verront ainsi le jour "Angel of Fury" (1991), avec Cynthia Rothrock et Peter "The Intruder" O'Brian (sur un scénario de Chris Mitchum !) ; "Lady Dragon" alias "Lady Kickboxer" (1992) de David Worth (le réal du "Chevalier du Monde Perdu" et de "Shark Attack 3" !) avec Cynthia Rothrock, l'Australien Richard Norton et carrément Robert Ginty ; "Lady Dragon 2" (1993), de David Worth et avec Cynthia Rothrock, Billy Drago et Sam J. Jones ; "Blood Warriors" (1993), de Sam Firstenberg (réal maison de la Cannon) avec le champion de karaté David Bradley et Frank Zagarino ; "Without Mercy" alias "Outraged Fugitive" (1995) avec Frank Zagarino.



Cependant, l'industrie ciné indonésienne connaît un fort ralentissement depuis la toute fin des années 1980, comme ce fut le cas en Italie, en Turquie ou aux Philippines, poussant les studios à se recentrer sur la distribution en salles et la production de programmes pour la télévision. Le gouvernement ne soutient plus la production locale, qui ne fait pas le poids face aux mammouths hollywoodiens. Après avoir mis en stand-by ses activités de production ciné pendant une dizaine d'années (entre 1995 et 2005), Rapi Films continue aujourd'hui de produire des films et des séries pour la télévision, et distribue également des films étrangers sur le territoire indonésien et un peu à l'international, au cinéma et en vidéo, essentiellement des blockbusters d'action, des films d'horreur et des comédies.




En parlant de comédies, voici le populaire Ateng, héros chez Rapi Films de plusieurs aventures qu'on devine d'une irrésistible drôlerie.


PARKIT FILMS






La société Parkit Films existe depuis la fin des années 1970, tout du moins en tant que boîte de production, le premier film arborant le logo de la firme étant "Special Silencers" (1979), du réalisateur Arizal et avec le quasi débutant Barry Prima. Elle est dirigée par les frères Dhamoo, Raam et Gobind Punjabi.



Comme Rapi Films, de nombreuses productions de la société Parkit Films se sont exportées en Europe et en Amérique du Nord, parmi lesquelles on citera "Les 5 anges de la mort" et sa suite "Les Anges de la mort reviennent", inspirés par la série des "Drôles de Dames", mais aussi "The Stabilizer", le sous-rambo "The Intruder", "Ferocious Female Freedom Fighters 1 & 2" (le second sorti en France sous le titre "Poings d'acier contre main de fer", et dont on peut écouter la musique sur notre radio-blog) ou encore le réjouissant "Jungle Virgin Force".




Une affiche originale de "Jungle Virgin Force" (1983) de Danu Umbara.


Il semblerait que Parkit Films ait des liens, même éloignés, avec la firme américaine Troma. Cette dernière distribue quelques films Parkit comme "The Stabilizer" ou "Ferocious Female Freedom Fighters 1 & 2", dont elle a dû acheter les droits d'exploitation pour qu'ils figurent dans son catalogue. Mais Troma a également ressorti le premier "Ferocious Female Freedom Fighters" dans une version entièrement redoublée par Charles Kaufman, frère de Lloyd, de manière à en faire une sorte de comédie potache subtile et drôle comme un pet dans l'eau (un peu comme "La Dialectique peut-elle casser des briques", "Lilly la Tigresse" de Woody Allen ou "Les Filles du Golden Saloon" de chez Eurociné).





On mentionnera également l'intriguant "Jakarta" alias "Triangle Invasion" (Peluru dan Wanita, 1988), co-réalisé par Charles Kaufman et tourné en Indonésie. S'agit-il là encore d'une version redoublée, voire d'un "2-en-1" ? A priori non puisque le site du groupe Parkit Films le présente comme un film original de Kaufman. En tout cas l'IMDB présente ce film comme une co-production internationale entre Parkit Films, Troma Entertainment et la firme italienne Medusa Produzione ("2019 Après la chute de New York", "Cannibal Ferox", "Blastfighter, l'Exécuteur", "La Championne du collège" etc.), preuve que la firme indonésienne avait du réseau.






