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Yonggary

  • Titre original : Yonggary
  • Réalisateur : Shim Hyung-Rae
  • Année : 1999
  • Pays : Corée du Sud
  • Genre : Quand Yonggary rencontre les CGI (Catégorie : Monstres géants)
  • Durée : 95 min
  • Acteurs principaux : Harrison Young, Dan Cashman, Donna Philipson
Note :
2
Plissken
Plissken

Chronique



La Corée, l'autre pays du Kaiju. Et en la matière le méconnu chez nous Shim Hyung-Rae, acteur/producteur/réalisateur à la prolifique carrière est une sorte de légende locale.

Shim Hyung-Rae ne l’a jamais réellement caché. Son ambition profonde, c’est de conquérir le monde. À l’aube des années 2000, et malgré une carrière s'étalant déjà sur plusieurs décennies, les films du réalisateur n’avaient jamais réellement franchi les frontières sud-coréennes. Avec le succès des reboots de Godzilla et Gamera au Japon et le hit au box-office sur un plan international que fut le Godzilla de Roland Emmerich, Shim Hyung-Rae s’était dit que c’était peut-être le moment de tenter sa chance.

Et tout cela tombait plutôt bien. Tout donnait l'impression que les astres étaient parfaitement alignés pour que l'ami Hyung Rae rencontre enfin le succès international qu'il glanait tant. Vu que les monstres géants faisaient un grand retour sur le devant de la scène, il se décidait alors de réveiller à son tour une créature alors endormie depuis plus de trente ans.



C'est en 1967 que Kim Ki-Duk (attention, il y a eu deux Kim Ki-Duk cinéastes en Corée du Sud... il ne s'agit pas de la même personne ayant réalisé Samaria ou Printemps, été, automne, hiver… et printemps) tentait l'aventure dans le genre Kaiju. Bonne pioche au niveau national car, les Coréens étant assez friands de ce genre, se déplacèrent dans les salles sombres pour pouvoir voir un monstre de leur cru détruire des maquettes à coup de tatane. Aujourd'hui, le film est assez difficile à juger. Film qui s'en sort pas trop mal pour certains, résultat affligeant pour d'autres... dur de savoir qui a raison, mais le métrage paraîtra tout de même assez cheap et kitch si on le compare à ses gros hits nippons. Néanmoins, à l'époque, il s'est imposé comme une petite curiosité dans ce monde dominé par les Godzilla et King Kong, si bien qu'il a eu le droit à sa petite carrière à l'international.



Si seulement ils avaient demandé quelques tuyaux pour rendre le monstre plus réaliste


Pure coïncidence ou véritable hommage à la créature oubliée, il se trouve que Yonggu, le personnage phare de Shim Hyung-Rae (qu'il a interprété/mis en scène plus d'une dizaine de fois), a un nom qui se rapproche énormément de « Yonggary ». Voilà encore un autre signe du destin qui le poussait à réveiller la bête.

Pensant que le monstre de 1967 était toujours assez populaire dans le pays, il emprunta ce nom afin d’attirer les habitants du pays du matin calme dans les salles obscures. Sachez tout de même que niveau intrigue, le Yonggary de 1967 et le Yonggary de 1999 n'ont rien à voir.

À l’époque, Yonggary fut le film le plus cher de l'histoire du cinéma coréen. Un record que Shim Hyung-Rae battra lui-même plus tard avec D-War. Hollywood a réussi à conquérir le monde à coup de millions, tout le monde le sait, alors autant appliquer la même recette. La seule chose que l'on se demandera quand on regardera cet opus coréen... c'est où Shim a-t-il bien pu balancer tout le pognon ?



Peut-être pour le marketing à l'international. Pour le marché du film à Cannes, ils ont traficoté une affiche sur mesure !


Alors, pour ce qui est de la conquête du monde, Shim Hyung-Rae va devoir attendre. Le film fut un vrai flop, aussi bien chez lui que dans le reste du monde.

De nombreuses raisons peuvent venir expliquer ce désastre, outre que le film soit exceptionnellement mauvais. Premièrement, si Shim Hyung-Rae s’est attaché les services de tête d’affiche pour ses prochains films à vocation internationale (Robert Forster pour D-War et Harvey Keitel pour The last godfather), le casting de cette production laissait quelque peu à désirer et n'avait aucun nom bankable. Encore une fois, le seul nom bankable du casting, c'était au final celui du monstre... que beaucoup avaient complètement oublié en Europe, voire même en Corée du Sud.

