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Chorake

(1ère publication de cette chronique : 2007)
Chorake

Titre original :Chorake

Titre(s) alternatif(s) :Les Mâchoires de la mort, Crocodile, Crocodile : Les Mâchoires de l'Epouvante

Réalisateur(s) :Sompote Sands

Producteur(s) :Dick Randall

Année : 1981

Nationalité : Thaïlande / Etats-Unis

Durée : 1h32

Genre : Croque-messieurs

Acteurs principaux :Nat Puvanai, Tany Tim, Angela Wells, Kirk Warren

Kobal
NOTE
2.5/ 5


Depuis quelques années, le cinéma horrifique occidental privilégie régulièrement le crocodile dans sa liste des animaux tueurs. D'où des films comme « Lake Placid », « Blood Surf », « Killer Crocodile » ou « Crocodile » (tout simplement), dont les scories démontrent bien les limites de l'industrie du sac à main. Mais tout cela n'est que contes enfantins à côté de la solide tradition saurienne thaïlandaise. En effet, si le pays du Muy Thai a toujours raffolé des histoires de crocodiles géants anthropophages, aisément accusés de tous les maux de la société, de la hausse du prix de l'immobilier à pilotis au rétrécissement de la pyramide des âges, en passant par l'augmentation des frais de santé publique, branche amputation chirurgicale et prothèses orthopédiques, c'est que là-bas, les sauriens grouillent comme les pigeons ici. Ils chient juste moins sur les monuments publiques et les passants. Cette proximité du quotidien s'est logiquement ressentie dans la production cinématographique pour laquelle le mythe du grand crocodile est devenu un solide fond de commerce. Même le milieu du crime hongkongais a tenté de s'approprier une part du gâteau en intégrant le classique « Kraï Throng » (oups pardon, en le tournant avec une seconde équipe) à ses recuts pour fignoler ce chef-d'oeuvre involontaire qu'est « Crocodile Fury ».
« Chorake » (ou Crocodile, ou aussi Les Mâchoires de la Mort ou de l'Epouvante, c'est selon le goût et l'imagination des éditeurs vidéo) est ainsi un rejeton de cette véritable crocoxploitation, né de l'impulsion avide de feu Dick Randall, illustre producteur du bis mondial dont la liste d'accusations comporte des titres aussi glorieux que « Bruce Contre-Attaque », « Supersonic Man » ou encore « For Y'ur Height Only ». Un Monsieur fort respectable, donc.


Le générique disco-psychédélique est assez intrigant.


Un message alarmiste et une série d'explosions nucléaires ouvrent avec éclat le film. Sont-ce des essais scientifiques ? Une attaque militaire en règle ? L'armée soviétique a-t-elle encore perdu le contrôle d'une de ses rampes de lancement ? On ne le saura jamais. En tout cas, nul n'a eu l'obligeance de prévenir les pleupleus des îles du coin qui se retrouvent soudainement avec un typhon atomique sur le coin de la gueule, tsunami et éboulements de terrain en prime, ce qui est un peu rude pour leurs misérables baraques en bambous.


Lumières roses bleutées, tourbillons étranges, pas de doute, ça sent la bombe atomique tout ça.

Ce brave vieux tente héroïquement de retenir un mur d'eau.


Quoiqu'il en soit, les champignons n'empêchent pas les notables locaux de dormir tranquille, de taper la discut' à l'apéro et d'aller faire des ballades en jonque à voile sur de la musique grandiloquente, histoire de se tartiner de la crème solaire dans le dos en riant comme des gros niais. Finalement, quelques-uns s'interrogent vaguement quant aux raisons de la destruction massive de villages de pêcheurs :
- "Il paraît que la tempête a été terrible. Qu'elle a pratiquement détruit toute l'île."
- "Oui, on est passé au travers, mais pas de beaucoup hein, Dieu merci."
- "Pensez-vous qu'il y ait quelque chose de vrai à ce qu'on raconte : que c'est la faute de la bombe atomique ?"
- "C'est très possible. Tout est d'ailleurs possible à notre époque."


