Accueil > Glossaire > A > Accent

Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Accent :

Support auditif permettant d'identifier sans trop de problèmes l'origine ethnique ou nationale d'un personnage.

Les accents au cinéma peuvent être divisés en trois catégories :

1) L'accent réel ou bien imité



Il s'agit du cas où l'acteur et / ou le doubleur possède réellement l'accent de ses origines, ou est capable de l'imiter convenablement sans tomber dans les stéréotypes et la caricature éculée. Ainsi, l'accent espagnol pour Victoria Abril ou pour Sergi Lopez, anglais pour Jane Birkin, italien pour Roberto Benigni, viêtnamien pour le commissaire Van Loc, ou encore québécois pour Donald Pilon, sont bien les leurs et ne choquent pas outre mesure l'auditeur (enfin, parfois si, mais pas pour les mêmes raisons...). Dans un registre différent, certains acteurs ou doubleurs sont capables de produire un accent étranger relativement naturel et crédible, qui ne sombre pas dans les tréfonds de l'imitation bas-de-gamme pour fin de banquet trop arrosé (Roger Carel, très crédible en italien dans "Le coup du parapluie" par exemple).


Jess Hahn, le roi de l'accent améwicain.


2) L'accent ultra référentiel ou mal imité



Pour des raisons diverses, allant de la médiocrité de l'acteur (ou du doubleur) à la volonté délibérée de tomber dans le cliché éculé, en passant par le je-m'en-foutisme total, l'accent étranger est imité de manière grotesquement caricaturale, mais reste néanmoins identifiable, car généralement rehaussé d'expressions, d'idiosyncrasies et autres interjections qui se veulent "typiques" de la culture locale et dont l'acteur se sert jusqu'à plus soif pour bien faire comprendre au spectateur quel accent il imite (car, en réalité, un Allemand qui s'exprime en français ne se sent pas obligés de placer un "Ja" ou un "Ach" tous les deux mots lorsqu'il parle, de même qu'un Mexicain ne commence pas systématiquement ses phrases par "Caramba" ou "Madre de Dios", etc. ad nauseam).

Quelques règles générales concernant les accents ultra référentiels :

• L'accent anglo-saxon
Il consiste essentiellement à remplacer les sons "r" par des sons "w", et les sons "u" par des sons "iou". Pour plus de crédibilité nanarde, vous pouvez optionnellement choisir de substituer au phonèmes "è", "ê" ou "ai", un "é" de circonstance. Petites subtilités : si l'accent est spécifiquement britannique, ne jamais hésiter à placer un "Gosh", "God dammit" ou encore "Good Lord" en début de phrase pour identifier clairement l'origine nationale. En cas d'imitation de l'accent américain, remplacez les interjections ci-dessus par quelques "fucking" qui sonnent toujours plus authentiques. (Plus rare : en cas d'interlocuteur australien, le "fucking" a tendance à se prononcer "bloody".)

Exemple : "Oh Lord ! God dammit ! Vous autwes lé fwançé, n'avez aucioune coultioure !"

Exemple bis : "Oh Fuck ! Fucking Jesus ! Vous autwes lé fucking fwançé, n'avez aucioune fucking coultioure !"


L'accent anglais nanar se reconnaît également à sa manière de déformer les bouches en cul de poule : ici, Jacques Balutin jouant un écossais dans "Mon Curé Chez les Thaïlandaises".


• L'accent africain
Popularisé par le talentueux Michel Leeb, cet accent est l'un des plus simples à imiter. Il suffit juste de remplacer les phonèmes "r" par des "w" de circonstances. (Attention, cette règle ne vaut qu'à l'oral ! A l'écrit, on préférera remplacer ce son par une apostrophe.) Quelques interjections faciles à retenir afin d'authentifier d'avantage le discours: "Bwana", "Mon fwèwe", "Missié", ou encore "Là, di'don". Pour les plus perfectionnistes - ou les plus pervers - l'usage du "petit nègre" (qui consiste à ne pas conjuguer les verbes dans la phrase) est évidemment recommandé.

Exemple : "Moi pas sa'oi' où êt'e le t'éso' pe'du du 'oi Salomon, bwana ! Moi te di'e la vé'ité, missié gentil blanc ! Te''itoi'e sac'é êt'e tabou ! Olala, là di'don mon f'è'e !"

Autra exemple illustré par un extrait audio : la bande-annonce de "Breaking Point", doublé par deux Africains ou doubleurs imitant l'accent noir africain (un doute subiste).

• L'accent hispanique
Aaaah ! Le monde hispanophone ! Sa samba, Sa salsa, ses mojitos, ses tapas, ses fajitas, ses trafiquants de drogue colombiens et ses gangs portoricains qui se trimballent en bandana rouge ! Ici, pas de complexité inutile : le son "u" devient "ou", les "e" se transforment en "é" et les "j" en "y". C'est l'un des accents étrangers les plus résolument simples à utiliser pour un doubleur fatigué ou pas doué. Quelques expressions typiques : "caramba", "madre de dios", "hijo de puta", etc.

Exemple: "Caramba ! Yé vé té fairé la peau, sale hijo de puta dé americano !"

Le film "Honey Boy" (un sous-Rocky avec un boxeur hispanique joué par Erik Estrada au lieu d'un boxeur d'origine italienne joué par Sylvester Stallone) concentre quelques magnifiques exemples d'accent hispanique nanar, comme l'illustre cet extrait vidéo ("Yé né mé lèceré yamé manipoulé !").


Par où t'es rentré, on t'a pas vu sortir : le seul film où Jerry Lewis parle avec l'accent pied-noir.