Certes, prendre des acteurs occidentaux pour un film asiatique, afin de mieux le vendre en Europe ou aux États-Unis, c'est une méthode qui a déjà fonctionné. Néanmoins, cette astuce fonctionne mieux quand on prend des comédiens avec un minimum de talent. Il ne s’agit certes pas ici des pires gweilos comme a pu en dénicher Godfrey Ho, mais on se retrouve avec des acteurs dans un surjeu constant.

Et puis, le film est parsemé de catch-phrases toutes plus débiles les unes que les autres et qui auront beaucoup plus tendance à vous faire sourire qu’à vous projeter dans le feu de l’action. Les « Y a plus de morts que dans un film de Tarantino » ou alors « c’est ta mère qui t’as aussi mal élevé que ça quand t’étais un morbak » (en direction du monstre) font partie de mes préférés.









Un film sponsorisé par Tonygencyl




Meilleurs acteurs du film


Le film se déroulant aux États-Unis, Shim Hyung-Rae a tenté d'en donner une image fidèle. Sauf que, à trop vouloir représenter la société américaine, Shim va maladroitement mettre en scène des clichés tous plus immondes les uns que les autres. C'est certainement involontaire et extrêmement maladroit, mais si on ne considérait que les personnages et les figurants, on pourrait avoir l'impression que le film est tout droit sorti d'une période remontant à bien avant les différents mouvements des droits civiques.

Si bien que…



Les personnages importants ou qui occupent une haute fonction dans la société seront blancs.



Pour ce qui sont des taches plus fastidieuses, on refilera ça à des afro-américains.



Bon, mettons aussi des Mexicains, histoire de respecter les quotas.



Nan sérieux les mecs, on avait dit pas de gonzesses dans le clan des chasseurs de monstres en uniforme !


Bon, d’accord, le pognon n’est pas passé pour embaucher des acteurs de renom. Passe encore… alors peut-être qu’il a su employer de véritables prodiges du stylo. Après le tout, les films de monstres géants sont aussi l’occasion de donner une certaine réflexion de la place de l’homme sur Terre, de son rapport avec la nature, de mettre en valeur certaines idées écologiques, de…

Oui, alors non, je vais m’arrêter là tout de suite. Parce qu’encore une fois, il apparaître évident au premier coup d’œil que Shim Hyung-Rae n’a pas engagé la crème de la crème des scénaristes. En fait, si on me disait que Shim a inventé son intrigue après son dix-huitième verre de Soju et sa cinquième chanson dans une soirée Noraebang, je n’aurais aucun mal à le croire. Shim, lui-même, avait plutôt du mal à raconter son histoire lors d’une interview qu’il a donné quelques temps avant la sortie du film : Many years ago, a dynasty of monsters occupied and controlled Earth. After the monster dynasty was destroyed, humans controlled and occupied Earth, and after humans were gone, Yonggary controlled and occupied Earth. A document is discovered, a program which creates a space warp. Humans find this program document and the story starts to happen there. Then, when they’ve found it and operated the program, an alien being comes to earth from the stars - and Yonggary wakes up. And that’s where the story starts!

Que l’on traductionne par : Il y a bien longtemps, une dynastie de monstres occupait et contrôlait la Terre. Après que la dynastie de monstre aie été détruite, les humains ont contrôlé et occupé la Terre, et après les humains soient partis, Yonggary a contrôlé et a occupé la Terre. On découvre un document, un programme qui crée une déformation spatiale. Les humains trouvent le document de ce programme, et l’histoire démarre d’ici. Après l’avoir trouvé et qu’ils aient fait fonctionner le programme, une entité extra-terrestre débarque sur Terre – et Yonggary se réveille. Et c’est là que l’histoire commence !

Autant vous le dire, je n’ai absolument rien compris… et je crois que lui non plus. On peut juste dire qu’au niveau de l’intrigue, c’est un véritable foutoir sans nom. On nous parle de monstres anciens dans d’anciennes prophéties. Ah mais non en fait, ce sont des extra-terrestres qui ont réveillé de gros monstres pour venir conquérir la Terre sans que l’on fasse de lien. Et on revient alors à ces histoires d’anciennes prophéties… mais en changeant de version ce coup-ci, parce qu’on sent bien que y a quelques trucs qui collent pas. Et puis y a aussi des gens morts, qui en fait ne sont pas morts, mais qui au final ne vont pas servir à grand-chose. On ne comprend absolument rien à l’intrigue et à ses rebondissements. On préfère balancer encore plus d’incohérences, plutôt que de tout reprendre à zéro, à tête posée.

