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La Guerre du Fer

  • Titre original : La Guerra del Ferro
  • Titres alternatifs : Ironmaster, la Guerre du Fer
  • Réalisateur : Umberto Lenzi
  • Année : 1982
  • Pays : Italie
  • Genre : Sous-Guerre du Feu (Catégorie : Venus du fond des temps)
  • Durée : 1h26
  • Acteurs principaux : George Eastman, Sam Pasco, Elvire Audray, William Berger, Pamela Prati, Jacques Herlin, Danilo Mattei (alias Brian Redford), Benito Stefanelli
Note :
3
Nikita
Nikita

Chronique



Copier sur son voisin, c'est bien beau, encore faut-il savoir sur qui copier. C'est la leçon qu'aurait dû méditer Umberto Lenzi, vétéran du cinéma de genre italien, avant de se lancer dans le tournage de son « Ironmaster, la guerre du fer ». Le film qui nous occupe date en effet du début des années 80, date approximative à laquelle l'industrie du cinéma de divertissement italien acheva de sombrer dans le n'importe quoi : plagiant à tour de bras les succès du moment (« La Mort au Large » signé Enzo G. Castellari ), ou s'inspirant des grandes modes cinématographiques pour livrer des produits au délire plus ou moins assumé (« 2019, Après la Chute de New York »), les Italiens avaient fini par abandonner une bonne partie de leur créativité pour se transformer en vulgaires suiveurs/copieurs des Américains.



Une jaquette qui reprend l'illustration avec une donzelle dépoitraillée (contrairement à l'affiche française en tête de chronique). Il s'agit en fait d'un bon gros pompage de plusieurs œuvres de Frank Frazetta, comme expliqué sur le blog de Laurent Leveuvre, grand érudit des "frazettades" !


« Ironmaster, la guerre du fer » porte jusque dans la dualité de son titre la trace du paradoxe tragique de cette époque, puisque les auteurs du film n'ont visiblement pas su se décider… sur le film à plagier ! L'œuvre de Lenzi tente en effet maladroitement de marcher sur les plates-bandes de deux films à la fois, partant de « La Guerre du feu » de Jean-Jacques Annaud, pour y rajouter des éléments de… « Conan le barbare » de John Milius ! Les ressemblances vont bien entendu davantage du côté du film d'Annaud, mais le style dérive bien souvent vers un démarquage de la mode « heroic-fantasy » lancée par le film de Milius.



La principale différence entre « La Guerre du feu » et « La Guerre du fer » est que dans le second, les hommes de la préhistoire s'expriment dans un langage tout à fait contemporain, avec sujet, verbe et complément (on se croirait parfois dans « La Famille Pierrafeu » !). A force de jouer sur deux tableaux aussi différents, qui équivaut un peu à mélanger un devoir de physique et un devoir de sciences naturelles, Lenzi s'embrouille dans son plagiat et, tel un cancre qui copie servilement sans comprendre goutte à ce qu'il pompe, finit par rendre une copie ni faite ni à faire, pour récolter à l'arrivée un zéro pointé !



Un joli village avec arrière-plan en matte painting véritable. Les (petits béné)fils des âges farouches !


Le récit se veut philosophique, en nous narrant la naissance de la violence politique chez les hommes préhistoriques. Il suit les méfaits de Voud, fier et farouche guerrier d'une tribu affublée de peaux de bêtes et de perruques mal ajustées. Voud est très méchant : on le comprend immédiatement car il est barbu, ténébreux et surtout, joué avec forces grimaces et roulements d'yeux par George Eastman (alias Luigi Montefiori), le méchant de service d'une quantité industrielle de nanars italiens (« Le Gladiateur du futur », « Blastfighter, l'Exécuteur », « Les Nouveaux Barbares » etc.). Voud trame un mauvais coup derrière sa barbe et aspire à devenir le chef de la bande de loquedus emperruqués. Il ne tarde pas à occire son père, chef en titre de la tribu. Fort heureusement, Ela est là !



