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Hitlar

  • Titre original : Hitlar
  • Réalisateur : Idrees Khan
  • Année : 1986
  • Pays : Pakistan
  • Genre : Le Führer du samedi soir (Catégorie : Pur et dur)
  • Durée : 2h16
  • Acteurs principaux : Sultan Rahi, Mustafa Qureshi, Anjuman, Bahar Begum, Zamurrud
Note :
3,5
Barracuda
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Chronique





Vive Hitler ! Hitler est grand, Hitler est beau, Hitler sent bon le sable chaud ! Hitler a la moustache la mieux fournie, les plus beaux cheveux et les costumes les plus classes !





Le nouveau visage de Nanarland.




Non ami lecteur, contrairement aux apparences Nanarland n'est pas devenu une succursale du parti national-socialiste. Ce n'est pas Hitler l'ignoble criminel nazi que nous célébrons aujourd'hui, mais bien Hitler le film pakistanais complètement timbré réalisé en 1986 par Idrees Khan. Hitler (plutôt Hitlar en fait : même si les deux titres semblent exister, le second est plus répandu) est un film qui faisait rêver la team Nanarland depuis un bon moment déjà avec son titre alléchant, d'autant plus depuis la découverte d'International Guerillas, film qui démontrait déjà la subtilité et le sens de la mesure avec lesquels le cinéma pakistanais savait mettre en scène des personnages historiques réels et traiter de sujets politiques sensibles. Autant vous dire tout de suite que nous n'avons guère été déçus.





L'équipe de Nanarland dresse la liste des pays dont il lui reste à explorer la cinématographie.




Par une étrange malédiction, qui a peut-être à voir avec la profonde stupidité du concept, les films mettant en scène la progéniture hypothétique d'Hitler sont toujours de furieux nanars. Aucun de ses malheureux spectateurs n'a ainsi pu oublier l'ignoble « Adolfo le fils du Führer », alias « Comment se faire virer de l'hosto », qu'ici à Nanarland, dans un rare élan d'unanimité de la team, nous considérons tout simplement comme la pire comédie jamais tournée. Et puis il y a les rejetons nains cannibales du formidable Rock Zombies, film taré au-delà du raisonnable et grand nanar injustement méconnu. Le fils prodigue du jour s'appelle Hitlar, il est le fruit des amours entre Adolf (qui a survécu en secret à la Guerre) et une belle Pakistanaise.





Hitler et madame.




Déjà ça commence bien.



Le film s'ouvre sur un montage d'image d'archives de la Seconde Guerre mondiale au cours duquel nous apprenons médusés qu'Hitler, le pire des criminels de l'Histoire, est responsable notamment des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki. Bizarrement, pas un mot sur la Shoah.



L'histoire met en scène Hitlar, fils de, rançonneur de village sans pitié et accessoirement patron d'une boîte de nuit, une profession que le cinéma pakistanais associe apparemment avec les pires tréfonds de l'ignominie (Salman Rushdie était lui aussi tenancier d'un night-club dans « International Guerillas »).









Le temple du mal élémentaire. Au fond : une svastika hâtivement griffonnée.




Histoire de bien vous aider à saisir à quel point ce film est barré, je vous propose de jouer à un petit jeu : dans l'affiche du film, devinez quel personnage est Hitlar.







Je vois que vous avez tout de suite éliminé l'homme au regard décidé brandissant son fusil : vous avez raison, ce ne peut effectivement être que le héros. Non par contre, Hitlar n'est pas le type en uniforme au premier plan. Non, il ne s'agit pas non plus ni du barbu avec les deux bras tendus. Le chef de la police mexicaine au fond est également innocent. Le fils du Führer, le demi-frère d'Adolfo, c'est l'espèce de D'Artagnan du Pendjab, au milieu, avec ses cheveux bouclés, sa clope et son col ouvert jusqu'au nombril, parce qu'il le vaut bien.



Hitlar n'est pas juste un criminel et un fasciste, c'est pire que ça. C'est aussi un modeux. Les looks d'Hitlar sont l'un des meilleurs atouts nanars du film. A chaque fois c'est inattendu, mais ça ne déçoit jamais. Plutôt que de vous les décrire, nous vous en proposons ci-dessous un mince aperçu :





Hitlar. La classe.





Collection automne-hiver chez Le Bunker : ensemble d'intérieur, mélange élégance et relaxation pour le gentleman qui vit avec son temps.





Hitlar, c'est l'Homme.






Hitlar se vautre dans le péché dans son costume de Pierrot La Lune.




Entouré de quelques fidèles, Hitlar coule donc des jours paisibles, entre rapines diverses et vénération de son papa, jusqu'au jour où il attaque le mauvais village : celui où vit Franklin Roosevalt, joué par la superstar locale Sultan Rahi (hélas il semble qu'en fait le personnage s'appelle juste « Sultan »). Incarnant un homme droit, juste et fort comme à son habitude, le Jean Moulin du Pendjab va se dresser sur le chemin du grand-banditisme, du nazisme et de l'extrémisme perruquier.







