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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Caviarder :

Caviarder, ou charcuter, ou tronçonner. Pratique qui consiste à altérer l'intégrité d'une oeuvre en en supprimant ou remplaçant une partie. (A noter que l'expression est souvent employée, de manière impropre, dans un sens quasiment opposé, et signifiant "tartiner une oeuvre préexistante de ses propres interventions", à la manière d'un contributeur de Wikipédia ou d'un cancre cochonnant les pages de ses livres de classe, ce qui est parfois la même chose. Nous nous en tiendrons cependant à la stricte définition du dictionnaire : pour la définition alternative, voir "Inserts".)

Au cinéma, cette pratique a toujours existé, mais le caviardage peut prendre des formes aussi multiples que subtiles.

Il y a bien entendu la censure, phénomène notoire, qui fait qu'une oeuvre peut sortir dans des versions différentes d'un pays à un autre avec des différences de durée allant de quelques secondes à plusieurs minutes (voire subir une interdiction pure et simple), mais aussi d'un support à un autre, un film pouvant faire l'objet de coupes ou (plus rarement) de rajouts lors de son passage à la télévision par rapport à la version diffusée dans les salles de cinéma. Citons aussi pour la forme le cas des films que les compagnies aériennes proposent à leurs usagers, généralement dans des versions rigoureusement expurgées de toute scène un tant soit peu violente, érotique ou vulgaire, afin de ne conserver qu'une succession de scènes sans aucun élément de nature à faire rouspéter les voyageurs les plus procéduriers et autres intégristes de la pudibonderie (lire l'article à ce sujet "Air caviardage" proposé par ecrans.fr).



Que ce soit à cause de la censure, d'un différend artistique avec les producteurs ou tout simplement d'un problème de rythme, un réalisateur peut lui-même caviarder son film de certaines séquences (éventuellement remplacées par des scènes alternatives) à l'occasion d'une sortie en DVD, et proposer un "director's cut" plus conforme à la vision originale de son travail.

Il existe également un cas de caviardage particulièrement honteux et s'apparentant ni plus ni moins qu'à du recyclage (quand on possède les droits de l'oeuvre) ou du pillage (quand on ne les possède pas) : le "2 en 1", qui fait déjà l'objet d'une définition dans ce glossaire.

En fait, la pratique de caviardage sur laquelle cette notule se propose de se pencher n'est pas celle opérée par la censure, la production ou la télévision mais celle des distributeurs et des éditeurs.

Dans les années 1980, il n'était pas rare en effet que les éditeurs VHS proposent des films dans des versions tronquées en dépit du bon sens. Bon nombre de films asiatiques semblent notamment en avoir fait les frais : il ne s'agissait pas de censure mais de coupes dans les dialogues, afin de ne garder que des séquences d'action, quitte à rendre l'oeuvre difficilement compréhensible en la truffant ainsi d'ellipses absurdes. Travail de cochons oblige : il arrive que certains dialogues soient coupés en plein milieu d'une phrase pour passer sans transition à complètement autre chose, laissant le spectateur pour le moins perplexe.

Evoquons à titre d'exemple le cas des films avec Jackie Chan, longtemps bidouillés dans leurs éditions vidéos françaises : Jackie Chan faisant de la kung-fu comédie, le public devait pouvoir être le plus large possible, amenant les éditeurs français ou anglais à sucrer les séquences de combat les plus violentes, mais aussi paradoxalement les séquences humoristiques les plus outrées, considérées comme trop typiques de l'humour hongkongais et par conséquent trop éloignées de l'humour occidental.



De quoi finir de mutiler des films qui auront déjà eu à subir les avanies d'un recadrage 4/3, de doublages ineptes, sans parler de la qualité de masters parfois tout pourris (image rougeâtre ou verdâtre, toute rayée etc.). Plus honteux encore, il arrivait aussi que certains éditeurs de VHS tronquent les films pour qu'ils tiennent sur une VHS de 90 min standard ! Y'a pas de petites économie quand on est un margoulin, surtout quand on s'occupe de cinéma bis, voire de films d'exploitation...

Citons dans ce cas « La Bataille du 38ème parallèle » (The Testimony / Jeungeon), bon film coréen de Im Kwon-taek sorti chez l'éditeur Socaï sous le titre « La Guerre Eternelle », dont la durée originale de 125 mn est ramenée à même pas 80 mn, ou des éditions VHS comme « La Dernière guerre de l'apocalypse » de Shuei Matsubayashi, dont la durée passe de 110 à 79 mn de la VO à la VHS française, « Terminator Dundee » avec Sonny Chiba (un titre nanar et 20 mn de coupes), « Le Cimetière de la morale » de Kinji Fukasaku, « Kamikaze X-27 » etc. De très classes films de yakusas pour les trois derniers qui semblent malheureusement avoir été traités par les éditeurs avec autant de mépris que le premier kung-fu flick venu.

Citons également le cas assez extrême de l'édition VHS française de « BIM Stars », éditée par "Hollywood Vidéo" qui s'interrompt brusquement au bout d'1h08 d'un film qui en fait normalement 1h30 !




La jaquette d'un film coréen de Im Kwon-taek que l'éditeur Socaï tente de vendre avec un casting de noms américains complètement bidon.


Il est possible aussi que dans certains cas, les éditeurs VHS n'aient pas eu accès à une copie intégrale pour réaliser le mastering, où qu'elle était abîmée. En effet, certains exploitants opéraient parfois eux-mêmes des coupes sauvages sur ce genre de film quand ils étaient trop longs (dans les revues de ciné club des années 1960/70, le courrier des lecteurs est truffé de protestations contre de telles pratiques). Une mauvaise habitude qui a quand même un peu disparu aujourd'hui où, au contraire, on aurait parfois tendance à trop en rajouter sous pretexte de director's cut.

Quoique : disons plutôt que cette pratique a évolué en quelque chose d'assez honteux qui touche là aussi tout particulièrement le cinéma asiatique : le remontage pour occidentaliser le produit. Citons le "Seven swords" de Tsui Hark tripatouillé par Buena Vista / Disney - des habitués -, le "Shaolin Soccer" de Stephen Chow (Hong Kong : 113 min au ciné, 102 min en DVD ; USA : 87 min) ou le thaïlandais "Ong Bak" tronçonné par Europa / Besson avec une BO refaite par un groupe de rap nantais...). Le plus triste, c'est que dans un cas comme "Shaolin soccer" les droits d'exploitation dans le monde ont été rachetés par une firme US, qui a procédé à des coupes : c'est du coup cette version tronquée qui est sortie dans les salles en France, et probablement ailleurs dans le monde.

Voir également : Code Hays.
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