"Laisser sonner quand on est un médecin, Hippocrate réagirait."


Aaaah, la folie des hommes, où ça nous conduira donc ? Oui, je sais, à un crocodile mutant, du calme, c'était juste une question de rhétorique. Enfin bref, pendant que le Dr. Akom, notre héros médecin, fait honneur à Hippocrate en répondant au téléphone et en encourageant permissivement l'alcoolisme de son épouse délaissée, et bien les classes populaires n'en finissent pas de perdre leurs membres (sans mauvais jeu de mot... poil au croco) sous les assauts d'une immense masse verdâtre qui se permet non seulement d'entièrement démolir les villages et de foutre tout le monde à l'eau, mais qui en plus envoie de pauvres gus valdinguer dans les airs (avec de jolis crashs dans les toits) et arrive à mettre le feu aux bicoques, tout ça pour déguster une bonne partie de la population. Une vraie catastrophe naturelle. Et qui ne se limite pas aux rivières en plus : surfant sur les vagues maritimes dans une ambiance très « Jaws » (sacré Dick), le bestiaux se permet avec insouciance d'ajouter à son tableau de chasse l'épouse et les deux filles du Dr. Akom. Monumentale erreur, Wally vient de se faire deux ennemis mortels en la personne de ce père de famille et de son ex-futur gendre, qui vont alors se transformer en traqueurs aquatiques.


Cet homme vient de perdre ses allocations familiales.


Ne nous voilons pas la face : si vous avez décidé de regarder ce film, ce n'est pas pour les beaux yeux du Dr. Akom, mais bien pour apprécier avec malice le rendu du big streum qu'on nous vend sur le matos promotionnel. Le fameux crocodile géant. Et bien son apparence est plutôt confuse au début : mélange de stock-shots réutilisés ad vitam nauseam et d'effets spéciaux artisanaux filmés en gros plans, on ne distingue pas bien à quoi on a affaire. Et puis le réalisateur se permet enfin quelques plans sympathiquement nanars : un véritable saurien est ainsi placé sur une planche de maquettes comprenant de petits palmiers et une baraque de pêcheur. Le problème qui survient alors n'est pas tant lié à la réussite de la séquence (plutôt ingénieuse) qu'à l'estimation de la taille du croco : s'il est ici réellement énorme (constatez vous-mêmes sur les images), sa corpulence va allègrement varier d'une scène à l'autre, lui permettant de se cacher dans 1 mètre d'eau quand l'envie lui prend.


Oui, c'est un caïman mais c'est alligatorement la même chose.



Cette variabilité volumique n'est pas son seul talent : ses yeux peuvent aussi émettre une lumière rouge bien pratique pour lire la nuit et il peut même sauter par dessus des bateaux en se prenant pour un dragon chinois (le clou du spectacle en matière de FX). Même sa vision est particulière : alors qu'il nage en pleine rivière saumâtre et boueuse, monsieur contemple des fonds marins coraliens à la transparence cristalline (malheureusement identiques quelque soit le lieu). Bien entendu, rien ne sert d'avoir un croco géant si ce dernier végète au soleil dans la boue. Ce qui n'est pas le cas, car un estomac aussi gargantuesque nécessite d'être régulièrement rempli. Les scènes de destruction de village sont donc plutôt réjouissantes, avec panique dans tous les sens, gweilos noyés dans des tourbillons d'eau croupie, de chairs éclatées et de poupées Big Jim, enfants hurlants, et raz-de-marée final pour bien tout nettoyer, l'ensemble étant harmonisé par un montage du genre frénétique. Le réalisateur devait être tellement fier du résultat qu'il a d'ailleurs réutilisé plusieurs fois certaines scènes, probablement pour symboliser l'éternelle répétition des grandes erreurs de l'humanité (ou bien pour remplir son métrage en faisant des économies, je ne sais pas, comme le disent eux-mêmes les protagonistes tout est possible à notre époque).