Dans les faits, ça se traduit par deux heures de folie furieuse à peu près ininterrompue. Entrer dans le détail des péripéties n'aurait guère d'intérêt surtout que, il faut le souligner, autant le turc à Nanarland on commence à maîtriser, autant avec l'ourdou nous avons encore du mal. Autant que du visionnage de l'œuvre, la plupart des éléments de scénario du film exposés ici viennent de la chronique du film sur l'excellent site anglophone expert en Bollywood et Lollywood thehotspotonline.com.







C'est chez eux par exemple que l'on apprend que l'une des scènes du film est en fait un flashback destiné à nous expliquer que la cruauté de Hitlar, sa vénération pour le portrait de son géniteur qu'il n'a pas connu ainsi que, peut-être, ses goûts vestimentaires trouvent en fait leur origine dans la mort brutale de son oncle, assassiné sous ses yeux par des bandits de grand chemin lorsqu'il était enfant.





L'oncle d'Hitlar avait déjà la classe.





Le fourbe Jean-Marie Bigard s'apprête à l'assassiner lâchement.




Je voudrais que nous nous arrêtions un instant sur cet oncle pour nous mettre dans la peau de ce pauvre homme. Imaginez : vous n'avez rien demandé à personne et, suite au mariage de votre sœur, du jour au lendemain vous vous retrouvez beau-frère d'Hitler. On ne peut s'empêcher de penser à une chanson de Renaud…





"On choisit ses copains, mais rarement sa famille. Y a un gonze mine de rien qui a marié ma frangine…"





"…Il est devenu mon beauf, un beauf à la Cabu, imbécile et facho mais heureusement… COCU !"




La réalisation du film est dans l'ensemble moins foutraque que la moyenne des films pakistanais qui défilent chez nous. Le seul tic vraiment kitsch est l'utilisation intensive du zoom dans les combats, mais alors pour le coup Hitlar ne fait pas les choses à moitié. En la matière, il dépasse allègrement tous ce qu'on a déjà pu voir dans le domaine. Le déroulement des bastons est ainsi immuable, et suit d'ailleurs à la lettre les codes du cinéma pakistanais en les amplifiant encore :



- Les deux camps se font face en prenant des poses de badass. Zooms appuyés des deux côtés. Plus un personnage est fort, plus il a droit à des zooms sur son visage (jusqu'à six ou sept à la suite en succession très rapide pour les combattants les plus puissants).



- Les forces en présence se défient mutuellement et font assaut d'éloquence dans des discours qui durent parfois une bonne minute, le temps pour l'orateur de prendre quatre ou cinq nouvelles poses de badass. Chaque phrase est ponctuée par une série de zooms sur son visage (zooms qui parfois d'ailleurs ratent leur cible et visent à côté du visage) pour montrer l'intensité de ses émotions, ainsi que sur ceux de ses ennemis pour observer leurs réactions (généralement un regard fixe et décidé de badass – de toutes façons vu la vitesse du zoom on n'a guère le temps de voir autre chose).



- Le frittage en règle commence, ponctué par un montage hystérico-épileptique fait de plans ultra-courts, de rembobinage de pellicule, d'images répétées en boucle et de zooms totalement hors de contrôle.



- La baston se termine de façon souvent inattendue et presque toujours formidablement crétine. Par exemple, le premier combat entre Sultan Rahi et les sbires de Hitlar se déroule dans une carrière et s'achève lorsqu'une voiture surgit de nulle part pour écraser notre héros. Celui-ci bondit sur le capot, savate encore un nervi, puis vole ladite voiture pour s'enfuir tandis que les hommes de Hitlar sortent tous des pistolets de leurs manches et défouraillent sur le véhicule qui s'éloigne. Le plan suivant montre Hitlar observant Sultan Rahi chez sa maman à travers son téléviseur…





Des pures poses de badass !







Des zooms complètement hors de contrôle !





Des combats réglés au mètre près !




Parmi les scènes à retenir du film, il y a notamment ce formidable combat parfaitement inutile entre Sultan et deux figurants dans des costumes d'ours, combat qui rejoint directement Bruce Lee contre le lion (dans Le jeu de la mort 2) et Karzan contre le singe (Karzan) au panthéon des bastons animalières les plus craignos.





L'ours, célèbre prédateur arboricole.





La minute zoophile.




Ensuite, il y a l'infiltration de Sultan dans l'antre du mal absolu, la boîte de nuit d'Hitlar et son ambiance très Führer du Samedi Soir. Après avoir gaulé le blouson que Jackson (Michael) portait dans Thriller, il vole la moustache que l'autre Jackson (Samuel) arborait dans Pulp Fiction et ainsi déguisé s'en va défier le dance floor.









L'occasion aussi de placer quelques poses de badass bien senties.




Et puis il y le grand moment de bravoure du film, peut-être même l'un des plus grands moments de bravoure jamais portés sur pellicule : une course-poursuite en télésiège entre Sultan Rahi et Hitler Junior sur la musique de Billie Jean reprise en ourdou.







Après 700 chroniques de nanars, on croit être blasé, avoir déjà tout vu, tout découvert, et sans prévenir un film vous jette ça au visage. Le nanar est une cause qui ne cesse jamais de récompenser ceux qui ont foi en elle.