Si on veut résumer à ce qu’il y a de plus minimum. Une gigantesque armée de deux extra-terrestres ont réveillé un monstre ancien pour tué tous les humains. Ça, c’est un des trucs que j’ai pigé. Et je l’ai pigé parce que les extra-terrestres, quand ils expliquent leur plan machiavélique, ils le font en français, ce qui est quand même vachement sympa de leur part.

Bon, ils font bien deux-trois conneries dans le film nos aliens, mais ce n’est pas grand-chose comparé à la bêtise dont font preuve les personnages humains du film, non aidés par les nombreuses incohérences dont regorgent le film.



- Dites, Professeur, c’est quoi le machin que vous avez ramené là ?



- C’est un diamant que j’ai trouvé pas loin du squelette de Yonggary.



- Professeur, j’ai esquissé ce dessin alors que Yonggary attaquait le camp et qu’il a été à deux doigts de m’écraser. Coup de bol que je me promène jamais sans mes Crayola



- Regardez Professeur ! Ça coïncide de ouf ! C’est sûrement un diamant que les extra-terrestres utilisent pour manipuler mentalement Yonggary !



1) Le fait que la bestiole soit 1000 fois plus grandes que ton dessin, niveau échelle, ça te gêne pas ?

2) Comment tu as deviné juste en voyant le diamant que c’est un truc qui sert à manipuler mentalement les créatures ?

3) C’est quand même vlà le bol qu’un extra-terrestre qui n’a jamais foutu ses pieds sur Terre ait oublié son diamant ce jour-là !




Bon, je transporte des enfants, et j’ai un trou devant moi



et un dragon qui me crache du feu au cul…



Pas le choix, je tente la ligne droite, tant pis si la marmaille est effrayée…



MAIS C’EST MORTEEEEEEL ! VAS-Y ON RECOMMENCE LE VIEUX


Ouais, ouais, ouais, je sais ce que vous vous dites là. Des acteurs bancals et un scénario pourri, ça ne suffit pas pour faire un Kaiju désopilant. L’important, c’est la vraie star du film, la créature. Et d’ailleurs, vu que le film est centré sur la bête… c’est sans doute-là que tout le pognon est passé.

Comment dire cela sans être trop vexant pour Shim Hyung-Rae ? Bah… disons que… la créature doit bien être la créature la plus moche de tous les Kaiju Eiga, et que s’il a dépensé des millions pour ce truc, je lui conseille d’appeler Julien Courbet.

Des mochetés, on en a vu dans ce genre. Du papier mâché, du caoutchouc, des costumes ringards, des chaussettes dans une main, des stock-shots de lézards en faisant croire qu’ils sont super méga grands. Oui, tout ça, on connait. Mais j’ose assurer que la créature de ce Yonggary est bien plus moche que tout cela.

Le problème ici, ce n’est pas que le design est raté, c’est que Shim Hyung-Rae a misé sur du tout CGI. Sauf que visiblement, ni lui, ni aucune des quarante personnes qui composaient son équipe ne semblait savoir comment s’y prendre pour faire des effets potables. Il semble qu’absolument aucun d’entre eux n’avait quelques notions sur Photoshop, After Effect ou même Windows Movie Maker. Aucun élément de la bête ne semble réaliste. Ses yeux, ses dents, son corps, ses griffes, sa langue,… il n’y a rien chez elle qui pourrait nous faire croire qu’elle est bel et bien présente, à côté des autres personnages qui composent le film. Au niveau de la créature, pour un film qui a coûté plusieurs millions, on se trouve à un niveau qui est en dessous de l’amateurisme.











T’as pas une gueule de porte-bonheur


De plus, chose surement totalement involontaire de la part de Shim Hyung-Rae, c’est que la cruauté de la bestiole n’impressionne pas plus que ça. Soyons clair, si je me retrouve demain dans la même rue que Godzilla ou même King Kong, je sais bien qu’il vaudra mieux pour moi que je change de trottoir. Un écrasage malencontreux est si vite arrivé.