Parkit Films semble ne plus avoir produit de films pour le cinéma à partir de 1993. Avec le déclin de l'industrie indonésienne amorcé vers la fin des années 1980, la société a dû varier ses activités pour survivre, choisissant comme sa concurrente Rapi Films de se renforcer dans le domaine de la distribution et surtout de s'orienter vers la production pour la télévision.

- Distribution : Parkit Films achète des films dans le monde entier, principalement d'Hollywood, Bollywood et d'autres pays d'Asie. Elle les distribue en Indonésie, mais aussi en Inde, en Malaisie, à Brunei, à Singapour, aux Philippines, en Thaïlande et au Vietnam.

- Télévision : en 1990, Parkit Films créé une filiale baptisée Tripar Multivision Plus (mais simplement connue sous le nom Multivision Plus), pionnière dans le domaine de la production télé en Indonésie. Cette société s'est peu à peu développée au point de devenir le véritable cœur d'activité du groupe. Elle produit aujourd'hui de nombreuses heures de programmes, des sitcoms et des soap operas essentiellement, diffusés à la télé indonésienne mais aussi pour certains au Japon, à Taiwan, à Singapour, en Malaisie, à Brunei, au Pakistan, en Iran, dans le Moyen-Orient et même aux Etats-Unis. Parkit Films/Multivision Plus possède également ses propres studios télé et sa propre chaîne sur le câble, Film Indonesia channel, alimentée par un catalogue riche de quelques 900 titres (dont 700 films indiens).



En 2004 est née MVP Pictures, filiale de Multivision Plus, destinée à produire des films pour le cinéma. Quelques 25 films sont déjà sortis de ses studios. En businessmen avisés, les frères Punjabi sont ainsi revenus à leur activité première, après avoir su se diversifier avec succès quand la conjoncture le leur imposait.

SORAYA INTERCINE FILMS







La plus jeune des trois firmes, fondée en 1982 par Ramesh & Sunil Pridhnani, alias Raam & Sunil Soraya. Sur les quelques 70 films de cinéma produits par cette compagnie, on recense des titres aussi réjouissants que "Nasty Hunter" alias "Lady Terminator" (1988) ou le révéré "La Revanche de Samson" (1987). C'est à Soraya Intercine Films que l'on doit aussi les deux derniers volets de la trilogie dite de la "femme serpent", du réalisateur Sisworo Gautama Putra et avec Suzzanna dans le rôle-titre. Le premier volet, "The Snake Queen" (Nyi blorong, 1982), avait été produit par Rapi Films, Soraya y ajoutant l'inédit "Perkawinan nyi blorong" (1983) et "The Hungry Snake Woman" (Petualangan cinta nyi blorong, 1986).





La firme eut aussi la bonne idée de faire tourner le réalisateur H. Tjut Djalil, spécialisé dans le genre horrifico-fantastique et déjà auteur de films croquignolets comme "Mystics in Bali" (Leak, 1981) chez Pusat Perusahaan Film ou "Satan's bed" alias "Cauchemar" (1983), une resucée des "Griffes de la nuit", le premier Freddy. Chez Soraya, on retiendra notamment de Djalil "White Crocodile Queen" (Ratu buaya putih, 1988) et le rigolo "Dangerous Seductress" (1992).





Comme ses concurrentes, Soraya Intercine Films a cessé un temps la production d'œuvres pour le cinéma (entre 1994 et 2001), se concentrant sur la distribution de films en salles, la vente des droits d'exploitation de films nationaux et internationaux et la production de soap operas pour les chaînes de télé indonésiennes (250 heures de programmes par an en 2007). Depuis les années 2000, la firme reprend progressivement ses activités de production ciné, choisissant de se cantonner dans le registre très sage des comédies romantiques pour teenagers.


"Eiffel... I'm in love" (2003), un des plus gros succès au box-office indonésien de ces dernières années.


Bien entendu, l'industrie ciné indonésienne ne se limite pas aux productions Rapi, Parkit et Soraya Films - on pourrait citer quantité d'autres titres aussi obscurs qu'intéressants - mais ces trois firmes sont indiscutablement celles qui nous sont les plus familières, tout simplement parce que leurs films furent nombreux à s'exporter sur les marchés d'Europe et d'Amérique du nord.