La scène commence en fait lorsque la police pakistanaise intervient pour arrêter Hitlar. A l'aide d'une bombinette à fumée, le fourbe leur échappe et se perd dans la foule. Pas pour longtemps car Sultan Rahi est également sur sa piste et le rattrape au moment où il grimpe dans la nacelle du télésiège. Ils se frittent pendant toute la montée (sur Billie Jean remixé par un parkinsonien sourd défoncé à la colle donc) et à l'arrivée tombent sur… la police qui apparemment est montée très vite en courant. Hitlar leur fait alors exactement le même coup de la bombinette à fumée et s'enfuit cette fois en voiture, dévalant la pente et négociant les lacets de la route comme un vrai champion de rallye, pour finalement être cueilli en bas par… la police, qui décidément court très, très vite. En fait les pandores sont Grosjean comme devant car Hitlar les a à nouveau bien feintés : ce n'était pas lui qui conduisait la voiture mais un mannequin en mousse à son effigie !









La poursuite infernale commence.









Ca fait penser aux aventures de Clouseau dans "La Panthère Rose" ("Plutôt "Le Panzer Rose" me souffle Mr K., qui souhaite rester anonyme).





Hitlar prépare un coup fumant aux policiers qui l'encerclent.









La feinte du petit bonhomme en mousse a bien feinté la police.




Le combat final constitue une apothéose parfaitement appropriée. Sultan commence par affronter Hitlar dans un combat à la hache sans merci tandis que ses alliés s'occupent des sbires ninjas du vilain. Soudain, Sultan s'empare d'un fusil et tire sur Hitlar ! L'infâme est-il vaincu ? Non ! Rebondissement ! A la dernière seconde sa copine s'interpose ! Il faut plus que le meurtre d'une innocente pour arrêter Sultan dans sa quête de justice. Il tire une deuxième balle. Rebondissement bis ! A nouveau la copine s'interpose ! Cette fois c'est Hitlar qui est colère ! Attrapant lui aussi un fusil, il tire sur Sultan ! Notre héros va-t-il tomber ? Non ! Rebondissement ter ! La propre mère de Hitlar (madame veuve Hitler, donc) s'interpose à son tour ! Les deux combattants ont chacun un bouclier humain, la tension est à son comble… Et c'est finalement la propre mère de Hitlar qui arrache l'arme des mains de Sultan et tue son fils ! Pourquoi ? Comment ? Le spectateur francophone ne le saura sans doute jamais avec certitude, mais on a le droit d'imaginer : c'est sans doute parce que la pauvre femme estimait qu'Hitlar déshonorait la mémoire de son père par sa vie dissolue qu'elle s'est résolue à l'abattre. En tous cas c'est vachement tragique et je ne comprends pas pourquoi vous ricanez dans le fond.





Baston à la hache : un début presque normal.





Meurs vilain !





Nooooon !





Sapristi !





Meurs encore vilain !





Nooooon !





Saperlipopette !





Je suis colère ! Meurs gentil !





Nooooon !





Sacrebleu !





Ton père a peut-être assassiné des millions de Juifs mais il ne s'est jamais abaissé à ouvrir une discothèque ! Meurs, fils indigne !





Aïeuh !




Ce qui est peut-être le plus bête dans ce film, c'est qu'il aurait très bien pu marcher sans aucune référence à Hitler. Le chef d'un groupe de bandits terrorise des villages, Sultan Rahi se dresse pour l'arrêter. Un canevas classique mais qui va droit au but et qui a déjà dû prouver son efficacité dans 150 films au bas mot. Dans quel cerveau malade a pu germer l'idée d'ajouter Hitler à tout ça ?





C'est assez approprié qu'Hitlar ressemble tant à Salvador Dali.




C'est finalement là que le bât blesse au niveau nanar. Hitlar, film fou, barré, brindezingue, tout ce que vous voulez, est au final tout de même un relatif désappointement. Il n'y est jamais, ou si peu, question d'histoire ou de politique, là où le potentiel pour la folie furieuse était pourtant sans doute le plus important. Comme film d'action hystérique avec le même sens du goût qu'un fan de rap des années 80 à qui on aurait coupé la langue, Hitlar représente un nanar plus que respectable. Finalement sa seule faiblesse vient du spectateur et de ses fantasmes pré-visionnage.





Mais pourquoi n'es-tu pas dans le film ?




Tous, nous nous voyions déjà installés devant un remake insane du Führer en folie cuisiné à la sauce curry des films d'action complètement barges ayant cours à Lollywood, nous tordant de rire devant les aventures frénétiquement débiles d'un Hitler pakistanais déchaîné et joué avec la sobriété traditionnelle du cinéma local. Du coup, malgré toutes les qualités nanardes du film, à la fin, on ne peut s'empêcher d'être un peu déçu.





Quand même, vivement le 2 !






Barracuda
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Soyons clair, il doit certainement exister quelque part une édition VCD de cette chose qui a servi de base à la version bootleg qui circule sur les forums de cinema pakistanais mais celle-ci n'est en vente nulle part. Si c'est pas malheureux cet ostracisme dont souffre le nazisme quand même !
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