Vous dites ? Oui, je disais Ela est là ! Ela est présent, quoi… Qui est Ela ? Hé bien, Ela… ce n'est pas Ella Fitzgerald, non, c'est le héros du film ! Grand, musclé, impeccablement imberbe (un exploit pour l'époque), Ela a le physique et le courage de Rahan et le charisme d'une huître. Il est interprété par l'ineffable Sam Pasco, culturiste américain dont ce fut apparemment l'unique film. Et on peut le regretter, tant le brave Sam contribue à la douce hilarité qui finit par nous saisir à la vision de ce grotesquissime « La Guerre de fer ». Expressif comme une planche, les muscles huileux, la tignasse blond filasse, Sam Pasco traverse tout le film avec l'hébétude ravie d'un babouin sous tranxene, s'affirmant comme l'un des pires comédiens jamais vus depuis Mark Gregory. Le comédien français Jacques Herlin, qui interprète le bref rôle du chef de la tribu occis par Voud, se souvient de lui en ces termes : "Je me suis retrouvé avec M. Muscles de New York, un gros con [sic] très sympathique qui s'enduisait d'huile avant chaque prise. Avant de tourner ce film, j'avais demandé : "S'il vous plaît, ne me faites pas porter uniquement un petit pagne ! Maigre comme je suis..." Evidemment, je faisais un sorcier avec une peau de bête. Et pendant le tournage d'une scène, il s'est passé une chose terrible : tout à coup, je me suis "dédoublé"... je voyais la scène de l'extérieur... Je voyais ce gros M.Muscles devant moi... la Bêêête !... et moi en face tout maigrelet, avec mes petits bras comme des flûtes... J'ai commencé à pouffer... J'ai demandé à ce qu'on m'excuse, à ce qu'on me donne une minute, et j'ai ri... C'est la dernière grosse merde que j'ai faite en Italie..." (source : http://fr.groups.yahoo.com/group/nanar)



Sam Pasco et sa moumoute blonde.


Ela met donc la grosse pâtée à Voud, et le chasse de la tribu. Le triste sire, errant dans la cambrousse, tombe nez-à-nez avec des stock-shots d'éruption volcanique ! Passons sur la qualité des stock-shots (évidemment, le grain de l'image est différent de celui du reste du film, mais le pire est encore la disparition des bandes noires à chaque fois qu'on voit le volcan, et qui réapparaissent dès qu'on revoit George Eastman - comme dans « Virus Cannibale » !) pour nous concentrer sur l'élément dramatique essentiel induit par cette séquence. Voud trouve en effet dans les restes de l'éruption… une barre de fer ! En cinq minutes, il comprend tout et invente la métallurgie. Voud est visiblement un génie pour avoir fait une telle découverte, et on ne comprend pas pourquoi il ne fait pas avancer la civilisation à pas de géants, au lieu de vouloir perdre son temps à dominer une tribu de loqueteux. Ce sont là les mystères des méchants nanars...



Isa, la copine du héros, interprétée par Elvire Audray. Une actrice française qui a fait une petite carrière dans le cinéma bis, essentiellement en Italie, et apparue dans quelques nanars (« Nosferatu à Venise », « Plus beau que moi, tu meurs » de Philippe Clair, avec Aldo Maccione etc.). D'après des propos recueillis en 2005 auprès de Jerry Calà (comique italien à qui elle donnait la réplique dans « Vado a vivere da solo » ou « Rimini Rimini »), Elvire Audray serait décédée "depuis plusieurs années" dans une indifférence totale.




Mogo, le chef de la tribu des gentils. Lui est interprété par William Berger, acteur solide dont la carrière épousa la trajectoire du bis italien : ancienne gloire du western spaghetti, il tourna dans les années 80 un nombre ahurissant de nanars (« Apocalypse dans l'Océan Rouge », « Les Amazones du temple d'or », « Les Prédateurs de la Nuit », « Hercule », « Les Aventures d'Hercule »...).


Bref, Voud/Eastman se met à inventer à toute allure des armes métalliques dont il va munir ses sbires pour partir à la conquête des tribus les plus pacifiques. Signe de sa mégalomanie galopante, il se coiffe d'une tête de lion au ridicule assez avancé et s'auto-proclame dictateur. Inutile de dire qu'Ela est toujours là, que son sang-froid ne va faire qu'un tour et que notre preux Rahan de Prisunic va botter le cul aux malfaisants et faire bouffer à Voud son chapeau en tête de lion.



George Eastman, bien au chaud sous sa tête de lion pelucheuse.


