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Don Gordon Bell

Don Gordon Bell

Biographie

Découvrez notre interview exclusive de Don Gordon Bell (en VF et en VO). Il y revient longuement sur sa vie, sa carrière, en partageant avec nous de nombreuses anecdotes et photos de tournage.





(alias Donald Gordon Bell)



De toutes les “stars” du cinéma bis philippin, Don Gordon est sans doute la plus méconnue : présent dans un nombre relativement conséquent de films sans que sa présence ne soit toujours correctement signalée au générique, cet énigmatique Eurasien n'a jamais atteint le relatif niveau de notoriété d'un Romano Kristoff (avec lequel il a un faux air de famille) ou même d'un Mike Monty. L'homme semble pourtant avoir été très impliqué dans le cinéma philippin des années 1980, ratant de peu son accession à un véritable « vedettariat ». Le peu que nous ont permis de savoir sur lui les témoignages de Richard Harrison, Mike Monty et Nick Nicholson nous a aidé à reconstituer les grandes lignes d'un parcours que l'on devine assez aventureux.


« Ultime Mission »


Don Gordon est né en Corée du Sud dans les années 1950, fils d'une Coréenne et d'un militaire américain de passage. Sa mère, ne désirant pas conserver un enfant bâtard et métis, le fait adopter aux Etats-Unis. Ce qu'a été sa vie d'enfant adopté et sans racines, nous ne pouvons que le supposer : toujours est-il que Don s'engage dans l'armée, et rejoint la 1ère compagnie des Marines, avec laquelle il participe à la guerre du Vietnam. Après sa démobilisation, Don reprend ses études aux Etats-Unis et se lie avec un étudiant philippin, qu'il accompagne lors d'un voyage de ce dernier au pays. Découvrant les possibilités de travail dans l'industrie cinématographique des Philippines, il va décider de s'y établir dès la fin des années 1970. Don Gordon se retrouve résident à Manille, comme beaucoup d'Occidentaux expatriés, amateurs de drogues et de filles pas chères, anciens du Vietnam et autres aventuriers. Nick Nicholson fait sa connaissance en 1976 sur le tournage d' « Apocalypse Now », où tous deux sont figurants, comme beaucoup de résidants blancs locaux : « Je l'ai rencontré pour la première fois sur le plateau de « Apocalypse Now », et il m'a paru avoir l'air d'un dingue. Et c'est lorsque j'ai commencé à travailler avec lui que j'ai compris à quel point il était réellement givré ! », nous a déclaré Nick dans l'interview qu'il nous a accordée. Pour « givré » qu'il soit, Don n'en est pas moins motivé par le travail cinématographique : il multiplie les apparitions dans de nombreux films tournés aux Philippines et nécessitant des visages aux traits occidentaux. On le voit, aux côtés du métis noir-philippin Jim Gaines, tenir un petit rôle de tueur dans « L'Implacable ninja » de Menahem Golan.


« Le Poing Vengeur de Bruce »



Il interprète un méchant sbire moustachu de Romano Kristoff dans « Le Poing Vengeur de Bruce » avec Bruce Le. Ce même Romano Kristoff, Espagnol expatrié à Manille et ancien militaire lui-même, deviendra l'ami et le colocataire de Don. Les deux compères travaillent beaucoup ensemble et s'impliquent au-delà de leur travail de comédiens, écrivant des scénarii et s'essayant à la production. Don est par ailleurs un membre fondateur des « Pigs in space », association informelle au sein de laquelle les « comédiens » occidentaux des Philippines s'emploient à travailleur leurs talents d'acteurs.


« Opération Cambodge »




Une jaquette volante du film « Les Massacreurs » qui met le nom de Don en vedette... mais le remplace à l'image par Alphonse Beni !


Dans les années 1980, les Philippines sont un important vivier d'activité cinématographique : de multiples séries B, mais aussi de grosses productions, profitent des décors et des coûts avantageux de la main-d'œuvre locale. Le régime de Marcos encourage la production d'œuvres locales, dont beaucoup sont vendues sur le marché international comme de « faux films américains ». Don Gordon profite amplement de ce contexte : outre son travail d'acteur, il écrit ou réécrit des scénarii pour des films destinés à l'export et produits par la compagnie Kinavesa (Silver Star) du Chinois K.Y. Lim. Il se retrouve notamment à collaborer avec Richard Harrison sur l'écriture de films : « les scénarii étaient assez mal fichus », se souvient Harrison, qui offrait volontiers ses services pour remettre d'aplomb les scripts minimalistes de la compagnie de Lim. « Plus d'une fois, nous nous sommes assis côte à côte, et [Don] écrivait pendant que j'improvisais une histoire. Il voulait être scénariste, je lui laissais donc avec plaisir l'entière paternité du scénario. » Si Kinavesa achète à Don Gordon ses scénarii « pour une bouchée de pain » (selon Nick Nicholson), son activité d'acteur / scénariste n'en fait pas moins de lui un pilier du cinéma bis philippin.


