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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Bullet time :

Syn. : Temps Mort, Effet Smirnoff, Effet Matrix, Effet branché, Effet à la mode, Effet ringard.

Effet visuel caractérisé par un ralenti extrême, permettant, par exemple, de suivre la trajectoire d'une balle depuis le canon d'une arme jusqu'à sa cible ou de donner l'impression que la caméra "tourne" autour d'une scène figée, comme si le temps s'était arrêté. Il fut popularisé par la trilogie Matrix des frères Wachowski, qui le baptiseront "bullet-time photography" ("enregistrement le temps d'une balle"), mais son existence est plus ancienne, et malgré son nom ne se limite pas aux seules trajectoires de balles.


Matrix.


Un peu d'histoire.
En 1826, Nicéphore Niepce, un bourguignon, eut l'idée saugrenue de disposer une plaque d'argent enduite de goudron au fond d'une camera obscura. Après révélation de la plaque à l'acide, il obtenait le premier négatif photographique de l'histoire. Le temps d'exposition à la lumière nécessaire pour impressionner la plaque négative était alors d'environ 12 heures, et encore, seulement si Evelyne Dhéliat avait annoncé du beau. Cela excluait, de fait, que Nicéphore prisse pour modèle un sujet en mouvement, ou bien, à la limite, un zombie très très lent, mais bon, même ceux de Chalon-sur-Saône étaient bien trop véloces.


Nicéphore Niepce : "Mais comment voulez-vous faire de la science-fiction avec du matériel pareil !".


En 1839, Daguerre parvint à réduire le temps de pose d'une manière considérable : il ne fallait plus que 30 minutes pour réaliser une photographie. Trop long pour capter un ninja, mais suffisant pour obtenir une vue de Paris déserte convaincante. Cent ans plus tard, la sensibilité toujours accrue des films photographiques ainsi que les progrès techniques réalisés par les appareils en matière de vitesse d'obturation firent qu'il devint possible de fixer sur pellicule un événement d'un millième de seconde. Photographier Cüneyt Arkin terrassant un gredin devenait, sinon artistiquement pertinent, du moins techniquement possible

Entre autres exemples, en 1949, exploitant la capacité de la photographie à capturer des instants extrêmement fugitifs, l'américain Philippe Halsman réalisait une série de clichés surréalistes figurant Salvador Dali entouré d'un mobilier en lévitation, de chats volants et d'une gerbe d'eau stagnante pour l'éternité. L'effet Bullet Time n'est que l'application tridimensionnelle de ce principe.


Caaatman !


Techniquement réalisable depuis longtemps, et déjà en cours dans l'univers de synthèse du jeu vidéo, il faudra pourtant attendre 1995 pour qu'on prenne enfin la mesure de l'urgence qu'il y avait à en cloquer partout jusqu'à la nausée. C'est le photographe plasticien français Emmanuel Carlier qui, le premier, aura l'idée de disposer 50 appareils photographiques à déclenchement synchronisés autour d'une arène circulaire. Au centre de l'arène pouvaient s'ébattre divers sujets se livrant à diverses occupations mouvementées, comme Olivier Martinez se renversant une bouteille de lait sur la tête ou Caro et Jeunet faisant les zouaves. Le montage image par image de chaque cliché obtenu, par le même procédé que le stop motion, aboutissait à un saisissant effet 3D baptisé, à l'époque, effet "Temps mort" par son créateur. Il fut présenté au public à la biennale d'art contemporain de Lyon et, à la télé, chez Bernard Pivot.


Le plateau à bullet time d'Emmanuel Carlier. Au centre, Mike, le mannequin en mousse.


Aussitôt, les concepteurs d'effets visuels de tout poil s'emparèrent de l'innovation, la reprenant à leur propre compte, parfois en l'améliorant mais souvent, pas du tout. L'un des premiers fut le vidéaste Michel Gondry qui l'introduisit dans un clip des Rolling Stones puis dans une publicité pour la vodka Smirnoff* d'où son appellation désuète "d'effet Smirnoff".
(* envahissez la Tchétchénie avec modération).

Au cinéma, ce seront donc les frères Wachowski qui ouvriront la boite de pandore avec leur fameux "Bullet time à Effet Matrix". Depuis, au passage, plus personne ne parle d'Emmanuel Carlier, et encore moins de Nicéphore Niepce, d'ailleurs.

Copié, recopié, le bullet time est très rapidement victime de son succès : ce concept stylistique cher à des réalisateurs de blockbusters comme Michael Bay ou des tâcherons comme Uwe Boll est galvaudé au point de devenir l'élément branchouille et putassier de tout bon film d'action bas du front.


Un bullet time tiré du House of the Dead de Uwe Boll.


Si, techniquement, un vrai bullet time est obtenu virtuellement grâce à une série d'appareils photo disposés autour de l'action et enclenchés selon un timing bien précis, la capture de mouvements semble davantage employée désormais. Il existe cependant des techniques moins onéreuses, mais au rendu un peu moins satisfaisant !


Un magnifique bullet time au rabais tiré de "Lastikman", production philippine sortie en 2003.
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