Par contre, si je crois ce Yonggary dans la rue, je prierai pour que l’armée de l’air n’ait pas envoyé ses avions.

Nan parce qu’au final, si on fait le compte d’immeubles détruit dans le film par le monstre et par les avions, et bah le monstre arrive vachement loin derrière. Les scènes d’action sont ainsi construites. Yonggary est pourchassé par toute la flotte aérienne de l’armée américaine. Et ils sortent toute l’artillerie, mitrailleuses et missiles à tête chercheuse. Mais en tout et pour tout, on doit avoir que 3 ou 4 missiles qui arrivent sur la créature. La centaine restant ira valdinguer dans les immeubles environnants. Alors, oui, c’est vrai, dans les films américains, ils font tout péter. Mais alors là… là… on va au-delà de ça. L’armée défonce tout. Et on ne parle jamais de « plan d’évacuation » ou de « victimes collatérales ». On détruit tout, et puis c’est tout.

Cette incapacité de ces soldats normalement hautement formés à ne pas réussir à viser un monstre de 30 mètres de haut provoquera plus d’un rire, les dialogues sur l’invincibilité de la créature alors qu’elle n’encaisse au final pas grand-chose aussi.







Désolé…







Désolé…





Et si j’me mets de dos, vous y arrivez ou pas ? Ah bah nan...







Désolé…





Meilleure réplique de toute cette séquence : « Comment a-t-on pu le rater ? »







Comment elle est partie loin celle là !



Désolé…







Vazyjessai !



Cépourtanpacompliké !







Désolé…





Les gars, je l’ai même pas esquivée celle-là !



Désolé…



Après de longues minutes de combat intense, le chef d’escadron nous achève par un : « Allez les gars, en formation, on y retourne ! »


En guise de grande bataille finale (mais pas vraiment en fait) face à sa créature. Shim Hyung-Rae s’était dit qu’il devait innover et apporter quelque chose de grandiose à son film et au genre. Fichtre, il doit conquérir le monde tout de même.

Il va lancer une horde de soldats en jetpack armé d’armes très conventionnelles… mais qui tire au final des genres de laser à une taille qui ne sera absolument pas à l’échelle. Une grande bataille de Piou-Piou-Piou des armes futuristes face à des BEUARGH de crachement de feu de la créature. Et vu qu’on est dans une œuvre plus ou moins inspirée par un film de Roland Emmerich… on ne se gênera pas pour pomper le final de Independance Day au passage.











Ça fait plaisir de voir que l’argent du contribuable a été dépensé dans un outil spécialement adapté à l’attaque d’un monstre de 30 mètres de haut. Ils avaient déjà tout prévu.


Le film en a encore sous la casquette. Mais cela relèvera plus du détail. Il y aura bien tout de même ce second monstre, encore plus moche que le premier, qui fera son apparition. C’est comme si vous sortiez d'un dîner avec les Bogdanov et que vous tombiez sur Donatella Versace. Et la justification dans les bureaux de l’armée disant que : « Ah bah oui, mince, on n’avait mal lu la prophétie, regardez bien ici, cette phrase, en fait ça veux dire qu’il y a un autre gros monstre. », pour justifier le fait que les extra-terrestres (qui n’ont au final pas grand-chose à voir avec cette prophétie) envoient leur bestiole faite maison, perturbera encore plus le spectateur.









J’ai des pinces, alors j’suis plus fort !



Dernière petite incohérence pour la route



Les aliens décident de faire péter la ville à coup de grosses bombes



Une explosion qui ira même jusqu’à mettre à mal Yonggary



Alors qu’il était au sol et à deux pas de Yonggary lors de l’explosion, le chef de l’escadrille de jetpack pas foutu de faire survivre un seul membre de son escouade ressort comme un héros pour venir poutrer du monstre géant.


Yonggary fait certainement partie de ces films dont la démarche est plus nanarde que le film en lui-même. La naïveté (et les incompétences) que ce film dégage détonne lorsque l’on sait que la volonté de son réalisateur était surtout de faire un film pouvant se vendre à l’international. Néanmoins, les éléments du film sont assez variés pour faire sourire et ne manquera pas de régaler les nostalgiques de la grande période des nanars à monstres géant.





Plissken
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Yonggary
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Cote de rareté







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