UN RELATIF RENOUVEAU DE LA PRODUCTION



Après des années de disette, le cinéma indonésien connaît aujourd'hui un nouveau souffle, qu'il convient tout de même de relativiser. Si le nombre de films produits semble en effet être reparti à la hausse depuis les années 2000, il s'agit pour la plupart de comédies gentillettes tournées pour le marché local et de films d'horreur poussifs, qui surfent maladroitement sur la vague des films de fantômes et de revenants asiatiques initiée par les succès d'oeuvres comme "The Ring" et "Dark Water" du Japonais Hideo Nakata.









Les compagnies, nombreuses (citons parmi elles Indika Entertainment, Sinemart Pictures, Virgo Putra Film ou encore StarVision), produisent plus de quantité que de qualité, et la nouvelle génération de réalisateurs oeuvrant dans le registre de l'épouvante (comme les médiocres Rizal Mantovani, Jose Poernomo et le très mauvais Koya Pagayo) se contente malheureusement de reproduire les mêmes ersatz sans âme, avec son cortège de clichés narratifs, d'effets chocs prévisibles et d'effets digitaux pas beaux, nous faisant regretter la fraîcheur et l'exubérante fantaisie des productions fantastiques des années 1980, celles que tournaient ces honorables tâcherons qu'étaient Sisworo Gautama Putra, Arizal, H. Tjut Djalil, Maman Firmansjah et Ratno Timoer...





QUELQUES FIGURES OCCIDENTALES VUES A DJAKARTA



Peter O'Brian





Chemise ouverte jusqu'au nombril, la mulette frétillante et le charisme en berne, Peter O'Brian, vraisemblablement originaire d'Australie, a prêté sa silhouette musclée à quelques sympathiques nanars made in Jakarta. Il débute chez Parkit Films, en justicier routinier d'abord dans "The Stabilizer" (1984) du réalisateur Arizal, puis en Stallone du pauvre dans l'hallucinant "The Intruder" (1986), ersatz fauché de Rambo où son personnage se nomme... Rambu ! On le voit encore aux côtés de Mike Abbott dans "Forceful Impact" (1988), toujours chez Parkit.



O'Brian poursuivra sa petite carrière dans le bis indonésien chez Rapi Films, avec "American Hunter" alias "Lethal Hunter" (1988), où son personnage se nomme "Tom Selick" (clin d'oeil à Magnum ?), dans le film d'aventures "Jungle Heat" (1988) de Ratno Timoer, en ex-détective vengeur dans "Double Crosser" (1990) d'Arizal, et enfin dans "Angel of Fury" (1991), avec la tête d'affiche Cynthia Rothrock.


Peter O'Brian peaufine sa réputation de Stallone du pauvre avec cette pose et ce look à la "Cobra".

Mike Abbott





Ancien mineur-barman-pêcheur-vigile devenu, l'espace d'une grosse décennie, acteur à Hong Kong presque malgré lui, ce globe-trotter Anglais à la carrure massive a lui aussi profité du souhait des producteurs indonésiens d'inclure des Occidentaux dans leurs films pour faciliter leur exportation. « En octobre 1987, j'ai été appelé par un gars qui s'appelait Rik Thomas et qui possédait une société de doublage de film. Il m'a dit qu'un producteur indonésien cherchait un grand gars pour jouer le méchant principal dans un film. La société de production s'appelait "Rapi Films", elle était gérée par Gope and Sam Samtani. J'ai rencontré Gope et le 3 novembre, j'ai embarqué pour Djakarta où j'ai fait trois films : "Final Score" (1987) avec Chris Mitchum, "Empire on Fire" (1988) avec des acteurs du coin et "Lethal Hunter" (1988) avec Chris Mitchum et Bill "Superfoot" Wallace. » Mike Abbott tournera un quatrième film en Indonésie, "Forceful Impact" (1988), cette fois pour la société Parkit Films.


L'affiche originale de "Empire on Fire" (1988), réalisé par Maman Firmansyah.



Cette période indonésienne constitue un relatif « haut du panier » pour Mike Abbott, qui s'en souvient avec l'enthousiasme touchant de celui qui a été habitué à la misère des tournages IFD / Filmark à Hong Kong. « L'Indonésie, c'était génial ! Les plateaux de tournage étaient plus grands, il y avait plus de caméras, des équipes plus importantes et plus de sous ! C'était super de bosser avec Chris Mitchum, un acteur de Hollywood qui avait travaillé avec mon idole, John Wayne ! »


Dans "Final Score" (à gauche) et "Lethal Hunter" (à droite).