Ces touristes gweilos risquent bien de ne jamais retenter le Club Med.

La rivière devient un vrai punch sirop de fraise.

Pontons effondrés, population décimée, maisons en flammes... Quelqu'un a enlevé la fille de John Matrix ?


Concernant le reste du film, le nanarophile trouvera aussi son compte. Les doubleurs sont des habitués des comédies érotico-pouet-pouet italiennes et livrent une prestation qui, sans être novatrice, assurent une certaine médiocrité amusante (les deux filles sont dignes des enfants de « Kung Pow »). Le scénario se permet de balancer plusieurs idées bien débiles comme l'arrivée de Tanaka, obscure pêcheur qui se décide à aider nos compères dans leur lutte anti-reptilienne car il a un aigle tatoué sur le torse, ou bien l'annonce à la presse grave et solennelle qui survient au beau milieu du film alors que tout le monde sait déjà de quoi il retourne, et qui donne quelque chose comme ça :
- "Finalement je sais."
- "Vous savez quoi ?"
- "Je sais que ça va vous paraître complètement idiot. Je vais pourtant vous le dire... Un monstre marin !"
- "C'est idiot."
- "AH OUI, HEIN ?!! FOUTEZ LE CAMP, J'VOUS DIS ! DEHORS !!!"


Le monstre marin a allumé ses feux anti-brouillards.

- "Vous voyez cet aigle ?"
- "Oui, c'est beau, qu'est-ce que c'est ?"
- "C'est un signe de protection. On a ça dans la famille de père en fils."


Difficile aussi d'oublier la technique sophistiquée employée pour capturer la terreur des rivières : un piège à ours géant placé dans les fonds marins, avec un bout de viande au milieu. Géant à côté d'un homme, mais malheureusement plus petit que la queue du saurien. Ce dernier trouve même une dangereuse utilisation détournée du piège dont je préfère vous laisser la surprise.


Faut reconnaître que c'est un peu concon quand même.

Surtout quand on voit le résultat.


Niveau tempo narratif, « Chorake » avance tranquillement, au rythme languide d'un reptile lézardant au soleil, réservant ses meilleurs moments lors de l'apparition du croco. La partie étude et traque est plus mollassonne (on a bien du mal à saisir ce que bouine le Dr. Akom), jusqu'à un dernier tiers franchement éprouvant où plus personne n'avait d'idée pour meubler une interminable attente en bateau. Heureusement, la fin force le respect avec une confrontation surprenamment meurtrière.
En résumé, « Chorake » sent bon le ciné d'exploitation thaï, avec ses débordements excessifs et enthousiastes que n'entame pas un évident manque de moyens. Le genre de nanar à regarder sans rien en attendre d'exceptionnel, et dont le crocodile mutant ravira le spectateur que la perspective d'avoir à endurer quelques passages à vide n'effarouchera pas.


Quelqu'un a réuni les 7 boules de cristal ?


Réponses au jeu Wally Gator : K - O - B - A - L (c'était pourtant évident).
Ceux qui ont assemblé les lettres dans le bon ordre ont le droit de contempler à nouveau une image de ce has-been à chapeau.



- Kobal -
Moyenne : 1.85 / 5
Kobal
NOTE
2.5/ 5
John Nada
NOTE
1.75/ 5
Rico
NOTE
1.5/ 5
Labroche
NOTE
1.5/ 5
Jack Tillman
NOTE
2/ 5

Cote de rareté - 3/ Rare

Barème de notation
Le film n'est disponible par chez nous que dans ses versions VHS aux titres variés. L'Asie a droit à un VCD, et les USA à un DVD.


L'édition VIP.

L'édition Vidéo Groupe Sélection.

L'édition Initial.

Le VCD asiatique (qui repompe la jaquette de Krai Throng).

Le DVD Zone 1.

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