Dans « Raiders of the sun », de Santiago, Don tient un petit rôle non crédité voisin de la figuration intelligente.


Mais les bonnes choses n'ont qu'un temps et les films philippins destinés à l'export vont cesser d'exister au début des années 90, en même temps que le cinéma de série B s'étiole lentement au niveau mondial, devant la concurrence américaine et l'évolution des goûts du public. Dans le même temps, Don Gordon fatigue sérieusement : l'abus de drogues diverses et le mode de vie usant des Occidentaux expatriés aux Philippines ont entraîné, selon Nick Nicholson, une certaine dégradation de son état mental. C'est alors qu'il va connaître un changement radical : touché par la grâce, Don fait son retour à Dieu et décide d'entrer dans les ordres. Abandonnant Manille, ses quartiers chauds, ses drogues dures et ses nanars branques, il réintègre l'armée américaine et devient aumônier militaire durant la Guerre du Golfe de 1990-1991. Retourné à la vie civile, il aurait été ensuite envoyé, à sa demande, comme missionnaire en Corée du Sud, où il espérait retrouver sa vraie mère. Richard Harrison se souvient de lui comme d'un « garçon très gentil, bien que parfois un peu dingue » et s'est déclaré heureux qu'il ait enfin trouvé sa voie.


Don en shérif adjoint dans « Mission Finale » de Cirio H. Santiago.


Dans l'état actuel des choses, nous ignorons ce qu'il est advenu de Don, s'il réside encore en Corée, ou si ses recherches pour retrouver sa mère ont abouti. Son étonnant parcours, à l'image de celui d'un Bruce Baron, nous permet cependant de deviner combien le monde du cinéma bis le plus obscur peut receler de destins fascinants et aventureux. S'il n'a pas été une vraie star du nanar philippin, Don Gordon aura été l'un de ses visages les plus familiers, contribuant à donner vie à l'un des cinémas les plus étranges qui furent. Rien que pour cela, Don mérite sa place au panthéon de nos acteurs. Et que Dieu (le vrai ou celui du nanar) le garde !

N.B. : il ne faut pas confondre notre homme avec un autre Don Gordon, acteur américain spécialiste des seconds rôles, que l'on vit entre autres dans « Bullitt ».

Remerciements à Nick Nicholson, Richard Harrison et Mike Monty.

Nikita
Nikita

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Filmographie

(Sans doute lacunaire)



2012 - Baybayin / The Palawan Script

1992 - Apocalypse Warriors (Raiders of the sun)

1988 - Manila Tattoo / Red Roses, Call for a Girl

1988 - Crossbone territory

1986 - Silk

1986 - Apocalypse Warriors (Equalizer 2000)

1985 - Les Roues de feu (Wheels of Fire)

1985 - Opération commando (Warbus)

1985 - The Destroyers (The Devastators)

1985 - Attaque à mains nues / Vengeance (Naked vengeance / Satin vengeance)



1985 - Hitman / American commandos

1984 - Purple Hearts

1984 - Le Poing vengeur du Bruce / La Vengeance du ninja / La Vengeance du dragon (Bruce's fists of vengeance)

1984 - Mission finale (Final mission)

1983 - Eliminator (Blood debts)

1983 - Les Massacreurs / Vietnam Massacre (Hunter's Crossing)

1983 - Opération Cambodge (Rescue Team)

1983 - Ultime Mission (Intrusion Cambodia)

1982 - Forces spéciales (Raw Force)

1981 - L’Implacable ninja (Enter the ninja)

1981 - Pleasure Island / Blue Emmanuelle (Isola del Piacere)

1980 - Temptation Island

1980 - Jeux érotiques de nuit (Night Games)

1979 - They Call Him Bruce Lee

1979 - Apocalypse Now

1978 - Batang City Jail

1978 - Les "Boys" de la Compagnie “C” (Boys in Company C)