Notre biographie de Mike Abbott.
Notre interview exclusive de Mike Abbott.

Chris Mitchum





Second fiston de l'acteur Robert Mitchum, Christopher Mitchum est la preuve éclatante que l'hérédité a ses limites. Nanti d'un des visages les plus mous du cinéma, il aura tourné dans un nombre extravagant de productions à travers le globe, aux Etats-Unis d'abord, puis en Europe (France, Espagne, Italie, Allemagne…) et enfin en Asie (Hong Kong, Philippines, Indonésie, Japon…). En Indonésie, il se rend une première fois pour y tourner "La Forêt explosive" alias "La Mission explosive", co-production entre Rapi Films et l'Allemagne avec John Phillip Law et Barry Prima, puis revient cachetonner coup sur coup dans les routiniers "Final Score" (1987) et "American Hunter" alias "Lethal Hunter" (1988), deux autres productions Rapi Films réalisées par Arizal. Contrairement à Mike Abbott, à qui il donne la réplique (et le coup de grâce) dans ces deux derniers films, Chris Mitchum ne garde pas un souvenir mémorable de ses tournages dans l'archipel : magie de la relativité, ce qui constituait l'apogée zénithale dans la carrière du premier prenait la forme d'un gouffre abyssal dans celle du second.


"Final Score" (1987), dans lequel Chris Mitchum incarne sans grande conviction un vétéran du Viêt-Nam torturé et vengeur (des méchants ont évidemment massacré sa famille pour les besoins du scénario).



Notre biographie de Chris Mitchum.
Notre interview exclusive de Chris Mitchum.

Barbara Anne Constable





Elle n'est l'actrice que d'un film, mais son rôle nous aura plus marqué que bien des filmographies d'actrices plus expérimentées. Barbara Anne Constable restera en effet à jamais « la femme Terminator » dans ce film complètement fou sorti chez nous sous le titre de "Nasty Hunter", version indonésienne sexy du film de James Cameron, dont il fait beaucoup plus que s'inspirer. Partant d'une figure du folklore local (la reine des mers du Sud, divinité diabolique déjà à l'œuvre dans "Le Justicier contre la reine des crocodiles"), le réalisateur H. Tjut Djalil (transformé en Jalil Jackson pour l'export) reprend des scènes entières du premier "Terminator", parfois plan par plan, y adjoignant un soupçon d'érotisme et d'inévitables effets spéciaux de magie qui font de "Nasty Hunter" une inoubliable expérience de cinéma bis du bout du monde.



Ilona Agathe Bastian





Là encore, cette actrice de toute évidence non professionnelle, originaire d'Australie, ne tourna qu'un film, mais quel film ! Dans "Mystics in Bali" (Leak, 1981), Ilona Agathe Bastian incarne Cathy Dean, une anthropologiste américaine (ou australienne selon les doublages) qui se rend sur l'île de Bali pour y étudier les rites de magie Leak qui y ont cours, des pratiques mystiques ancestrales censées procurer à ceux qui s'y adonnent le pouvoir de se transformer à volonté. Le film, adapté d'un roman malais de Putra Mada, met en scène une figure récurrente dans le folklore de certains pays d'Asie du sud-est qui prend la forme d'une tête de femme volant dans les airs, avec la colonne vertébrale et certains organes internes toujours rattachés au cou. Appelée « Penanggalan » en Indonésie (littéralement : "détaché" ; il existe d'ailleurs une production Rapi Films datant de 1967 qui porte ce titre), cette créature mythologique existe avec quelques variantes sous les noms de « Hantu Penanggal » ou « Leyak » en Malaisie, « Manananggal » aux Philippines, « Krasue » en Thaïlande, « Ap » au Cambodge, « Ma Lai » au Viêt-Nam ou encore « Kasu » au Laos.


Ilona Agathe Bastian dans "Mystics in Bali" (Leak, 1981), un véritable « must-see » du cinéma d'horreur indonésien !