Oscillant en permanence entre le film sur la préhistoire et l'heroic-fantasy miteuse, « Ironmaster la guerre du fer » sombre dans un ridicule épais à force de perruques affriolantes, de maquillages approximatifs, de pagnes mal ajustés et surtout de dialogues à l'emphase quelque peu déplacée, comme ce mirifique "L'aigle ne s'abaisse pas à chasser le serpent, sauf quand il sort du bois".





Du zombie lépreux fortement tartiné ? Faux pas sans fer...


Là où « La Guerre du feu » s'appliquait à restituer la préhistoire avec un grand réalisme, « La Guerre du fer » s'éloigne de son modèle en se vautrant dans le mauvais péplum, pas crédible une minute sur le terrain historique ni sur celui de l'aventure. Héros obtenu par le croisement d'une endive et d'un lot de stéroïdes, méchant grotesque (la tête de lion dont s'affuble George Eastman vaut à elle seule le détour !), maquillages douteux (les hommes-singes !), acteurs hagards et visiblement mal à l'aise dans leurs peaux de bêtes, toutes les conditions sont réunies pour nous offrir une superbe catastrophe artistique, comme le nanar italien des années 80 en avait le secret ! Quelques petites baisses de rythme ne diminuent pas les mérites de ce joli vintage du bis transalpin, mouliné par un artisan tout-terrain qui eut son heure de gloire.



Les fameux hommes-singes...



Une photo de tournage collectée par Christophe Bier, sur laquelle on peut voir un figurant / homme-singe en plein doute, ainsi que le réalisateur Umberto Lenzi tout à droite...


D'escarmouches en duels à l'épée et à la massue, notre guerre du fer s'achèvera évidemment par un titanesque combat final entre Voud et Ela, qui nous permettra de conclure cette œuvrette par une morale sentencieuse nous expliquant que faire de la métallurgie pour opprimer et tuer des gens, c'est pas génial.



Du polar au film de cannibales en passant par l'épouvante, Umberto Lenzi ne comptait pas parmi les pires manchots du cinéma bis, mais il ne peut rien ici face au ridicule du scénario que le producteur lui inflige. Tout juste peut-il rendre l'aventure assez distrayante et rendre son nanar suffisamment agréable pour faire passer un bon moment à l'amateur de kitscheries. Ce n'est pas grave, Umberto ! Tu n'as peut-être pas égalé Annaud mais tu nous auras au moins fait passer un bon moment !






ADDENDUM


Internet est un outil de recherche formidable. Sam Pasco, dont la filmographie selon IMDB se résume à ce seul rôle dans "La Guerre du Fer", semble également avoir été une icône underground du porno gay !



Culturiste new-yorkais, postulant régulier au titre de Mr. America, Sam Pasco sévissait notamment sous le sobriquet "Big Max" pour Colt Studio, à la fois dans des photos pour leur magazine, Colt Men, mais également dans des vidéos classées X.



Il semble par ailleurs que Sam Pasco proposait ses services comme escort boy via de petites annonces sur New York, se présentant dans l'une d'entre-elles, datée de 1983, comme "biggest boydbuilder" et "movie star". En toute modestie !



Sam Pasco, alias Big Max, ici en version moustachue, brun aux cheveux courts une fois retirée la moumoute blonde de La Guerre du Fer, mais il s'agit bien du même !


Tant Umberto Lenzi que les acteurs qui furent ses partenaires sur le film gardent de Sam Pesco "un assez mauvais souvenir, celui d'un homme imbu de lui-même, coquet à l'extrême, dont la seule préoccupation, obsession, était l'image qu'il renvoyait à l'écran" (source : maniaco-deprebis), exigeant toujours d'être filmé sous son meilleur profil et passant son temps sur le plateau à se coiffer et à se recoiffer.



Nikita
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La Guerre du Fer

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Cote de rareté

Pas de DVD à l'horizon, toutefois le film fut maintes fois distribué en VHS, avec sa rutilante jaquette pompée sur l'œuvre de Frazetta, sous le titre d'"IronMaster : la Guerre du Fer" chez "Socai film", chez "MPM" et chez "GMU" en Belgique.





Une édition VHS italienne qui n'hésite pas à rebaptiser le film.
Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation

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