• L'accent italien
Grosso modo, c'est la même chose que l'accent hispanique. Qui l'eût cru ? Une petite subtilité subsiste néanmoins : en cas d'italien "typique", les phrases sont hachées, ultra-rapides et nécessitent le recours extra-linguistique aux mains de l'acteur qui doivent énormément s'agiter pour ponctuer le discours. En revanche, en cas de Parrain de la Mafia, la voix doit venir du fond de la gorge et se perdre dans un souffle. Une patate chaude placée dans chaque joue est un plus incontournable. Idiosyncrasies typiques : "Mamma Mia", "Ma", "Ma que", "Perche ?"... Attention, l'accent ne suffit pas toujours ! Le discours italien nanar exige, en plus de l'accent, de fréquentes allusions à la mère du personnage, ainsi que l'utilisation systématique d'un sabir franco-italien qui fait "vrai".

Exemple : "Mamma mia ! Ellé sont pas bonné mes pasta ? Ma que ? Ma, cé lé pasta qué ma Mamma, ellé m'a appris à fairé ! Tu traité ma Mamma dé puta ? E Perche ?"

Exemple bis: "Ma, molto perdoni, Parrain, ma jé crois qué Don Gio é Dragonné, il a trahi la famiglia..."

• L'accent asiatique
Assez basique également, il suffit de remplacer les sons "r" par des "l", et le tout est joué : voilà des Chinois plus vrais que nature. Ne pas négliger, par contre, de faire de fréquents débordements syntaxiques à base de proverbes abscons et de citations pseudo-philosophiques.

Exemple : "Le petit singe est bien impludent de venil dans la tanièle du Dlagon ! Tu vas subil le coulloux du Clan des Ninja Warriols, chien d'étlanger !"

Autre exemple complètement gratuit : cet extrait vidéo tiré du dessin animé "Le Crépuscule de la Liberté".

• L'accent allemand
Que serait un bon film traitant de la Seconde Guerre mondiale sans méchants nazis, je vous le demande ? Mais attention, se contenter d'un grand blond aux yeux bleus en uniforme ne suffit pas à faire un terrifiant SS. D'une part parce que l'acteur n'est peut être pas blond aux yeux bleus, et ensuite, parce que s'il se met à parler avec l'accent italien, américain ou philippin, la crédibilité du film en prendra un coup (déjà que...). Or, l'officier allemand, se doit de parler avec un accent purement teuton. L'accent allemand s'obtient en produisant des sons gutturaux venus du fond de la gorge, en remplaçant les sons "t" par "d" (et inversement), les sons "s" deviennent des "z", les phonèmes "v" se transforment en "f", et les "g" en "k". Pour la crédibilité, il est utile de replacer quelques interjections typiques dans la phrase, telles que "Ach", "Ja", "Jawohl". Faites également précéder la plupart des noms communs par leurs articles en allemand ("Der", "Die", "Das", inutile toutefois de se soucier des conjugaisons réelles. Ça passe tout seul.)


Henri Tisot interprétant avec retenue un rôle d'allemand typique.

Exemple: Ach ! Herr Doktor ! Guand ch'aurai mis au boint mein rayon lasser, blus rien ne m'embêchera de defenir der Baîdre du Bonde ! Ach !

• L'accent russe
Elément indispensable de tout film reaganien qui se respecte, l'accent russe fait partie des plus complexes à imiter. Il tourne essentiellement autour d'une solide dose de roulements de "r", sans pour autant en arriver à produire un son "l". Par ailleurs, il est bien connu que le russe est incapable de conjuguer des verbes. La difficulté ici consiste à ne pas tomber dans les dérives de l'accent "petit nègre". Pas facile ! Ne pas hésiter, pour plus de crédibilité, à utiliser des termes issus du vocabulaire marxiste traditionnel. ("Sale Capitaliste", "Camarade", "Vil exploiteur du peuple" etc....)

Exemple: "Tu devoirrrrrr signer cette lettrrrrrrrrrrre qui prrrrrrrrouve que tu rrrrrrreconnais n'êtrrrrrrre qu'un sale capitaliste exploiteurrrrrr du prrrrolétarriat, chien d'Amérrrrrricain. Toi le fairrrrrre tout de suite, Camarrrrrade !"
(Voir : Communiste)

Exercice pratique : à vous d'identifier les accents dans cet extrait vidéo tiré de "Clash of the Ninjas", qui réunit quelques-uns des plus beaux accents nanars jamais recensés sur ce site.

3) L'accent portenawaque




Michel Galabru, alias "Monsieur Achtung" dans "Le Führer en Folie".


Ici, on commence à tomber dans les tréfonds du n'importe quoi. Soit l'acteur ne sait clairement pas imiter l'accent concerné, soit il s'en fout complètement. Degré zéro de l'imitation, l'accent portenawaque peut s'exprimer de plusieurs façons : accent qui ne ressemble à rien (Michel Galabru imitant l'accent allemand dans Le Führer en Folie), interversions d'accents entre plusieurs protagonistes (l'accent anglais qui devient subitement asiatique dans le doublage de La Résurrection du Dragon), melting-pot auditif (l'accent "italien" du Parrain, toujours dans La Résurrection du Dragon, qui hésite entre l'accent espagnol, toulousain et marseillais) et mauvais copiage éhonté (Didier Gustin imitant Patrick Sébastien imitant Yves Lecoq imitant la voix de Mitterrand dans "Opération Corned Beef").


Le parrain à l'accent italo-hispano-nébuleux de La Vengeance.
Le glossaire