Paul Hay





A nouveau, il s'agit d'un Australien dont la filmographie se résume à un seul film, mais qu'il aurait été criminel de ne pas évoquer, du moins aux yeux de celles et ceux l'ayant vu s'ébaudir gauchement dans l'inoubliable "La Revanche de Samson" (1987). Dans ce simili péplum à peu près contemporain et tenant plus du genre sword & sorcery qu'autre chose, Paul Hay incarne un Samson emperruqué et porcin luttant contre l'envahisseur hollandais, ennemi traditionnel du peuple indonésien durant la période coloniale. A la recherche d'un colosse Occidental pour tenir le rôle-titre, les producteurs de Soraya Intercine Films ont pris ce qu'ils ont trouvé : un culturiste de seconde zone, dont le générique étale complaisamment le palmarès tel le pedigree d'un toutou lors d'un concours canin (Mr Banlieue Ouest de Sydney 1982, 3ème Mister Melbourne 1986 etc.). Visiblement ravi de l'aventure, Paul Hay partage l'affiche avec l'idolâtrée Suzzanna en affichant un sourire idiot à même de faire se bidonner n'importe quel dépressif. A voir ou à revoir : cet extrait du film où les deux acteurs nous refont carrément "9 semaines 1/2" !



Mériteraient également d'être évoqués les principaux acteurs indonésiens ayant tourné dans les films évoqués dans ce dossier, comme le dieu vivant Barry Prima (à qui nous avons déjà consacré une biographie), le bad-guy de service Advent Bangun, la regrettée Suzzanna (de son vrai nom Suzanna Martha Frederika van Osch, qui est décédée le 15 octobre 2008 des suites d'un diabète, au lendemain de son 66ème anniversaire) et une flopée d'autres actrices tout aussi charmantes comme Eva Arnaz, Nenna Rosier, Dana Christina, Lydia Kandou ou Debbie Cinthya Dewi. Ces véritables têtes d'affiche du bis indonésien feront peut-être l'objet d'un développement ultérieur de ce dossier…


"Hantu ambulance" (2008), de Koya Pagayo. Le premier film de Suzzanna depuis 1991 (d'où le « Suzzanna returns »), et le dernier de sa carrière.

OU TROUVER CES FILMS ?



On trouve de nombreux DVD et VCD à bas prix sur des sites de vente en ligne asiatiques, malheureusement en VO sans sous-titres dans la plupart des cas, ainsi que quelques éditions VHS françaises fort rares. En revanche, un panel intéressant des films indonésiens évoqués dans cet article est facilement trouvable sur support DVD en zone 1 ou 2.



A titre indicatif, pour celles et ceux qui souhaiteraient explorer ce cinéma, sont notamment disponibles :

- Poings d'acier contre main de fer (Bach Films, langue française)
- Les 3 Furies du Ninja (Bach Films, langue française)
- La Revanche de Samson (F.I.P./Fravidis, langue française)



- Mystics in Bali (Mondo Macabro, langue anglaise)
- Lady Terminator (= "Nasty Hunter") (Mondo Macabro, langue anglaise)
- The Queen of Black Magic (= "La Reine de la magie noire") (Mondo Macabro, langue anglaise)
- Dangerous Seductress (Mondo Macabro, langue anglaise)
- Virgins From Hell (Mondo Macabro, langue anglaise)
- Devil's Sword (= "Le Justicier contre la reine des crocodiles") (Mondo Macabro, langue anglaise)
- The Warrior (= Le Guerrier / Jaka Sembung) (Mondo Macabro, langue anglaise)



- The Stabilizer (Troma, langue anglaise)
- Ferocious Female Freedom Fighters 1 (Troma, langue anglaise)
- Ferocious Female Freedom Fighters 2 (Troma, langue anglaise)

La collection américaine Tales of Voodoo propose par ailleurs 5 double-dvd à très bas prix de films d'exploitation de Hong Kong (dont "Ghost Ninja" alias "Diamond Ninja Force" et "Scorpion Thunderbolt" d'IFD), d'Italie, d'Espagne et d'Indonésie. On trouve ainsi "Jungle Virgin Force" et "Escape from Hell Hole" alias "Les Révoltées de l'enfer" réunis sur le premier volume, et "Primitives" alias "Les Primitifs" sur le second, accompagné du film de psycho-killer hongkongais "The Rapist".



Les plus acharnés pourront encore compléter cette collection avec les DVD-R semi-artisannaux vendus sur www.trash-online.com, qui propose une douzaine de titres à 8€ pièce. Il s'agit pour la plupart de copies de VHS en anglais avec sous-titres grecs ou japonais, mais vu qu'il s'agit de raretés, ça peut valoir le coup pour certains films.






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